‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 81 sur 103 · GG · texte numérisé non relu

GG

les malades qui avaient toujours présenté le phénomène de la tolérance. L’émétique paraît être éliminé assez rapidement, à en juger du moins, par une seule expérience de M. Orûla , qui n’en a retrouvé aucun vestige dans l’urine d’un malade qui avait été rendue trois jours après l’ingestion de la dernière potion stibiée.

Les faits qui précèdent doivent faire supposer que l’émétique administré dans les cas de pneumonie , agit à la fois et par l’action révulsive qu’il exerce sur le tube digestif, et par les changemens que son absorption doit amener dans la nutrition des tissus. Quant à son action intime, nous l’ignorons, comme nous ignorons celle de presque tous les médicamens. Il nous est également impossible de déterminer, d’une manière rigoureuse, l’organe ou l’appareil sur lequel se déploie de préférence son action. Cependant, à en juger par les effets qu’il produit, il est rationnel de penser, que l’émétique donné à haute dose, exerce une action spéciale sur les appareils de la circulation et de l’innervation. Sur le premier, il aune influence sédative, puisqu’un de ses effets les plus immédiats et les plus remarquables, est un ralentissement considérable dans le nombre des pulsations artérielles et un affaiblissement de l’énergie des contractions du cœur. L’action de l’émétique , sur les centres sensitifs est prouvée, par l’accablement, par le brisement des forces et l’altération profonde dans la contractilité musculaire; phénomènes moins constants que les premiers, mais qui sont souvent portés à un très haut degré , et qui sont d’ailleurs indépendans des évacuations plus ou moins nombreuses que le médicament a produites, puisqu’en effet les phénomènes de collapsus ou d’hyposthénie générale peuvent exister à un haut degré, bien que l’émétique n’ait jamais provoqué des effets primitifs. Enfin les sueurs abondantes, la diminution de la colorification , qui sont un des effets ordinaires de l’administration de l’émétique à haute dose, semblent tenir à la fois de l’action directe que le médicament exerce sur les appareils circulatoire et sensitif- D’après toutes ces considérations, je pense qu'on doit admettre que l’émétique administré à haute dose exerce une action générale, intime, occulte, et que c’est à elle surtout qu’il faut rapporter les effets avantageux que la médication produit dans les maladies sthéniques. Enfin je regarde l’action locale du tartre stibié

KERMES.

ur le tube digestif, comme étant avantageuse sans doute, mais lie ne me paraît être qu’ accessoire.

§ VIII. De quelques autres préparations antimoniales employées dans le Irallemeni de ta pneumonie.

Plusieurs autres préparations antimoniales ont été encore [iidministréesà haute dose dans le traitement de la pneumonie, i)n a surtout vanté le kermès et l’oxyde blanc d’antimoine.

1° Du kermès.

Le kermès minéral (sous - hydrosulfate d’antimoine) n’est j'énéralement employé que dans les cas de bronchite, ou au 'léclin des pneumonies, à titre d’expectorant, et en quantité peu considérable : cependant quelques praticiens, et dans ces derrières années, M. le professeur Trousseau surtout, l’ont donné à iprlus haute dose durant tout le cours de la pneumonie, et l’ont 1 ’egardé comme exerçant une action analogue de celle du tartre ilibié. M. Trousseau dit , en effet (1), que dans le traitement de la pneumonie, le kermès ne le cède en rien à l’émétique; il lui Ht trouve même l’avantage d’être moins violent et de causer bien plus rarement ces inflammations consécutives de la portion sus diaphragmatique des organes digestifs. M. Rayer a pu, en effet,

I ipoorter la dose de kermès jusqu’à près de 5 grammes (90 grains) jjjsjouvent sans provoquer aucune douleur gastro-intestinale ni *||ôies voinissemens ni delà diarrhée (2). Suivant ce dernier observrateur, le kermès purge plus souvent qu’il ne fait vomir, et fait moins rarement disparaître les premiers symptômes d’une pneumonie que l’émétique; enfin, ilest parfaitement démontré, pour ’fVl. Rayer, que la préparation dont nous parlons, à la dose de rS, 4, 5, lO, 15 ou 20 décigrammes et plus, n’a pas une action ^salutaire aussi marquée qu’on l’a dit, contre les pneumonies 1 hépatisées et qui ne sont pas accompagnées d’expectoration (pneumonies sèches). Cependant M. Rayer a vu plusieurs cas de pneumonie où l’emploi du kermès à haute dose a été réelllement avantageux.

