V.MKTIQÜE A IIATTF. HOSF. G
ontinué pendant la plus grande partie de la convalescence. Ces ir ’ésultats sont conformes à ceux qu’avait obtenus M. Trousseau, i|]ui a signale' la diminution dans la force et la fréquence du ppouls comme un phénomène constant, qu’on observait le plus souvent dès les vingt-quatre premières heures , quelquefois seulilement au second jour ; il en est de même de la température de lia peau , puisque sur cinquante-six malades , cinq seulement ont conservé de la chaleur fébrile après quarante-huit heures ide l’administration de l’antimoine.
Mouvemens respiratoires . La diminution dans le nombre des ! rrespirations a été un phénomène moins constant que la dimi- I rnution dans l’accélération du pouls. On peut établir en règle -générale, que, lorsqu’il y avait plus de vingt-quatre ou vingt-six rrespirations par minute , quinze fois sur vingt -six, j’ai vu , après U’administrationdelapremièrépotion, le nombre des mouvemens 1 respiratoires être diminué de six à vingt par minute ; dans les autres cas, cette diminution n’a été appréciable qu’à la seconde ou à la troisième potion. Si lors de la première administration de 1 l’émétique, le nombre des respirations ne dépassait pas vingt- ' deux ou vingt-quatre, il n’était pas rare de retrouver le même ( chifîre au bout de un ou plusieurs jours , bien que l’état du mallade se fut amélioré sous tous les auti’es rapports.
Expectoration. Sur trente-trois malades chez lesquels la natture de l’expectoration a été soigneusement décrite pendant itoute la durée de la maladie, je vois que chez dix-sept, les cra- (chatsqui, avant l’administration de l’émétique, présentaient au 'plus haut degré les caractères des crachats pneumoniques, étaient plus ou moins décolorés vingt-quatre heures après, et imême chez près d’un tiers des malades , la matière expectorée était tout à fait blanche , plus ou moins opaque , point ou à peine visqueuse, ayant en un mot la plupart des caractères des cra- » chats des affections catarrhales. Ces résultats s’accordent encore ; avec ceux de M. Trousseau ; ce médecin a reconnu, en effet, que îsur les cinquante-six maladesqui ont guéri, l’expectoration pneumonique avait disparu quarante-huit heures après l’administration de l’antimoine chez cinquante-quatre, et même chez un quart d’entre eux, vingt-quatre heures ont suffi pour la complète disparution des crachats caractéristiques.
Phénomènes (VansenPotion . Si on excepte un seul malade.
TRAITEMENT DE LA PNEUMONIE
chez lequel les phénomènes fournis par la percussion et l’auscullation,ont continué à s’étendre et à s’accroître dans les quatre premiers jours de l’administration de l’émétique, chez tous les autres, ces phénomènes sont restés stationnaires ou ont commencé à décroître à dater de l’administration de la première potion. C’est ainsi que chez dix-huit, des signes de résolution étaient manifestes à la fin du premier jour, chez onze à la fin du deuxième , chez deux à la fin du troisième , chez cinq à la fin du quatrième ; toutefois les signes stéthoscopiques n’ont jamais été enlevés complètement j car après avoir diminué, ils persistaient encore pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, et quoique la plupart des malades n’aient pas quitté l’hôpital avant le vingt et unième jour, cependant le plus grand nombre d’entre eux, c’est-à-dire vingt et un sur vingt-huit, présentaient encore lors de leur sortie, quelques-uns des phénomènes que j’ai signalés précédemment , quoique sous tous les autres rapports la santé fût parfaite chez eux.
En résumé nous avons vu que sous l’influence des antimoniaux, les principaux symptômes de la pneumonie se sont le plus souvent amendés ou même ont cessé complètement dès le premier ou le deuxième jour de l’administration du médicament, et que ce n’est que clans des cas exceptionnels, que nous avons été obligés d’attendre trois ou quatre jours, pour constater les premiers indices de l’amélioration dans la marche delà maladie. Les autres phénomènes, tels que la céphalalgie, la soif, le malaise général, ont diminué ou cessé avec la même promptitude, et avec une rapidité qu'on n’observe dans aucun autre mode de traitement.
Une chose capitale dans le traitement de la pneumonie par les antimoniaux, dit M. Trousseau, c’est qu’il n’y a pas de convalescence; on craint d’être taxé d’exagération en disant que trois jours suffisent quelquefois pour ramener un malade des portes du tombeau à un état de santé tellement satisfaisant que sans la persistance des signes stéthoscopiques, il serait impossible de croire qu’il a existé une pneumonie des plus graves; M. Trousseau a vu, en elïet, plus du tiers de ses malades se lever sans aide , s’habiller et marcher dans la .salle avant le huitième jour du traitement. Les faits cjue j’ai recueillis ont été sous ce rapport aussi favorables à rémélique que ceux de M. Trousseau,
Jiisque la convalescence de mes malades était complète, terme : voyen, au sixième jour du traitement. J’ai également été sur- ; ! i is de l’intégrité des forces à la suite d’une maladie aussi grave : ue la pneumonie; mais cependant, on le conçoit sans peine, en ‘ rifléchissant que les malades n’avaient été débilite's par aucune verte de sangj et que la pneumonie , subitement enrayée dans ; . i marche, avait eu une durée plus courte que de coutume. Une l'iconstance non moins remarquable, et qu’on ne retrouve pas, lu moins à ce degré, chez les individus qu’on a soumis aux autes modes de traitement, c’est l’énergie avec laquelle l’appétit ; î réveille dès le lendemain d’un état fort grave. J’a; vu plu >eurs individus chez lesquels la convalescence ayant comuiencé i4 heures ou 48 heures après la première potion, je crus pouvoir ;ur accorder immédiatement du bouillon, mais dans le courant e la journée, la faim devenait si impérieuse, leurs plaintes si lives que la religieuse crut devoir souvent dépasser mes presiriplions, et leur accorder du potage ou même quelques ali- ;iens solides qui furent toujours parfaitement digérés ; cela n’eut :eu d’ailleurs que chez des sujets jeunes. La maladie a eu une urée moyenne de dix jours. Beaucoup de malades ont voulu lOrtir de l’hôpital avant qu’ils fussent en état de travailler; lais il y en a 28 que j’ai pu garder plus longtemps; ceux-là I nt pu reprendre les occupations les plus pénibles, telles que telles de boulanger et de maçon, terme moyen au vingtième rmr, à dater du début des premiers accidens et au 17® jour du ; i .aitement; la convalescence n’a été entravée chez eux par auun accident; chez deux seulement la fièvre reparut momentaémenl après avoir cessé depuis trois ou quatre jours ; mais il a luffi d’administrer la potion de nouveau pendant un ou deux ' Durs , pour voir les symptômes être enrayés de nouveau.
Je n’ai trouvé aucune espèce de rapport entre la rapidité de I H guérison et l’intensité des phénomènes primitifs; c’est ainsi I ue sur trente-deux malades chez lesquels j’ai compté exacte- I ment le nombre d’évacuations que l’émétique a provoquées,
I -eize eurent plus de vingt vomissemens et selles, tandis que chez 1 es seize autres ce nombre ne s’éleva pas à dix ; néanmoins dans I ’une et l’autre série la durée de la pneumonie a été exactement I ile dix jours.
Nous avons vu précédemment que la constitution médicale
TRAITEMENT DE LA PNEHMONIF
avait paru exercer une influence, sur le degré de mortalité ; il m’a paru également que la pneumonie n’a pas cédé à l’action de l’émétique avec une égale promptitude de novembre en mars et dans les mois suivans. Chez les malades qui furenttraités dans la première de ces deux périodes, le traitement eut une action plus prompte , et la durée de la maladie fut d’un jour plus courte que chezjles individus traités dans les mois qui suivirent, et surtout pendant les mois d’avril et de mai; il en fut de même des forces qui furent rétablies très promptement chez les premiers; tandis que les autres ne purent reprendre leurs pénibles travaux que quatre jours plus tard.
Chez plus de la moitié des malades qui ont succombé, l’émétique à haute dose a semblé exercer tout d’abord une heureuse influence sur la pneumonie. C’est ainsi que chez quatre individus, le pouls a perdu de sa fréquence, les mouvemens respiratoires se sont ralentis; deux fois, les crachats se sont décolorés, et la douleur de côté, vive la veille, avait complètement cessé ou était presque nulle; enfin les malades disaient éprouver un état de bien-être, de soulagement, qui aurait pu facilement en imposer, et auraitpu faire porter alors un pronostic favorable. Mais en examinant les malades plus complètement, on ne pouvait plusse faire illusion et méconnaître les progrès que la pneumonie avait faits. C’est ainsi que les traits portaient l’empreinte d’une altérationplus moins profonde , la chaleur de la peau était devenue plus vive et plus ai’ide, et l’exploration de la poitrine indiquait communément que la pneumonie avaitenvahi de nouvelles surfaces. Il est important que de pareils faits ne restent pas perdus; il est important de redire encoreà ce sujetce quej’ai ditprécédemment, savoir, que le pronostic de la pneumonie ne peut pas être établi par la considération d’un, de deux ou de trois symptômes isolés, mais qu’il faut la réunion, l’ensemble des phénomènes fournis par l’état général et local, et lorsque, comme dans les cas précédons , on trouve le désaccord que je viens de signaler entre les principaux symptômes de la maladie et l’état du faciès , il faut en conclure que la maladie est en progrès, et l’on doit alors diriger le traitement en conséquence.
