P.OO
aucune modiücalion appréciable dans la sensibiliu*, la coloration, le volume de cette partie des tegiiiucns. Cependant , chex quelques pneumoniques, on peut pai fois déterminer d avance, et limiter même assez exactement, les nouveaux points du poumon que l’inflammation aura envahis au bout de douze ou vingt-quatre heures. C’est ainsi tjue sur un huitième des malades environ , lorsque la pneumonie devait s’étendre à de nouvelles surfaces , on commençait par reconnaître à leur niveau, quelque altération dans le murmure respiratoire; celuici était généralement plus faible, et si la percussion ne faisait | distinguer dans les mêmes points aucune différence desonoréité, le doigt qui percutait avait néanmoins la sensation d’une élasticité moins parfaite. Plus rarement , j’ai vu les signes physiques caractérisant la pneumonie être précédés par une respiration puérile; c’est ce que M. Stockes paraît avoir observé plus fréquemment que moi. Cet habile médecin rapporte en effet que, lorsque la pneumonie s’étendait de proche en proche , il avait trouvé souvent qu’une respiration puérile précédait la crépitation de quelques heures, et cette respiration supplémentaire était alors plus intense au voisinage de la maladie que dans le poumon < opposé (1). Mais cette modification dans l’intensité du bruit res- * piratoire, que le murmure soit exagéré ou affaibli, ne peut avoir c de valeur, et n’indique d’une manière à peu près certaine, que la pneumonie doit envahir de nouvelles surfaces, qu’autant que le phénomène reste limité à un petit espace, c’est-à-direà6ou9cen- r timètres, à moins pourtant qu’étendus sur une large surface, ils i n’y coïncident avec une altération dans la sonoréité ou l’élasticité. J
Non-seulement la pneumonie peut s’étendre de proche en < proche et envahir peu à peu toute la surface d’un poumon , mais en outre, on voit assez souvent la phlegmasie se propager j i au poumon du côté opposé. j
Nous avons vu précédemment que c’était dans le seizième des : 1 cas à peu près qu'on observait la pneumonie double. Ce qu’d > y a de vraiment remarquable clans sou histoire , c’est que pi es- que jamais on ne voit la maladie envahir primitivement les deux poumons à la fois. Si même je ne consultais que les faits que j’ai recueillis, je dirais que constamment la pneumonie
(t) Loc, cit., p. 52S.
PNEUMOMKS DOUBLES,
commence par envahir im seul poumon , et que ce n’est que consécutivement qu’elle se propage à l’organe du côté opposé. Mais ces observations sont trop peu nombreuses pour que j’ose établir ici une proposition exclusive. Cependant cela doit être vrai dans l’immense majorité des cas, puisque je n’ai encore trouvé d’exception , quelle qu’ait été la terminaison de la maladie.
Chez douze malades l’exploration complète de la poitrine a été faite chaque jour avec assez de soin, pour que j’aie pu détermiaer le moment où la pneumonie a commencé par devenir double. Cette époque a varié entre le 4e et le 13® jour terme moyen, l’extension de la phlegmasie au poumon opposé a eu lieu vers le 8e jour. Par conséquent, nous devons conclure que , si une pneumonie devient double, cela ne dépend pas d’une même cause qui aurait agi à la fois sur les deux poumons, puisqu’il y a eu un trop long intervalle entre l’action de la cause déterminante et l’explosion de la deuxième pneumonie ; mais il fautplulôt admettre ici une sorte d’influence pathologique qu’exerce le poumon primitivement malade sur son congénère resté sain , et cela en vertu de cette loi de souffrance mutuelle et réciproque des organes pairs , dont on trouve de si fréquens exemples dans la pratique.
Nous avons vu précédemment que l’invasion de la pneumonie était marquée par quelques symptômes à peu près constans, tels que le frisson et une douleur plus ou moins vive dans le côté correspondant de la poitrine. Mais lorsque l’inflammation vient à envahir consécutivement l’autre poumon , il est fort remarquable qu’elle débute presque toujours d’une manière obscure, latente , sans frisson ni point de côté. Ainsi, de toutes les pneumonies doubles dont j’ai recueilli lliistoire jusqu’à présent , je n’ai vu qu’une seule fois la deuxième pneumonie débuter avec le même appareil de symptômes que celle qui avait commencé 8 jours auparavant dans le côté opposé de la poitrine ^ c’est à dire que le malade a ressenti un frisson violent, avec une douleur de côté assez vis^e ; les crachats sont devenus plus abondaus, d’une couleur jaune plus foncée; la toux a été plus pénible, la fièvre, l’oppression ont augmenté; en même temps que les phénomènes fournis par l’auscultation cl la percussion indiquaient le siège et l’étendue de la pneumonie
nouvelle. Mais à part ce cas, qui est tout- à-fait exceptionnel, la pneumonie qui est survenue en dernier lieu, ne provoque à son début ni frisson ni point de coté; les crachats même ne cliangent pas d’aspect, et restent à peu près tels qu ils doivent être naturellement à la période à laquelle est arrivée la pneumonie qui a commencé la première.