Il est à regretter que MM. Trousseau et Rayer ne nous aient

(1) Traité de thérap., t. II, 2® partie, p. 5 26.

(2) Dirt, de Méd, et de chirurgie pratiques, art. Antimoine.

TRAITF.MF.NT DE I.A PNEDMOME.

pas donné une analyse plus complète des faits qu’ils avaient observés et auxquels ils auraient donné un grand intérêt, en les comparant à ceux où d’autres modes de traitement avaient été employés. Pour moi , n’ayant encore recueilli aucune observation sur les ell’ets thérapeutiques du kermès dans la pneumonie , il m’est impossible d’émettre aucune opinion sur la confiance qu’on peut avoir dans ce médicament. D’ailleurs, quelques faits consignés dans le travail de MM. Rilliet et Bardiez semblent prouver que le kermès peut être utilement employé dans la pneumonie desenfans, chez lesquels on a porté quelquefois la dose jusqu’à environ 1 gramme (18 grains) (1).

En Italie, le kermès paraît être très généralement employé; on lit, en effet, dans le Traité de Therapeulique et de Matière médicale du professeur Giacomini (2) que l’usage de prescrire le kermès minéral dès le début de la pneumonie, en même temps que la saignée , est généralement adoptée , non comme jadis, à un ou deux centigrammes par jour (un quart de grain à un demi-grain); mais bien à 20, 50, 100 centigrammes (4, 10, 20 grains) , et toujours avec des résultats avantageux. Dans les inflammations des organes pectoraux , on le préfère généralement au tartre stibié, et il est même des praticiens qui commencent et achèvent le traitement avec lui seul.

Enfin dans ces derniers temps on a publié en France, quelques notes qui sembleraient justifier la confiance que les médecins italiens ont dans le kermès. Ainsi IM. le docteur Double dit avoir traité 33 pneumonies par des saignées modérées, auxquelles il faisait succéder l’usage du kermès, dont il portait la dose de 3 à 10 grammes ( 55 à 180 grains). Sur ces trentetrois pneumonies il n’y a eu qu’un seul cas de mort , mais je crois que l’age généralement peu avancé des malades et le peu de gravité de la maladie expliquent ces résultats avantageux (3); enfin je ne crois pas devoir insister ici, sur les douze observations de pneumonies, que M. le docteur Lemarchand a publiées pour prouver l’utilité du kermès dans la pneumonie employé simultanément avec l’usage des saignées générales et locales (4).

(t) Loc. cit., p. 135.

(2) P. 28A de la traduction franç.aisc.

(3) Joiiin. des Conn. Méd. Chirurg.,\\° de nov. 1 839.

(4) Journ.dcs Conn. Med. Cài/’., n® de février, 1838.

oxyde ULAJNO d’jV^XIMOINE.

iG’estpréciséuientàcausc de cette association qu’il est impossible (le rien conclure des faits publiés par le médecin dont je parle.

Tout ce que je viens de dire paraît devoir s’appliquer à l’hyidrosulfate sulfuré d’antimoine, (soufre doré) qui a sur l’éconoimie animale , la même action que le kermès ; on le donne aux

I imêmes doses que celui-ci. Quand on administre ces substances ,

! lilfautse rappeler qu’elles sont insolubles; aussi, lorsqu’on les ! ^suspenddans une potion gommeuse , on devra prévenir le ma-

!lade de bien agiter la fiole chaque fois, avant de s’en servir.

Oxjcle blanc d" antimoine.

1 Plusieurs autres préparations insolubles d’antimoine, telles que . I 1 l’antimoine diaphorétique lavé,et les divers oxydes etacides de ce

I I iinétal, étaient regardées, en 1832 et 33, par M. Trousseau, comme ! rayant une grande efFicacité dans le traitement des pneumonies;

.i iinais depuis celte époque , ce professeur ayant continué ses rei|i (cherches, n’a plus obtenu des résultats aussi avantageux. Il pa-

iraît même qu’en 1838, M. Trousseau avait exclu du traitement ( de la pneumonie tous les antimoines insolubles, à l’exception du I Ikermès et du régule, auxquels il reconnaissait encore un cerliltain degré d’activité. Depuis les publications de ftl. Trous- ; k rseau, quelques autres médecins ont recueilli et publié de noui (veaux faits, relatifs à l’emploi de l’oxyde blanc d’antimoine dans lia pneumonie, spécialement chez les enfans. Ces observations f ssonl éparses dans les Thèses de la Faculté et dans les Recueils :| .^Scientifiques; j^en ai lu un grand nombre, et j’avoue que la iplupart sont loin de démontrer que cette préparation antimoniale ait été réellement avantageuse. Chez les uns, en effet,

