‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 31 sur 103 · PRODROMES DE LA PNEUMONIE · texte numérisé non relu

PRODROMES DE LA PNEUMONIE

§ r’’. — Prodromes des pneumonies primilives,

\ La pneumonie débute tantôt tout-à-coup , surprenant l’iniiidividu au milieu delà santé la plus parfaite. D’autres fois lau contraire elle est précédée pendant un temps plus ou I I moins long par divers troubles fonctionnels c|ui constituent a alors les prodromes de la maladie. J’ai recherché avec le plus ; j grand soin , chez la plupart de mes malades , si rinflammaiion ' ) pulmonaire avait été précédée de quelque phénomène précur- ! seur. J y suis aisément parvenu en les interrogeant en particui lier sur chacune de leurs fonctions dans les jours qui avaient > précédé l’invasion des symptômes caractéristiques ou du moins . des symptômes qui avaient ete assez intenses ou assez graves t poui fixer leur attention. C’est ainsi que je leur ai demandé I ■ des details sur leurs sensations intérieures , sur les douleurs " q qu’ils avaient pu éprouver, sur l’appétit, la soif , la facilité des 1 digestions, sur 1 état des forces, etc. La plupart des malades » e en effet, interrogés sur l epoque où leur affection a commencé, î I ont assigné généralement comme en étant le début, l’instant où

• (l) /frehioeSt série, t. XII, p. 2R.

miODROMRS DE L/V PNEUMONIE.

une douleur vive s’était fait sentir au coté, on bien le moment où la fièvre s’était allumée, le moment encore où ils avaient cessé de pouvoir travailler ; négligeant tout-à-fait de parler des petits malaises qui avaient précédé et préparé le développement des symptômes principaux. C’est parce que les médecins se contentent des premières réponses des malades, qu’ils ont négligé généralement , surtout dans l’iiistoire de la pneumonie , l’étude des phénomènes prodromiques. Cependant cette connaissance est importante pour l’étiologie et le pronostic ; elle est indispensable surtout pour fixer exactement la durée de la maladie. En procédant comme je l’ai indiqué plus haut, je me suis convaincu que de seize à soixante-dix ans on observe des symptômes précurseurs chez près du quart des individus qui sont affectés de pneumonie. Je les ai en effet constatés chez 50 des 205 individus que j’ai interrogés sous ce rapport. La proportion est restée à peu près la même pour chacune des années 1836, 37 et 40. C’est de 50 à 60 ans et de 30 à 40 que j’ai rencontré le plus grand nombre de pneumonies ayant offert des phénomènes prodromiques. Ceuxci ont consisté chez 28 malades en un malaise général avec ou sans perte de l’appétit , des forces , paresse , torpeur, lombago, sensibilité très grande au froid extérieur ; chez deux malades, mouvemens fébriles irréguliers ; ces accidens n’avaient jamais empêché les individus de se livrer à leurs occupations. Dans quelques cas j’observai pendant 4 jours un mouvement fébrile intense, sans que j’aie pu découvrir du côté d’aucun organe, et surtout du côté des poumons , aucune lésion capable de l’expliquer. Ce ne fut qu'à la fin de plusieurs jours qu’un point de côté survint ; la toux succéda bientôt ; enfin je constatai une pneumonie, parfaitement caractérisée par les crachats et par les phénomènes stéthoscopiques. M. Andral (1) a observé plusieurs cas semblables ; il n’y a alors, dit ce savant professeur, aucun travail inflammatoire local bien dessiné , mais partout il y a tendance à sa production, et pour peu que cet état se prolonge, on verra naître diverses phlegmasies suivant les prédispositions individuelles et la susceptibilité variable des organes. M. Briquet a eu occasion d’observer des faits analogues. .4insi, il

(l) Clin, t. TU, p. 470, série.

prodromes, de la pneumonie.

est -vrai de dire que dans quelques cas fort rares , la fièvre précède la plilegmasie locale, et celle-ci ne semble alors en être que la conséquence. M. Bouillaud (1) traite cette opinion de suranné» sans se donner la peine de la discuter. Il croit que la fièvre est toujours secondaire ou symptomatique d’une inflammation. Mais aujourd’hui quelques faits recueillis par des observateurs dignes de toute notre confiance , prouvent que dans un certain nombre de cas on ne peut rattacher le mouvement fébrile à aucune altération locale ; et il est irrationnel , dans une science qui ne doit reposer que sur des faits bien constatés, d'admettre comme réelles des lésions cpie nos moyens d’exploration ne nous permettent pas de découvrir. D’ailleurs, à prioii on pourrait supposer qu’il en est pour les poumons comme pour la peau. Il n’est pas très rare en effet de voir des individus présenter pendant quelque temps une fièvre intense , et qu’on ne peut rattacher à aucune phleginasie locale; puis, après une durée de un ou plusieurs jours, on voit survenir un érysipèle à la face ou ailleurs. Comment dans ces cas M. Bouillaud explique-t-il la fièvre ? supposera-t-il encore ici qu’un médecin n’a pas su apercevoir la phleginasie de la peau? Ainsi donc chez les malades dont je viens de parler, le malaise et la fièvre ne pouvaient se rattacher à la souffrance d’aucun viscère; chez eux il n’existait alors vers les organes respiratoires aucune affection aigue appréciable qui pût expliquer ces phénomènes morbides, et il était impossible, en constatant l’existence du mouvement fébrile , de déterminer l’organe qui allait être affecté.

Parmi les individus qui ont présenté des prodromes, dix-neuf étaient affectés d’une bronchite légère qui pouvait à la rigueur expliquer les petits malaises qu’ils ressentaient; mais bientôt l’invasion d’une pneumonie grave indiquait que la bronchite, comme les autres phénomènes morbides qui existaient avec elle, dépendaient d’un état général de l’économie qui préparait peu à peu le développement d’une affection beaucoup plus grave. Dans ces pneumonies en effet qui ont des prodromes, il est impossible de méconnaître l’influence de cette disposition intérieure dont l’essence nous échappe il est vrai, mais qui n en préside pas moins au développement d’une foule de

(t) Dict. de méd. et de chirurg, pratiques, t. XIII, p. 37r..

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