‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 68 sur 103 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DE L’IINFLUENCE DE LA PNEUMONIE SUR LA PRODUCTION ET LA iMARCHE DE PLUSIEURS MALADIES.

Une pneumonie survenue chez un sujet en apparence bien portant , peut devenir la cause occasionnelle d’une autre maladie , soit dans le poumon, soit dans un autre organe; d’autres fois, la pneumonie survenant dans le cours d’une autre affection déjà bien caractérisée, exerce sur celle-ci une influence favorable ou fâcheuse. Ce sont là des c[uestions bien importantes et à l’examen desquelles je vais consacrer cprelques instans. J’étudierai successivement l’influence de la pneumonie sur la production et la marche des maladies du poumon et du cœur, je rechercherai ensuite, si, coniine ou Ta dit, la pneu-

462 INKLUliMCU üü LA l'xVliUMONlE SUK LLS AlITUliS MALADIES.

inonie peut quelquefois produire ou guérir des maladies aifectant des organes plus ou moins éloignés; enfin, je terminerai par indiquer ce qn’on doit craindre lorsqu’une inflammation pulmonaire afi’ecte une femme enceinte,. et l’influence que la maladie peut exercer sur la marche de la grossesse.

ARTICLE PREMIER

Influence de la pneumonie sur la production et la marche des maladies j

du poumon. |

Lorsqu’on réfléchit aux changemens que rinfiammation ap- j porte dans la structure du tissu pulmonaire, aux modifications j intimes que subit la nutrition de ce viscère , on conçoit facilement que sous l’influence de dispositions organiques spéciales et préexistantes, la pneumonie devienne la cause occasionnelle de plusieurs altérations consécutives plus ou moins graves. C’est ainsi qu’on a regardé l’inflammation pulmonaire comme pouvant donner lieu à l’emphysème , à la dilatation des bronches, à Tœdème et aux tubercules. Je vais examiner successivement la valeur de ces différentes opinions.

5 pf. Influence de la pneumonie sur l'emphysème et la dilalalion des

bronches. „

Il semble à priori que l’emphysème pulmonaire dût être | une suite fréquente et presque forcée de la pneumonie. En ef- | fet , lorsque le poumon est hépeatisé, les vésicules sont agran- { dies, leurs parois sont épaissies, et leur cavité est obstruée par un liquide plus ou moins visqueux ; il semblerait donc rationnel de croire qu’à l’époque de la résolution>^juelques-unes des vé- 1] sicules frappées d’atonie dussent conserver une ampleur plus considérable fjue d’ordinaire. Cependant il n’en est rien , car aucun des malades dont j’ai recuedli l’histoire , et qui étaient affectés de pneumonie, pour la troisième , quatrième ou cinquième fois, n’avaient éprouvé dans l’intervalle de leurs récidives, aucun des symptômes de l’emphysème pulmonaire. H fauten outre remai'quer que chez la plupart des malades, l’emphy.sèiue occupe d’abord le bord tranchant des poumons, c est là du moins qu’il a sou maximum de développement , cl pourtant c’est précisément cette poilion de l’organe qui est le plus

sur. LliMrH\SEMli l’Ul.MüNAUlJi.

rarciueul fiappce de plilegmasie. M. Louis (1) pense également que la pneumonie, malgré la dilatation des vésicules qui l’ac compagne, semble étrangère au développement de l’emphysème. l^cinômc auteur a cité aussi l’iiisloire d’un emphysémateux, chez lequel l’oppression ne fit pas de progrès sensibles après une pneumonie dont il fut aft'ecté (2).

J’ai cru en cftèt reconnaître que la pneumonie qui sui'venait chez un sujet emphysémateux, ne paraissait pas aggraver cette dernière maladie ^ ainsi , parmi les sujets atteints d’emphysème dont j’ai recueilli l’histoire, il en est trois , et peut-être quatre , qui furent atteints une ou deux fois de pneumonie, sans que ces individus aient remarqué que la dyspnée ait augmenté d’une manière notable à la suite de celte dernière affection. Nous pourrions donc conclure de ce qui précède, que la pneumonie n’a qu’une influence douteuse ou nulle dans le développement de l’einpliysème pulmonaire, et que même , lorsqu’elle survient chez un sujet déjà atteint de cette dernière maladie, elle ne paraît pas, du moins le plus souvent , l’aggraver d’une manière notable. Cependant, pour que la dernière couclusiou fût rigoureuse, il faudrait posséder un certain nombre de faits dans lesquels la pneumonie aurait envahi les portions même du poumon dont les vésicules étaient dilatées. Or, c’est ce qu’il m’est impossible d’affirmer pour mes malades. Je prie pourtant le lecteur de se rappelerce que j’ai dit à l’anatomie pathologique (p 64, 65 et 66) où j’ai donné quelques résultats en opposition avec ce cjue j’indique actuellement. J’ai avancé en effet , que l’emphysème vésiculaire n’étant pas rare sur le cadavre des enfans morts de pneumonie, j’ajouterai que tout prouve ([ue cette lésion est récente ; mais il n’est pas encore certain que la dilatation des vésicules soit réellement l’clfet de la ])neumonie* il nous a paru , au contraire , qu'elle se liait plus directement à l’existence de la bronchite capillaire qui précède et accompagne si souvent la pneumonie du jeune âge. Quoi qu’il en soit , c’est une question qui reste encore à étudier. Tout ce que nous pouvons affirmer, d’après les observations que nous possédons, c’est que, lorsqu’un

(l) iMcinoircs de La SuciéLc med, d’obs,, l. 1®', p, 2ÜÔ.

(j) kl., ubs. 2®, p. 1 8G.

404 Jr'irLUJL.\(JE uii l\ slk ljls alii.bs ajai-ahilü.

sujet adulte a été aÜeclé de pneumonie, il est très rare qu’il conserve de l’oppression , de la dyspnée et les autres symptômes propres à l’empliysème,

Quant à l’influence de la pneumonie sur la dilatalibu des Lronches , j’ai déjà prouvé , je crois , que cette lésion qu’on ne rencontre guère que chez les enfans , était encore bien moins l’eft'etde la pneumonie que de la bronchite et de l’accumulation de mucosités abondantes dans le tube aérien.

§ II. Influence de la pneumonie sur la production de l' œdème.

