IIUITKMF.NT DF I.A PNEUMONIE
Laënnec dit (1) que, d’après quelques tables nécrologiques et d’après des renseignemens que lui ont donne plusieurs médecins, le résultat commun de cette méthode est une mortalité d’un sur huit au moins et d’un sur six au plus. Mais jusqu’à présent il m’est impossible d’exprimer aucune opinion personnelle sur l’efficacité des préparations mercurielles , employées seules ou combinées avec l’opium dans le traitement de la pneumonie; car je n’ai jamais vu employer cette méthode, et je n’ai pas osé l’expérimenter moi-même, ne connaisant aucun fait positif en sa faveur. Je ne saurais donc trop engager les médecins anglais à faire connaître les résultats qu’ils ontobtenusde l’emplo* des mercuriaux, en ayant soin d’étudier cette importante question thérapeutique, en suivant les principes de la médecine exacte, car c’est aujourd’hui une condition essentielle pour pouvoir convaincre les bons espr its.
J’ai entendu dire que dans quelques parties de la Russie, on emploie fréquemment contre la pneumonie, le sous-carbonale de potasse; c’est une pratique qui déjà avait été adoptée par Mascagni. Ce grand anatomiste, voyant que dans une grave épidémiede pneumonies qui régnaitdans laprovince deSienne, les saignées répétées et les moyens ordinaires étaient complètement inefficaces, conseilla de donner aux malades pour toute boisson, et immédiatement après la première saignée, une lessive faite avec les cendres- de sarmens de vigne, de genêts et de fougères; on dit que ce traitement réussit au-delà de toute attente. Plus tard, Mascagni ayant engagé les médecins de Florence et de Sienne à donner pour toute boisson aux pneumo niques , de l’eau tenant en solution du sous-carbonate de potasse, il paraît que ceux-ci en constatèrent également l’efficacité; aussi Mascagni n’hésita pas à dire que quels que soient le degré et l’intensité de la pneumonie, il f lul prescrire chaque jour 24 gi*ammesdu sel alcalin et en porterquelquefois la dose jusqu’à celle de 32 grain, mes et même davantage. Il paraît que ce médicament produit des évacuations abondantes par les reins, par la peau et les intestins (2).
(1) T. I, p. cos.
(2) Mcm. dell, soc. ital.'del. scicn,, t. XI, Modcii, <804. Bulletin dt la faculté de méd,, iSiS, n'‘
MÉTHODK r.VACUANl'K. 079
Ctilte praiiq<ie de Mascagni n’était en dermitl ve qu’une imitation de la méthode dite alcaline et fondante , qui a été' suivie par beaucoup d'anciens médecins. Ceuxrci, en effet, administraient souvent les sous-carjbonates alcalins^ le savon médicinal, les sels neutres purgatifs, etc. Mais aucun fait positif n’atteste la vertu de ces remèdes et les observations des médecins florentins sont insuffisantes pour justifier la confiance que quelques personnes pourraient concevoir pour la méthode à Mascagni.
ARTICLE IV
Métliode évacuante.
Les vomitifs ont été souvent employés dans la pneumonie. En les prescrivant , les médecins avaient tantôt pour but de remplir une indication précise, de combattre quelque complication bilieuse; d’autres fois , les vomitifs étaient donnés seulement à titre de dérivatifs. Je parlerai plus tard avec quelques détails du traitement qui convient aux pneumonies qui s’accompagnent d’un élément bilieux; je ne dois actuellement m’occupe! des vomitifs, qu’autant qu’ils sont administrés empiriquement, sans que leur emploi soit justifié par les symptômes qu’on observe du côté des organes digestifs.
Le tartre stibié est le vomitif qui a été généralement préféré. On dit que Rivière le prescrivait tous les deux jours à la dose d'un décigrainme aux malades atteints de pneumonie. La méthode de Rivière a été depuis imitée par un grand noiiibré de médecins du dernier siècle : ainsi Sérane de Montpellier l’avait adoptée d’après le témoignage de Bordeu(l). Laënnec dit aussi (2) que Dumangin, ancien médecin de la Charité, employait constamment la méthode de Rivière, que presque jamais il n’y joignait la saignée,et sa pratique paraissait être tout aussi heureuse que celle de Corvisart, qui saignait beaucoup dans la même maladie. Chacun donne comme preuve de l’eUicacité de la méthode de Rivière les succès obtenus par M. le docteur Hellis de Rouen qui , sur 47 pneumonies, n’en a perdu que 5, ou un neuvième envi—
(1) Traité du tissu muqueux.
TRAITF.MENT DF. LA PNEUMONIE
ron (1); mais les faits recueillis par ce médecin sont des exemples de pneumonies compliquées d’un élément bilieux. Aussi at-il suffi d’un décigramme d’émétique et d’un peu de manne pour modifier rapidement l’état général des malades. On voit par là, que M. Hellis n’a point employé' la méthode dite de Rivière, qui consiste à répéter les vomitifs tous les deux jours. M. Rayer a aussi expérimente' ce traitement, et voici les conclusions qu’il croit pouvoir tirer de ses recherches : 1° la méthode de Rivière est plus fatigante, mais non moins sûre que celle de Rasori; 2“ les évacuations répe'tées qu’on excite ébranlent beaucoup les malades, et effraient les assistans, tandis que ces secousses n’ont lieu que les premiers jours en suivant la méthode italienne; 3® les vomitifs re'pétés constituent une méthode moins avantageuse dans ses re'sultats que celle dont la saignée est la base ; 4® la pratique de Rivière est surtout applicable au début des pneumonies ; 5® employée à une période ]dus avancée, elle est plus dangereuse; 6® cette méthode, expérimentée sur les individus affectés de pneumonie droite et d'hépatite, n’a pas paru plus favorable dans cette condition que dans d’autres (2).
Ces résultats donnés par M. Rayer, sont certainement très importans, mais ils auraient bien plus de valeur, si cet habile médecin avait dit le nombre de faits desquels il a déduit ses conclusions, et si, à l’appui de chacune d’elles, il avait apporté un résultat numérique, puissant ou plutôt unique moyen de conviction , surtout quand il s’agit de faits thérapeutiques.
Je n’ai point expérimenté moi-même la méthode Rivière, et je ne l’ai vu employer par aucun médecin , de sorte qu’il m’est impossible d’en apprécier bien exactement la valeur. Je dirai pourtant qu’aujourd’hui que des observations nombreuses ont démontré l’efficacité du tartre stibié à haute dose dans la pneumonie, je ne vois pas pourquoi on tenterait encore d’administrer ce médicament d’après la méthode Rivière ; car, dans ce dernier cas, il n’agit probablement que comme évacuant; donné au contraire d’après les principes de l’école italienne, il est utile, et parles effets primitifs qu’il produit, et certainement plusencore par l’action secrète et tout à fait inconnue qu’il exerce sur la
(t) C/in. Jitéd. de l’holel-Dieu (le Rojten, Paiî.s t 826.
2) Dict, de méd. cc de chir, p) fit, .irlirlo yinlimoine, t. TIT, p 79.