DU CÔTÉ DES ORGANES CIRCULATOIRES
braneinterne.Portalîicité(l)en efietriiistoire d’un jeune homme qui, étant mort dans le cours d’une rougeole, après avoir présenté une violente sulFocation, on trouva à l’autopsie les poumons rouges, indurés; l’aorte, dans presque toute son étendue, était également rouge 5 ses parois étaient gonflées , molles , surtout dans la région thoracique, près du diaphragme, où elles étaient couvertes de vaisseaux variqueux: enfin la membrane interne était gonflée et ramollie. Hodgson paraît aussi avoir observé deux fois l’inflammation du même vaisseau, développée dans le cours d’une pneumonie aiguë. Cet auteur a rapporté, en effet, dans son excellent ouvrage (2), l’observation d’un homme qui, ayant succombé en quelques jours à une violente péripneumonie, on tfouva l’aorte d’un rouge foncé, et présentant à sa face interne un épanchement lymphatique considérable ; cette concrétion adhérait d’une manière intime à la membrane interne, et arrivait jusqu’à la sousclavière qu’elle oblitérait complètement.
M. Eouillaud dit également avoir observé et diagnostiqué une inflammation de l’aorte sous-sternale survenue chez un malade qui succomba avec une pneumonie gauche- M, Bouillaud décrit ainsi (3) Tétât que présentait l’aorte à Tautopsie. « La partie supérieure de l’aorte, là où ce vaisseau est en contact avec le poumon enflammé, offre extérieurement une belle rougeur, qui contraste avec la couleur de ses autres portions. Né dans l’aorte thoracique descendante, un caillot parcoui f tout le trajet de Taorte ascendante, s’épaississant et s’organisant de plus en plus, à mesure qu’on s’approche de la crosse aortique, où il est élastique, glulineux, d’un blanc parfait, du volume du petit doigt, assez semblable pour la fonne et la couleur au cordon de la moelle épinière dépouillé de ses enveloppes. Il est adhérent aux parois dont on ne le détache que par une assez forte traction ; il s’élargit considérablement et s’épanouit en quelque sorte en pénétrant dans le ventricule gauche , qu’il remplit aux trois quarts, laissant seulement vers la région externe de ce ventricule un assez étroit passage au sang. La membrane interne de la crosse de Taorte présente une teinte rosée uniforme , la-
(1) Anal. Med., Paris t804,t. III, p. t27.
(2) Mal. des artères, trad. de l’anglais par G. Breschcl, t. I, obs.I*®, p. 5,
(ô) Clin., l. II, ol)s. 2«, p. 10.
COMPLICATIONS LC LA PNl'ÜMONIE.
quelle , sur les valvules aortiques , secliange en une vive rougeur qui ne s’efl’ace pas par le lavage. »
Les personnes familiarisées avec les recnerches d’anatomie pathologique , les médecins qui connaissent les travaux de MM. Rigot et Trousseau (1), ceux de MM. Louis (2) et Andral (3) , et les belles recherches de M, Bizot (4) n’auront pu reconnaître dans le fait cité par M. Bouillaud , un exemple d’aortite. Il est bien convenu aujourd’hui que la coloration rouge, et à plus forte raison la couleur rosée de la face interne des artères, n’a aucune valeur lorsqu’elle existe seule; elle ne doit être regardée comme une lésion phlegmasique que dans les cas où elle s’accompagne d’une exsudation albumineuse à sa surface, ou d’un changement dans son épaisseur et sa consistance. La couleur rouge de la tunique celluleuse n’est également d’aucune valeur ; on sait en effet , et l’expérience de tous les jours le prouve, que la phlegmasie des organes qui entourent un vaisseau peut produire dans celui-ci des colorations diverses. Les tissus contenant en effet une plus grande quantité de sang , les vaisseaux qui les avoisinent ou les traversent sont alors plus ex- j posésà l’imbibition. Ainsi, dans le fait cité par M. Bouillaud, je ne vois aucun indice d’artérite, mais seulement un exemple fort | curieux, fort remarquable de concrétions fibrineuses organisées pendant la vie, et que ce professeur a diagnostiqué avec beaucoup [ de bonheur. i
Ce caillot s’est probablement organisé sous l’influence de la même cause, qui préside ordinairement à la formation des caillots glutineux, élastiques, adhérens, que nous avons vus se former assez souvent dans les cavités du cœur. Il semble également résulter d’une observation très curieuse, publiée par M. Dalmas, et communiquée à l’Académie royale de Médecine, que la compression exercée par un poumon enflammé sur , l’aorte, peut favoriser la formation d’un caillot dans la portion correspondante de ce vaisseau. Voici le fait rapporté par
(l) ylrcliw. génév. de méd.t. XII, p. t 69, 335, t. XIII, p. 461 , t. XIV
(p.) Recher, sur la fièv. ij'ph., 2« edit., Paris, 4 841. t. I, p. 297.
