DÉJ.IRE
Quelle est la nature du délire qu’on observe si fréquemment chez les ivrognes atteints depneumonie, etcommenten expliquer le développement? Si on se rappelle l’intensité du délire, la violence des emportemens qui sont quelquefois poussés jusqu’à la fureur, l’insomnie, l’absence d’altération matérielle dans les centres nerveux après la mort; si on réfléchit que ces troubles se déclarent surtout chez des individus qui abusent des liqueurs alcooliques,on ne pourra s’empêcher de reconnaître dans ces accidens une forme du delirium tremens. D’ailleurs, nous verrons plus tard, à l’article du traitement, que les bons effets qu’on obtient quelquefois dans ces cas , de l’usage combiné du vin et de l’opium , viennent confirmer mon opinion sur la nature de la maladie. L’invcision du delirium tremens dans le cours d’une pneumonie , s’exjdique par rinterruption brusque des liqueurs alcooliques. Il résulte en effet des travaux importans, publiés en Angleterre et eu Amérique, par les docteurs Blacke (1) et Ware (2) , qu’un ivrogne ne peut être atteint d’une maladie quelconque, sans être sous l'imminence du delirium tremens. L’usage abusif des liqueurs alcooliques constitue la cause prédisposante, tandis que la cause occasionnelle paraît être la brusque interruption de ce stimulant du système nerveux , interruption qui a généralement lieu, dès que ces individus sont atteints d’une affection grave.
Je ne m’arrêterai pas longtemps sur les autres accidens cérébraux qui peuvent sm venir dans le cours de la pneumonie. Ainsi la somnolence, le coma, n’ont encore été observés que consécutivement au délire, et lorsque la maladie avait une issue funeste. Je ne parlerai pas non plus des symptômes cérébraux qui survenaient au nioment de l’agonie, car ce n’est pas là, à proprement parler, une complication.
Le coma a été observé chez cinq sujets parvenus du cinquième au douzième jour de la pneumonie; ils avaient tous dépassé l’âge de soixante ans , à l’exception d’un seul qui n’était âgé que de vingt-huit ans, et chez lequel le coma ne persista que pendant vingt-six heures , mais durant tout ce temps il y eut résolution presque complète des membres , et insensibilité
(O Practiccd essay on delirium tremens. London 18 50,
(2) lîemat ks on ihe hislory and trentinent oj’ delirium tremens. Boston, t 8 3 1 .
394 COMPLICATIONS DP LA PNKUMONir,
générale (le la peau. Gel individu se rétablit; les quatre autres succombèrent. Chez deux, le cerveau et les méninges ne présentaient aucune lésion; chez le troisième, une arachnitis put expliquer les accidens cérébraux notés dans les derniers jours de l’existence. Enfin les soubresauts des tendons n’ont été' vus que chez quatre malades, dont trois ont succombé. Ce phénomène est en effet fort rare dans les maladies aiguës , si l’on en excepte la fièvre typhoïde , puisque M. Louis ne l’a guère rencontré que quatre fois sur plus de 530 malades chez lesquels il l’a recherché (1).
§ VII. Douleurs articulaires.