Si l’opinion de Laènnec était exacte , il faudrait regarder la pneumonie comme étant une des causes les plus ordinaires de l’œdème des poumons. L’illustre auteur du Traité de V auscultation dit en effet (1), que la jjneumonie terminée par résolution, laisse après elle une grande disposition à l’infiltration du tissu pulmonaire ; que les sujets chez lesquels il avait trouvé les œdèmes du poumon les plus universels et les plus intenses, étaient morts peu de temps après avoir éprouvé une péripneumonie grave ; il ajoute même, que la résolution de l’engorgement inflammatoii c du poumon est presque toujours accompagnée d’un certain degréd’œdème. J’ignore sur quelles observations et sur quel nombre de faits Laënnec fonde ses assertions; ilne cite d’ailleurs qu’un seul cas d’œdème qu’il dit avoir été consécutif à une péripneumonie (2). Cependant en lisant cette observation , on ne trouve d’abord aucun signe positif qui indiquait une pneumonie, et surtout une pneumonie double; le malade ayant une maladie organique du cœur a succombe aux progrès de cette afîection deux mois environ après le début de celte prétendue pneumonie , et à l’autopsie, indépendamment de quelques noyaux d’hépatisation étendus çà et là , on trouva les deux poumons pénétrés d’une grande quantité de liquide séreux, ce qu’il est assez ordinaire de voir chez les sujets qui meurent avec une maladie organique du cœur , sans invoquer, pour expliquer cet œdème passif, l’existence d’une pneumonie antérieure.

Quant aux phénomènes d’auscultation et de percussion qui persistent longtemps après la guérison apparente d’une pneu-

(I) T. 1, p. 4-21, 4" édit.

(•2) T. 1, obs. XI, p. 4 4 4.

SUR LliS ÏUÜERCULLS l'UL.MONAllltS. 165

monie, et qu’on a expliqués par la producüon d’un œdème consécutif , j’ai déjà eu occasion de m’expliquer à ce sujet (1). J’admets pourtant la possibilité d’un œdème pulmonaire à la suite d’une pneumonie aiguë, mais je regarde ce fait plutôt comme possible que comme réellement prouvé.

§ 111. Influence de la pneumonie sur la production et la marche des tubercules pulmonaires.

Les médecins ont presque de tout temps attribué une grande part à l’inflammation pour expliquer le développement des tubercules pulmonaires. Sans vouloir remonter bien loin, je puis citer Blorton (2), qui regarde la phthisie pulmonaire , comme étant très fréquemment produite par la pneumonie et la pleurésie, et il paraît même que cette opinion était acceptée comme vraie par la plupart des médecins de son époque. Dans le dernier siècle, Avenbrugger et son illustre commentateur (3), Stoll dans plusieurs endroits de ses œuvres et en particulier dans ses aphorismes (4), ont également soutenu que la pneumonie dégénérait quelquefois en squin lies , en tubercules, en indurations , expressions par lesquelles ces médecins désignaient les dégénérescences tuberculeuses du viscère. Enfin Pujol (5) rapporta surtout la production des tubercules pulmonaires à une inflammation lente, opinion qui a été reproduite plus tard, et l’on peut dire exagérée par le fondateur de l’école physiologique. Cependant plusieurs médecins ont, depuis le commencement de ce siècle, beaucoup limité l’influence qu’on attribuait à la pneumonie dans la production des tubercules. Ainsi Bayle (6) conclut de scs recherches, que les inflammations thoraciques étaient plus rarement qu’on nepensedes causes délerminanles de phthisie. Laënnec (7) a émis la même opinion ; il a encore plus restreint que Bayle le rôle de la pneumonie aiguë

Voir plus haut page 312.

(2) Oper. med., 1. p. H 2.

(5) Mal. chroniques dans lesquelles il y a le son Contre nature, p. I52, du Traité de la percussion.

(/«) Aphorisme 1S7. trad. de Corvisart. p. 97.

(5) OEuvres de 3Icd . prat., t. hf p. 4 3.

(c) liecher. sur la phthis.

(7) T. U, 40 édit., p. 69.

460 INI'LÜKNCli DE DA l'iSEUAIOMD SDH 1-ES ADXr.DS MALADIES.

(luis la proiluctioli des Uibercules; (-ar il dit , qu’il esl asse*. raie de voir les syiujilômes de plilliisie se développer à la suite d’uiu; pueunipiiic aijjue, et dans ce cas même, il n’est pas possible (le décider si la pneumonie a donné lieu au développement des tubercules, ou si, au contraire, les tubercules a}{issani comme corps irri tans ont déterminé la pneumonie, M. Louis (1), ‘étudiant a son lotir celte importante question à l’aide de c(itte mciliode rij^oureuse qu’il a introduite dans i’étude de la pathologie et de la thérapeutiqüe, à également établi comme douteuse l’infliience cju’exerce la pneumônie dans la production des tubercules. Enfin M, Andral (2) tout en reconnaissant que quelques plithisies succèdent à une pneumonie, ajoute que l’observation lui a démbntré, que les tubercules se développent beaucoup plus communément sans pneumonie antécédente appréciable pour nous , et que celle-ci ne survient plus tard que comme complication.

En ne ccinsultarii. que l’liistciîre , le mode d’invasion et la marche des deux ihaladies, on pourrait à priori soupçonner le peu d’inflrvence de la pnelunonie dans la production des tubercules. En effet, rinflammation du parenchyme pulmonaire se développe le plus souvent de la base au sommet et les tubercules marchent presque consuünmeht d’une manière inverse ; la pneumonie occupe assez rarement les deux côtés de la poitrine , la phthisie existe presque toujours dans les deux poumons ; enfin celle-ci est moins fréquente chez l’homme que chez la femme, c’est l’inverse pour la pneumonie (3).

Pour connaître exacteiiient les rapports qui pouvaient exister entre les pneumonies et les tubercules pulmonaires , j’ai interrogé 72 plithisiques sur les maladies qu’ils avaient éprouvées avant leur entrée à l’hôpital ; or, sur ces 72 malades, deux avaient eu une pneumonie plus ou moins grave et bien caractérisée , trois ou quatre ans avant les premiers symptômes delà phthisie; le rétablissement avait été complet; deux autres malades avaient eu une pneumonie, dix-huit mois ou deux ans àtip'ai'dvàht , et c’est à dater de cette époque qu’ils ont coin-

(1) liccher. sur La phlhis, p. .'>25.

(2) Clin., 4' édit., t. IV, p„ 222.

(o) Louis, recher, sur Lapluliis., p. 5 24.

SUK LES I'UBEKCULES PULMUN A IKES.

inencé à éprouver de la dyspnée , de la toux et un peu d’amaigrissement. Ces résultats difïèrent peu de ceux que M. Louis a obtenus, puisque sur 80 plitlrisiques qu’il a interrogés , il >n’en a trouvé que trois qui eussent éprouvé quatre ans avuntde mourir une pneumonie ; chez eux ce fut à dater de cette époque qu’on vit recommencer la toux et les crachats c|ui n’avaient pas cessé depuis lors.