(5) Clin,, t. I, p. 349, 4“ édit.
(4) Mém. de la socicté méd. d’ohsen'., ]}. 265.
1)11 CUTE DES OlVCiAiNES ClllCDLAlÜlIlES.
M. Üalmas (1). Une vieille femme de l’hospice de la Salpétrière mourut avec un commencement de gangrène sénile. A l’autopsie on trouva une oblitération avec épaississement et friabilité des artères du membre malade ; en outre, à la partie supérieure de la portion descendante de l’aorte, au niveau du point où s’insère le canal artériel, on trouva un caillot long de six centimètres remplissant tout lecalibredu vaisseau et y adhérant assez fortement. Ces adhérences, interrompues en dehors et en arrière , point où il existait un passage libre pour le sang , n’offraient aucune trace d’organisation. Le péricarde était rempli d’une quantité considérable de sérosité albumineuse, la plèvre gauche était aussi le siège d’un énorme épanchement. Le lobe supérieur de ce poumon infiltré de pus, avait acquis une densité extrême ; et un volume au moins égal à celui des deux poings : il remplissait tout le sommet de la poitrine , déjà si pleine, et devait nécessairement comprimer tout ce qui l’avoisinait, Or l’aorte, après son passage de droite à gauche, pour descendre le long des vertèbres dorsales , devait trouver dans la résistance et la densité du tissu pulmonaire un grand obstacle à sa dilatation et cela d’autant que le poumon était refoulé en haut par le double épanchement qui existait. La circulation devait donc y être très difficile ; de là la formation d’un caillot. 11 n’y avait aucun vestige d’aitérite. Je pense avec M. Dalmas, que la formation du caillot dépendait d’une cause tout à fait mécanique; il faut pourtant tenir compte aussi de la plasticité et de l’état inflammatoire du sang qui rendait ce fluide plus facilement concrescible. Si la malade eût vécu , il est probable que le caillot eût produit une oblitération ou un rétrécissement considérable de l’aorte thoracique.
Le diagnostic d’une complication du côté de l’aorte est extrêmement difficile. Dans le fait rapporté par M. Bouillaud, ce professeur annonça la formation d’un caillot dans l’aorte, d’après l’existence d’un bruit de souffle très fort, qui existait sur le trajet de ce vaisseau , c’est-à-dire vers le bord gauche du sternum en haut et en dedans du sein, et se propageant jusque vers la clavicule. Dans des cas pareils, il faut être bien certain qu’antérieurement à la pneumonie, il n’existait aucune maladie organique de cœur ou de l’aorte.
(l) fJ Expct iencc, t. 1, a’’ 31, p, 493.
COMPLICATIONS l)Ii LA rNLDMOMK
§ Vf Comphcalions du cote des organes biliaires.
1° Iclcre. L’ictère est la seule complication que j’ai vue survenir du côté de l’appareil biliaire. Je l’ai observé 20 fois sur 277 malades, chez lesquels je l’ai recherché avec soin. Si l’on excepte le typhus d’Amérique dans lequel l’ictère forme un des élémens essentiels de la maladie, il n’est aucune autre affection aiguë, dans laquelle on observe aussi souvent que dans la pneumonie, la couleur jaune ictérique de la sclérotique et de la peau (1).
L’ictère a existé presque toujours chez les sujets ayant moins de 50 ans ; il a été proportionnellement quatre fois plus fréquent chez l’homme que' chez la femme. Je l’ai vu survenir spécialement pendant le printemps et l’été ; ainsi, plus des deux tiers des malades dont la pneumonie se compliqua d’ictère , furent observés pendant les mois de mai, de juin, et surtout eu mars et en avril. D’ailleurs l’ictère s’est toujours montré d’une manière sporadique.