§11. Deuxième groupe. Emèlique administré d'après la méthode de [ Laènnec.
Ce second groupe comprend quatre-vingts malades, leur «ge?
1 ii’iant entre seize et soixante-dix ans , donnait pour moyenne cenle-cinq ans et demi. La pneumonie était grave chez tous >s malades à des degrés différens ; chez les cinq sixièmes elle nvahissait pour le moins la moitié d’un des poumons; elle était jîuble chez huit ; chez le sixième restant, la maladie était limice à un plus petit espace ; quoique moins intense, on ne pou- 1 lit pas pourtant la regarder comme bénigne ; c’est ce que •ouvaient les symptômes généraux ; d’ailleurs, une et plus U vent même deux et trois saignées qui avaient été pratiliiées avant l’administration de l’émétique , n’avaient pas 1 ëme suffi pour enrayer sa marche. Au moment où l’émé- ! que fut administré pour la première fois, toutes les pneumoi es étaient arrivées au deuxième degré, sinon partout, du K oins dans leur plus grande étendue. Les malades qui étaient ::inus à riiôpital, terme moyen, au cinquième jour à dater du déi;rt, avaient été soumis dès leur entrée à un traitement antiphlo- 'Stique pendant les vingt-quatre ou quarante-huit premières entres; on retira à ces malades depuis cinq cents grammes i.neliv.) jusqu’à un kilogramme et demi de sang (trois liv.) La
I aladie ne fut entièrement enrayée dans aucun cas, chez les ina-
I I des qui étaient entrés avec les signes du premier degré ; au bout I le un ou deux jours, la phlegmasie plus étendue avait passé I l’état d’hépatisation dans les points primitivement envahis ,
! t les symptômes généraux s’étaient accrus, ou étaient restés ! our le moins stationnaires chez les trois-quarts des sujets. Tou- ! ifois, le pouls était devenu, sinon moins fréquent du moins i moins ample et surtout moins dur; chez les autres, on avait
l'Otéune diminution de six à huit pulsations et un amendement >’lus ou moins considérable dans la céphalalgie, l’oppression et n douleur de côté : il était évident que chez tous le traitement l evait être poursuivi. L’état du pouls chez ces sujets permettait l e recourir encore à une ou même plusieurs saignées ; cepen- 1 ant, on se décida pour l’administration de l’émétique à haute ! ose. Ce nouveau traitement fut généralement commencé du ixième au septième jour, à dater du début des premiers acci-
038 IHAl’iEMLNT DE LA l'NEUMOMK.
dens. Le tartre stibié fut donné à peu près aux mêmes doses, aux mêmes intervalles que chez les malades de la première série. La première potion n’a jamais contenu plus de cinq décigramraes d’émétique (dix grains) ; mais dans les suivantes on a mis plusieurs fois jusqu’à dix décigrammes (vingt grains) de cette substance. Lés malades ont pris le médicament de un à neuf jours; en moyenne^ la durée du traitement par l’éme'tique a été de quatre jours ^ pendant lesquels les malades ont pris terme moyen y deux grammes (trente-six grains) de ce médicament.
La potion émétique a presque toujours produit, du moins dans les deux premiers jours,- des effets primitifs plus ou moins nombreux ; il n’y a que trois malades qui aient présenté constamment le phénomène de la tolérance.
Des quatre-vingts malades dont j’analyse actuellement les observations,- dix seulement ont succombé ; c’est un huitième. Ce résultat est très favorable et dépose en faveur de l’efficacité du traitement employé. Toutefois, pour ne pas exagérer cette heureuse influence ; il est bon de rappeler que la moyenne de nos malades n’atteignait pas encore trente-six ans, circonstance qui explique en partie nos succès. Pour le prouver, il me suffira de comparer mes résultats à ceux que M. Louis a obtenus par la même méthode. Nous avons vu, en effet, que sur vingt malades , auxquels il donna l’émétique , après avoir été saignés plus ou moins abondamment, trois succombèrent , ce qui élève sa mortalité à un peu plus d’un septième, tandis que la nôtre n’a été que d’un huitième. Une si notable différence tiendraitelle à ce que les malades de M. Louis commencèrent à prendre l’émétique un jour plus tard que les nôtres? Il est possible que cette circonstance ait pu avoir quelque influence , mais elle ne saurait peut-être à elle seule rendre compte de la différence notable qui existe entre les deux ordres de faits. Je crois plutôt qu’il faut en chercher la raison dans l’âge très difïérent des malades ; ceux de M. Louis avaient en effet , terme moyen , quarante-cinq ans, c’est-à-dire dix ans de plus que les nôtres ; c’est ce qui explique suffisamment à mon avis la différence des deux résultats que je viens de comparer.
Les faits que j’analyse actuellement sont encore venus démontrer, comme Ceux de la série précédente, avec quelle lapi-
EMÉTiÇL'Ji A HAUTE DOSE. 639
Uté radministration de Fémétique amélioie leâ principaux ymptômes de la pneumonie. C’est ainsi que des 70 malades jui ont guéri, il y en a 37 dont le pouls tomba de 10 à 30 pulations, immédiatement après la première potion ; chez 14, la réquence du pouls ne commença à décroître qu’après la prenière dose d’émétique; chez 14, après la deuxième; chez 5 près la troisième. Si nous considérons l’ensemble des symptônes généraux et locaux , nous voyons que dans plus de la i moitié des cas , la prise de la première potion fut suivie d’un himendement sensible ou même très considérable dans la chaeur de la peau, dans la douleur de côté, dans la couleur des rachats , dans l’oppression, ainsi que dans les symptômes cournis par la percussion et par l’auscultation. On petit établir ]i[u’une amélioration très grande est survenue chez les deux liers des malades, dans les deux premiers jours du traitement par l’émétique.
Chez les 70 malades dont la pneumonie eut une heureuse sssue , la convalescence fut établie vers le quatorzième jour, ’est-à-dire deux jours plus tard que pour les individus qui i uérirent seulement par les émissions sanguines. M. Louis avait i|( gaiement noté (1) que les sujets qu’il avait traités par le tartre çlltibié , la pneumonie avait duré trois jours de plus que chez (eux qui ne furent pas soumis à cette médication. Devons-nous in conclure que l’émétique a exercé une influence fâcheuse sur aa maladie? dirons-nous que ce médicament a retardé l’époque l e la convalescence , loin d’avoir accéléré l’heureuse termii.\aison de la maladie? Mais, comme M. Louis l’a remarqué avec aison, cette influence fâcheuse qu’on pourrait supposer, n’est ; Im’apparente. En effet, il faut se rappeler que chez mes malades il(omme chez ceux de M. Louis, le tartre stibié fut administré lU uand déjà plusieurs saignées avaient été faites inutilement ; la (fcialadie, au contraire, avait généralement pris plus d’intensité ; ||);ar conséquent, les forces avaient dû décroître en proportion.
ijoutons que chez les malades qui prirent l’émétique , la pre- . iiaière saignée avait été faite presque un jour plus tard que chez eux qui ne prirent pas la potion ; la différence avait été même He deux jours pour les malades de M. Louis. On voit donc que
(1 ) Recherches sur les ejfels de la saigncCf Paj is, 1 83B, 5t.
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rr.Al'lüMLJN I DL LA l’ALUHOML.
l’émélique fut donné dans des circonstances assez défavorables et dans des cas graves ; c’est ce qui explique la durée plus longue de la maladie chez ceux qui en prirent. Enfin, ce qui peut prouver que ce n’est pas le tartre stibié qui a retardé la convalescence, c'est que, comme nous l’avons vu préce'demment, les malades qui furent traités exclusivement par Fe'métique, sans saignée préalable, étaient convalescens au dixième jour, c’est-àdire quatre jours plus tôt que ceux qui, après avoir été saignés, ont pris ensuite de l’éméiique , et deux jours plus tôt que les individus qui guérirent par les émissions sanguines seulement.
Après ce que je viens de dire, on aura deviné sans doute que si , chez les malades dont je parle, l’époque de la convalescence a été retardée, celle-ci a dû être aussi plus longue, les forces ont dû se rétablir plus lentement; c’est en effet ce qui est arrivé. Ainsi , 21 des malades qui ont pris l’émétique après avoir été saignés, et que j’ai pu observer pendant toute leur convalescence, n’ont été en état de reprendre leurs pénibles travaux que vers le vingt-neuvième jour , à dater du début, c’est-à dire sept jours plus tard que ceux qui n’avaient pas pris d’émétique , et neuf jours après ceux qui avaient été traités par l’émétique seulement.
§III. 3® série. Emétique donne à haute dose à une époque où il clait impossible de reeounr aux émissions sanguines.
J’ai réuni dans la troisième série, 30 malades d’un âge moyeu de quarante-neuf ans, qui, comme ceux de la série qui précède, ont pris de l’émétique après avoir eu plusieurs émissions sanguines ; cependant , je n’ai pas dû confondre ces deux ordres de faits. Nous avons vu en effet que chez les malades du deuxième groupe , l’émétique fut administré à une époque où l’état du pouls et des forces permettait et engageait même de recourir à de nouvelles saignées générales et locales ; le tartre stibié fut ici donné pour suppléer aux émissions sanguines, et nous avons dit que ce fut généralement avec un grand avantage. Mais il n’en est plus de même chez les malades de la troisième catégorie ; chez eux on avait épuisé la possibilité de saigner ; la pneumonie était arrivée à une période avancée, puisque son début remontait déjà à dix jours; le pouls était mou, dépressible, les forces épuisées , la moitié des malades au moins était dans
un élat désespéré ; parmi les moyens actifs de traitement, l’émétique à haute dose était le seul qui pût être tenté sans inconvénient^ mais la maladie était trop grave et déjà trop avancée pour qu’on dût fonder sur ce moyen de bien grandes espérances. C’est ce qui explique pourquoi, sur ces 30 malades, il y en a 18, c’est-à-dire presque les deux tiers qui ont succombé j chez plus de la moitié, la mort arriva dans les deux premiers jours du traitement.