Ainsi les faits qui précèdent, démontrent que des symptômes de phthisie peuvent survenir quelquefois consécutivement à une pneumonie aiguë; mais est-on en droit de conclure qu’il existe un rapport bien évident, bien démontré de cause à elfet entre ces deux affections ? je ne le pense pas. Je crois avec Laënnec (1), que dans la grande majorité des cas , l’affection tuberculeuse est antérieure à la pneumonie et que les tubercules agissant comme corps irritans , sont la cause occasionnelle de la maladie. D’ailleurs, l’anatomie pathologicjüe le prouve; car chez la plupart des individus qui succombant à une pneumonie , portent eii même temps des tubercules, ceux-ci ont généralement un volume assez considérable , ils sont plus ou moins ramollis , et leur aspect seul démontre qu’ils li’ont pu être produits en quelques jours. Cependant , je me hâte de dire , que je nie nullement qu’une éruption de tubercules ne puisse avoir lieu à l’occasion ou dans la convalescence d’une pneumonie. Ainsi , M. le professeur Andràl (2) a vu quelquefois plusieurs petits tubercules miliaires , être disséminés dans tout un poumon hépatisé; le même médecin a également observé plusieurs fois, soit sur l’homme, soit sur des chevaux , que des pneumonies lobulaires s’accompagnaient de la formation de tubercules miliaires, tandis que ces productions n’existaient ipas dans les portions du poumon restées saines. Mais que doiton raisonnablement conclure de ces faits, si ce n’est que si ces individus n’avaient pas déjà des tubercules dans les poumons, dis en portaient au moins le germe, et l’on conçoit que le travail inflammatoire, dont le poumon a été le siège, ait pu modi- ! fier assez la nutrition de l’organe pour i)rovoquer l’apparition des tubercules auxquels l’individu était déjà prédisposé. Pour

(l) IjOc, cil., t. , 11. p. 71.

{2) Clin., I. IV. p. 222 ft 4 2.

46s IjNl'LUK.NCü. U£ L/V l'MiUMOMi; SUli 1,LS ALlllLS AIALVUILS,

me servir tViine comparaison tic Laënnec, que je crois juste, je cli rai que le poumon enflammé ressemljle à la terre fortement labourée après un long repos , qui fait germer une multitude de graines qu’elle renfermait dans son sein , depuis plusieurs années.

Je conclus de ce qui précède j 1“ que la phthisie pulmonaire succède immédiatement à une pneumonie que dans des cas fort rares (moins d’un trentième); 2° que même alors, il n’est pas démontré que la phthisie soit une conséquence de la pneumonie; tout fait présumer au contraire, que les tubercules ont été antérieurs à l’inflammation pulmonaire et en ont peut-être provoqué l’apparition ; 3“ enfin que dans les cas infiniment rares (puisque pour ma part je n’ai jamais observé) où des tubercules miliaires ont paru se développer dans des poumons hépatisés , la pneumonie a agi alors comme cause occasionnelle, et nullement comme cause prochaine. Je regarde en outre, comme une circonstance très rare , que la pneumonie provoque une éruption de tubercules chez des sujets simplenrent prédisposés. Ainsi, parmi les 305 malades atteints de pneumonies , dont j’ai analysé les observations pour ce travail, 22 présentaient cet ensemble de la constitution, qu’on regarde généralement comme une prédisposition à la phthisie; en outre ])lus de la moitié d’entre eux comptaient parmi leurs païens les plus proches, une ou plusieurs personnes qui avaient succombé i à la consomption pulmonaire ; cependant tous ces individus , j sans aucune exception , ont guéri , leur rétablissement était i complet à l’époque où ils quittèrent l’hôpital, et ces pneumo- ! nies n’ont différé , ni par leur cause , ni par leurs symptômes ou leur marche des pneumonies ordinaires survenues chez des sujets non prédisposés à l’affection tuberculeuse.

Que doit-on redouter d’une pneumonie qui frappe un poumon déjà envahi par les tubercules, surtout lorsque ceux-ci ont déjà manifesté leur pi ésence par quelque trouble fonctionnel? Le docteur Claik (1), après avoir combattu l’opinion de | ceux qui regardent la pneumonie comme cause de tubercules, ajoute, que l’inflammation pulmonaire est un des événemens les plus fâcheux qui puissent survenir chez un malade déjà luber-

(l) ,TntiL6 de lu consoiiipiioii, tiad. de l’anglais, p. 240 ft24ü.

SUn I,ES TUBEUCULF.S POLMONAIBF.S,

cuknx ; caYjninais, dit-il^ elle ne manque d' a^^raver la maladie] fréquemment^ elle change une phthisie latente en une maladie rapidement mortelle^ elle rend le tissu pulmonaire incapable de remplir ses fonctions et le dispose à devenir le siège de la ma^ tière tuberculeuse. Le même méd(;cin pense également, que la rapidité de la consomption qui succède à la scarlatine , notée par Morton, est principalement due à l’inflammation de la plèvre et des poumons, surajoutée à une aft’ection tuberculeuse qui existait antérieurement.M. le professeurAndral croit aussi (l) que la pneumonie qui survient chez les phthisiques consécutivement au développement des tubercules , favorise la multiplication de ces produits morbides , souvent aussi, dit-il, la pneumonie passe à l’état chronique et provoque alors ces indurations qu’on rencontre si fréquemment autour des cavernes.

J’ai examiné avec toute l’attention qu’elles méritent , les opinions émises par les deux habiles médecins que je viens de citer , et voici les résultats auxquels je suis parvenu.

J’ai recueilli l’iiistoire de 10 individus qui, présentant déjà depuis un temps plus ou moins long des symptômes rationnels ou physiques de tubercules , furent affectés de pneumonie, envahissant dans tous les cas le sommet d’un des poumons^ c’est-àdire la portion de l’organe qui était le siège des productions accidentelles. Or , voici ce qui est arrivé : tous les malades ont guéri de la pneumonie, et la convalescence s’est déclarée du septième au vingt-deuxième jour à dater du début ; 9 malades ont quitté l’hôpital après avoir recouvré l’appétit , les forces, l’embonpoint qu’ils avaient avant le développement de la dernière maladie qui les avait amenés dans nos salles , plusieurs même se sentaient plus forts qu’auparavant , et tous avaient l’intention de reprendre leurs travaux immédiatement. Une malade qui fut traitée à la clinique de M. le professeur Chomel, dans le courant de mai 1835, n’eut qu’une convalescence éphémère, les symptômes de consomption marchèrent bientôt avec plus de l’apidité et elle succomba vers le milieu du mois d’août. Chez elle, le travail de la tuberculisation avait marché avec une effrayante rapidité du côté gauche, qui avait été le siège de la pneumonie *, elle fit en même temps beaucoup de progrès dans le poumon droit ;

(1) Clin., t. m, p. S92.