( ! l’oxyde blanc fut donné en même temps que les maladès étaient ) ’ plus ou moins largement saignés, de sorte qu’il est impossible t I de faire la part qui revient, en particulier , à chacune de ces J ! médications ; chez d’autres la pneumonie était manifestement » (dans sa période de décroissance lorsque l’oxyde blanc fut ad- I iminislré, il serait donc peu juste de lui attribuer la guérison. En t tfin, chez un grand nombre de malades, où la préparation antii moniale fut prescrite pendant cjue la pneumonie était station- . maire ou continuait même à s’aggraver, l’amélioration a été î tellement lente, il s’est écoulé un temps si long entre l’admii fnistration du remède et la diminution des symptômes, qu’on

TRAlTÜMliJNi' MH. LA PJNLIJMÜNIE.

tt/ü

hésite souvent à attribuer à la médication , les effets que l’on a observés, ceux-ci pouvant, avec tout autant de raison, être rapportés aux forces de la nature.

Cependant il y a quelques faits qui, sans contredit, semblent prouver l’utilité des antimoniaux insolubles dans le traitement de la pneumonie ; je citerai en particulier plusieuis des observations que le docteur Patin a consignées dans sa thèse inaugurale (1). L’amélioration dans les symptômes généraux et locaux a suivi de si près l’administration du remède, puisqu’elle est généralement survenue après le premier ou le deuxième jour, qu’il est difficile de ne pas le rapporter au traitement qu’on a suivi. Quelques-uns de ces faits sont d’ailleurs, d’autant plus favorables aux antimoniaux , que les malades ne furent point saignés ni soumis à aucune autre médication active. Mais, pour prouver l’efficacité d’un traitement, et surtout pour démontrer sa supériorité sur toutes les autres méthodes rivales , il faut nonseulement des faits plus nombreux, plus variés, mais il faut encore que ces observations aient été recueillies dans des temps différens, afinde démontrer, que l’influence du remède, a été indépendante de l’action qu’aurait pu exercer sur la marche de la maladie une constitution médicale passagère.

M. Rayer a voulu aussi expérimenter l’antimoine diaphorétique dans le traitement de la pneumonie ; il l’a donné à la dose de huit ou douze grammes (deux à trois gros) pendant plus de huit jours, sans produire de dérangement notable dans les organes digestifs ; tous les malades ont guéri ; mais trop peu confiant dans l’action du remède, M. Rayer employait de concert la saignée, de sorte que l’influence que la préparation antimoniale a exercée sur la pneumonie, reste incertaine. Quant à son action sur l’estomac et les intestins, elle a paru être à M. Rayer beaucoup moins prononcée que celle du kermès. MM. Rilliet et Barthez sont arrivés au mêmes conclusions ; ils n’ont reconnu à 1 oxyde blanc aucune action sur les voies digestives pendant la vie, et doutent de leur utilité dans le ü'aitement de la pneumonie chez les enfans.

Je n’ai pas recherché par moi-même si l’oxyde blanc pouvait être utile dans les inflammations pulmonaires; mais j’ai re-

(t) Thèses de Paris, t09, de 1833.

OXYDE BLANC d’ ANTIMOINE. 67 1

cueilli dans divers services dix-sept observations où ce médicament fut administré.

Les dix-sept malades dont je parle étaient jeunes, car leur moyenne ne dépassait pas trente-trois ans ; leur pneumonie était généralement grave, tous avaient été plus ou moins largement saignés, lorsque l’oxyde blanc d’antimoine fut administré. Sur ces dix-sept malades, cinq succombèrent , sans que la préparation antimoniale qui fut portée à la dose de huit ou douze grammes , dans les vingt-quatre heures , ait jamais empêché les symptômes de s’aggraver à chaque instant. Parmi les douze malades qui ont guéri, il en est neuf dont la guérison ne peut être rapportéeà l’action de l’oxyde blanc d'antimoine sur les poumons, puisqu’on effet, chez les uns, ce médicament futadministré à une époque où la maladie, si elle ne commençait déjà à décroître, avait cessé de s’aggraver ; chez les autres une ou plusieurs saignées ayant été faites dans le même temps, il est impossible de dire le remède qui a eu la plus grande part flans la diminution des accidens. Chez trois malades seulement , la pneumonie était encore grave et continuait à faire des progrès lorsque l’on tenta l’emploi de l’oxyde blanc d’antimoine à la dose de quatre à douze grammes; l’amélioration fut prompte, car ces individus furent soulagés vingt -quatre ou quarante-huit heures après l’administration de la première potion , de sorte qu’il est naturel de rapporter cet effet au médicament employé. Si j'en excepte un seul malade , qui eut, après l’administra lion d’une première dose d’oxyde blanc d’antimoine, trois selles liquides et très fétides, tous les autres individus supportèrent parfaitement le remède, qui ne détermina aucun trouble appréciable du coté des fonctions digestives.