Ce résultat dépose bien moins contre l’efficacité de l’émétique que contre celle des saignées , qui, employées largement, et à une époque voisine du début (quatre jours), n’ont pu empêcher la maladie de faire des progrès continuels ; il est à peu près démontré pour moi, que si on avait voulu pousser plus loin les émissions sanguines , on eût infailliblement perdu tous ou presque tous les malades qui ont guéri. Si on n’avait pas employé l’émétique, je suis également porté à croire, que sous l’influence des seules forces de la nature, quelques individus auraient fini par triompher de la maladie, mais il n’est pas probable, que les 10 que nous avons sauvés par l’émétique, eussent aussi guéri spontanément. Ce qui prouve d’ailleurs l’heureuse influence que le tartre stibié a exercée dans ces cas, c’est l’amélioration rapide qui a suivi son administration. C’est ainsi que chez 9 malades , dont la vie était dans le plus grand péril , il survint après la première, la deuxième ou la troisième potion, une diminution assez considérable dans les accidens, et en particulier dans les symptômes généraux, pour qu’on dût être presque rassuré sur l’heureuse issue de la maladie ; chez un seul malade, les phénomènes morbides ne commencèrent à décroître qu’après la sixième potion, c’est-à-dire le sixième jour du traitement par l’émétique. Chez quelques malades de cette série, la dose d’émétique qui a été administrée fut aussi plus considérable , puisque plusieurs ont pris, dans l’espace de neuf à dix jours, jusqu’à 10 grammes d’émétique (2 gros, 40 grains), mais en moyenne, chaque malade n’a guère pris plus de 2 grammes (36 grains) de tartre stibié. La convalescence s’est déclarée un peu plus tard chez les sujets de cette troisième série que chez ceux des séries précédentes. Chez les premiers, en efiét, la convalescence n’a guère commencé que vers le quinzième jour, elle n’était complète qu’au dix-huitième, et lorsque les malades ont
XKAITÜMÜNT DK LA I>^KUMUJN1E,
quille l’iiôpital le vingt-septième ou viugl-liuilièine jour, leurs forces n’étaieat pas encore couiplétement revenues. Le relard qu’a éprouvé la convalescence , sa longueur, la leuleur avec laquelle les forces se sonl rétablies, s’explique par la gravité même de la maladie , par sa durée , par le traitement énergique et débilitant qu’oa lui a opposé.
Les faits qui précèdent ne permettent d’élever aucun doute sur l’heureuse influence que l’émétique, douué à haute dose, exerce suj' la terminaison , la marche et la durée de la pneumonie. En suivant la pratique de Peschier, ou plutôt celle de Laënnec, nous avons vu le chiffre de la morlalité être considérablement diminué ; les symptômes les plus pénibles ou les plus graves ont cédé avec une facilité et souvent une rapidité inaccoutumée, la convalescence s’est déciai ée promptement , et les forces se sont rétablies assez vite.
Si on compare les résultats que donne l’analy se des deux premières séries de faits, nous voyons que, dans la première où l’émétique fut donné sans saignée préalable, la mortalité fut plus considérable que chez les sujets de la deuxième catégorie qui, placés dans des conditions d’âge et d’intensité de maladie à peu près semblables, avaient néanmoins guéri en beaucoup plus grand nombre j ce qu’il est naturel d’attribuer aux émissions sanguines qui avaient précédé l’administration du tartre stibié. Mais si les saignées ont eu l’avantage de faire baisser le chifire de la mortalité , elles eurent l’inconvénient de prostrer davantage les forces et de retarder un peu la convalescence. Cependant remarquons bien que les saignées qui avaient eu un pareil résultat, avaient été pea nombreuses, peu abondantes, que nonseulement elles avaient été proportionnées aux forces des sujets, mais que même il y avait indication à les réitérer, lorsque l’émétique fut administré. Si donc des saignées qui sont indiquées par la nature de la maladie et par la gravité des symptômes , ont pour effet de prostrer les forces, que serait-ee donc des saignées intempestives ou immodérées dont j’ai parlé dans le chapitre précédent.
Cependant, somme toute, le plus ou moins de rapidité de la guérison et de la convalescence est une considération tout-àlait accessoire, tjuand un la compare à l’issue heureuse ou fû cheuse de la maladie; de sorte qu’en règle générale si, de deux
liMETK^Uü A HAUTK DOSK.
inélliodes de traitement, l’une guérit plus sûrement et plus souvent qu’une autre, il faut lui donner la préférence , quand même elle aurait sur celle-ci le désavantage d’affaiblir beaucoup plus les malades et de retarder le terme de la convalescence. Voilà pourquoi la méthode qui consiste à ne donner l’émétique qu’après une ou plusieurs saignées préalables doit être généralement préférée à celle dans laquelle le tartre stibié administré de suite constitue le seul traitement actif. Cependant un système exclusif ne saurait être conseillé et il est des cas, en effet, où les émissions sanguines sont inutiles ou même nuisibles. Quelque étendue que soit la pneumonie, quelque vive que soit la douleur de côté et la réaction fébrile, si le pouls offre delà mollesse, si, quoique doué d’une certaine ampleur, il résiste peu à la pression du doigt, il faudra s’abstenir de toute émission sanguine. La faiblesse de la constitution , l’âge avancé, la dépression des forces ne seraient pas des raisons suffisantes pour s’abstenir de saigner, si le pouls ne présentait pas d’ailleurs les caractères que je viens d’indiquer. Au contraire, pour peu que le pouls offre de la dureté ou de la résistance, qu’il soit ample ou concentré, il y a indication à tirer du sang ; la saignée sera alors réitérée jusqu’à ce que le pouls ait perdu ces caractères.
Il faut que les pertes de sang soient abondantes, c’est-à-dire (d’environ 500 grammes chaque (une livre) ; lorsque deux ou ! trois saignées sont nécessaires, elles devront être faites dans les .24 ou 36 premières heures; il est rarement utile de faire perdre au ! malade plus d’unkilogramine de sang. Comme on le voit d’après la méthode de traitement à laquelle je donne la préférence, la saignée n’est faite que pour préparer l’économie à recevoir plus utilement l’influence du tartre stibié. Une condition essentielle pour que l’émétique soit utile, et on ne saurait trop le repéter, ( c’est que le pouls ne présente plus aucune dureté; c’est pour (avoir méconnu ce précepte que j’ai vu quelques malades aux- 1 quels l’émétique avait été donné d’emblée et sans saignée préalable , n’éprouver aucune amélioration, la pneumonie eut i même une issue funeste, tandis que ceux chez lesquels, ayant I égard à l’état du pouls, on saigna une ou plusieurs fois, éprouvèrent, dans les symptomesgénéraux et locaux, celte amélioration rapide que l’émcticiue produit le plu.s souvent. Mais je dois
TilAlTliMENr DE LA PNEUMONIE.
redive encore qu’il ne faut pas épuiser la possibilité de saigner; car un alfaiblissement trop grand est une circonstance qui , nonseulement doit retarder la convalescence, mais qui même rend plus incertaine l’action de l’émétique.
Ce que je viens de dire des conditions dans lesquelles doit se trouver le malade pour que l’administration du tartre stibié soit utile, explique pourquoi, sous l’influence de certaines constitutions médicales, plusieurs médecins parmi lesquels je citerai Peschier, Wolft et M. Trousseau, ont obtenu des guérisons nombreuses par l’emploi de l’émétique seul, et sans saignées préalables. Il est probable que ces praticiens observaient alors des pneumonies dans lesquelles le pouls présentait cette mollesse, ce défaut de résistance, que j’avais moi-même notée dans les inflammations pulmonaires que je traitai pendant l’hiver de 1839 à 1840. J’ai dit, en effet, qu’à cette époque, sur vingt-deux pneumonies graves qui furent traitées par l’émétique seulement, il n’y en et qu’un qui ait eu une issue funeste. A la même époque, les malades qui prirent l’émétique après avoir subi une ou deux saignées générales, présentèrent une mortalité d’un 7® environ, et chez ceux qui guérirent, les accidens ne cédèrent pas avec la même rapidité que par la médication antimoniale exclusive. M. le professeur Trousseau a signalé un résultat analogue pour les pneumonies qu’il a traitées en 1831 et 1832.