470 iNruir.NCE dk i.a pniuimonif sun lks autres mai.adies,

toutefois, à l’autopsie , ou constata que les altérations n’élaient pas à beaucoup j)iès , ni aussi profondes, ni aussi étendues dans le côté droit de la poitrine que dans le côté gauche-

11 est impossible de nier, dans ce cas, l’influence fâcheuse que la pneumonie a exercée sur le développement et la marche des tubercules. M. le professeur Andral a vu plusieurs faits à peu près semblables à celui cpie je viens de rapporter (1), c’est-à-dire que des malades qui éprouvaient quelques accidens qui pouvaient faire redouter la présence des tubercules, ayant été pris d’une pneumonie , celle-ci favorisait la multiplication et hâtait le ramollissement des produits morbides , de telle sorte que pendant la convalescence de la pneumonie, la phthisie qui n’était jusqu’alors c]ue soupçonnée , devenait tout à fait manifeste. Enfin, j’ai encore observé un malade qui, présentant des signes rationnels et physiques de tubercules, avant la pneumonie , les symptômes aigus de celle-ci disparurent facilement, le malade put reprendre pendant plusieurs mois, des fonctions pénibles ; cependant ses forces et son embonpoint ne revinrent pas complètement; il continua à tousser, et était oppressé dès qu’il se fatiguait un peu. Il est probable cjue chez lui , bien que la pneumonie se fût terminée par résolution, les tubercules étaient devenus plus nombreux , ou bien leur ramollissement avait été accéléré par la phlegmasie intercurrente.

S’il m’était permis de tirer quelques conclusions du petit nombre défaits que je viens d’analyser, je dirais que la pneumonie qui survient dans le cours d’une phthisie confirmée, peut, il est vrai, accélérer beaucoup la marche de cette dernière, mais je crois que cela n’a lieu que dans le plus petit nombre des cas ; que le plus souvent, la pneumonie limitée à une petite surface et au voisinage 'le.s tubercules , ne s’accompagne pas de symptômes bien graves ; /jLi’elle a une marche régulière, une durée moyenne de douze à quinze jours ; qu’elle estsuivie presque toujours deguérison, etne semble pas avoir aggravé la maladie primitive. M. Louis paraît être arrivé à un résuliatsemblable, puisqu’il dit, quedans les cas où la pneumonie survient chez des phthisiques qui ont encore des forces et un certain embonpoint, elle guérit presque toujours ; et il établit avec beaucoup de raison une grande diftéreuce

(t) /(O*" ohs,y t. III, p. 392, 4® édit.

suit u:s MALADIES DU CüKUft.

eilire les elTets de la pneumonie , et ceux de la pleurésie , sur la inarcUe des tubercules. Celle-ci guérit raieuient chez les phtliisiques , et uiêiue dans le cas, où l’épanckemeul se résorbe, on voit en même temps la maladie primitive précipiter sa marche vers une termiuaisçn fâcheuse , taudis que nous ayons prouvé, que le contraire avait souvent lieu pour la pneuuipuie.

ARTICLE II

Influence de la pneumonie sur la production et sur la marche des maladies organicpies du cœur.

Les médecins , frappés des rapports intimes qui existent entre le. cœur et les organes de la respiration, ont admis depuis longtemps que les maladies des poumons pouvaient devenir rovigine ou la cause déterminante de diverses, affections organiques du cœur ou des gros vaisseaux j mais la plupart n’ont émis que des opinions erronées, ou dont Texactilude du moins n’a été démontrée par aucpne preuve directe. Ainsi Willis, mais surtout Sénac (1), ont prétendu que lorsque le poumon est hépatisé, il en résulte un, obstacle au cours du sang , qui a pour effet d’accumuler ce liquide dans les cavités droites du cœur , et de les dilater. Grimaud (2) dit avoir aussi souvent observé des anévrismes du cœur chez tes individus qui avaient fréquemment éprouvé des inflammations du poumon , sans préciser davantage son assertion. Avenbrugger signale également la frécjuence des anévrismes du cœur chez les sujets qui succombent avec une pneumonie ; (3) mais il est évident que l’illustre inventeur de la percussion n’a voulu parler que de ces dilatations passives du cœur, qu’on peut observer, il est vrai, dans la juieumonie lorseju’une grande quantité de sang s’est accumulée dans les cavités de l’organe , mais ces dilatations n’ont aucune importance pathologique et ne constitnent cju’un phénomène d’agonie.

Parmi les auteurs modernes, nous trouvons Corvisai t (4), c[ui signale aussi la péripneumonie en particulier comme uxae cause

(1) Mal. du cœur. 2'- édit., Paris, 1 778, in-12, t. L‘‘, p. 410.

(2) Ti aité des fièv. t. Il, p. 70.

(3) Ohs. XIV et Seqnen. p. 420 du Lrailé de la Perçus.

(■Il) Pssai sur les mal. du eanir, p. S82, 7,<' ('dil., Pari.s, 4 818.

472 INFLUF.NCE DF. F\ FNF.ÜMOMF. SUR LFS AUTRES MALADIES.

tics anévrismes tlu cœur; ceux-ci se développeraient suivant lui, soit parce que la libre circulation du saii{{ est empêchée, soit parce que l’inflammation s’étant propagée au cœur lui-même, cet organe a été aflaibli par la maladie à laquelle il a participé. Suivant le même observateur , les pneumonies mal guéries, les pneumonies chroniques, joueraient un rôle plus important encore dans la production des maladies du cœur, parce que leurs effets sont plus prolongés et plus constans. Laënnec (1 ) a émis à peu près la même opinion sur l’influence de la pneumonie chronique dans la production des maladies du cœur. Il explique le développement de celles-ci par la gêne que la circulation doit éprouver , et à cause aussi des efforts de contraction auxquels le cœur est obligé de se livrer pour vaincre les obstacles qui s’opposent à la pénétration du sang dans les poumons. Cependant si on se rappelle que Laënnec n’a vu qu’un très petit nombre de cas de pneumonie chronique, on sera convaincu que cet illustre médecin a lémis ici une opinion fondée plutôt sur la théorie et les probabilités que sur l’observation des faits. Mais à défaut de cas de pneumonie chronique qui nous manqueront longtemps encore , nous pouvons presque juger la valeur des opinions de Corvisart et de Laënnec, d’après l’état dans lequel nous trouverons le cœur chez les sujets qui succombent à la phthisie pulmonaire , puisqu’il y a entre ces derniers et ceux qui sont emportés par les pneumonies chroniques beaucoup de conditions communes , telles cjue la longueur de la maladie , un amaigrissement considérable, la dureté, l’imperméabilité du poumon-, aussi les auteurs avaient-ils regardé pendant longtemps la phthisie comme une cause puissante des anévrismes du cœur. M. Louis a prouvé, il y a longtemps, que celte opinion n’avait pas le témoignage des faits en sa faveur (2); et plus récemment, M. le docteur Bizot a également mis hors de doute (3) que le cœur, loin d’augmenter de volume chez les phthisiques, subissait au contraire une diminution notable dans ses dimensions , portant non-seulement sur l’organe en masse et sur la capacité des ventricules, mais encore sur l’épaisseur des parois

(1) T. III, p. 170, cdit.