Quatre malades n’ayant jamais eu antérieurement de rhumatisme articulaire ou musculaire, furent affectés dans le cours d’une pneumonie, de douleursjvives dans une ou plusieusr articulations à la fois. Ces douleurs se déclarèrent dès les premiers jours de la pneumonie dans un cas, tandis que chez les trois autres elles ne survinrent que lorsque l’inflammation pulmonaire s’était déjà beaucoup étendue en surface et avait passé partout au deuxième ou au troisième degré. Ces douleurs occupaient dans] un cas les deux épaules, dans un autre elles étaient bornées augenou droit , chez un troisième sujet elles affectaient l’articulation tibiotarsienne gauche; enfin le dernier malade se plaignait à la fois du poignet droit et du genou gauche. Les douleurs étaient toujours très vives; elles augmentaient par la pression et par les mouvemens; dans aucun cas il n’y eut de la rougeur aux tégumens ; une seule fois j’ai constaté une tuméfaction considérable de l’articulalion ; celle-ci était eu même temps le siège d’une fluctuation évidente. Une circonstance qui mérite d’être signalée , c’est que chez les quatre malades , les douleurs ont toujours été fixes, elles ne se sont jamais déplacées, et lorsqu’elles ont occupé plusieurs articulations à la fois , elles les ont envahies ensemble. Trois des malades ont succombé avec une hépatisation grise ; mais par suite d’un oubli vraiment im pardonnable , j’ai négligé dans deux cas, d’ouvrir les articulations qui étaient encore le siège de douleurs vives au moment de l’agonie. Chez le troisième sujet , le seul dont j’ai disséqué
{\')Fiè\>. lyph.ft. Il, p. 04,
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les jointures^ j’ai vu que le poignet droit et le genou gauche qui avaient été le siège de fortes douleurs pendant la vie et de gonflement , étaient remplies d’un pus phlegmoneux inodore, et les franges de la membrane synoviale étaient les seules parties de l’articulation qui fussent légèrement injectées.
Quelle est la nature des douleurs articulaires que je viens de décrire ? Faut-il les regarder comme étant rhumatismales? Je l’avais cru d’abord. Mais si on réfléchit que l’un des caractères les plus remarquables des douleurs rhumatismales , c’est à dire leur mobilité, a constamment manqué, qu’il n’y a eu de la tuméfaction que dans un seul cas, on sera autorisé à élever quelques doutes. Enfin l’autopsie ayant montré|une fois que du pus existait dans les articulations malades, on aura un nouvel argument pour regarder ces douleurs comme n’étant pas de nature rhumatismale. Mais comment expliquer la présence du pus? Il était impossible de regarder ce liquide comme ayant été séa'été par les surfaces articulaires enflammées; car la membrane synoviale était partout lisse, molle, transparente, et il n’existait qu’une très légère injection piquetée dans les franges synoviales articulaires , qui ne pouvait expliquer ni les symptômes observés pendant la vie, ni la production pathologique trouvée après la mort. Il y avait beaucoup de ressemblance entre ces faits et ces abcès articulaires cju’on observe dans les résorptions purulentes; y avait-il alors une phlébite quelque part? J’eus cette pensée quand je procédai à l’autopsie; mais la putréfaction m’a empêché de faire à ce sujet des recherches aussi complètes que j’aurais voulu. Si nous devons conserver quelques doutes sur l’origine du pus, il est, je crois, bien démontré par l’étude que je viens de faire, que les douleurs articuj laites observées chez ce malade , n’étaient pas de nature rhumatismale.
ARTICLE II
Fréquences des complications precedentes dans les pneumonies
consécutives.
On peut dire d’une manière générale que la plupart des maladies on des accidens que nous venons d’étudier, compliquent
COMPLICATIONS DK LA PNEUMONIIÎ.
assez rarement les pneumonies consécutives, comme cela résultera (les faits que je vais analyser.