En règle générale, je crois pouvoir établir que la méthode préconisée par Laënnec , pour le traitement de la pneumonie , est celle qui mérite la préférence, c’est-à-dire que l’émétique à haute dose devra être administré après avoir essayé de préparer l’économie à son action par une ou plusieurs éinissionssauguines. Mads quelle que soit la méthode qu’on ait suivie, on aura sans doute remarqué la rapidité avec laquelle l’émétique a agi , sou action a été souvent presque instantanée , et la plupart des malades ont éprouve une amélioration sensible dans les symptômes généraux et locaux, dès le premier ou le deuxième jour de la maladie. Nous avons vu se produire, par l’émétique, des ellels que nous n’avons jamais obtenus par les saignées les plus copieuses ; ainsi j’ai dit que chez plusieurs malades qui, au moment de l’administration de la première dose d’émétique , avaient une fièvre intense et présentaient tous les signes physiques d’une pneumonie arrivée entièrement au deuxième
Émktiqüe a halte dose. 645
legré, il a sufil de leur donner 3 ou 4 décigrammes de tartre tibié(6 à 8 grains) pour voir du jour au lendemain, à cet état ,,^rave, succéder une amélioration telle, que quelques malades
1 couvaient être regardés presque comme convalescens, puisque a fièvre avait à peu près complètement cessé et que l’auscultaliou qui, la veille, faisait percevoir du souffle et de la crépitation hVindiquait plus qu’une diminution dans l’expansion pulmoiiiairc, sans râles ni respiration tubaire. On peut donc dire que illans ces cas la pneumonie fut réellement jugulée.
Dans le ü-ailement de la pneumonie par l’émétique, on avait l’igalement remarqué un fait très intéressant, c’est l’augmentai [. ion quelquefois considérable des forces, dès le lendemain de ! ,’administration du médicament, lorsque celle-ci a été avanta- I creuse. Ce fait est d’autant plus remarquable que, comme l’ob- ‘ s.jerve M. Louis, l’action du tartre stibié a été accompagnée de vielles et de vomissemens nombreux qui auraient dû au con- (.tlraire avoir pour effet de prostrer les forces des malades.
I Après avoir indiqué les effets du tartre stibié sur la marche cet la durée de la pneumonie et après avoir déterminé les cas où jiil est le plus souvent utile , je vais exposer quel est son ineil- Heur mode d’administration etles effets immédiats qu’il produit.
§ IV. Mode d' adminislration de V émétique. EJfets primitifs ^ j tolérance , etc.
Par quelle dose d’émétique faut-il commencer? quelles règles : 1 doit-on suivre dans l’administration de ce médicament ? Ce sont deux questions importantes qui doivent nous occuper un inoiment.
Il était rare que Pasori donnât moins d’un gramme trois dé- ' cigrammes d'émétique (vingt-qualregrains) dans les vingt-quatre ' ipremières heures; chez l’adulte quelquefois il portait d’emblée ’ icette quantité à deux grammes, et augmentait tous les jours, î suivant la marche de la maladie. Nous avons vu que Laënnec I donnait rarement plus de trois ou quatre décigrammes (six ou 1 Ihuitgrains) d’émétique dans la premièrojournée.C’est cette même i dose qui fut adoptée pour la plupart de nos malades, soit par [ M. Chomel, soit par nous-même ; et ce ne fut que dans des cas I [fort rares et tout-à-fait exceptionnels, qu’on commença par ad- 1 iministrer six ou huit décigrammes (douze ou seize grains) le
TUAITKMrNT DF, LA l’N Fil MOiV I F ,
premier jour. J’ignore ce qui serait arrivé si on eût suivi plus souvent cette dernière pratique, c’est à ceux qui l’ont adoptée à comparer leurs résultats cà ceux que j’ai trouvés moi'inême; je crois d’ailleurs que la dose n’est pas invariable pour tous, il faut tâter d’abord par degré la susceptibilité de chacun , et ne pas commencer , comme le dit Giacomini , par assommer la vitalité en administrant des doses trop considérables.
L’émétique qui fut ordonne à mes malades, a été administré dans une potion d’environ cent cinquante-six grammes (cinq onces), faite avec l'eau de tilleul et de feuilles d’oranger sucrée, contenant rarement seize ou trente-deux grammes de sirop diacode ; je rechercherai bientôt l’influence qu’a pu exercer cette dernière préparation. La potion était administrée en général toutes les heures, cependant on en rapprochait les doses, ou on les éloignait suivant l’influence qu’elle exerçait sur l’estomac et le tube digestif.
A moins que la maladie ne s’amende d’une manière notable après la première potion, je suis dans l’usage d’augmenter la dose du médicament pendant plusieurs jours. Si la pneumonie s’est beaucoup aggravée , souvent alors la quantité d’émétique que je prescris est double de celle de la veille ; je n’ai jamais dépassé un gramme trois décigrammes (vingt-quatre grains) pour vingt-quatre heures, cependant je ne blâme pas ceux qui en prescrivent davantage , mais je pense qu’on devrait en donner rarement plus de deux grammes (trente-six grains) par jour , et je ne conseille à personne d’imiter la hardiesse de Rasori.
Il m’est impossible de déterminer la dose à laquelle on peut donner l’émétique chez les nouveau-nés atteints de pneumonie ; des recherches à ce sujet sont encore nécessaires. Je crois avec M. Valleix que c’est à tort que la plupart des médecins éprouvent une grande appréhension pour l’emploi du tartre stibié chez les très jeunes sujets , quelques faits recueillis par cet excellent observateur, ont prouvé que l’émétique chez le nouveau-né agissait, sous le rapport de l’effet éméto-cathartique, à peu près comme chez l’adulte , c’est-à-dire que la tolérance ne tarde pas à s’établir. Je pense c[u’on pourrait commencer par prescrire de suite un décigranuiie d’émétique ; chez les enl’ans plus âgés, à deux ans par exemple, on a pu commencer par la
KMKTinrî \ HATITK DOSK. 6-47
I centigrammes, et élever rapidement la dose jusqu’à trois décit 'grammes. Je n’ai pas remarqué que le mode d’administration et i lladosedussent être modifiés chezles vieillards. Aujourd’hui pour- 1 tiant , chez les sujets au-dessus de soixante ans, je commence par I tidonner généralement un décigramme de plus (huit grains) que I .chez les sujets plus jeunes ; toutefois je ne puis encore rien conl 'Seiller à ce sujet, attendu que je n’ai pas sur ce point des faits f 'assez nombrenx pour me permettre de hasarder une opinion, j On peut établir, que donné de la manière dont je viens de I [ [parler, l’émétique provoque presque toujours plusieurs vomis- ['semens et des selles plus ou moins abondantes^ c’est ainsi icque, sur les 154 malades traités par l’émétique, il n’y en a
tcque douze chez lesquels la tolérance ait existé dès le premier jjour. Ce résultat semble différer de ceux qu’ont obtenu Rasori eet Laënnec ; le premier dit en effet qu’il avait observé la tolé- .[iirance chez un grand nombre de malades; Laënnec prétend vi «aussi l’avoir vue sur beaucoup', mais ces expressions vagues ne i l «sauraient donner à l’esprit aucune indication mênié approxijlimative ; et je suis convaincu que si Rasori et Laënnec avaient 1 icompté les faits , ils auraient émis une opinion très différente. 1 1 .Je crois d’ailleurs que la tolérance de l’émétique existe rarement î|(dès le premier jour ; c’est aussi l’opinion qu’a émise M. hayer. I Chez les malades qui, après avoir pris la potion stibiée, léprouvèrent des effets primitifs, les six septièmes eurent à la Ifois des vomissemens et des selles ; tandis qu’un septième ! seulement n’éprouva que l’une ou l’autre de ces évacuations. 'Dans les deux tiers des cas, les vomissemens commencèrent à ' être produits de dix minutes à une heure après que les malades avaient bu la première cuillerée de potion; les selles avaient lieu un peu plus taril , terme moyen , trois heures un quart après la première dose , c’est-à-dire à une époque où on avait déjà administré aux malades trois cuillerées de la potion. Les effets primitifs continuent généralement jusqu’à ce que la I potion soit épuisee et persistent même , les selles surtout , une ou plusieurs heures après. Le nombre des évacuations varie 'beaucoup; il est rare que les malades en éprouvent moins de six ou liuit. Presque toujours les selles sont plus nombreuses fjue les vomissemens, il n’est pas très rare de voir des individus avoir dans les vingt-quatre premières heures, dix, quinze vo-
6iS
TRAITEMENT DE LA PNEOMONIE
missemens et jusqu’à vin^t ou trente selles. Les vomissemens seuls sont pénibles pour les malades, car ils éprouvent ce malaise général , cette anxiété , en un mot tous les phénomènes incommodes qui précèdent et accompagnent le vomissement naturel, et qui sont ici d’autant plus pénibles, que cet acte se reproduit un plus grand nombre de fois. Au contraire , les évacuations alvines ont lieu sans douleurs , ou du moins , les coliques qui les annoncent sont très légères, et ce n’est que dans des cas assez rares, dans un huitième environ , que les malades accusent des élancemens , des tortillemens ou du ténesme. Les matières rendues consistent, pour les vomissemens en un liquide jaune ou verdâtre, ordinairement amer; les selles étaient liquides et très jaunes toutes les fois que j’ai pu en constater la nature.
Lorsque les évacuations étaient très copieuses, les malades éprouvaient de la fatigue, du malaise , plusieurs ont eu des lipothymies; mais un sommeil de quelques heures suffisait pour réparer les forces, et généralement alors les malades éprouvaient un sentiment de bien-être.