(2) Recher, sur la phthisie., p. 51.

(j>) Mt'vi. (le lu société méd, d'Obser. t. L’', p. 290.

Sun LES MALADIES DU COEUR.

elles-mêmes. 11 esl infiniment probable que la même disposition doit se rencontrer chez les sujets qui meurent de pneu- 1 monie chronique , autant du moins qu’il est permis d’affirmer lun fait lorsqu’on ne peut invoquer en sa ffiveur que le témoi- .gnage souvent trompeur de l’analogie.

De nos jours, M. Bouillaud (1), reproduisant les idées de Corvisart, pense que la pneumonie était une cause de maladies iclu cœur ou des gros vaisseaux , par suite de l’extension à ces I organes de la phlegmasie qui a envahi primitivement les poumons. Enfin, M. le docteur Legroux, dans un travail très intéiressant, publie' il y a quelques années (2) , a aussi beaucoup insisté pour prouver l'influence toute puissante que la pneu- ] monie exerçait dans la production des maladies organiques du «cœur. Ce médecin dit en effet que sur les trente et une obser- ’vations rapportées dans le livre de Corvisart, on voit huit fois i l’affection du cœur débuter à la suite de la pneumonie ; enfin , suivant le même auteur , sur les dix-buil faits consignés dans l’ouvrage de MM. Bertin et Bouillaud , les seuls oii l’on ait mentionné les commémoratifs, on remarque encore qu’une 1 pneumonie aurait précédé trois fois le développement d’une lésion organique du cœur, ce dont M. Legroux se rend compte en supposant avec Corvisart et M. Bouillaud, que l’inflammation pulmonaire s’est étendue aux enveloppes du cœur. Ayant parcouru moi-même les observations consignées dans le traité de Corvisart, je n’en ai trouvé réellement que deux (la vingt-deuxième et la vingt-cinquième) , dans lesquelles la pneumonie puisse être considérée comme la cause de l'affection du cœur, puisque chez les 2 malades, les premiers symptômes de la maladie de cet organe se déclarèrent pendant la convalescenci;, ou du moins peu de temps après la phlegmasie pulmonaire. Dans les autres cas , les renseignemens donnés sont trop peu précis, ou bien il y a eu un temps trop long écoulé entre la cause qu’on invoque et le développement de la maladie consécutive, pour qu’on puisse établir entre eux aucun rapport probable de cause à effet.

Dans son traité clinique des maladies du cœur ^ M. Bouillaud

(1) Clin.méd., t. II. p. t37

(2) TJ Expérience J t. 1'“'', p. 212.

inFI-IIF-NnF, DF. DA PNFUMOOIK SUR. DES AUTRES MAEADIF.S.

rapporte aussi cinq observations d’iiulividus qui avaient eu une ou plusieurs fois dans leurs antéct'dens, une pneumonie plus ou moins grave , mais en lisant ces faits avec attention , il est aisé de se convaincre que dans trois cas (observations soixante-deuxième , cent- quatorzième et cent dix-neuvième), il n’existo aucune relation certaine ni même probable entre les pneumonies antérieures et l’afl’eciion du cœur. Mais dans les deux autres (observations soixante-cjuatrième et soixante-neuvième), ce rapport paraît évident , car l’oppression et les palpitations se développèrent pour la première fois à la suite d’une pneumonie dont ces individus venaient d’être affectés.

Si je consulte maintenant les faits que j’ai moi-même recueillis , je vois que sur 36 observations de maladies organiques du cœur, dans lesquelles les antécédens des malades ont été indiqués avec grand soin , je n’en trouve que trois qui aient présenté les symptômes d’une pneumonie à une époque plus ou moins éloignée J chez 2 de ces malades, il ne m’a paru y avoir aucun rapport entre l’inflammation pulmonaire et l’affection du cœur, puiscpie sur ces deux malades, il s’est écoulé plusieurs années d’une santé parfaite : mais chez une femme de soixante-huit ans, qui avait éprouvé , douze ans auparavant , une pneumonie , il m’a paru cjue les premiers symptômes de la maladie du cœur s’étaiont déclarés immédiatement à la suite delà phlegmasie pulmonaire. On pense bien que je n’accepte ce fait cpi’avec la plus grande réserve à cause de l’époque éloignée à laquelle la malade était obligée de reporter ses souvenirs; mais ce que j’ai dit dans un des précédenschapitres, des complications qu’on observequelquefois dans le cours des pneumonies du côté du centre circulatoire, explique comment, dans quelque cas, les symptômes d’une maladie organique ont paru succéder immédiatement à une inflammation pulmonaire. Le fait suivant que j’ai observé l’année dernière prouve également l’influence dont je parle.

Un homme de 48 ans, assez fortement constitué , d’une bonne santé habituelle , n’ayant jamais eu ni des palpitations , ni riialeine courte , entra le 17 juillet 1840, dans le service de rilôtel-Dieu, (annexe) dont j’étais alors chargé, pour y être traité d’une pneumonie assez grave, datant do quatre jours et qui occupait la moitié inférieure du pounion droit Le cœur ausculte par moi les deux premiers jours seulement , ne me présenta