D’après les faits qui précèdent, et dans l’état actuel de la science, on doit admettre, que quelques médecins ont beaucoup trop exagéré l’utilité des antimoniaux insolubles, et en particulier de l’oxyde blanc dans le traitement de la pneumonie. Je crois aussi que ceux qui ont regardé ces médicamens comme étant absolument inertes ont été peut-être injustes. Je pense en effet qu’ils ont été quelquefois utiles , et les praticiens auraient tort de renoncer tout à fait à leur emploi. Cependant, je crois que les antimoniaux insolubles ne devraient être administrés , que lorsqu’il y a impossibilité absolue de donner le

TRAlXJiMliM’ UE LA l'NEUniüME.

tartre stibie. Si, en elï'et , les organes digestifs étaient le siège de quelque grave alteration, dont l’émétique pourrait hâter les progrès , il serait prudent de le remplacer par l’oxyde blanc d’antimoine, qui, comme nous l’avons vu, trouble rarement les fonctions digestives.

La dose de l’oxyde blanc d’antimoine sera pour les enfans à la mamelle de trois à dix décigrammes ; pour les adultes, elle varie entre deux et seize grammes. Le médicament est suspendu dans un looch ou une potion gommeuse, qu’on donne par cuillerée d’heure en heure. On recommandera au malade d’agiter sa potion chaque fois qu’il en use , à cause de la tendance de l’antimoine à se précipiter.

§ IX. De quelques autres mêdicamens conlre-stimulans .

Les préparations antimoniales ne sont pas les seuls médicamens qui aient été employés dans la pneumonie, à titre de conire-stimulans par l’école rasorienne ; on a encore signalé plusieurs autres substances comme ayant des propriétés analogues à celles du tartre stibié , et on a surtout préconisé, dans ce but, l’acétate de plomb, la digitale et l’acide hydrocyanique.

1° Acétate de plomb.

L’acétate de plomb a été administré par les contre-stimulistes jusqu’à la dose de 4 grammes par jour. Ils ont dit que ce médicament avait pour effet, comme les préparations antimoniales , d’abaisser le pouls et la vitalité générale ; toutefois je ne connais encore aucune série d’observations assez exactes pour justifier la confiance que c|uelques personnes paraissent avoir eue dans l’action de l’acétate de plomb, pour guérir les pneumonies. Un médecin allemand , le docteur Scharf, a publié pourtant, il y a quelques années (1), un mémoire , dans le but de prouver que ce remède jouissait d’une grande efficacité dans les inflammations pulmonaires; mais ce travail ne peut inspirer aucune confiance; rien ne prouve en eflét que l’auteur ait traité de véritables pneumonies, car, pour établir son diagnostic, il paraît n’avoir employé ni la percussion, ni l’auscuitation , et les autres symptômes n’ont été

(t) RusL magazin, vol. 48.

DIGITALL.

iudu|ués que d’imc manière peu précise. JD’ailleurs, à supposer que tous les malades de M. Scharf aient été affectés de pneumonie 5 rien ne prouve qu’ils aient guéri sous l’influence de l’acétate de plomb , puisque tous ces individus ont été saignés une ou plusieurs fois , et qu’indépendamment de l’acétate de plomb, qui d’ailleurs , n’a pas été donné à haute dose , on a aussi administré concurremment l’opium et la digitale. L’emploi de l’acétate de plomb dans la pneumonie paraît être une pratique assez répandue dans une partie de l’Allemagne ; on sait en effet que Richter a préconisé une potion que les malades prennent par cuillerées , toutes les trois heures , et qui se compose d’acétate de plomb, 2 décigrammes ; teinture d’opium,