Lorsque la potion était administrée plusieurs jours de suite, le nombre des évacuations alvines et des vomissemens diminuait beaucoup, même dans les cas où on avait augmenté la quantité d’émétique ; il y a eu pourtant quelques exceptions à cette règle que j’indique. D’ailleurs plus de la moitié de ces malades a fini par présenter plus ou moins complètement le phénomène de la tolérance ; et j’ai remarqué, comme M. Rayer, que celle-ci s’établissait d’une manière plus prompte et plus permanente pour l’estomac que pour les intestins. Il n’y a aucun rapport entre l’intensité et la fréquence des phénomènes primitifs et la rapidité de la convalescence ; ayant en effet comparé quelle fut la durée de la maladie, chez ti’enle individus qui avaient éprouvé au moins trente évacuations, et chez trente autres qui n’en avaient eu qu’une douzaine, j’ai trouvé que la durée moyenne avait été exactement la même dans les deux séries de malades.
.T’ai dit que chez douze malades, rémétlque administré pendant plusieurs jours à dose toujours croissante, n’avait jamais produit d’cfiet primitif. J’ai cherché à ce sujet à découvrir sont les conditions individuelles qui rendent aussi l’économie moins susceptible à l’action du tartre stibié, et voici ce que j’ai re-
EMETIQUE A HAUTE DOSE. 649
marqué. Jecroisqu’un âge avancé est une circonstance qui rend plus facile l’établissement d’une tolérance primitive ou secondaire; c’est ainsi que, sur les douze malades qui n’ont jamais : téprouvé d’effets primitifs, onze avaient plus de quarante ans ; sur >six individus au-dessus de soixante-dix ans qui furent traités ! ipar l’émétique, quatre ont toujours présenté de la tolérance ; (enfin sur seize malades, chez lesquels la tolérance s’établit ra- •pidement après les deux premières potions stibiées , plus de la I 1 moitié dépassait l’âge de cinquante ans. La gravité de la ma- I ladie a peut-être aussi une influence sur le plus ou moins de ; 1 facilité avec laquelle la tolérance s’établit ; ainsi, sur les douze I malades qui n’eurent jamais d’effets primitifs, neuf succombè- I rent. Que la première potion ait eu des effets primitifs, nom- I breux ou rares , on ne peut pas en conclure que la tolérance : s’établira promptement ou lentement.
La tolérance une fois établie peut cesser, lorsqu’on augmente i la quantité d’émétique, lorsque les malades prennentbeaucoup de 1^ boisson ou sous l’influence de tout autre cause , le plus souvent i très difficile à apprécier. D’ailleurs l’estomac comme le reste du [ tube digestif perdent promptement cette aptitude qui leur per- I mettait de supporter impunément de fortes doses d’émétique; t car si chez un malade qui présente actuellement la tolérance, I on suspend le traitement pendant quelques jours , pour le re- [ prendre ensuite à l’occasion d’une récrudescence que la malaj die présente, on voit que les mêmes doses d’émétique, qui il y a [ peu de temps, ne déterminaient ni vomissemens, ni selles, et
[même que des doses inférieures provoquent ordinairement des évacuations presque aussi nombreuses qu’au début du traitement ; la même remarque a été faite par M. Rayer.
Rasori et les médecins de son école ont prétendu que l’aptitude de l’organisme à supporter de fortes doses d’émétique , saris produire ni vomissemens, ni selles, n’existe que dans l’état morbide et disparaît avec lui. C’est ainsi que lorsque la maladie a cesse, dit Rasori , le phénomène merveilleux de l’aptitude cesse également, et alors l’émétique qui avant, semblait sans action, non-seulement ne peut être administré impunément à haute dose, mais pas même à la plus petite quantité, sans produire les effets qu’on lui attribue vulgairement. Ce serait là, d après Rasori, une chose constante, et qui, si elle était vraie,
TRAITEMENT HE LA PNEUMONIE
serait favorable à la théorie du contre-stiinulistne ; mais cette opinion du célèbre professeur de Milan ne me paraît point exacte. En effet, presque toutes les fois que la tolérance s’est établie pendant l’état d’acuité de la maladie, elle a continué dans sa période de décroissance et même pendant la convalescence , lorsque tout mouvement fébrile avait cessé depuis plusieurs jours. C'est ainsi que quelques-uns de mes malades digéraient des potages, et le quart à une époque où ils prenaient encore une ]>otion contenant trois ou quatre décigrammes d’émétique, et qui ne provoquait ni nausées, ni vomissemens, ni selles. M. Rayer a même remarqué, que pendantla convalescence des pneumonies dont la résolution s’opère , le tartre stibié, à la dose de trois décigrammes, semble quelquefois ranimer le sentiment delà faim j la digestion desalimensne paraît pas dérangée par ce remède, lorsqu’on a soin de l’administrer trois heures avant ou après les repas j ainsi plusieurs des malades de M. Rayer étaient à la demi portion d’alimens, lorsqu’ils prenaientencore la potion siibiée, qui était parfaitement tolérée. Dirons-nous avec Rasori que chez ces su jets, les symptômes de la maladie ont diminué sans quela diathèse ait perdu de son intensité; ce serait expliquer un fait par une idée théorique, dont rien d’ailleurs ne saurait prouver l’exactitude.
Lorsque la première potion stibiée n’a pas produit d’amélioration, lorsque surtout la pneumonie avait fait de nouveaux progrès, nous avons déjà dit que presque toujours on augmentait les doses d’émétique. C’est ainsi qu’au lieu de trois ou quatre décigrammes que les malades avaient pris la veille , on leur en prescrivait immédiatement six ou huit, quantité que nous avons rarement dépassée. Nous nous sommes à ce sujet conformé à un précepte de Rasori , qui veut que les doses d’émétique soient en rapport avec les variations de la pneumonie ; faibles au début de la maladie, il faut les augmenter lorsque celle-ci arrive à son plus haut degré, et les diminuer progressivement à fur et à mesure que les accidcns s’amendent. Mais faut-il croire avec Rasori, que l’aptitude du corps à supporter utilement de fortes doses d’émétique, est en rapport direct avec les différentes phases de la maladie; est-il vrai que si la maladie augmentant on augmente aussi la quantité du tartre stibié, celui-ci .sera plus facilement toléré ? Je crois que cette
ÉMKTIQUE A haute DOPE. f)5l
opinion n’est pas vraie généralement ; c’est ainsi que, sur cinquante-six malades chez lesquels la quantité d’émétique fut augmentée à fur et à mesure que la pneumonie Faisait des pro- L.gvès, il y en a quarante chez lesquels une dose d’éme'iique, plus iforte que celle de la veille, de deux à trois décigrammes, et queliquefois même d’un seul, a suffi pour faire cesser la tolérance qui existait déjà , et si celle-ci ne s’était pas encore établie, on lobservait desselles et des vomissemens plus nombreux que les j jours d’avant. Chez quatre malades seulement, la tolérance qui «s’était établie avec une potion de trois décigrammes, s’est mainttenue quand la dose de l’émétique a été portée à cinq; enfin chez les douze individus qui restent, des effets primitifs nombreux, ayant été produits par trois ou quatre décigrammes d’éimétique, nous avons vu la tolérance s’établir le jour où l’on prescrivit aux malades une dose plus considérable du même iraédicament.
Je crois d’ailleurs, que l’action plus ou moins prompte de ll’émétique , que les effets primitifs plus ou moins nombreux ' qu’il })rovoque , que la tolérance qui s’établit d’une manière iplusou moins complète et rapide, ne peuvent s’expliquer que fpar l’inflnence secrète des prédispositions individuelles. Il y a liant de différences, tant de bizarreries dans l’action de l’émé- , (tique, qu’on ne saurait établir sur son action aucune loi fixe. Les ; sauteurs ont aussi admis des modifications nombreuses établies ipar l’àge, le sexe, la constitution des individus, qui ne me sem- I Iblentpas pour la plupart démontrées. Ainsi, Giacomini a dit (1) que la susceptibilité naturelle à recevoir l’impression des ; contre-slimulans était plus grande dans l’âge tendre et chez les I sujets délicats , ce qui est probablement vrai ; mais il prétend I aussi que le degré de tolérance est plus grand proporlionnelle- I ment chez la femme que chez l’homme, ce que je n’ai pas f vérifié. On a dit aussi que les tempéramens sanguins, irritables let énergiques, résistaient davantage à l’action des contre-stimullans ; enfin, on prétend que dans les pays chauds, ceux-ci 'Sont moins actifs que dans les climats froids, où ils ont parfois, i 'dit Giacomini, des effets formidables. Si ce dernier fait est ■' lexact , on s’expliquerait jusqu’à un certain point , pourquoi en 'Italie , on peut porter l’émétique à des doses considérables que 'nous tremblerions ici d’administrer à nos malades, et qui se-
TRAITEMENT DE LA PNEUMONIE
raient peut-être la cause d’acciclens qui sont rarement observés en Italie.