On peut jusqu’à un certain point s’expliquer pourquoi dans le cas de pneumonie double l’inflammation qui survient en dernier lieu ne provoque pas les symptômes locaux qu’on a observés communément du côté du poumon primitivement envahi. On a pu remarquer, en effet, que la seconde pneumonie se déclare à l’époque où la première continue encore à s’aggraver, ou bien , lorsqu’elle est parvenue à la période la plus aiguë. On sait aussi que le poumon qui est affecté le dernier l’est dans une étendue moins considérable, et dans un dégré moins avancé que celui qui a été envahi le premier ; voilà pourquoi les symptômes dépendant de la seconde pneumonie sont masqués par ceux de la première, ou du moins ils sont confondus avec eux. Il est probable pourtant que, si contre la loi commune , l’inflammation n’envahissait le second poumon qu’après avoir rétrogradé dans le premier, le développement de cette pneumonie nouvelle devrait réveiller la fièvre, provoquer l’expulsion de crachats rouillés, augmenter la dyspnée, et peut-être même exciter une douleur dans le côté correspondant. Je dis peut-être; car dans la pneumonie double, la douleur parait siéger du côté primitivement envahi, lors même que la pneumonie y serait moins étendue que dans le poumon affecté en dernier heu. Mais je n’émets cette proposition qu’avec réserve, attendu quMle ne s’appuie encore que sur un trop petit nombre d’observations particulières. D’après ce qui précède, on s’expliquera donc pourquoi le moment où la pneumonie est devenue double n’a été marqué que dans un sixième des cas par la fièvre et l’accélération du pouls : tandis que j’ai constaté chez plus de la moitié des sujets une augmentation dans la dyspnée, et l’oppression; ce qu’on conçoit d’ailleurs très bien, puisqu’une nouvelle portion du tissu pulmonaire était devenue impropre à la respiration. D’après ce que je viens de dire on comprend que la pneumonie double devait être le plus souvent méconnue avant l’application de l’auscultation et de la perçus-
RAPlDlïii DU PASSAGE D^ÜN DEGllÉ A UN AUTRE. 303
sion au diagnostic des maladies de poitrine. Ces précieuses méthodes d’exploration sont en effet le seul moyen de reconnaître le moment précis où le poumon qui était resté sain commence lui-méme à être envahi.
J’ai dit qu’il était assez rare de voir une pneumonie qui n’eût point passé le premier degré ou la pôiioàe d’engouement. Jusqu’à présent, je n’ai recueilli que dix observations d’inflammation pulmonaire dans lesquelles le râle crépitant survenant dès le début de la maladie ait persisté sans interruption jusqu’à la guérison sans jamais avoir été mêlé à la respiration bronchique ou remplacé complètement par elle. Chez tous les autres malades , dont la pneumonie s’est révélée par quelque phénomène stéthoscopique , il y a eu les signes physiques , indiquant l’existence d’une hépatisation plus ou moins complète dans toute l’étendue des points envahis ou dans une partie seulement. Le passage du premier au second degré se fait très rapidement. C’est ainsi que j’ai constaté l’existence du souffle bronchique chez un individu dont le début de la pneumonie remontait à peine à douze heures. Dès le troisième jour de l’affection, on trouve chez les deux tiers des malades , de la crépitation mêlée à un souffle tubaire, perceptible pendant l’inspiration, ou tout au moins pendant l’expiration. Le nombre des pneumonies au premier degré diminue encore les jours suivans, et vers le sixième jour on ne la rencontre guère que chez un douzième des malades. Cette rapidité de l’hépatisation se remarque aussi dans le cas de pneumonie double , lorsque la phlegmasie envahit le poumon opposé au côté primitivement affecté. Cette marche prompte , ce passage rapide de la pneumonie du degré d’engouement à l’hépatisation, a lieu à tous les âges; et peut-être même aux deux extrêmes de la vie , l’inflammation pulmonaire parcourt-elle ses périodes avec plus de rapidité que chez l’adulte. Ainsi M. Valleix rapporte (1) que chez le nouveau né, entre l’époque où l’état normal de la poitrine fut constaté pour la dernière fois , et celle où la matité eut lieu dans la plus grande étendue , il ne s’écoula qu’un jour au minimum, quatre jours au maximum, et terme moyen deux jours; que les sujets qui la veille ne présentaient que de la
(t) Loc. cit,, p. 166.