Tous les observateurs sont unanimes pour reconnaître que la complication dont je parle survenait plus souvent dans le , cours des pneumonies droites que dans celui des pneumonies ! gauches ; on a noté également que l’ictère était plus fréquent ; lorsque l’inflammation occupait le lobe inférieur, que lors- ! qu’elle siégeait au sommet de l’organe. Si je consulte les faits i que j’ai observés, voici ce qu’ils m’apprennent. Parmi les vingt ; pneumoniques qui ont été affectés d’ictère, il y en a 16 chez lesquels l’inflammation affectait le poumon droit, et chez quatre seulement, elle siégeait à gauche. Il ne faudrait pas pourtant conclure de là que l’ictère est quatre fois plus fréquent dans les pneumonies droites que dans les pneumonies gauches ^ car il faut ici tenir compte du nombre naturellement plus considérable des premières.
Si nous éludions maintenantl’influence conqîarative qu’exerce
(l) Je veux parler seulement des fièvres e'ruptives, typhoïdes, intermittentes, puerpérales, des angines simples, de l'érysipèle de la face, de la pleurésie, de la broncliite, des aifections cérébrales et utérines et des rhumatism es ar tic ulaircs.
DD CÔTE DES ORGANES lilLlAlUES,
dans ia production de l’ictère la pneumonie de la base et du sommet des poumons, je trouve que dans les seize cas de pneumonie droite qui se compliquèrent d’ictère; la phlegmasie occupait exactement dans la même proportion le lobe supérieur et le lobe inférieur. Il en fut de même pour les quatre malades chez lesquels l’ictère coïncidait avec une pneumonie gauche. En con^ durons -nous que le siège de la pneumonie au sommet où à la base de l’organe est sans influence sur la production de l’ictère. Je crois que les faits que je viens d’analyser sont trop peu nombreux pour pouvoir encor e émettre sur ce point aucune proposition générale.
Il a été impossible chez la plupart des malades, de déterminer avec rigueur l’époque précise où l’ictère a commencé à paraître. Cependant je crois pouvoir affirmer que dans aucun cas, ce symptôme n’a précédé la pneumonie ou même n’a débuté aveccelle-ci. Chez douze malades, la couleur jaune des sclérotiques et de la peau a pu être constatée de la fin du premier jour au quatrième ; chez les autres, l’ictère n’a pu se déclarer que du cinquième au huitième ou neuvième jour. La couleur jaune commençait à être visible aux sclérotiques ; elle s’étendait bientôt à la face, au cou et au tronc, parties qu’elle occupait exclusivement dans la plupart des cas. Ce n’est en effet, que chez un tiers des malades qu’elle devint générale ; et elle était alors le plus souvent en raison directe de l’étendue et de la gravité de la pneumonie. L’ictère ne présente jamais une teinte bien foncée.
Chez les six septièmes des malades, l’ictère était le seulfsymptôme qui indiquait un trouble du côté de l’appareil biliaire ; ce ne fut guère que chez un septième des sujets, qu’indépendamment de la couleur jaune de la peau , on observait encore des vomissemens, des nausées, de l’amertume à la bouche, et cette série de symptômes propres aux pneumonies bilieuses. L’ictère arrivait constamment à son summum d’intensité au bout de un à trois jours , et dans la plupart des cas , il suivait dans sa marche les mêmes phases que la pneumonie elle-même. Ainsi, parmi les onze malades chez lesquels la marche de l’ictère a été suivie avec beaucoup de soin , sept fois j’ai vu l’ictère et la pneumonie diminuer simultanément, trois fois l’ictère a commencé à décroître, pendant que la pneumonie était encore à sa période d’état; enfla, chez un seul malade, l’ictère a continué d’augmen-
COJlJM.lCAJ'lÜ.N ÜJi 1.4 l'AMiLMONU..
ter à une époque où la ])neumonic iwarchait déjà vers la re'solution. Dans la moitié des cas où la pneumonie eut une issue funeste, j’ai vu l’ictère diminuer dans les deux derniers jours de l’existence , tandis que dans l’autre moitié la couleur jaune augmentait jusqu’au terme fatal. Lorsque la maladie s’est terminée favorablement , la durée totale de l’ictère a varié entre quatre et quinze jours ; sa durée moyenne a été de huit jours; par conséquent elle a été plus courte que dans cette varie'té qu’on a nommée spasmodique, ou dans celle qui survient spontanément, et qui s’accompagne ou est précédée d’un trouble plus ou moins marc{ué du côté des fonctions digestives.