La tolérance étant , d’après l’opinion de quelques personnes , une condition favorable à l’action du tartre stibié , on a cherché le moyen de l’établir le plus promptement possible. Les uns ont conseille' de suspendre l’émétique dans une plus petite quantité de véhicule (125 à 156 grammes), suffisamment sucré et aromatisé. Je crois que ce conseil est bon ; car la grande quantité de liquideaugmenteles vomissemens; ayant en effet vu donner quelquefois l’émétique dans 4 à 500 grammes de liquide, je constatais alors des effets primitifs beaucoup plus nombreux. Lorsque les évacuations continuaient le deuxième jour , ou lorsque, dès le premier, il y avait lieu de craindre que l’émétique fût difficilement supporté, Laënnec faisait ajouter à la potion stibiée 32 ou 64 grammes de sirop diacode , association contraire aux idées théoriques de Rasori. Presque tous les médecins de nos jours ont imité la pratique de Laënnec , et je l’avais moimême adoptée; c’est ainsi que lorsqu'on administre l’émétique à haute dose chez des vieillards et des sujets déjà profondément débilités, de crainte d’augmenter cet état de faiblesse par des évacuations excessives , on conseille d’ajouter à la première potion stibiée qu’on donne, 16, 32 ou même 64 grammes de sirop diacod^e. Cependant j’ai voulu me convaincre si les préparations opiacées exerçaient réellement quelque influence pour l’établissement de la tolérance ; l’analyse des faits m’a démontré qu’une pareille addition était complètement inutile. J’ai choisi , en effet, 16 malades auxquels, pour les raisons que je viens d’indiquer, on administra une première potion stibiée, contenant pour 3 ou 4 décigrammes d’émétique, une quantité d’opium variant entre 2 centigrammes 1;2 et 5 centigrammes; tous ces individus eurent des effet primitifs, et chacun d’eux eut, terme moyen , sept vomissemens et huit selles. Chez 16 autres malades, placés dans des conditions d’âge et d’intensité de maladie à peu près semblables, la première potion stibiée qui fut prescrite , contenait la même dose d’émétique que chez les premiers , mais sans mélange d’aucune préparation opiacée ; ces individus éprouvèrent aussi des évacuations plus ou moins nombreuses, et l’on peut évaluer que chacun d’eux eut, en moyenne, six vomissemens et huit selles. Celte première série de faits démontre donc que l’opium
tMÉTIQUE A HAUTE DOSE. 653
ajouté à la première potion stibiée , n’a pas pour eiïet de modérer l’action que l’éméiique exerce naturellement sur la surface de l’estomac et des intestins.
J’ai recherché ensuite si , lorsque la potion émétisée , ayant produit une snperpurgation, on a ajouté de l’opium aux potions suivantes , il faut rapporter à ce médicament la diminution des évacuations ou même la tolérance qui est survenue. Pour éclairer cette question , j'ai choisi 30 malades ayant tous éprouvé des effets primitifs nombreux à la suite de l’administration d’une première potion émétisée : chez 15, dans le but de modérer les évacuations, on mit dans la potion administrée le deuxième jour, 16 ou 32 grammes de sirop diacode; or, voici ce qui eut lieu. Chez le tiers des malades, la tolérance fut complète; les autres eurent des effets primitifs beaucoup moins nombreux que la veille, puisque le nombre des évacuations ne fut, en moyenne, que de cinq pour chacun d’eux ; mais est-ce à l’opium qu’il faut attribuer un pareil résultat? je ne le crois pas. En effet , chez les 15 autres malades qui avaient eu des effets primitifs très nombreux, on ne fit aucune addition d’opium dans les potions siibiées qui furent prescrites les jours suivans ; et cependant , nonobstant cette omission, le phénomène de la tolérance fut noté chez plus du tiers de ces malades , et ceux qui continuèrent à pi ésenter quelque e'vacuation, n’en eurent guère que cinq dans les vingtquatre heures. Ces deux ordres de faits que je viens d’analyser démontrent, je crois, d’une manière suffisante, que l’opium qu’on ajoute aux potions stibiées pour favoriser la tolérance ou modérer le nombre des évacuations alvines et des vomissemens ne remplit pas l’indication qu'on se propose. Une nouvelle preuve d’ailleurs , que l’opium n’est pour rien dans l’établissement de la tolérance , c’est que presque tous les malades chez lesquels ce phénomène se montra à la suite d’une potion contenant du sirop diacode , continuèrent à le présenter les jours suivans , quoiqu’on eût supprimé le médicament narcotique dans le but de provoquer encore quelques effets primitifs.
La diminution des évacuations ou même la tolérance, qui s’établit promptement après une superpurgation, et nonobstant l’emploi continu de la potion stibie'e , semblent dépendre de ce que l’estomac et les intestins s’habituent promptement à la stimulation que l’émétique produit ordinairement sur eux,
TKAlTKMKNr Dû LA l'NliUAlOME.
et nullement à l’opiuin. Je pense donc qu’on peut s’abstenir d’ajouter aux potions stibiées aucune préparation narcotique, cette addition étant toul-à-fait inutile et ne pouvant remplir le but qu’on se propose , mais je dois avouer qu’elle m’a paru exempte de toute espèce de danger , et je ne saurais partager les préventions du docteur Rucf , qui regarde l’emploi de l’opium au début des pneumonies, comme capable de provoquer le passage à l’état d’hépatisation (1).
§ V. Contre-indications d l'emploi de l’émétique dans le traitement de la
pne umonie.
Le plus grand nombre des médecins ne se décident aujourd’hui à employer la potion stibiée dans le traitement de la pneumonie, qu’autant que les organes digestifs sont dans un état d’intégrité parfaite; il leur suffit que les malades aient éprouvé quelques coliques, quelques vomissemens ou plusieurs selles diarrhéiques, ou que le ventre soit légèrement douloureux, pour leur donner les plus vives appréhensions, et leur faire proscrire tout-à-fait l’emploi de la méthode rasorienne. Je crois que ces craintes sont exagérées , et n’ont le plus souvent aucune espèce de fondement. Laënnec avait déjà remarqué (2) que la rougeur de la langue , qu’une douleur très marquée et augmentant par la pression à l’épigastre et dans toute autre partie de l’abdomen , qu’une diarrhée abondante avec ténesme ne l’avaient point arrêté dans les cas de pneumonie où ces complications se rencontraient ; loin de voir alors augmenter les symptômes abdominaux, par l’administration de l’émétique , comme la théorie l’indiquait d'avance , Laënnec constata, au contraire, que les phénomènes morbides des organes digestifs disparaissaient sous l’influence du tartre stibié aussi rapidement que ceux de la maladie principale. Les observations que j’ai recueillies à ce sujet sont entièrement favorables à la pratique de Laënnec ; ainsi 10 malades, quoique éprouvant des coliques légères , de la diarrhée , une sensibilité du ventre à la pression , prirent la potion stibiée, et dans aucun de ces cas les .symptômes abdominaux ne se sont aggravés ; souvent même il y eut un amendement notable; 2 malades qui avaient des
(l) Voir son mémoire dans le t, II, àn niedicnuschc Annalcn, 1 830.
{2) Aus., t. 1, p. 63t.
KMüTlQUJi A HAUTE UUSE.
iouleurs ombilicales très vives , accompagnées de selles iiomareuses (10 à 12 par jour), prirent néanmoins une potion conenant 3 décigrammes d’émétique, et dès le lendemain la senibilité du ventre avait presque cessé, et , chose remarquable , le I lombre des selles qui semblait devoir s’accroître sous l’inliluence du tartre stibié, diminua au contraire de plus de moitié.
' jependant, je me bâte dedire quesi les intestins et surtout l’esomac , étaient le siège d’une pblegmasie violente, maladie tirailleurs assez rare, il faudrait s’abstenir de donner l’émétique liiont l’administration devrait nécessairement aggraver l’inflamnnationdu ventre. La potion slibiée serait également contre-indiquée chez les sujets qui sont affectés de quelque lésion grave lie texture, dans les organes digestifs, tels que le ramollissement illelamuqueusestomacale,induiationsquirlieusederestomac, etc. 1 .1 faut aussi s’abstenir de donner l’éinéiique chez les individus qui sont affectés depuis longtemps de diarrhées chroniques , ne plus souvent symptomatiques, d’ulcérations tuberculeuses illans les intestins. M. Trousseau dit avoir vu périr rapidement ües phthisiques à la suite de l’administration des antimoniaux, ij^ui avaient aggravé l’affection tuberculeuse de l’intestin. Il con- ' ieille donc d’être très sobre des préparations siibiées dans le 1 .raitement des pneumonies qui affectent les phthisiques (1). Il iîst presque inutile de dire que l’existence d’une ou de plusieurs Hernies ne saurait contre-iildiquer l’emploi de la potion slibiée, pDourvu qu’on eut le soin de les maintenir exactement par un 1 îandage approprié,
La première contre-indication pour l’emploi du tartre stibié lierait, d’après Laënnec , son défautde tolérance qui s’annonce par U les évacuations trop abondantes. Je ne saurais adopter cette opi- ! I aion d’une manière exclusive, car je ci ois que les effets primitifs i [ produits par l’émétique sont utiles, mêmecpiand ils se reproduiis^ient pendant plusieurs jours de suite. Si chaque admiinstralion I lAu tartre stibié était suivie d’un amendement dans les symptôjirnes, il faudrait, sans contredit, en continuer l’emploi, malgré I lies évacuations abondantes qui pourraient survenir, si au conliraire , après avoir donné pendant trois ou quatre jours , des L doses croissantes d’émétique , on voyait la maladie faire des
,1) de médecine t t. ill, p, 226.
THAITEMENT Dli LA l’NEUMOxVIE,
piogics et le médicament n’etre point toléré , on ne devra point insister davantage, car la prudence veut qu’on tente alors l’emploi d’autres moyens.
