‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 80 sur 103 · CG · texte numérisé non relu

CG

TRAITEMENT DE LA PNETIMONIE

niant le poumon, peuvent exprimer mécaniquement les mucosités et les liquides qui obstruent, qui engorgent le viscère ma lade, et favoriser ainsi la résolution de rengorgement pulniojiaire; cet effet me paraît assez probable.

Je ne crois pas qu’on doive admettre que l’émétique n’a qu’une action révulsive, et qu’il n’agit pas autrement que tout autre vomitif ou purgatif, car, s’il en était ainsi , comment expliquer ces améliorations rapides qui surviennent, douze, vingt-quatre ou quarante-huit heures après l’administration d’une potion siibiée, sans que les malades aient éprouvé aucune crise , aucune douleur, aucune évacuation quipuisse rendre compte des changemens favorables qu’on observe. On sait que Rasoii , que Laënnec et que beaucoup d’autres, s’efforçaient de provoquer le moins possible les évacuations; tous leurs soins étaient dirigés à obtenir le plus Vite une tolérance complète; beaucoup de leurs malades ont guéri néanmoins ; résultat qu’on ne peut s’empêcher de rapporter à l’émétique , car les autres moyens de traitement qui fureivt employés furent souvent nuis et peu actifs. Cependant les médecins qui expliquent les avantages de l’émétique dans la pneumonie, par une action révulsive sur le tube digestif, semblent eux-mêmes admettre un autre mode d’action, à en juger du moins par leur pratique. En effet , ils donnent tous le tartre stibié à haute dose et d’après les principes de Técole contre-stimulante; s’ils pensent réellement que ce médicament n’agit que comme révulsif, il est parfaitement inutile d’en administrer une aussi grande quantité, il y aurait même alors plus d’avantage à le prescrire à petite dose, et suivant la méthode de Rivière, comme on le donne quand on veut qu’il n’agisse que comme évacuant.

Pour déterminer d’une manière rigoureuse si l’émétique agit plutôt par ses effets révulsifs que par une action spéciale consécutive à sou absorption , il faudrait posséder un grand nombre d’observations de pneumonies traitées par l’émétique, afin de déterminer si les malades qui ont toujours eu des effets primitifs nombreux ont guéri en plus grand nombre et plus vite que les individus qui ont constamment présenté le phénomène de la tolé rance. Mallieureusement je ne puis moi-même établir celte comparaison , attendu que la toléiance complète a été rare chez mes malades, puisque je ne l’ai observée que chez douze.

Nous avons déjà dit que, sur ce nombre, neuf avaient succombé. Ces faits sont-ils favorables à la doctrine de la révulsion ? peut-on en conclure rigoureusement que cette grande mortalité n’aurait pas eu lieu si , en place de la tolérance que les malades ont eue constamment, ils avaient éprouvé quelques effets primitifs? il est impossible de l’affirmer. D’ailleurs, si la tolérance a toujours eu lieu chez ces malades , il faut en rechercher les causes dans l’âge avancé des sujets, dans la gravité de la maladie , circonstances qui avaient rendu les organes digestifs moins impressionnables à l’action de l’émétique.

Chez les trois malades' qui guérirent sans avoir présenté d’effets primitifs à aucune époque du traitement, l’amélioration commença après la seconde ou la troisième potion, et la convalescence était complète un peu avant la fin du quinzième jour; c’est-à-dire un peu plus tard que chez les malades qui éprouvèrent quelque évacuation ; néanmoins l’amélioration fut assez rapide chez ces sujets après l’administration de l’émétique, pour qu’on soit forcé d’admettre que ce médicament a réellement exercé une influence salutaire. Comment supposer qu’un remède aussi actif que l’émétique n’ait d’efficacité, dans la pneumonie, que par les effets évacuans , tandis que la chimie a prouvé qu’il était absorbé et que, mêlé au sang, il était porté ensuite dans tous les organes de l’économie. Ce fait , annoncé pour la première fois par M. Magendie, en 1813 , vient d’être démontré d’une manière positive par M. Orfila. Ce professeur ayant en effet analysé , par des procédés particuliers et soumis à l’appareil de Marsh , les principaux viscères (les organes secréteurs surtout), de plusieurs individus morts de pneumonie, et qui avaient pris, pendant la vie, dej’éméticjueà haute ‘dose, est parvenu à retirer l’antimoine métallique de la portion de tartre stibié qui avait été absorbe (1 1. La sécrétion urinaire est la voie principale par laquelle l’émétique, qui a pénétré dans le sang , est ensuite éliminé de l’économie; M. Orfila a, en effet, extrait une certaine quantité d’antimoine métallique , de l’urine provenant de plusieurs individus atteints de pneumonie qu’on avait traités par de fortes doses de tartre stibié; le métal a été retrouvé aussi bien chez ceux qui avaient toujours eu des effets primitifs, que chez

(l) Mém. de VÂc. royale de iriéd., Paris, 1 840, t. VIIF, p. SOS.

TRUTF.MHNT OB LA PNEUMONIE.

Page 1