‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 49 sur 103 · TERMINAISON DE LA PNEUMONIE · texte numérisé non relu

TERMINAISON DE LA PNEUMONIE

comme étant la plus rare de toutes, du moins à Paris. Cette opinion , en faveur de laquelle Laënnec n’a rapporté aucune observation ne me paraît pas être très exacte. C’est ainsi que sur 38 malades qui ont guéri, chez lesquels l’état de l’urine a été indiqué avec soin pendant tout le cours de la pneumonie, je n’en vois que 5 chez lesquels un trouble spontané du liquide ou un sédiment au fond du vase a coïncidé avec l’amélioration , ou l’a même précédé d’un ou deux jours. La proposition de Laënnec devient exacte pourtant, si on applique ce qu’il a dit, non-seulement aux dépôts spontanés de l’urine , mais encore à ceux que l’on peut déterminer par l’acide nitrique ou par la chaleur. En effet, sur les 38 malades dont je viens de parler, on a vu précédemment qu’il en est 36 dont l’urine, traitée par l’acide nitrique, s’est troublée ou a fourni des nuages et des coagulum abondans, que l’on peut regarder comme ayant été très souvent critiques, puisque chez 8 ils ont précédé d’un ou deux jours l’amélioration survenue dans les symptômes de la maladie, et que chez 14 ils ont coïncidé avec le commencement de la convalescence.

Si nous recherchons le degré de fréquence des autres phénomènes critiques chez les 22 malades dont je parle , nous voyons que des sueurs plus ou moins copieuses ont existé chez huit ; l’herpès labialis a été observé chez deux autres ; enfin, dans un cas il y eût en outre une petite épistaxis, et dans une autre quelques selles liquides et fétides coïncidèrent avec une diminution dans les principaux symptômes, et marquèrent réellement le commencement de la convalescence.

Il résulte des faits que je viens d’analyser, que l’urine a o^ert des caractères véritablement critiques chez plus de la moitié des malades. Chez eux le trouble de l’urine a été véritablement un signe indicateur de la convalescence. Aurais-je dû considérer aussi comme phénomènes critiques , les dépôts de l’urine qui ont été obtenus un ou plusieurs jours après le début de la convalescence? Je crois qu’en agissant ainsi je me serais éloigné du sens qu’on doit attacher au mot crise', toutefois, nous ne devons pas moins considérer comme un fait très important, que lorsque l’urine ne dépose pas avant la diminution des symptômes ou au moment même de la convalescence, elle se troublepresque toujours , dès que celle-ci est déclarée. C’est ainsi que sur 17 malades dont l’urine est restée claire

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pendant toute la période aiguë de la maladie, il y en a 15 chez lesquels elle s’est troublée spontanément ou par les réactifs, pendant la convalescence. On pourrait peut-être admettre que dans ces cas il y eut r.ne crise tardive. Ce qui donne à ces faits une grande importance symptomatique, c’est que, comme je l’ai dit précédemment , le trouble spontané de l’urine et le précipité fourni par l’acide nitrique , n’ont été observés chez aucun des malades qui ont succombé, sauf les cas de complication avec une maladie de Bright.

Les hémorrhagies sont des phénomènes critiques assez rares dans la pneumonie. J'en ai pourtant observé moi-même deux exemples. J’ai vu en effet un écoulement sanguin par le nez , de 16 grammes environ, précéder la. convalescence de douze et vingt-quatre heures. M. Andral a également rapporté l’observation d’un homme de vingt*six ans , pléthorique , qui fut atteint d’une pneumonie bénigne , et chez lequel , au huitième jour de la maladie , qui commençait déjà à décroître, on vit survenir une épistaxis abondante qui décida la convalescence (1). Enfin , Bosquillon a rapporté dans ses annotations à la médecine pratique de Cullen, qu’il avait vu fréquemment à Paris , les pneumonies du printemps se terminer par des épistaxis ou par des déjections sanglantes , le septième ou le neuvième jour (2).

On cite deux exemples de pneumonie qui auraient été jugés par l’apparition d’une hématurie ; l’un de ces faits est rapporté dans V Annuaire de la Société de Médecine du département de l’ Eure (3). L’autre , qui appartient au docteur Latour d’Orléans (4) , est relatif à un boulanger qui contracta une pneumonie à la suite d’un refroidissement. Il y eut un frisson, des lassitudes spontanées, de la fièvre, un violent point de côté, et quelques crachats sanguinolens. Trois saignées, des sangsues, un vésicatoire, 5 centi. d’émétique n’avaient produit aucun soulagement, ou du moins celui-ci n’avait été qii’éphemère, lorsqu’au cinquième jour il survint une vive douleur dans les lombes , l’u-

(2) Méd. prat., t. p. 2 5 4.

(l) Clin., t. III, obs. 7», p. 275.

(3) Année t 808, p. 115.

(4) Dailc deshemorrhagies. voir Andral, Clini., t. III., p. 512.

TERMINAISON L»E L.A l'NEUMUNlE.

rine se supprima, l’agitaiion était grande; bientôt le malade, pris d’envies d’uriner ,rendit en une seule fois près d’un demi litre de sang vermeil et sans aucun mélange. Dès-lors , les accidens se calmèrent, et la maladie fut complètement jugée le sixième jour J l’excrétion naturelle de l’urine se rétablit bientôt, et la convalescence fut courte. Il est difficile de déterminer si dans ce cas l’hématurie a été un phénomène véritablement critique, ou s’il n’y a pas eu seulement un effet de révulsion , comparables aux cas de MM. Andral et Graves que j’ai rapportés plus haut.