2 grammes; eau distillée, 156 grammes; siroj) d’althœa, 32 grammes (3), Mais, je le répète, il est impossible d’avoir aucune espèce de conûance dans les travaux thérapeutiques entrepris dans les pays d’outre Rhin, où la polypharmacie est encore en honneur , où les substances les plus actives sont administrées concurremment, de telle sorte qu’il est impossible d’assigner à chacune la part qu’elle a eudans les succès ouïes revers. Ajoutons enfin que les médecins allemands ne sont pas encore assez pénétrés de la nécessité qu’il y a, avant d’expérimenter un remède, d’établir le diagnostic de l’affection sur des bases certaines. C’est ce qu’on remarque en particulier pour les malades traités par l’acétate de plomb, et qu’on dit avoir été atteints de pneumonie, sans qu’il soit bien certain que telle a été en effet la nature de îa maladie.

2“ Digitale.

Rasori dit avoir reconnu des propriétés contre-stimulantes à la digitale employée à haute dose ; il a administré en effet ce médicament dans la pneumonie , au même titre que le tartre slibié. Ce célèbre médecin assure qu’on peut vaincre les péripncumonies peu intenses avec la digitale comme avec l’émé-

1 tique , sans avoir besoin d’employer la saignée , et dans les phlegmasies plus graves , diminuer le nombre des évacuations sanguines , qui seraient indispensables si on ne donnait pas ce précieux contre -stimulant. Il puraît que le ralentissement et

, (l) Lu voir une obb. clans la Gaz. rnccl. de Bcrtin, juillet 1 834.

TIlAirUfllLINT l)L LA l'NKLMüML.

l’in é{;i\laiilc du pouls sont les deux phénomènes qu’on observe le plus souvent et le plus rapidejnenl, après l’administration de la digitale à haute dose. Rasori a publié un mémoire sur les propriétés contre-stimulantes de ce médicament, mais ce travail, publié en 1811 (1)^ est complètement inconnu en France, de sorte qu’il m’a été; impossible de juger le degré de confiance qu’on doit avoir dans les résultats obtenus par l’illustre professeur italien. Je ne sais aussi si Tommasini, qui a considéré la digitale comme un contre-stimulant, l’a employé dans la pneumonie; il est permis d’en douter , puisqu’il n’en parle pas dans le mémoire qu’il a publié sur les effets de la digitale pourprée , dans le Journal de la société médico-chirurgicale de Parme (2).

Un médecin anglais, Guming, a rapporté plus récemment (5) deux observasions qu’il donne comme des exemples de pneumonies, traitées et guéries par l’usage de la digitale , qu’il prescrivait sous forme de teinture. Mais en lisant les faits dont je parle, rien ne prouve que Fauteur ait réellement traité une phlegmasie pulmonaire; et il est impossible d’invoquer de pareilles observations pour prouver l’efficacité d’aucune méthode , puisque le diagnostic n’est pas suffisamment établi. Ces deux faits étant les seuls que j’ai pu consulter sur l’administration de la digitale dans la pneumonie, n’ayant jamais expérimenté ce médicament pour constater ses vertus contre-stimulantes, il m’est impossible d’exprimer aucune opinion à ce sujet. D’ailleurs Rasori avait fini par abandonner l’usage de la digitale, à titre de contre-stimulant, parce qu’il avait reconnu à ce médicament de graves inconvéniens ; il avait vu que , donnée à haute dose, la digitale produisait un trouble très grand dans le rhythmedu pouls, desorte que souvent il devenait impossible de distinguer les anomalies de la circulation causées par la digitale , de celles qui dérivent de la condition morbide. Ainsi , l’état du pouls manquant tout à fait pour mesurerl’état de maladie on était souvent exposé à médicamenter sans nécessité , ou à

(l) Délia operazione délia digitale sut corpo vivente. {^ytnna. di sci. e letterc, V. Il, p. t89, juin, I8H. Opusc. dimed. clin., Milano, <830. t. U p. 5.

f2) T. 111, n® Z, ouBaylc, Bih. de Ther.^ Puiis, < 853., l. III, p. 97.

{z) London med, andphys. journal. Bayle, Bib. de J’/if>.,t.Ill,p. 350«

ACibJi llYDUOCïAiN l QUE. 675

l'ester dans l’inaction, tandis qu’il était encore nécessaire d’agir.

Acide cyanhydrique, ou hydrocyanique^ ou prussique. Eau de

laurier cerise.