Gomment expliquer le développement de l’ictère dans le cours de la pneumonie ? Dans les cas oii la phlegmasie occupe le lobe ! inférieur du poumon droit , il semblerait assez naturel de supposer qu’alors l’inflammation s’est propagée par contiguïté de tissu juscju’à la membrane séreuse qui revêt le foie , et peutêtre aussi jusqu’à la couche la plus superficielle du parenchyme de l’organe. M. Bouillaud, qui émet cette opinion fl), nel’appuie j pourtant sur aucun fait positif ; je dirai même que les symptômes observés pendant la vie et l’état des organes après la mort, montrent que cette manière de voir n’est pas fondée. Ainsi dans aucun cas, le foie n’était augmenté de volume et ne débordait le rebord des fausses côtes ; chez six malades, la douleur occupait la base de la poitrine, au niveau de l’hypocondre ; mais celui-ci ne présentait aucune tuméfaction , et la douleur, qui avait le caractère pleurétique , dépendait évidemment de la pneumonie; chez dix malades , le point de côté siégeait à la région mammaire ; chez quatre il n’y eut jamais de douleur. Enfin chez les trois malades qui succombèrent , le foie fut examiné avec soin, et je ne trouvai aucune modification dans sa coloration et ; sa consistance ; il contenait une quantité de sang médiocre ; les | canaux biliaires étaient perméables ; le péritoine qui le re- | conviait, était intact, et le diaphragme ne présentait non plus j aucune lésion appréciable dans son tissu. Mais à supposer qu’il y | ait eu, dans ces cas, une irritation ou une simple excitation qui n’a pu laisser des traces sur le cadavre , comment expliquer alors l l’iclère qui est survenu aussi fréquemment dans la pueumoniedu
(l) Clin., t. 11, p. 1 38.
m; DUH. ULvS OUUAMS BlUAKii:h.
soiiimel que clans celle de la base? comment se rendre compte, enfin de Tictère arrivant dans lecours d’une pneumonie fjauche, surtout lorsqu’elle affecte le lobe supérieur ? J’avoue cpie je n’ai trouve' aucune explication' raisonnable du phénomène ; dire que , dans ce cas Tictère est sympathique ou spasmodique , c’est vouloir se payer d’un mot dont nous ne comprenons guère le sens. Il faut donc , dans l’état actuel de la science , et pour ne pas sortir des faits , reconnaître que la pneumonie est de toutes les maladies aiguës (les affections du foie et la fièvre jaune exceptées) , celle qui s’accompagne le plus souvent d’ictère , et que Jusqu’à présent il ne nous a pas été permis de connaître suivant quel mécanisme cette complication survient.
2° Hépalite. L’inflammation du foie survenant dans le cours d’une pneumonie est un accident qui doit être fort rare. Je ne l’ai jamais observé j M. Chomel n’en parle point, etM. Andral n’en rapporte qu’un seul exemple (1). Cependant, d’après le témoignage de Sarcone (2), l’hépatite aurait été un accident assez fréquent de la pneumonie , pendant l’épidémie qui régna à Naples dans l’année 1764- Sarcone cite également la pratique d’un autre médecin italien , qui, observant à Léonato en 1733, vit une maladie aiguë de poitrine se joindre à une phlegmasie du foie. L’Hippocrate napolitain fait d’ailleurs remarquer que les aflections du foie qu’il a vues survenir dans le cours des pneumonies, ne doivent pas être attribuées aux lois de la sympathie ; mais que les deux viscères furent distinctement et séparément attaqués par la même cause qui affectait en premier lieu et particulièrement la poitrine. On conçoit pourtant qu’on ne peut avoir dans les observations de Sarcone une grande confiancej il avoue d’ailleurs lui-même, avec beaucoup de candeur, qu’il est très facile de se tromper, et de prendre pour une hépatite, ce qui n’est souvent qu’une maladie de poitrine. De pareilles erreurs étaient autrefois commises fréquemment par les médecins même les plus habiles, comme on peut s’en convaincre par le témoignage deYalsalva et deMorgagni (3). Mais aujourd’hui,
(1) Clin.^ LV® obs.,1. 111. p. 414.