Un état de grossesse plus ou moins avancé est-il une contreindication à l’emploi de la potion stibiée ? n’est-il pas à craindre en effet que les secousses violentes du vomissement, que les évacuations alvines abondantes ne provoquent l’expulsion du fœtus; un fait que j’ai observé semblerait justiGer ces craintes. Ainsi , une femme enceinte de quatre mois et qui était affectée d’une pneumonie de médiocre intensité, pour laquelle elle avait été saignée deux fois, avortale lendemain de l’administration d’une potion contenant quatre décigrammes d’émétique. Cependant j’hésite à croire que ce médicament ait été la véritable cause déterminante de la fausse couche ; les évacuations avaient été en effet peu abondantes et peu répétées, et il n’y aurait pas plus de raison d’accuser l’émétique que les saignées qui avaient été faites avant. Je crois que l’existence de la pneumonie est la cause principale de l’accident dont je parle; pour le prévenir il faudra donc combattre hardiment la pneumonie parles moyens dont l’expérience a démontré l’efficacité; à ce titre l’émétique devra être donné dès quel’etat du pouls le permettra. Je ne crois pas qu’on doive se laisser arrêter par îa crainte des secousses que les vomissemens peuvent imprimer à l’utérus, il me suffira en effet de rappeler que les femmes qui éprouvent, pendant une grande partie de leur grossesse, ces vomissements sympathiques que rien ne peut modérer, n’avortent cependant pas en plus grande proportion que celles dont les fonctions digestives sont intactes. D’ailleursj’ai donné bien fréquemment de l’émétique ou de l’ipécacuanha à des femmes enceintes, pour combattre les symptômes de l’embarras gastrique sans que j’aie jamais eu à déplorer aucun accident.
Dans le traitement des maladies aiguës qui affectent les femmes enceintes, il ne fautjamais oublier que l’avortement est àcraindre, moins par les moyens énergiques que l’on peut employer que par la nature et l’intensité delà maladie; la première indication est donc de s’opposer à ses progrès par tous les moyens usités.
Mais c’est ici surtout qu’il importe de ne pas outrepasser les bornes de la prudences, et si la pneumonie a été jusqu’à ce jours! fatale pour lafemnic enceinte et le fœtus, on en trouvera peut-être
ÉMJÎtlQliE A HAUTE POSE.
une raison clans les saip.nécs excessives qu’on a faites chez la plui )ai t d’entre elles.
§ VI. Accidens qui peuvent cire produits par C administration de l'emé-
lique à haute dose.
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L’usage intérieur de l’émétique finit quelquefois par produire lilivers accidens qui sont surtout fréquens du côté des organes lligestifs. Ainsi j’ai noté que, chez un peu plus du sixième des Il naïades qui ont fait usage de l’émétique à haute dose, on voyait sije développer du côté de la bouche et du pharynx, différens : p)hénomènes que quelques personnes ont nommés saturation antimoniale, expression impropre, car les accidens dont je vais paarler ne surviennent pas parce que l’économie a été saturée ! il’éméiique, mais bien à cause d’une action directe, immédiate L it toute locale de ce médicament, sur la membrane muqueuse.
Les malades qui ont pris plusieurs jours la potion stibiée
ticcusent quelquefois unedouleur plus ou moins vive danslepha- •ynx, avec sentiment de constriction, de séchei-esse et de cha- ;(eur;la déglutition est difficile, douloureuse; l’examen de : ”arrière'bouche ne m’a parfois rien fait découvrir d’appré- ! ciable à la vue , si ce n’est peut-être un peu de sécheresse de ! i a membrane muqueuse. Mais le plus souvent celle-ci est M l 'ouge, luisante et sèche ; ou bien elle est tapissée par un mucus i cîpais , visqueux et filant ; c’est là une angine érythémateuse, il Les malades se plaignent parfois en même temps d’un sentis i iraient pénible de sécheresse, de chaleur et de tension dans toute flia bouche, et éprouvent un goût métallique désagréable , qui j : n’est point perceptible par l’odorat. A une période plus avan- Mccéc, des pustules ou de véritables ulcérations se développent,
: ( d’abord sur les piliers du voile du palais, à la face postérieure I ' du pharynx et à la voûte palatine, sur les bords de la langue et ! dà la face interne des joues; cette éruption ressemble tantôt aux : 1 pustules que les frictions avec une pommade émétisée produi- ) hsent sur la peau, seulement les pustules qui se développent sur lia membrane muqueuse sont moins grosses. Sur les bords de la i Uangue et à sa face inférieure, ce sont des ulcères ronds dont le ( LLiamèlre varie entre celui d’une petite lentille et celui d’une
S]pièce de50 centimes; leur surface est grisâtre, leurs Itoids sadllans, écrasés, durs et d’aspect lardacé. A la face supérieure de la
TllAlXEMKJNT DE LA PNEUMONIE.
langue, au lieu de cette altération, j’ai vu plusieurs fois de petites ulcérations linéaires, superficielles, irrégulières, disposées souventen zigzag, etd’une couleur rougeâtre. Toutes les parties molles de la bouche et de la gorge, sont plus ou moins tuméfiées, et tapissées par un mucus visqueux que l’on détache avec peine. La parole et la déglutition sont douloureuses et difficiles , parfois l’altération se propageant vers le larynx, les malades éprouvent de renrouement.
Chez huit malades qui succombèrent aux progrès de la pneumonie, j’ai vu des pustules disséminées dans l’œsophage ; elles étaient semblables à celles qu’on voyait dans la bouche et le pharynx, sauf qu’elles étaient moins grosses et n’avaient guère que le volume d’un grain de chenevis; elles étaient grisâtres et friables, je n’ai jamais rencontré d’éruption semblable au-delà du cardia. Quelques médecins disent pourtant en avoir vu plusieurs lois dans l’estomac, et peut-être dans les intestins eux-mêmes. Une fois j’ai trouvé sur la grande courbure une ulcération qui m’a paru dépendre de l’émétique, mais la chose doit être excessivement rare, même lorsque le traitement a été continué longtemps et que les doses d’émétique ont été considérables.
Lorque les malades guérissent, on voit les pustules et les ulcérations s’affaisser du deuxième au troisième jour; leur surface se déterge; enfin elles disparaissent du cinquième au huitième jour après la cessation du tartre stibié.
Les accidens dont je viens de parler se sont parfois déclarés immédiatement après la première potion; mais , dans ces cas, les malades ne se plaignaient que d’un peu de douleur à la gorge avec ou sans rougeur , mais sans pustules. Je n’ai guère vu celles-ci survenir, que lorsque les malades avaient pris au moins , pendant deux jours, la potion stibiée.
Je n’ai pu saisir aucune circonstance qui m’ait paru favoriser le développement des accidens que je viens de décrire. On a dit que, lorsque l’enduit de la langue était épais, et que les mucosités cjui tapissent la muqueuse buccale et pharyngienne étaient visqueuses, elles retenaient une partie de l’émétique qui était administré, et le mettaient en contact immédiat avec les tissus. Mais s’il en était ainsi, les pustules et 1 s ulcérations, au lieu d’envahir le pharynx , la voûte palatine, les piliers du voile du palais, la pointe et les bords de la langue, se développeraient
üMIiïlt^UL; A HAUTE DOSE.
surtout à la face supérieure de ce dernier organe. D’ailleurs il est facile de se convaincre que les mucosités visqueuses, loin d^être une cause prédisposante , sont au contraire consécutives à rinflamniation érytliéinaleuse ou pustuleuse qui envahit la muqueuse buccale et pharyngienne.
Pour prévenir le développement de ces accidens , ou a conseillé de donner l’émétique dans une plus grande quantité de véhicule • je doute que ce moyen soit suffisant , d'ailleurs je n’en puis rien dire, ne l’ayant ni essayé moi -même, ni vu expérimenter par d’autres, un nombre de fois suffisant. L’éruption dont je viens de parler, même lorsqu’elle était très confluente, et que les malades s’en plaignaient beaucoup, ne m’a jamais paru être un accident assez sérieux pour exiger la suspension du traitement contre-stimulant, lorsque, d’ailleurs, les symptômes de la maladie étaient encore assez graves pour exiger que la médication fût continuée. Quelques gargarismes émolliens ou légèrement acidulés, sont les seuls moyens qu’on doive employer po ur hâter la guérison des angines, oudes stomatites produites par l’usage del’émétique.
M. Rayer dit que le tartre stibié, administré à haute dose^ produit quelquefois des gastrites et des entérites (1); mais cet auteur convient que ces inflammations artificielles sont en général moins graves et moins rébelles que celles qui se développent spontanément sans cause externe appréciable. Je suis loin de contester la possibilité de pareils accidens 5 mais je les crois peu communs, et pour mon compte, je n’ai jamais vu unevéritable gastrite succéder à l’administration même prolongée du tartre stibié. Il n’est pas rare au contraire qu’après avoir fait usage de la potion émétique, les malades aient, pendant quelques jours, des selles liquides, avec ou sans coliques, que j’ai toujours vu guérir spontanément , et qui n’ont jamais retardé ou allongé la convalescence.
Sur les sujets qui ont succombé, après avoir été soumis au traitement par l’émétique , je n’ai jamais trouvé la muqueuse gastro-intestinale différente de ce qu’elle est chez les sujets emportés par les autres maladies aiguës. Chez deux seulement, j’ai noté une rougeur généralement vive de l’intestin, mais sans altération d’épaisseur ou de consistance du tissu. M. Rayer
(1) Article Anlimoincy du Dut. de méd et chir. pruL. S, pag. 48.