L’école italienne ayant reconnu des propriétés contre-stimuiJantes très énergiques à l’acide cyanhydrique, propose de Tem- ; ployer dans les mêmes circonstances que lesmédicamens dont ije viens de parler. Ce fut Êorda qui, dès l’année 1804, appela Inattention des médecins sur les effets thérapeutiques de l’acide Ihydrocyanique; et le premier il administra ce remède dans plu- .'sieurs cas dé pneumonie qu’il guérit, sans avoir recours à aucune témission sanguine (1). Quelques années après, Brérà obtint à lâa clinique de Padoue des succès analogues (2); et il paraît que idepuis cette époque l’usage de l’acide cyanhydrique , dans le i .raitementde la pneumonie, s’ést répandu dans toute l’Italie., et rdans plusieurs autres pays spécialement en Allemagne.

L’eau de laurier cerise, qui, comme on sait, n’agit queparl’a- I :ide prussique qu’elle contient, a été également prescrite dans les . :as de pneumonie, mais en général on a fait précéder son administration d’une ou plusieurs saignées. J’indique ces résultats sians commentaires; n’ayant pas en mon pouvoir les faits surles- [j juels on les appuie , je ne puis les discuter ici. Cependant après : es témoignages de Borda, de Béra et de Tommasini, et lorsque L'.out récemment encore, nous voyons Giacomini dire (3) cju’on cie peut plus contester l’utilité de l’eau de laurier cerise comme c ontre-slimulant dans les maladies inllammatoires, il nous est ; mpossiblede repous.ser tout à fait ce remède, mais jusqu’à prélentnousne possédons aucune donnée certaine sur l’opportu- .jité de son emploi.

L’acide prussique est tellement dangereux, il s’altère si facilenent, qu’il serait peut-être prudent d’y renoncer et de donner .apréfércnceà l’eau cohobée, puisqu’elle jouit des mêmes vertus .outre-stimulantes. En Italie, on prescrit cette dernière prépara-

(t) Memorie intorno alla vita dis. Borda suitlc dal prof, del chiappa. ’avia, t 834, p. 62.

(2) ProspcLlo de resull. oLlen. neLla cLinica dclli unila diPadôva ‘IclLi. anni 1809-15, Manzoni. de prcccipu. dci.prussici, med.facid.

(5) Voir Giacomini, p. 131 de la Irad. Irançaise,

\)iL LA I>WhLMO.M£.

tionàladosedel5,20,etmcme 30 grammes dans les 24 heures. En général la dose est bornée à 2 et dgrammes, (122 gros à 1 gros) dans le courant de lajournée;c'’est une quantité peu considérable si onia compare à celle que nous administrons à Paris. Mais il paraît que l’eau cohobée d’Italie est plus active que la nôtre, aussi il importe dans tous les cas, avant de l’administrer, de connaître d’avance le degré d’activité qu’elle a, afin d’en proportionner la dose à l’intensité d’effet qu’on veut produire. Il est utile de dire que l’usage de ce médicament peut quelquefois produire divers symptômes cérébraux qui ont généralement cédé en suspendant le remède, ou en donnant quelques excitans diffusibles.

ARTICLE III

Méthode alte'rante.

On sait qu’en thérapeutique on a donné le nom d'altérans, aux médicamens qui, administrés généralement à petites doses, amènent la résolution des engorgemens , par suite de l’action spéciale qu’ils exercent sur la nutrition et sans produire aucune évacuation appréciable. De tous les remèdes rangés dans la classe des altérans , les mercuriaux et le calomel en particulier sont ceux qui ont été le plus souvent emploj'és dans le traitement de la pneumonie. Cette méthode paraît avoir été depuis longtemps suivie en Italie, car Sarcone a assez longuement parlé dans son livre, de l’abus que certains médecins de son époque faisaient des remèdes mercuriaux dans le traitement des ma-

ladies aiguës de poitrine (1). En Allemagne, on donne aussi fréquemment le calomel, surtout lorsqu’on soupçonne une complication hépatique (2); mais c’est en Angleterre spécialement, que le mercure a été préconisé; on l’administre tantôt seul, tantôt combiné à l’opium. Robert Hamilton (5) et plus tard le docteur Armstrong (4) ont beaucoup vanté l’association de ces deux remèdes; il paraît qu’au] ourd’liui ils sont , d’un usage général en Angleterre comme moyen secondaire, après qu’on a fait tom-

(t) Mai. de lYaples, t. I, p. \ 93.

(•2) Journ. de Fran, t. Il, scct. prcni., p. 402. (3) Med. eoiinne/iLaries, vol. IV, p. tot .

(t) Prat. illufi. of lyph.fevcr, p. 433.

Page 1