SUR LES MALAUll'S DU COKUU,

: rien de’ morbide, la pneiiinonie qui avait résisté à deux saignées copieuses céda à l’eruploi dii (artre stibié administré pendant 48 heures seulement. La convalescence était complète le neuvième jour à dater des premiers accidens*, cependant, c^uelques jours après, le malade s’étant levé, éprouva deroppression, de l’essoufflement pour monter quelques marclres , ses jambes s’œdèinatièrent. L’ayant alors examiné avec soin, je trouvai, le pouls régulier, battant 76 fois par minute ; les pulsations étaient peu fortes et assez dépressibles, il n’y avait aueune imp ulsion à la région précordiale, mais les battemens entendus sur une plus grande surface étaient sourds, et sur le bord gauche du sternum , à la hauteur du mamelon, on distinguait du souffle au premier bruit. La percussion faisait entendre la matité du cœur sur une étendue transversale de douze centimètres et de un, décimètre verticalement. La région précordiale n’olfrail aucune youssure ; quoique sourds, les ba,tteine,ns du cœur étaient superficiels et n’étaient séparés de. l’areille par aucun çorps. intermédiaire ; il y avait de l’oppression,. Les. jours suivans ^ les a.ccidens s’accrurent, de la séroaité s’çpavicha çn peiite quantité dans le ventre, et le pouls offlit momentauém.ent quelques irrégularités. Ces symptômes persistèrent pendant 25.jourf? avec toute leur intensité. Sous l’influence de la digitale donnée, en poudre, de quelques diurétiques et des laxatifs, les accidens cédèrent peu à peu; à la fin de juillet le souffle avait cessé ainsi que l’oedème, l’oppressioai était beaucoup moindre, la inatité du cœur avait diminué de trois centimètres transversalement et de plus d’un centimètre verticalement. Enfin le malade sortit un mois après, n’éprouvant plus qu’un peu d’essoufflement quand il montait un escalier rapide. Cependant ces accidens n’out pas tardé à disparaître presque complètement ; ayant en effet revu ce malade deux mois après, à l’occasion d’un accident qui nous le ramenait , il me dit qu’il était peu oppressé et qu’il pouvait travailler de son état de couvreur. Les battemens du cœur étaient toujours un peu sourds, niais ils ne présentaient aucunbruit morbide, et la matité de la région précordiale avait à peine neuf centimètres en travers, et six verticalement.

Ainsi voilà des accidens aigus du coté du cœur qui sont survenus brusquement dans le cours ou la convalescence de la pneumonie. A quelle maladie rapjiortor les troubles observés

476 influence pe la pneumonie sur. i.r.s autiies mai.adifs.

chez ce malade da cûtc du centre circulatoire? la chose est difficile à déterminer. Ce n’était certainement pas une pe'ricardite. Y avait-il endocardite? je l’ignore, car les symptômes de cette affection ne sont pas encore suflisamment établis pour la diagnostiquer , on ne peut guère que la soupçonner. Ce qu’il y a de plus certain’, c’est que chez notre malade le cœur était augmenté de volume. Y a-t-il eu ici une dilatation passive des cavités? je serais assez porte à le croire, cette opinion me paraît être en efïet la plus probable et celle que fait naître naturellement l’examen et la comparaison des symptômes observés.

Ainsi en réunissant les observations de Corvisart, de M. Bouillaudjet les miennes, on trouve trois cas de dilatation anévrismale, et trois d'induration valvulaire, qui prouvent que les premiers symptômes d’une maladie du cœur peuvent se développer à la suite d’une pneumonie. Cependant je ne crois pas qu’il soit démontré, que dans tous ces cas, la pneumonie a réellement produit la maladie du cœur, car il n’y aurait rien d’impossible que celle-ci n’existât déjà à l’état lalent depuis un temps plus ou moins long , et qu’elle n’eût fait explosion à l’occasion du trouble qu’avait excité dans la circulation cardiaque , une maladie grave des poumons. Cette opinion n’est peut-être pas sans fondement, il n’y aurait d’ailleurs rien d’extraordinaire qu’il en fût ainsi, puisqu’on a vu plusieurs fois des maladies organiques du cœur très graves, et en particulier une communication entre les cavités droite et gauche n’exciter pendant long-temps aucun trouble dans les fonctions, et se révéler ensuite graduellement ou brusquement à la suite d’une commotion morale, d’une douleur vive ou d’une maladie aiguë; c’est-à-dire à la suite de causes qui avaient apporté un trouble subit dans la circulation.

En résume', on ne peut s’empêcher d’admettre aujourd’hni que la pneumonie peut être une cause active des maladies organiques du cœur etde l’aorte, toutefoison doit reconnaître aussi que ce n’est que dans des cas très rares, qu’on voit les inflammations pulmonaires avoir un pareil résultat. Dans les cas dont je parle, il est probable que la pneumonie peut agir de plusieurs manières; tantôt c’est l’inflammation qui, du poumon s’étant propagée aux enveloppes du cœur ou de l’aorte , a modifié la nu-

SUU LJit) JIALADILS i>U COEUR.

üldoii (le ces organes et a donné lieu à des le'sions persistantes; d’autres fois ce sont des caillots qui, s’organisant spontanément, contractent des adhérences avec les parois du cœur ou de l’aorte, ils subissent plus lard diverses transformations organiques , et donnent lieu consécutivement à différentes altérations qui portent sur la capacité des cavités du cœur et sur l’épaisseur des parois. On a vu précédemment , d’après les faits curieux rapportés par MM. Bouillaud et Dalmas, comment la pneumonie pouvait être l’occasion d’un rétrécissement et peutêtre même d’une oblitération complète de l’aorte. Enfin il est peut-être possible que la pneumonie puisse produire une affection du cœur d’une manière mécanique, en produisant une accumulation considérable de sang dans les cavités du cœur ; cette dernière cause n’est pourtant pas démontrée, je ne la regarde que comme probable, et j’ai cité précédemment en sa faveur, un fait que d’autres interpréteront peut-être différemment.

Quelle influence la pneumonie exerce-t-elle sur la marche des maladies organiques du cœur, lorsqu’elle survient dans le cours de ces dernières? Il semble que la pneumonie, en augmentant la dyspnée habituelle des malades, en imprimant un trouble profond à la circulation cardiaque, dût avoir pour effet constant d’aggraver les maladies organiques du cœur, qu’elle vient compliquer. Cependant il ne paraît pas que cet effet ait lieu dans le plus grand nombre des cas; ainsi, sur sept malades qui eurent une pneumonie grave dans le cours d’une affection organique du cœur, déjà assez avancée, et qui furent assez heureux pour en guérir, tous se rétablirent complètement, tous quittèrent l’hôpital éprouvant au même degré qu’avant la pneumonie, les symptômes propres à la maladie du cœur ; mais chez l’un d’eux les accidents augmentèrent au bout de quelques jours, il rentra six semaines après, ayant un œdème considérable, et il ne tarda pas à succomber. J’ignore quel a été le sort des six autres.