TUÀlTEMLiNT DE LA PNEUMONIE.
avoue également qu’il n’a pas trouvé l’estomac et les intestins notablement enflammes chez les pneumoniques qui étaient morts après l’emploi de l’émétique. Strambio, cet adversaire ardent de la méthode contre-stimulante en Italie, a aussi publié quinze observations de pneumonies observées par Prato à la clinique de Rasori, et qui se sont terminées d’une manière funeste; dans la plupart de ces cas, on voit que les organes digestifs étaient parfaitement sains, quoique quelques-uns de ces individus eussent pris jusqu’à la dose énorme de 31 grammes d’émétique (1 once). Strambio ajoute toutefois que , chez plusieurs , l’estomac fut trouvé enduit intérieurement d’une humeur rouge semblable à un sirop fortement chargé de kermès et que la membrane offrait de la rougeur (1). Cette description est insuffisante pour déterminer s’il y avait là une véritable phlegmasie ; mais, à supposer que cela fût, les faits du docteur Strambio n’en démontrent pas moins que, même en donnant l’émétique à doses énormes, il est rare de produire une inflammation dans les organes digestifs.
Il est un symptôme que je n’ose pas appeler précisément un accident , mais qui néanmoins est quelquefois fort fatigant pour les malades ; je veux parler du hoquet. Ce phénomène n’est pas rare ; toutefois je ne saurais préciser son degré de fréquence, car je ne l’ai guère noté dans les cas où il fut tout à fait passager. Chez 8 malades, dont 2 ont succombé, le hoquet persista plusieurs heures; deux fois je l’ai vu durer pendant deux et trois jours. Ce symptôme est survenu à peu près indifféremrneni après des effets primitifs nombreux, ou après des évacuations peu fréquentes \ une fois il fut assez opiniâtre chez un sujet qui présenta constamment de la tolérance. Le hoquet cesse, en général, spontanément; dans les deux cas où il persista plusieurs jours, j’ordonnai quelques antispasmodiques et de l’opium, mais la lenteur avec laquelle il cessa me porte à croire cjue les médicainens n’avaient eu probablement aucune influence dans sa disparition.
Trois malades éprouvèrent momentanément une létenlion d’urine après l’administration du tartre stibié. Il est naturel de rapporter cet accident à la médication, puisqu’il n’a été observe chez aucun des pneumoniques traités par d’autres méthodes.
(l) Inlorno il modo agire dcl tartoro sliùiaio, Milano, <826.
ÉMÉTIQUE A haute DOSE, (Jd
Chez ces trois Indivulus, ou fut oblige de pratiquer le calliélérisine; la rétention d’urine ne persista (|ue pendant douze ou vingt-quatre heures.
Ne peut-il pas arriver que l’émétique administré à haute dose pour guérir la pneumonie, produise la mort par suite d’un véritable empoisonnement? C’est là une grave question qui ne saurait être encore résolue d’une manière certaine. J’ai vu une l’emme affectée d’une pneumonie grave, mais dont le mode de terminaison était encore incertain, éprouver, après l’administration de la deuxième potion stibiée , des symptômes extrêmement fâcheux. Ainsi la malade que je quittai la veille dans un état presque satisfaisant, était agonisante le lendemain matin ; sa figure offrait une pâleur mortelle, ses traits étaient profondément altérés, ses yeux égarés, ses paroles incohérentes, le pouls était d’une petitesse et d’une fréquence extrêmes , sa peau froide et couverte d’une sueur visqueuse ; enfin quatre heures plus tard celte malheureuse avait cessé d’exister. L’hépatisation rouge et grise du lobe supérieur, que je trouvai à l’autopsie, était une lésion suffisante pour expliquer la mort de la malade , mais la pneumonie seule pouvait-elle rendre compte des accidens formidables qui apparurent brusquement trentesix heures environ avant la mort ? La chose n’est pas impossible, mais ce n'est pas là la marche ordinaire de la pneumonie primitwe -, aussi je ne puis m’empêcher de soupçonner que l’émétique a peut-être eu quelque part dans la production de ces accidens. D’ailleurs, quelques expériences faites sur les animaux vivans, et en particulier celles de M. Rayer, ont prouvé que, sous l’influence de fortes doses d’émétique, les animaux succombaient souvent d’une manière rapide, sans que l’examen des viscères présentât des lésions appréciables. On a dit que plusieurs malades traités par Rasori lui-même étaient morts victimes de sa méthode; ainsi le docteur Strambio, dans le travail que j’aidéjà cité, rapporte qu’à l’ouverture des cadavres de plusieurs pneumoniques morts dans le service de Rasori, après avoir pris des doses considérables d’émétique, on ne trouva, ni dans les poumons, ni dans le tube digestif des lésions suffisantes pour expliquer la terminaison fatale. L’auteur suppose que la mort fut dans ces cas lerésullat de V épuisement des forces vitales, produit par l’énorme quantité de tartre stiltié qui avait été administré.
traitement de la pneumonie.
L’opinion de Strambio peut être vraie, mais elle n’est pas prouvée; d’ailleurs l’extrême concision, l’absence même des détails les plus importans dans l’autopsie diminuent beaucoup la confiance qu’on auraitpu avoir dans les observations de l’auteur. Ces détails étaient ici d’autant plus indispensables, que M. Strambio s’était posé comme l’adversaire de la doctrine rasorienne ; il aurait dû, par conséquent, justifier ses préventions, en présentant des faits assez circonstanciés pour entraîner la conviction du lecteur. Enfin Giacomini (1) a observé lui-même des effets toxiques sur trois malades qu’il a traités à sa clinique , et chez lesquels la dose du remède avait été portée au-delà des exigences de la maladie. Chez ces individus, il n’y eut ni vomissemens ni selles , mais il remaï qua un refroidissement général, de la pâleur, de l’immobilité, l’engourdissement, la petitesse et la faiblesse du pouls, la face hippocratique et les défaillances , accidens qui ont beaucoup d’analogie avec ceux que j’observai moi-même chez la femme dont j’ai parlé précédemment.
Je crois, en résumé, qu’il existe actuellement quelques faits qui semblent prouver que l’émétique administré à haute dose a parfois produit des symptômes d’empoisonnement; on a vu également que cet effet toxique de l’émétique ne se révèle pas par une superpurgation, mais par des symptômes de collapsus qui semblent indiquer que le médicament absorbé a porté spécialement une atteinte profonde au principe de l’innervation. Dans les cas où on serait témoin d’un pareil malheur, on devra à 1 instant suspendre l’administration du remède , et l’on donnera à l’intérieur le vin, l’alcool, les éthers, qui sont les substances qui peuvent diminuer ou dissiper le plus promptement les effets toxiques du tartre stibié. Les médecins italiens conseillent aussi l’opium, mais ce médicament ne devra être administre que lorsque les vomissemens et les selles étant très-abondans, il y aura un grand intérêt à les supprimer pour ne pas augmenter l’état de délibilité des sujets.
Ç VII. Mode d'action de l’emelique donné à haute dose.
On a cherclié à se rendre compte du mode d’action de l’é-
(l) Traité ph. et erp. de mat. méd. et de théra.^ p. 262 de la traduction française.
ÉMÉTIQUK A HAUTE DOSK.
si
niélique donné à liante close potir amener la résolution de la pneumonie. Rasori, fidèle à sa doctrine, leconnaissail à l’cinéttique une action fortement contre-stimulante , c’est-à-dire cju’il donnait ce médicament, dans le but de modérer et d’abattre cet têlre idéal qu’il nommait la force de stimulation et qu’il croyait lêtre en excès dans le cas de pneumonie. Suivant lui, la saignée let l’émétique agissaient de la même manière j la première, en
■ enlevant au système vasculaire une portion de la matière sti- ■mulante dont il est rempli; la seconde, en portant surtout le .tube digestif une puissance contre-stimulante énergique. Mais I. cette explication de Rasori n’est qu’une hypothèse, car rien ne
démontre l’existence des forces occultes qu’il a supposées. Laënnec, frappé de voir des épanchemens licjuides ou des en-
• gorgemens viscéraux disparaître d’autant plus promptement , .'se résoudre d’autant plus vite par l’administration de l’émétique à haute dose, que ce médicament n’avait produit ni vomisseimens ni selles, admettait que le tartre stibié agissait en aug- . mentant l’énergie de l’absorption interstituelle, particulièrement (quand il existe dans l’économie un surcroît d’énergie , de ton
■ ou de pléthore (1 ). M. le professeur Trousseau(2) ne voit au con- ! traire dans les préparations antimoniales que des agens toxiques I dont l’influence se fait spécialement sentir sur le cœur et le pouimon , tandis que M. Téalier s’explique l’action de l’émétique à
• haute dose , en supposant que ce médicament est un puissant sédatif du système nerveux, et croit que c’est en agissant primiitivement sur ce système, qu’il ralentit ensuite la circulation (3).
! Enfin, plusieurs auteurs modernes, parmi lesquels je citerai
Broussais , Dance et B.arbier (d’Amiens) , ne reconnaissent à l’émétique aucune propriété spéciale ; ils croient que ce médicament n’agit que comme un dérivatif puissant , car il est appliqué sur une grande surface ; ils pensent aussi qu’il est utile par iles évacuations qu’il provoque. M. Chomel croit également que i les vomissemens ont peut-être un autre mode d’action que l’effet évacuant: il suppose que les secousses qui ont lieu pendant i l’acte du vomissement, en resserrant la poitrine et en compri-
(1) Aus., t. I, p. 633,
(2) Dict. de Méd.y art . Andmoine.
ù) l'artve sltbié^Vi\Y\<^, 1 832, p. 422.