(2) Jlisloii e raison, des Mal. obser, a Naples, traduit de l’italien par lîcllai, Paris, 1 804. t .1, p. 22G.
(3) Lettre 20®, Çit) 30 et 31.
(JOMl'LlCATIOiNS J)K I.A J-JN JiUMO> i t.
grâces aux progrès qu’a faits le diagnostic des affections locales, nous pouvons toujours, non-seuleinenl distinguer l’iiépatite d’une pneumonie ; mais nous pouvons encore reconnaître les cas où ces deux affections coexistent ensemble , et jusqu’à présent tout nous fait supposer que riiépatite, dans ce climat du moins, est une des complications les plus rares de la pneumonie , et si les auteurs anciens l’ont vue plus fréquemment que nous, cela doit dépendre de quelque circonstance fortuite de constitution médicale, ou plutôt encore d’erreurs de diagnostic , dont sont convenus les plus habiles d’entre eux.
§ VI. Complications cérébrales.
\° Délire. La pneumonie se complique assez fréquemment de divers accidens cérébraux , parmi lesquels le délire est le plus fréquent. Sur deux cent quatre-vingt-dix malades chez lesquels l’état des fondions cérébrales a été suffisamment étudié , vingtsept, c’est-à-dire un onzième environ, présentèrent, à certaines périodes de la maladie, un délire plus ou moins intense. Dans les faits qui ont été analysés par M. Louis, le délire s’est montré beaucoup plus fréquemment que chez mes malades, puisque cet observateur a noté ce phénomène sur un cinquième environ des sujets, dont il a recueilli l’histoire (1). Celte proportion est à peu près celle que donne M. Andral, puisque sur soixantecinq pneumonies dont les observations sont rapportées dans sa clinique, quinze offrirent un délire plus ou moins prononcé (2); enfin, M. le docteur Briquet a vu le délire survenir sur un septième environ des malades qu’il a traités à l’hôpital Cochin (3) En somme , si on réunit les faits publiés dans les statistiques de pneumonies publiées le plus récemment , je vois que sur quatre cent trente-cinq cas d’inflammation pulmonaire , le déhre fut observé chez cinquante-quatre malades , c’est-à-dire sur un huitième à peu près : on peut donc établir que la fréquence du délire dans la pneumonie varie entre un huitième et un onzième environ.
(1) typh., l. 11, p. 3(j et 40, 2^ edit.
(2) Jiapp.de M. Haye)', bulletin de l’acad. de ine'd. 1 840 T, 4.p. 464.
(3) Archiv., 5® séjic, (. VIll, p, 272.
DEUUK.
L’analyse des laits a également démontre' (jue le délire s’était montré plus souvent chez les individus qui ont succombé que chez ceux dont la maladie eut une heureuse issue ; il résulte aussi des observations de M. Louis que le trouble des facultés intellectuelles avait été observé , chez les premiers, dans la quatrième partie des cas , tandis que chez les seconds, il ne s’était déclaré que chez un sixième à peu près.
Le délire s’est montré beaucoup plus fréquemment chez l’homme que chez la femme, et cela dans la proportion de vingt et un à six. L'âge des malades a dû certainement avoir une certaine part dans la production de ce symptôme, puisqu’à l’exception de trois individus qui avaient moins de trente ans tous les autres avaient dépassé l’âge de quarante; la période de cinquante à soixante, est celle qui nous a offert le plus grand nombre de délires. On a dit qu'à un âge plus avancé, que chez les vieilles femmes de l’hospice de la Salpêtrière, par exemple , il était rare de voir une pneumonie parcourir ses périodes sans dérangement des facultés intellectuelles. Mais MM. Hourmann et Dechambre, qui ont émis cette opinion, ne l’ont malheureusement appuyée d’aucun résultat numérique (1), Nous ne savons non plus rien de précis sur la fréquence du délire dans la pneumonie de l’enfance ; il semblerait toutefois résulter des recherches modernes , que dans le jeune âge , cette complication est moins fréquente que chez les sujets plus âgés. Enfin , parmi mes vingt-sept malades , deux seulement étaient doués de celte constitution qu’on regarde comme prédisposant aux accidens nerveux.
