TERMINAISON DE LA PNEUMONIE
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terminée par une hépatisation grise, on ne peut invoquer isole'inent aucun symptôme caractéristique. Ce n’est qu’en étudiant et en comparant les phénomènes morbides aux différentes époque de l’affection , qu’on peut arriver à quelque présomption sur l’existence du troisième degré.
L’hépatisation grise se produit plus ou moins rapidement; toutefois , comme il nous est impossible de déterminer le moment où le pus commence à infiltrer le tissu pulmonaire, nous ne pouvons calculer exactement le temps qui s’écoule généralement, pour que l’inflammation passe du deuxième au troisième degré. Chez tous les individus qui ont présenté à l’autopsie une hépatisation grise , le début de la maladie datait de 8 à 13 jours, terme moyen 12 jours. Ceux dont la pneumonie n’avait pas encore franchi le deuxième degré lorsqu’ils ont succombé , étaient malades depuis 5 ou l7 jours, terme moyen 9 jours. Enfin chez ceux qui ont offert un mélange des deuxième et troisième degrés, la maladie datait de 7 à Icj jours, terme moyen 10 jours; on voit donc que la gravité des altérations pulmonaires trouvées à l’autopsie , était en rapport avec le temps qui s’était écoulé à dater du début des premiers accidens.
Il résulte également de l’analyse des faits que , toutes choses étant égales d’ailleurs , le siège de la pneumonie et l’âge des sujets ont exercé une influence notable sur le passage plus rapide de la plîlegmasie du deuxième au troisième degré. C’est ainsi que la pneumonie qui envahit le lobe supérieur arrive à riiépatisation grise , beaucoup plus vite que celle qui affecte les autres portions de l’organe. Il m’a paru également que la pneumonie arrivait plus rapidement au troisième degi'é, chez les personnes faibles, âgées, que chez les sujets plus jeunes et plus vigoureux. Si en effet , dans les cas où la maladie ayant eu une durée à peu près égale , et dans lesquels on a trouvé cependant des altérations arrivées à différens degrés , on recherche quel fut l’âge des malades, on voit que dans l’hépatisation rouge l’age moyen des sujets était 4l ans; lorsqu’il y avait mélange des deuxième et troisième degrés , l’âge moyen était de 48 ans ; enfin il était de 5l, chez ceux dont la pneumonie avait passé complètement à l’état d’hépatisation grise.
La mort est la conséquence ordinaire de la pneumonie qui est parvenue au troisième degré. ïl est probable que cette ter-
FAU ABCES.
ininaison a lieu presque toujours pour peu que rinfiltiation purulente ait une certaine étendue. Quelques personnes semblent même douter qu’une hépatisation grise des poumons puisse se résoudre, et il faut convenir qu’il est difficile de leur prouver le contraire, puisque, comme je viens de le dire, la science ne possède encore aucun signe positif, pour diagnostiquer l’une de l’autre l’induration rouge et grise. J’ai bien vu trois malades, chez lesquels tous les signes rafto/zrecZs, étaient réunis , pour me faire supposer l’existence du troisième degré; néanmoins ces individus ont guéri , et quoique le travail de résolution ait été beaucoup plus lent à se faire , cependant il ne m’a pas paru différer sensiblement de celui qu’on observe dans la résolution de l’hépatisation rouge; c’est-à-dire que comme pour cette dernière, le souffle tubaire a été remplacé, sans intermédiaire, par une crépitation humide et grosse, qui a persisté plusieurs semaines.
Suivant Laënnec, le râle crépitant redux se remarquerait bien dans la résolution de la pneumonie au troisième degré; mais cet illustre médecin a prétendu c[ue cette crépitation était précédée par un râle mucjueux ou sous-muqueux, indice du ramollissement d’une portion du pus. Au bout de peu de jours et quelquefois de peu d’heures, le râle crépitant deviendrait d’après lui, sous- crépitant et indiquerait l’apparition de l’œdème, qui, suivant le même auteur ^ accompagne ordinairement la résolution de l’hépatisation grise (1). Lorsqu’on sait que Laënnec, et que personne après lui n’a pu donner de signe positif pour reconnaître l’infiltration purulente des poumons, on sera autorisé à supposer avec M. Andral (2), que l’illustre auteur du Traité de l’auscultation, a plutôt imaginé que réellement observé , les différens signes qu’il indique comme accompagnant la résolution de la pneumonie au troisième degré.
§ II. Abcès pulmonaires .
Bans tous les cas d’abcès pulmonaires primitifs que j’ai réunis, il paraît que la collection purulente a toujours été consé-
(2) Addilions :'i Laënnec, t. I. p. 528
TEHMINAISON DP. I,A PNEUMONIE.
cutive à une pneumonie qui s’était manifestée avec le cortèfre des symptômes généraux et locaux qui l’accompagnent ordinairement. Il me semble également que les collections purulentes des poumons se remarquent surtout, comme je l’ai déjà dit, chez les adultes et les vieillards ; plus fréquentes dans le lobe supérieur que dans le lobe inférieur, on les observe plus spécialement à la suite des pneumonies qui affectent des sujets affaiblis par l’âge , par des maladies antéiieures , par la misère ou les privations. C’est ainsi que sur 16 individus qui ont succombé avec des abcès pulmonaires primitifs, et pour lesquels on a tenu compte de l’état constitutionnel, je n’en trouve que deux ayant les attributs d’une bonne constitution 5 tous les autres étaient plus ou moins affaiblis par une ou plusieurs des conditions que je viens d’énumérer. La nature des causes occasionnelles exerce aussi beaucoup d’influence sur la terminaison de la pneumonie par abcès. Ainsi J. Frank (1) a prétendu que les collections purulentes des poumons, succédaient très fréquemment, aux pneumonies qui étaient l’effet d’une violence extérieure, ou à celles qui avaient été précédées d’une affection catarrhale des bronches. Je n’ai pour ma part encore observé aucun fait qui confirme cette opinion. Le même auteur signale avec plus de raison les corps étrangers qui pénètrent dans les voies aériennes , surtout ceux qui arrivent par le larynx , soit que, s’enfonçant dans le poumon , ils le percent, le labourent et l’enflamment directement : tels sont les épis des graminées; soit que, s’introduisant dans l’une des bronches, dans la droite spécialement , ils deviennent ainsi la cause excitante d’une pneumonie qui se développe dans un point plus ou moins éloigné; j’ai précédemment rapporté plusieurs exemples qui le prouvent.
Gomme on a pu le voir à l’anatomie pathologique, les pneumonies qui se sont terminées par la formation d’un abcès , occupaient presque toutes une étendue assez considérable de l’organe. La réunion du pus en foyer peut s’expliquer, tantôt par l’intensité de la maladie dont la marche a été extrêmement rapide, tantôt au contraire par sa lenteur, par une bénignité
(l) Part, secmi., volii. secun., p. r>99.