MAKCllÜ DL LA l'NLUAIOlNIli AlGUt.
dyspnée, et dont la poitrine avait une sonoréité tout-à-fait normale, olîiaient le lendemain une matité de la moitié et même de toute la hauteur d’un des cotés de la poitrine, et qu’enfm l’autopsie démontrait que depuis la dernière exploration; c’est à dire dans l’espace de quelques heures, l’hépatisation avait fait de très grands progrès.
On a dit aussi que chez les vieillards l’inflammation des poumons parcourait ses périodes avec une très grande rapidité. En ne consultant que mes observations, et si je compare les individus compris entre 60 et 70 ans aux sujets moins âgés , je trouve qu’il n’y a pas entre les deux séries de malades de différence Lien notable , relativement à la rapidité plus ou moins grande avec laquelle la pneumonie a passé chez eux du premier au deuxième degré. Il est possible que dans une vieillesse plus avancée, les choses aient lieu différemment; mais je ne connais aucun fait qui le démontre rigoureusement , et mes observations ne sont pas encore assez nombreuses pour que je puisse moi-même ; examiner cette question. Nous venons plus tard que les pneu- ; monies qui affectent certaines formes, ou qui surviennent dans i certaines conditions spéciales, ont également une marche plus ! ou moins rapide.
En étudiant précédemment, en particulier, les divers symptômes qu’on observe dans la pneumonie , on a pu juger facilement comment ils se succédaient et se combinaient entre eux dans les différentes phases de la maladie. Nous avons vu que la plupart continuaient à s’accroître, à mesure que l’altération des poumons devenait plus étendue et plus profonde. C’est ainsi que | l’oppression, la dyspnée, l’accélération de la respiration, les phénomènes stéthoscopiques , la fréquence du pouls , la fièvre , l’abattement des forces suivent les progrès de l’altération locale, à part quelques rares exceptions. Il n’en est pas de même du point de côté , et souvent aussi de l’expectoration. En effet, j’ai fait observer que la douleur pleurétique parvenait rapidement, dès les premières heures ou dès les premiers jours de la maladie, à son maximum d’intensité, diminuait ensuite ou cessait tout à fait, quoique la pneumonie devînt plus grave , et indépendamment des méthodes de traitement mises en usage.
Je pourrais en dire autant de l’expectoration qui conserve en général sa viscosité , mais qui perd sa deini-lransparence et sur-
PNEUMOiMliS DÜUBLLS.
tout sa couleur rouge ou jaune , lorsque la maladie a persisté pendant un certain temps. v
Les symptômes que j’ai passés jusqu’ici en revue, se remarquent dans les deux premiers degrés de la pneumonie. Après s’ètre accrus et avoir persisté pendant un temps plus ou moins long , on les voit ensuite diminuer progressivement lorsque la pneumonie doit avoir une heureuse issue ; dans le cas contraire, l’état général et local continue à s’aggraver; la gêne et la l’réquence de la respiration augmentent, l’expectoration devient difficile , ou bien les crachats cessant d’être rendus , s’accumulent en grande quantité dans la trachée et les bronches , et agités sans cesse par le passage de l’air, ils produisent ce gargouillement , ce bruit si pénible à entendre , auquel on donne vulgairement le nom de raie. En meme temps, le pouls s’accélère de plus en plus , il devient petit , filiforme , inégal , irrégulier, intermittent ; la peau est aride ou se couvre de sueurs visqueuses et froides ; la face bleuâtre, livide ou plombée, est profondémentaltérée, les yeux demi ferme's sontmornes ou hagards; les malades conservent une position demi assise ; les forces sont prostrées ; enfin la mort arrive après une agonie plus ou moins longue, et en général, chez les adultes du moins, avec l’intégrité des facultés intellectuelles.