L’abus des liqueurs alcooliques , l’habitude de l’ivrognerie me paraît devoir être regardée comme une des causes qui provoquent le plus souvent le délire dans le cours des inflammations pulmonaires. C’est ainsi qu’un bon tiers des individus dont je parle, se livraient à de fréquens excès de vin, ou buvaient tous les jours une grande quantité de liqueurs fortes et surtout d’eau-de-vie. Parmi les 12 malades de M. le docteur Briquet, qui eurent du délire dans le cours d’une pneumonie, 2 étaient des ivrognes déclarés, et 2 autres paraissaient également commettre quelquefois des excès alcooliques (2). En-
(1) Arch. 2' série, t. Xll, p.
(2) Archives Z’’- série, t. VIII., p. 272.
COMl'LlCA l'IOWb DK KA l>M.L’MON I K.
fui M. Ra^^er dit avoir aussi observé plusieurs fois chez des ivrognes atteints de pneumonie, un délire survenir brusquement (1).
Les émotions morales, les chagrins sont une cause déterminante de délire. J’ai vu, en effet, avecM. Chomel, dans le cours de l’année 1836, une femme qui, ayant été victime d’un vol considérable , en éprouva une violente secousse morale; elle fut prise quelques jours après de tous les symptômes d’une pneumonie qui se compliqua dès le début d’un délire violent.
On a dit qu’il y avait un rapport entre le siège de la pneumonie et l’apparition du délire. Ainsi M. Bouillaud a prétendu que ce symptôme accompagnaitplus fréquemment la pneumonie du sommet que celle de la base (2). Mais ce professeur n’a appuyé cette assertion d’aucune preuve dii*ecte, et les faits tirés de sa pratique, au nombre de 7 seulement, qu’un de ses élèves a publiés (3), sont insuffisans pour justifier l’opinion qu’il a émise sur l’influence que le siège delà pneumonie exercerait dans la production du délire. En consultant mes observations particulières, voici à quels résultats elles m’ont conduit. Sur les 27 malades qui ont présenté du délire , 9 étaient affectés d’une pneumonie du sommet ; chez 14 la plilegmasie occupait la base de l’organe, et chez 4 enfin, elle était limitée au l/S moyen. Ainsi, il résulte de ce relevé que chez le 1^3 seulement des malades qui ont présenté du délire, l’hépatisation occupait le lobe supérieur de l’un ou l’autre poumon , ce qui n’indique pas une influence bien grande exercée par la pneumonie du sommet dans la production des troubles cérébraux. Ces résultats se trouvent d’ailleursconfiimés par les observations de plusieurs auteurs. Ainsi, sur 65 pneumonies, dont les observations sont rapportées par M. Andral , 15 ont présenté un délire plus ou moins marqué; chez 8 il y avait inflammation du sommet d’un ou des deux poumons, seule ou accompagnée d’une pneumonie de la base ou de la partie moyenne ; dans 7 autres cas, il y avait délire sans que le sommet fût affecté. Ainsi , sur 15 cas de pneumonie avec délire, indiqués par M. Andral , il y en avait 7 , c'est-à-dire la
(t) Biillet, de l'acad., royale de mcd., Paris, 18/<0, t. IV, p. 464.
(2) Dict. de mcd. et de chir. prat. t. XIII, p. 577.
(3) Mém. de l'Acad, de inéd., Paris, 1 840, t. VIII, p. 343.
nî:Lri\E.
moitié environ dans lesquels le lobe supérieur n’était pasalTecté. Un autre fait, résultant des recherclies de M. Aiidral , tend aussi à diminuer rintluence t[u’on a attribuée à la pneumonie du sommet sur la production du délire; dans 11 cas cités par ce professeur, il y a eu inflammation d’une partie ou de la totalité du lobe supérieur du poumon, seule ou réunie à l’inflammation des autres portions de cet organe, sans qu’on ait noté du délire même dans les derniers temps de la vie (1). Enfin, parmi les 12 malades qui furent aftéctés de délire dans le cours d’une pneumonie, et dont iM. Briquet a parlé dans son compte-rendu, il n’y en a que 2 chez lesquels l’inflammation occupât le sommet de l’organe (2).
De tout ce qui précède, on peut conclure, je crois, que ju»qu’à présent, il n’est pas prouvé que la pneumonie du sommet soit plus souvent accompagnée de délire que celle qui occupe la base ou la partie moyenne de l’organe. Les pneumonies doubles, s’accompagnent d’ailleurs plus souvent de délire que celles qui n’occupent qu’un seul poumon ; c’est ainsi que , d’après mes relevés, le trouble des facultés intellectuelles aurait existé chez le quart des sujets qui eurent une inflammation des deux poumons à la fois.