Chez le malade dont je viens de parler, les accidents du côté du cœur ne se sont aggraves que quelques jours après la sortie de riuàpital et dix ou douze jours après la guérison de la pneumonie. Cependant je crois qu’on ne peut s’empêcher d’admettre (|uc celle-ci a clé, soit directement, soit indirectement, la cause véritable des accidens qui sont survenus. Je conçois que ceux-ci

478 INI'LÜLNCli DE LA l’NEUMONlE SUll LES AUTKES MALAJJIES.

n’aient pas éclaté quand le malade était encore à l’Lôpiial, fijavdant le repos et suivant un régime, mais dès qu’il a voulu reprendre ses anciennes occupations; les troubles du côté du cœur ont apparu avec force et ont prouvé que la maladie aiguë (|ue cet individu venait de subir, avait modifié l’organe central de la circulation , sinon dans sa structure, du moins dans ses fonctions.

ARTICLE III

Influence de la pneumonie sur la production et la marche de plusieurs

autres maladies.

(Hydropisies ; 'maladies cütane'es, manie).

Hfdropisies. Je ne mentionne qu’en passant l’opinion de quelques pathologistes anglais et du docteur Abercrombi8,^n particulier, qui signalent les inflammations pulmonaires comme pouvant donner lieu à une liydropisie générale (1); mais en parcourant la description qu’ils donnent , il est réellement impossible de se former une idée un peu exacte du siège de la lésiou principale, ainsi que de sa nature. En France où, depuis.plusieurs anuée.s surtout, les diverses espèces d’byd.ropisies ont été étudiées avec beaucoup de soin, et rattachées à des altérations distinctes; personne que je sache n'a encore vu des anasarques qu’on pût rapporter à une inflammation du parenchyme pulmonaire; pour ma part je n’ai jamais rien vu depuis dix ans qui pût confirmer les assertions de nos confrères d’outre-mer.

2° Affections cutanées. Lorsqu’une pneumonie se déclare dans le cours d’une affection cutanée, elle exerce le jilus souvent sur celle-ci une action dérivative plus ou moins complète. On voit en effet la maladie de peau diminuer souvent d’intensité et quelquefois disparaître tout à fait, soit que cette disparition i soit définitive, soit que l’émption cutanée se reproduise plus | tard, lorsque la phlegmasie des poumons a elle -même dimi- j nué ou cessé. L’action dérivative exercée par la pneumonie sur les affections cutanées est facile à constater dans les fièvreséruplives, et en particulier, dans la rougeole et dans la variole. Ainsi lorsque la phlegmasie pulmonaire commence avec l’éruption, celle-ci est incomplète, irrégulière, mal dessinée; si la pneumo-

{\) Edimb. iflcd. and, sur joui ., t. XIV. p. IC5.

SUU LliS MALADIES Cli'lAJ\ LES.

nie ne commence que lorsque l’éruption est entièrement sortie, on ne tarde pas à constater pour la rougeole, que les taches pâlissent, s’ellacent et disparaissent même tout à fait; mais plus communément elles prennent une couleur violacée ou bleuâtre. Dans la variole, les boutons palissent , ils prennent queUjuefois une teinte livide ou bleuâtre; si on les presse, ils ne donnent plus au toucher cette sensation de dureté, etplus lard d’élasticité, que présente l’éruption variolique dans le premier septénaire, lorsqu’elle est régulière ^ si la pneumonie survient pendant la période de suppuration, les pustules s’affaissent brusquement, elles sont flétries à une époque où elles devraient encore oftrir beaucoup de tension et de résistance. Cette influence exercée par la pneumonie sur la maladie cutanée, est toujours du plus fâcheux augure , et tous les malades chez lesquels elle a été observée ont succombé sans aucune exception.

Dans d’autres affections cutanées, la révulsion exercée par la pneumonie peut être favorable, et l’on peut voir cesser alors des affections qui persistaient depuis un temps plus ou moins long, et avaient quelquefois résisté à des traiteinens très prolongés. Ainsi, j’ai vu une jeune fuie mal réglée qui, portant aux jambes un érythème depuis plusieurs mois , et ayant été affectée d’une pneumonie grave, la maladie de peau diminua si rapidement , qu’en six jours elle avait tout à fait cessé pour ueplus reparaître, ne laissant dans le point qu’elle avait occupé qu’une couleur bleuâtre. Ce c^u’ii y a de remarquable c’est que la pneumonie peut exercer cette action révulsive clans les affections cutanées qui sont de nature spécifique ; tantôt l’étàt morbide de la peau disparaît pourtoujours, d’autres fois il revient spontanément et peut reprendre même sou intensité première, dès que les symptômes thoraciques se sont amendés uu ont complètement cessé. Ces effets ont surtout été observés dans les cas de sypbilides ; M. Le docteur Gazenave (1) dit en avoir vu plusieurs exemples ; et je possède l’observation d’ün homme qui, ayant été affecté d’une pneumonie médiocrement intense, danslecours d’une syphilide papuleuse, celle-ci s’affaissa. diminua d’intensité et avait presque entièrement cessé lors de la convalescence de la maladie intercurrente.

(I; Thèse sur la licvulsion cL la derivatwn^ p. lü, Parh, 1840.

48ü lN^LL■Ji^(:E DE LA ILMELMONIE SL'lt LE5 AHUtS MALADIES.

Manie. — J’aidrjà dit que lapneinnoniepouvaitctrelacause occasionnelle du développement d’une manie chez des sujets prédisposés. Les recherches statistiques de MM. Aubanel et Thore ont prouvé, que pendant l’année 1839, sur 91 maniaques qui furent admis à l’hospice de Bicctre , huit étaient devenus fous à l’occasion d’une maladie, et sur ce nombre on comptait cinq pneumonies qui, s’étant accompagnées de délire dans leur cours, celui-ci avait persisté et avait pris les caractères de la manie aiguë. J’ai observé dernièrement un cas semblable, cependant ces faits sont encore insufli^ans pour démontrer que la pneumonie est une cause de manie plus active que tout autre maladie aiguë fébrile; c’est à une observation ultérieure à le prouver

ARTICLE IV

Influence de la pneumonie sur la grossesse.