De toutes les complications tliorack|iies que j’ai précédemment signalées , le catarrhe pulmonaire est presque la seule que j’aie rencontrée cjuelquefois, dans lescasde pneumonies consécutives. Mais comme j’ai été obligé d’écarter tous les faits relatifs aux maladies thoraciques, tous ceux aussi dont les affections s’accompagnaient de bronchites , telles que les maladies du cœur , les fièvres typhoïdes , la rougeole , il s’ensuit qu’il ne m’est resté qu’un nombre de faits insulfisans pour bien étudier la question. Je dirai pourtant, que sur les pneumonies consécutives à des maladies organiques du foie, des reins, de l’utérus et de l’estomac , il y eut deux fois un catarrhe pulmonaire assez étendu pour masquer quelques-uns des symptômes propres à l’inflammation pulmonaire. Cette complication catarrhale paraît être moins rare dans la pneumonie qui affecte les démens paralytiques, comme cela résulte surtout des docu- i mens que M. Thore m’a communiqués; toutefois ils ne sont pas assez précis, pour me permettre de déterminer suivant j quelle proportion le catarrhe pulmonaire se rencontre dans la j pneumonie des aliénés. î
Chez ces derniers, il paraît aussi que la pleurésie concomitante serait moins commune que dans les pneumonies ordinaires, puisqu’il résulte encore des recherches de M. Thore, que la plèvre n’a été trouvée enflammée que chez la moitié des aliénés qui furent emportés par une pneumonie aiguë. Dans les faits que j’ai recueillis , et en ne considérant la pleurésie que comme une lésion concomitante, je n’ai trouvé aucune différence entre les pneumonies primitives et consécutives. Mais il n’en a plus été de même de la pleurésie telle qu’elle doit être considérée dans cet article , c’est-à-dire assez étendue et assez grave pour constituer une véritable complication de la maladie intercurrente. Ainsi sur 54 cas de pneumonie secondaire, je n’ai guère rencontré un épanchement pleurétique un peu considérable que ch 'Z les individus dont la jmeumonie était consé- i cutive à une phlébite , et peut-être alors l’épanchement puni- I lent dans les jilèvres était plutôt l’eftêt de la maladie primitive que (le la pneumonie elle-même. L’ictère n’a existé qu’une seule fois ; il a paru se développer en même temps que la pneu-
COMI’UCATIOjNS UES l’iNliUMUM ES COMSÉCrjTlVES.
monie, je pourrais presque dire que c’est Un qui fit découvrir la complication thoracique. En effet, un jour M. Chomel ayant remarqué une couleur ictériqne survenue depuis la veille chez un sujet affecté de cirrhose, fut conduit à l’examiner plus complètement; ayant découvert en même temps un a])pareil fébrile assez intense, la réunion de ces deux circonstances fit soupçonner à l’habile professeur l’existence d’une pneumonie , bien que le malade n’accusât aucun trouble apparent du côté de la poitrine; l’auscultation vint justifier ces craintes, en faisant découvrir une phlegmasie commençante du lobe inférieur du poumon droit.
Le délire est au contraire une complication assez fréquente des pneumonies secondaires. C’est ainsi que le trouble des facultés intellectuelles a été observé dans un douzième environ des pneumonies consécutives aux maladies chroniques. Dans les pneumonies qui se déclarent dans le cours des maladies aiguës, le délire paraît être encore plus commun , mais il est le plus souvent impossible de déterminer si les accidens cérébraux qu’on observe dépendent de l’influence qu’exerce la maladie primitive ou l’affection intercurrente. Pour résoudre ce problème, il faut dans ces cas, comparer le début et la marche de la pneumonie avec l’e'poque où le délire est survenu ; il faut aussi avoir égard à la* nature de la maladie primitive. C’est ainsi, par exemple , que si dans le cours d’une phlébite on voit du délire survenir peu après le développement d’une pneumonie, il sera plus rationnel de rapporter les troubles cérébraux .aux progrès de la maladie première qu’aux développemens de l’affection intercurrente; parce qu’en effet, le délire est un i symptôme habituel des résorptions purulentes. Il en serait à peu près de même pour la fièvre typhoïde.
On voit donc , d’après tout ce qui précède , que les complications se montrent en général moins fréquemment dans le cours des pneumonies secondaires, que dans celui des phlegmasies pulmonaires primitives. Cette différence dépendrait-elle
!de la marche en général plus rapide des premières, ou bien est-ce plutôt de ce que, la faiblesse étant plus grande et la sensibilité générale plus émoussée , les phénomènes sympathiques éprouvent , par cela môme , plus de peine , plus de lenteur à se développer? C’est ce qu’il est à peu près impossible d’affirmer.
JOKMLS J)E L\ PNE(JA10:SlE.