L’époque à laquelle le délire se manifesta, a beaucoup varié. Je viens de dire que cbez un malade le trouble des facultés intellectuelles débuta presc[ue avec les premiers symptômes de la pneumonie. Chez un autre, dont j’ai aussi parlé précédemment, le délire fut le premier phénomène morbide cjui apparut; pendant .3 jours il exista seulement avec de la fièvre , et ce ne fut qu’après cette époque que des symptômes se montrèrent pour la première fois du côté de la poitrine. Mais des faits pareils sont fort rares. Chez tous les autres malades, le délire se déclara du 4*^ au lü“ jour, et beaucoup plus tôt chez les ivrognes que chez les autres. Ainsi , tandis que ces derniers ne commençaient à délirer, terme moyen, que vers le 10« jour, les premiers, au contraire, déliraient dès le 5". Chez tous les malades, le trouble des facultés intellectuelles survenait donc à une époque où la maladie continuait encore à s’accroître, ou était déjà arrivée à son plus
{i) Ilajer, hiill. de l'yfcad,^ t. [V, p, 4G4.
(2) Arch,, Sfsoric, t. VIII, ]). 272.
COMPI.ICATlONs DI. LA PNM.TTMONli;.
liant degi'c (rintensilc. Chez iiu uialude seulement, le trouble cérébral se déclara au moment de la convalescence, et il y a peu de mois, j’ai eu occasion d’observer un fait semblable dans la pratique civile.
Le délire a présente' des caractères différens', suivant qu’on Tobservait chez des individus sobres ou bien chez des ivrognes. Chez les premiers, le dérangement des facultés intellectuelles n’était marqué que par un peu de divagation ; les malades parlaient seuls , répondaient d’une manière incohérente aux questions qu’on leur adressait ; quelquefois pourtant, on pouvait en obtenir des réponses sensées ; mais cela n’avait lieu que momentanément. Trois individus seulement , eurent une grande agitation ^ ils parlaient haut, faisaient effort pour se lever, et on fut obligé de les fixer dans leur lit à l’aide du gilet de force. Ce déhre persista de 1 à 8 jours, il fut suivi d’une fâcheuse terminaison chez les 3^4 des malades, et persista alors jusqu’au terme fatal. Chez un 1/4 des sujets, la guérison eut lieu, et la cessation du délire précéda toujours de un ou plusieurs jours le commencement de la convalescence.
Chez les ivrognes, le délire n’a présenté les mêmes caractères que ci-dessus, que chez la moitié seulement; chez tous les autres il fut caractérisé par une agitation extrême. Les malades vociféraient, poussaient des cris sans interruption ; ils repoussaient et battaient les personnes qui leur donnaient des soins ; la plupart pourtant répondaient encore juste à quelques-unes des questions qu’on leur adressait ; on fut toujours obligé de leur mettre la camisole de force. Cette extrême agitation était aussi forte le jour que la nuit; l’insomnie était complète ; cependant on n’observait pas comme dans le cas de delirium trernens , le tremblement de la mâchoire et des membres , l’incertitude des mouvemens et la voix saccadée. Un malade a présenté pourtant tous ces symptômes à la fois, mais j’appris qu’avant l’invasion de la pneumonie, il éprouvait déjà des troubles du côté de la contractilité musculaire, lesquels étaient consécutifs à une colique saturnine.
Ainsi, dans un certain nombre de cas , le trouble |des facultés intellectuelles , qui survient dans la pneumonie , ressemble tout à fait au délire des maniaques; dans quelques cas même, les malades sont réellement et momentanément frappés d’alié-
DKr.IRE,
nation mentale. Ainsi MM. Thore et Aubanel, de Marseille, rapportent dans leur intéressant ouvrage (1), qu'ils ont vu plusieurs fois arriver à l’hospice de Bicétre, des individus qu’on leur envoyait comme aliénés, et qui n’étaient aftectés que d’une manie passagère, développée pendant la période aiguë, ou pendant la résolution d’une pneumonie, et qui se dissipait très rapidement.