Lesanciens médecins, et même plusieurs de ceux qui ont écrit au commencement de ce siècle , ont placé l’expectoration au nombre des crises de la pneumonie. Huxham dit même (1) que l’expectoration en est la crise naturelle. Mais cette opinion rej)osait uniquement sur des idées théoriques; aujourd’hui elle ne peut plus être admise: car, comme le dit avec beaucoup de raison M. le professeur Andral (2) , les crachats sanguinolens de la pneumonie ne doivent pas plus être considérés comme une crise de cette maladie quele pus formé à la surface de la plèvre ou du péritoine enflammé ne peut être considéré comme jugeant la pleurésie ou la péritonite.

On sera peut-être surpris que je n’aie observé des selles critiques que chez un seul malade ; mais cela tient au traitement qui fut employé. Presque tous les malades, en effet, furent soumis à l’usage des laxatifs, ou prirent la potion stibiée, de telle sorte que , dans les cas où la diarrhée fut suivie d’un amendement dans les symptômes, il était impossible de faire la part du médicament, et celle qui pouvait revenir aux mouvemens organiques. Je crois avec Baglivi, que, si les crises sont moins fréquentes aujourd’hui qu’elles paraissaient l’être en Grèce, cela dépend probablement du traitement plus énergique qu’on oppose aujourd’hui aux maladies aiguës. Le grand médecin que je viens de citer ajoute (3) que chez les paysans qui ne font point usage de drogues, les crises par les sueurs, les flux du ven-

(t) Essai sur les fièvres, p. 247.

(2) Clin., t. III, p. St 5.

(3) Praxeos, lib. II.

tre, Turiiie et les autres voies natureUes se font dans un ordre parfait.

Je crois que cette opinion de Baglivi a peut-être quelque fondement; ayant étudié en effet la marche de la pneumonie chez 10 sujets qui furent traités et guéris par une médecine à peu près expectante, il y en eut 5, c’est-à-dire la moitié, qui présentèrent des phénomènes critiques ; 4 eurent des sueurs copieuses ; 1 eut un flux abdominal; la sécrétion urinaire ne fut examinée que chez un de ces malades, et chez lui l’acide nitrique produisit un coagulum abondant. Il est probable c|u’il en eût été de même pour presque tous les autres malades , du moins , ce que nous avons dit plus haut permet de le supposer. Quoi qu’il en soit , ces faits, trop peu nombreux, il est vrai, pour ne rien conclure de général , semblent néanmoins porter à croire que, lorsque par l’emploi dans une pneumonie , d’une médecine expectante , on ne contrarie pas les mouvemens organiques , les crises par la peau et par le tube digestif, sont peut-être plus fréquentes.

La saison influe-t-elle sur le genre de crise cjui doit avoir lieu 1 dans la pneumonie ? Rien ne prouve qu’il en soit ainsi, du moins 1 les faits que j’ai observés ne me permettent d’émettre à ce sujet . aucune opinion positive.

Je n’ai pu savoir non plus si chez les malades qui avaient eu I des pneumonies antécédentes , on avait observé dans tous les cas i la même espèce de crises. Les auteurs disent en effet qu’on a vu {quelquefois un même phénomène critique juger constamment, I une pneumonie qui se reproduisait périodiquement. C’est ainsi i que M. le professeur Serres a rapporté, dans sa thèse, l’obser- ^vation d’un homme chez lequel une pneumonie aurait été j jugée plusieurs fois par un érysipèle aux jambes.

J’ai recherché si, conformément aux doctrines d’Hippocrate * et de Galien, les crises, dans la pneumonie du moins, avaient i plus de tendance à se faire dans certains jours que dans d’autres. tOr, voici ce que j’ai noté sur les 34 malades chez lesquels la 4 pneumonie s’est jugée après l’apparition de quelques phéno- 1 mènes critiques.

terminaison de la l’NEUMONlL.

Nombre des pneumonies

jour de la crise.

On sera frappé, en lisant ce tableau, du petit nombre de pneu-| monies qui ont présenté quelque évacuation salutaire, dans lesi* jours qu’Hippocrate a signalés comme essentiellement mVi-i ques (1). Ces résultats sont peu favorables à la doctrine d’Hip-t'j pocrate, puisque le plus grand nombre de pneumonies (20) ont eu leurs phénomènes critiques dans les jours qu’on a noinH*: mes intercalaires ou provocateurs (2) , pendant lesquels on d dit que les crises e'taient moins fréquentes et moins complètes^ mais qui néanmoins ont été regardés par les me'decins hippo-i cratiques comme pouvant remplacer les jours critiques. Hui malades ont eu leurs crises pendant les jours 'vides (3) (vacui set inedicînales)j4 d’entre eux ont même présenté des crises favorablej le sixième jour, qui était regardé comme étant le plus pernijl deux (4). Il faut conclure de ce qui précède que la doctrine dé jours critiques est très-incertaine, et qu’on ne saurait l’admettrq avec confiance pour ce qui concerne la pneumonie. Cependant M. le professeur Andral a rapporté des faits qui lui sont favo râbles (5). C’est ainsi que, d’après un résumé de 112 cas, il trouvé que chez la moitié des malades, la terminaison de ^ pneumonie s’est faite les septième , cjuatorzième et vingtièn jour, qui sont notes au nombre des jours critiques ou indicateur!

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Toutefois, ilest à regretter que M. Andral n’ait pas dit comme*. . il avait compté, et à quelle époque il avait regardé la maladli 1

(1) Les 7“, 14® 20®, etc. nomme's principaux ou radicaux par ïi (

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(2) 5®, .5®, 9®, 13®, 19®. ! ift'^

(3) C’est le 6e que Galien nommait tyran,

(4) 6'", 8p, lOc, 12(., 1 6j, 18®.

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