JOURS CRITIQUES
comme terminée. Quantàmoi, ayant réuni tous les faits de pneumonie dans lesquels le début de la maladie avait pu être très-exacleiiicnt déterminé, j’ai note ensuite le moment précis où les symptômes ont commencé à décroître, puis j’ai fixé avec le même soin le jour où les accidens s’étaient tellement amendés, que le malade pouvait être regardé par tout le monde comme commençant actuellement sa convalescence : or, dans ces deux manières de compter, je me suis assuré que la maladie n’avait aucune tendance naturelle à se terminer au bout de certains jours , et j’ai vu la pneumonie commencer à décroître , ou la convalescence se déclarer à peu près aussi souvent pendant les jours dits critiques et intercalaires , que pendant ceux qu’on a nommés vides ou non-décrètoires. Je dirai enfin que chez les 10 individus dont la maladie fut abandonnée aux forces de la nature, chez lesquels, par conséquent, nul traitement actif ne vint contrarier les mouvements organiques , plus de la moitié des crises eurent lieu pendant les jours vides; c’est aussi pendant ces mêmes jours que la convalescence commença chez six d’entre eux, tandis que chez quatre seulement elle débuta pendant les jours dits critiques^ decrétoires et indicateurs. Ces résultats viennent donc démontrer encore le peu de fondement de la doctrine des jours critiques.
J’ai à dessein insisté sur ces faits, pareeque jusqu’à présent on n'avait pas recherché, à l’aide d’une méthode exacte, ce qu’il fallait penser des crises et des jours critiques.. Nous avons vu que chez un quart des pneumonies qui guérissent , il est possible de saisir, à l’époque où l’amélioration commence , ou peu de temps auparavant, des cliangemens vitaux , et surtout des évacuations humorales j sans prétendre pourtant vouloir décider (ce qui est impossible à faire) , si les crises sont la cause ou l’effet du rétablissement de la santé. Quant à l’influence que certains jours exerceraient pour la terminaison des maladies , j’ai prouvé par plusieurs ordres de faits , combien une pareille doctrine était inadmissible, et si j’ai tant insisté pour la combattre, c’est à cause de la tendance de notre époque à revenir vers les vieilles idées; j’ai surtout voulu prévenir mes confrères contre cette opinion des hippocratistes qui serait si fatale à la thérapeutique des maladies aiguës, si elle venait à prévaloir de nouveau ; elle consisle, à considérer les jours vides^
TlinMlNAlSON IH’ f,\ l-Nl-UMONII'
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comme les seuls jours médicinaux , c’est-à-dire ceux pendant lesquels riiomme de l’art peut agir, tandis, dit Eordeu, qu’il nu presque aucun droit sur tous le-s aulreSy puisqu’il ne lui est pas permis de déranger la nature qui partage son travail entre les juiu's critiques et indicateurs ^ et qui se repose ou prend haleine les jours vides (1)*
ARTICLE III
Terminaison de la pneumonie par suppuration.
Comme toutes les inflammations des organes parenchymateux, la pneumonie peut se terminer par suppuration. Nous avons déjà | dit dans un autre article, que lorsque la maladie affecte ce mode | de terminaison, le pus se trouve dans l’organe sous deux e'tats j différents. Tantôt il est infiltré dans 1(3S malles du tissu cellulaire intervésiculaire ; plus rarement il est réuni en un foyer simple ou multiple, et constitue alors un véritable abcès : il importe beaucoup de se rappeler , et de conserver cette distinction. Je vais donc examiner successivement les symptômes qu’on observe dans chacun de ces deux degrés, de la terminaison de la pneumonie par suppuration.
§ Suppuration diffuse.
Je n’ai pu encore découvrir aucun signe capable de nous faire reconnaître le passage de la pneumonie du 2® au 3® degré. Les signes rationnels , tels que les frissons irréguliers , les redoublemens nocturnes, les sueurs plus ou moins copieuses, une sorte de détente dans les symptômes aigus delà maladie, qui marquent généralement, qu’une phlegmasie profonde s’est terminée par suppuration , manquent toujours quand la pneumonie passe au 3« degré, ou du moins je ne les ai jamais constatés chez aucun des malades qui ont été soumis à mon observation.
Si nous étudions les phénomènes propres de la maladie , et
(t) OEuvres compl. édit; de Richerand, 1. 1®*', p. 2t2. Rech, sur les Crises,, ÇXV.
?An SrPPUBATION DIFFUSJ?., 327
surtout ceux que donnent les moyens physiques d’exploration , on ne peut non plus dans la plupart des cas saisir aucun nouveau caractère. L’imperméabilité du pouinou ayant plutôt augmente qu’elle n’a rétrogradé , la matité reste aussi complète qu’avant ; la respiration tubaire , la broncoplionie conservent toute leur force, si quelques bulles de râle crépitant existaient encore, elles cessent tout-à-fait ; mais il n’y‘ a là , encore rien qui caractérise la présence du pus j ces phénomènes appartenant aussi bien à l’induration rouge du poumon, qu’à l’état d’hépatisation grise. Quelques auteurs pourtant ont avancé que l’auscultation pouvait faire reconnaître la présence du pus qui n’est qu’infiltré. Ainsi M. Stockes signale comme étant presque caractéristique de cet état, l’existence d’une respiration bronchique, mêlée à un râle mucu-crépitant (inucô crepitating raie) (i). M. FourneL s’appuyant sur deux faits seulement, est aussi porté à croire que dans les cas d’hépatisation grise, on entend au niveau des parties malades un râle muqueux à bulles grosses et humides , ayant pour caractère spécial de ne se produire que pendant le temps de l’inspiration (2). Il y a déjà longtemps que Laënnec avait lui-même parlé de l’existence d’un râle muqueux dans le cas d’infiltration purulente des poumons; il disait seulement que ce râle se passait dans les bronches, et qu’il était produit, soit par le pus qui y était versé , soit par une sécrétion catarrhale plus abondante (3).
Il est incontestable que dans un grand nombre de cas d’infiltration purulente des poumons, on entend au niveau des parties altérées, outre la respiration bronchique, un râle crépitant à bulles plus humides et plus grosses que celui du premier degré de la pneumonie. C’est ainsi que sur huit individus chez lesquels un des lobes d’un poumon, présentait une hépatisation grise complète, sans mélange du 2° degré , l’auscultation pratiquée à une époque voisine de la mort, avait fait percevoir une crépitation humide et grosse ; mais ce râle avait existé dans les jours précéclens, lorsque la maladie n’était encore probablement qu’à l’état d’induration rouge ; les bulles avaient peut-être
(1) Discases of tlie chest, p. 528.
(2) L. cil., t. I, p. 226.