Le délire violent, tel que je viens de le décrire, n’a jamais persisté au delà de 4 ou 5 jours ; à cette époque il fut remplacé par le coma chez les sujets qui succombèrent, et par le retour complet de l’intelligence chez les 2 qui guérirent.
A l’autopsie des individus qui moururent après avoir présenté du délire , je trouvai dans près du tiers des cas (chez 8) , les caractères anatomiques d’une méningite récente, c’est-à-dire une infiltration purulente du tissu cellulaire sous-arachnoïdien, dans toute l’étendue de la convexité des hémisphères. Cette arachnitis, à en juger par les troubles cérébraux, observés pendant la vie , n’avait dû se déclarer que dans les 24 , 36 ou 72 dernières heures de la vie. Elle n’a existé qu’une seule fois chez les ivrognes. Chez tous les autres ( à l’exception de 2, dont l’autopsie ne put être faite) on ne constata dans le cerveau ou les méninges aucune altération assez grave pour expliquer les troubles observés pendant la vie. Ainsi trois fois les lobes cérébraux présentaientun léger piqueté, et chez 6, ilyavaitune infiltration de sérosité assez considérable dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien, et même dans les ventricules latéraux. Mais cette dernière lésion n’a existé que chez les individus dont l’agonie fut longue, et chez lesc|uels le délire fut remplacé par un état comateux un peu prolongé.
Il résulte de ce qui précède que dans les deux tiers des cas , l’état apparent des méninges et du cerveau ne peut expliquer le délire qu’on avait noté pendant la vie. Il n’y avait également aucun rapport bien évident, et surtout constant, entre le délire et l’étendue de l’altération pulmonaire ; chez tous, la pneumo* nie était arrivée au deuxième ou au troisième degré ; mais dans la pluj)art des cas, l’hépatisation était bornée à un seul lobe, ou môme à une moitié d’un lobe. On ne peut même dire
(l) Recherches stfitisticfues sur V aliénation mentale, Paris 1841, p. 84.
COMPLICATIOiVS DE LA PNEUMONIE,
qu’il y eût un rapport bien évident entre l’appareil fébrile et la production des troubles cérébraux. Si la plupart des malades qui eurent du délire, éprouvaient une fièvre intense, on peut dire pourtant que chez un plus grand nombre, qui présentèrent une fièvre encore plus vive, on n’observa à aucune e'poque, de trouble appréciable du côté des facultés intellectuelles. Cependant M. Louis a été' conduit à penser (1) que le délire qui survenait dans le cours des affections aiguës , ordinairement inflammatoires , était plutôt l’effet du mouvement fébrile, qu’il ne serait la conséquence d’une action sympathique de l’organe malade , bien que cette action, d’après le même auteur , n’y soit pas étrangère. M. Louis fait observer que dans les maladies aiguës qui se compliquent de délire , la fièvre est la seule circonstance commune à tous les sujets , et il est rationnel de ne pas recourir à des causes différentes pour l’intelligence d’un phénomène, plus ou moins exactement toujours le meme.
Ce raisonnement de l’illustre observateur que je viens de citer, est tout à fait logique ; cependant ce que j’ai dit précédemment me fait douter encore si l’on doit faire jouer à l’appareil fébrile le rôle que M. Louis lui attribue. Je ne sais s’il convient de considérer la fièvre comme étant le lien sympathique qui mettrait en rapport le cerveau et l’organe souffrant ; car je crois que dans la manifestation des troubles intellectuels, il faut nonseulement faire la part de la fièvre , mais reconnaître encore l’influence que jouent les prédispositions individuelles des sujets, leur habitude, l’état moral qui a précédé ou accompagné le développement de la maladie actuelle. Il faut reconnaître enfin , dans un grand nombre de cas , que les causes productrices du délire nous échappent; nous le voyons quelquefois coïncider avec le développement d’un état général , grave , comme dans certaines pneumonies typhoïdes ou malignes, et peut-être alors en trouve-t-on l’explication dans l’infection générale des liquides. Quoi qu’il en soit, je pense que dans un grand nombre de cas , on ne saurait donner aucune raison plausible pour expliquer la production du délire ; prétendre que cet accident est un effet sympathique de la maladie du poumon, c’est voiler souvent notre ignorance par un mot , dont on abuse beaucoup, et dont peu de personnes connaissent la valeur.
(l) Fv‘i>, tvph., 3'“ édil. , t. Tf, p. AA.