J’ai désiré connaître l’influence que la pneumonie exerçait ! sur la marche de la grossesse et sur le produit de la conception ; cette question était extrêmement importante, tant sous le rapport du pronostic que de la thérapeutique. N’ayant eu occasion d’observer c[ue quatre cas de pneumonie chez des femmes enceintes, j’ai consulté les principaux recueils de médecine, et j’ai pu réunir onze autres observations d’inflammations puhno- ' naires affectant des femmes arrivées aux différentes époques de la gestation. A l’exception de deux femmes qui portaient une maladie organique du cœur assez avancée , toutes les autres ; étaient assez bien constituées et paraissaient jouir d’une bonne santé lorsqu’elles furent prises de pneumonie. Parmi ces quinze femmes, il y en avait dix qui n’avaient pas encore atteint I le sixième mois de leur grossesse, tandis que les cinq autres touchaient aux septième, huitième et neuvième mois. Des dix femmes qui ne comptaient pas encore six mois de grossesse, quatre ont avorté les quatrième, cinquième, sixième et neuvièmejourà dater du début de la pneumonie. Chez trois, l’avortement a été suivi d’accidens plus graves du côté de la poitrine, et la mort est arrivée trois ou quatre jours après ; uneseule, dont la pneumonie était peu étendue, a guéri sans éprouver au- - cnns symptômes fâcheux. Les six femmes qui n’avortèrent pas, succombèrent toutes sans exception aux progrès de la pneumo- |

IiMXlIl-MCl: SU U LA GUOSSLSSL. 481

me. Maïuiceau Cil rapporte un exemple qu’il observa en 1673 sur une femme illustre (1).

J’ai dit que cinq femmes étaient arrivées à une époque assez voisine du terme de la grossesse ; ainsi deux étaient enceintes de sept mois lorsqu’elles furent affectées de pneumonie ^ chez l’une et l’autre, on observa un accouchement préinaturc au douzième et au quinzième jour ; l’expulsion du fœtus précéda de deux jours seulement la terminaison funeste. Les trois femniù# qui restent commençaient leur neuvième mois, l’une d’elles même ne comptait plus lorsque la pneumonie se déclara ; deux mirent au monde aux septième et huitième jours de la maladie un enfant vivant ; l’autre femme dont j’ai emjiruntc l'histoire à Yalsalva (2), mourut le cinquième jour avant d’accouchcr, l’opération césarienne fut faite aussitôt après la mort, mais l’enfant avait déjà cessé de vivre.

On peut conclure des faits qui précèdent, que lorsoju’une pneumonie affecte une femme enceinte, et qui n’est pas encore arrivée au terme de la gestation, elle a pour résultat le plus ordinaire de provoquer un avortement ou un accouchement prématuré, c’est en effet ce que nous avons observé neuf fois sur douze.

Il était intéressant de savoir si la pneumonie détermine plus souvent de pareils accidens que toutes les autres affections aiguës ; on conçoit que pr ur éclairer cette question, il faudrait posséder un grand nombre de faits j toutefois je vais donner ici le résumé des observations que j’ai faites ; elles pourront être utiles un jour à ceux qui étudieront plus comjilélement cette importante question. J’ai observé cpiatre cas de varioles chez des femmes enceintes , toutes ont avorté, et ont succombé peu après ; résultats malheureux , mais qui sont conformes à ceux qui ont été notés par presque tous les auteursj la variole semble être en effet de toutes les maladies aiguës qui peuvent affecter les femmes enceintes , celle qui provoque le plus souvent l’avortement. Il paraît en être de même de la rougeole et de la scarlatine ; cependant sur quatre rougeoles cjue j’ai observées chez des femmes grosses , aucune n’a troublé la marche régu-

(l) TraUc des mal, des f'etiuiies grosses^ Paris 1094 , liv. h’’, p. 187, (•i) Morgagniy 20® lettre, § 10.

UM'LUh.NCK J)£ LA PM.UMOMi;.

lière de la gestation. Enfin sur vingt-deux fcnmies <|ui éprouvèrent pendant leur grossesse diverses maladies aiguës fébriles, telles que choléra, entciâte, bronchite aiguë, intense, pleurésie , érysipèle de la face et du cuir chevelu , deux seulement avortèrent et moururent bientôt après (choléra cl fièvre typhoïde) (1). Ainsi la pneumonie paraît être Une des maladies aiguës qui déterminent le plus souvent chez les femmes grosses, soit ün avortement , soit un accouchement prématuré.

Comment agit la pneumonie pour produire des effets aussi fâcheux ? Est'Cepar les secousses de la toux? Les auteurs ontaltixbué beaucoup d’avortemens à cette dernière cause; j’avouepourtant que son influence ne me semble pas démontrée. Eneftet, parmi les douze femmes grosses qui étaient affectées de bronchite intense, quatre avaient une toux continuelle que rien nepouvait calmer, et qui a persisté presque sans interruption pendant plus d’un mois. J’ajouterai que j’ai vu trois femmes plithisiques porter leur enfant jusqu'au terme naturel de la grossesse , nonobstant une loüx opiniâtre (2). Je crois donc que l’influence fâcheuse exercée par la pneumonie sur la marche de la grossesse, s’explique par l’importance de l’organe qui est affecté, par la gravité de la maladie, l’intensité de la fièvre qu’elle détermine , et le nombre des phénomènes sympathiques qu’elle produit du côté de presque tontes les fonctions.

Il faut également tenir compte de l’influence fâcheuse de la pneumonie sur le fœtus lui-même. Ainsi, parmi les trois enfans nés à terme, ou viables, sur lesquels je possède des l’enseignemens, il y en a un qui est mort peu d’heures après sa naissance ; un autre était très faible, et je doute qu’il ait vécu longtemps; enfin le troisième était bien portant. Le lecteur aura aussi re-

(1) Il y eut : i choléra, 1 fièvre typhoïde, 5 entérites, 12 bronchites aigues dont 2 capillaires, 2 pleurésies, 2 érysipèles, 1 encéphalite. La plupart de ces faits ont été observés par moi à rHotel-Dieu- Annexe, ou j'ai envoyé pendant quatre mois toutes les femmes qui sc pi'ésentaient au bui-eau central à Phenre où j’étais de service.

(2) Contrairement à ce qu’on dit, la phtliisie a marché régulièrement avec la grossesse. Chez l’une des malades, les premiers symptômes des lubercules se sont déclarés quelques jours après la conception , ils ont sans cesse fait tics progrès, l’accouchement eut lieu à terme, mais la femme, anÏAée à la dernièi c période, succoml)a trois semaines après.

\ALEUU riUNClTAUX SïMl'TüMES.

marqué combien est grande la mortalité de la pneumonie chez les femmes grosses, soit qu’il y ait eu avortement ou accouchement prématuré, soit au contraire que l’expulsion du fœtus n’ait ’pas eu lieu. Dans le premier cas, on a vu les accidens inflammatoires de la poitrine s’aggraver aussitôt, et la mort arriver au bout de peu de jours. Je reviendrai d’ailleurs sur ce point à l’article du pi'onostic , et quand il s’agira du traitement, je rechercherai si les méthodes thérapeutiques employées ont eu 1 quelque influence sur les résultats fâcheux que je viens d’indiiquer.

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