‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 84 sur 103 · MOYENS HYGIÉNIQUES · texte numérisé non relu

MOYENS HYGIÉNIQUES

nutrition. Il y a donc avantage à ne pas donner le tartre stibié dose simplement vomitive.

ARTICLE V

Des moyens adjuvans.

Je dois maintenant énume'rer les principaux moyens qu’on fémploie à titres d’auxiliaires des métliodes de traitement que jje viens d’énumérer. Ces moyens sont hygiéniques ou méditcaux .

§ I. Moyens hygiéniques .

Les malades seront soumis à une diète absolue , quelque bbénigne que soit la pneumonie. Du moment qu’il y a de la ‘fièvre , il faut de toute nécessité que les malades ne prennent :aucune espèce d’aliment solide ou liquide; cette règle ne souffre fguère d’exceptions pour l’adulte. Il faut aussi y soumettre les jeunes sujets, même les enfans à la mamelle. Toutefois , dans Iles cinq ou six premières années de la vie, il faut se rappeler ; qu’on ne doit pas insister autant sur la diète que chez les sujets d’un âge plus avancé. Si l’enfant tète encore , Billard proipose(l) de le mettre à la diète du sein pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures , mais il ne faudra pas larder à l’alimenter de nouveau ; on agira de même pour les enfans plus âgés et chez beaucoup de vieillards ou d’individus débilités. Mais il n’y a rien ici qui ne soit commun à toutes les autres maladies aiguës.

Il est aussi nécessaire que les malades gardent un repos complet dans leur lit ; la température devra être douce et uniforme. Beaucoup de personnes craignant les refroidlssemens et voulant exciter une transpiration qu’elles espèrent devoir être la crise de la pneumonie, s’opposent à ce qu’on renouvelle l’air de l’appartement qu’elles échauffent outre mesure , en même temps qu’elles étouffent le patient sous le poids d’un grand nombre de couvertures. Le médecin doit défendre les pauvres malades contre les soins peu éclairés des personnes qui les entourent ; ce qui d’ailleurs , est une tâche souvent fort difficile à remplir. L’élévation de la température , dans la chambre du

(l) l'rdUé (les mai. des enf.ints, Paris, 1 8 r.7, p, 57".

TRAITEMENT DE LA PNEUMONIE

malade, contribue à aufjmenter la dyspm^e, tandis que l’aspiration d’un air modérément chaud produit un effet contraire.

J’ai dit que les malades devaient garder habituellement le lit, mais il importe d’ajouter que les vieillards , les enfans et généralement tous les individus faibles devront être fréquemment changés de position , afin de , combattre la tendance fâcheuse aux congestions passives , , et pour favoriser le rejet des mucosités bronchiques, que nous avons déjà vu avoir une grande tendance à engouer les poumons.

Il est inutile de dire que les malades devront être éloignés du bruit et de toutes les causes d’excitation , il faudra en outre leur prescrire le repos le plus absolu des organes de la voix. En un mot, on devra observer rigoureusement, pour la pneumonie, toutes les règles d’hygiène et de diététique qui sont généralement conseillées pour concourir à la curation des maladies aiguës.

Je vais maintenant énumérer les moyens adjuvans qu’on doit appeler médicaux et qui font partie , pour la plupart, de la médication active qu’on emploie dans la période la plus aiguë .

§ II Moyens médicaux.

1° Boissons.

Il est utile que les malades boivent une certaine quantité de boissons douces; on ordonne communément une infusion de mauve, de guimauve , de violette , de bouillon blanc, de coquelicot, etc., les mucilages de gomme arabique , de gomme adragant , les loochs , les émulsions , les sirops de gomme , de guimauve, de capillaire, etc.; en un mot, toutes les boissons douces, mucilagineuses , sont indiquées. Il arrive cependant assez fréquemment que ces boissons répugnent au malade, qu’elles n’étanchent pas la soif et augmentent l’empâtement delà bouche. Dans ces cas, il n’y a aucune espèce d’inconvénient à permettre l’usage d’une boisson légèrement acidulée, telle qu’une solution de sirop de groseille, car je n’ai pas remarqué que les substances acides, données modérément, aient rinconvénient qu’on leur reproche, d’augmenter les quintes de toux. Quelques auteurs conseillent d’ajouter à la boisson ordinaire des malades quelques décigrammes de uitratc de potasse

fumigations ; purgatifs, 683

ou de sel ammoniac, mais je n'ose dire si cette addition offre f réellement de l’utilité.

' On ne doit guère proscrire chez les pneumoniques que les boissons stimulantes , excitantes , toniques, à moins pourtant que des indications particulières dont nous parlerons plus tard n’en réclament l’usage. Le polygala de Virginie, préconisé en i 1738, comme un spécifique contre la pneumonie ne convieut que dans des cas exceptionnels. Je crois d’ailleurs inutile de réfuter ici cette vieille opinion, bien qu’elle s’appuie de l’autorité de Bouvart , qui tenta quelques expériences cliniques , qu’on a legardées long-temps comme prouvant l’efficacité du remède, mais qui ne sauraient avoir aucune valeur, puisque le polygala n’a jamais été donné qu’aprés l’emploi de plusieurs saignées copieuses (1).

2” Fumigations .

Je ne parlerai des fumigations émollientes dont quelques auteurs ont conseillé l’usage, que pour dire qu’on ne doit point les employer dans la pneumonie , car elles ont l’inconvénient de fatiguer les malades , d’augmenter souvent la dyspnée , sans qu’il soit bien prouvé que leur effet consécutif soit avantageux. Il en est à peu près de même des vapeurs de vinaigre chaud, que plusieurs médecins des derniers siècles ontpréconisée dans certaines pneumonies malignes , mais surtout à titre d’expeclorans, lorsque les mucosités s’accumulent en grande abon- 'dance dans les bronches. Ce moyen n’est guère usité aujourd’hui-, d’ailleurs ne l’ayant jamais vu employer, je ne puis dire la confiance qu’il peut inspirer.

y Purgatifs.

Presque tous les médecins, tant anciens que modernes, regardent comme une chose utile d'entretenir une certaine liberté de ventre chez les pneumoniques , surtout à l’approche de la convalescence ; leslavemensou quelques légers laxatifs suffisent ordinairement pour atteindre ce but. Quelques praticiens emploient en outre les purgatifs à titre de dérivatifs , pour dimi-

(l) Voir .son nu^moirc dans ceux i\cY /I endémie des sciences pour l’an. TIPP 17 40.

TRAITKMENT DE LA PNEUMONIE

nuer la congestion pulmonaire. M. Cliomel est fidèle à cotte pratique , aussi presque tous les malades que j’ai observés sous lui et chez lesquels on n’administra pas le tartre stibié , quelques-uns même de ceux qui furent soumis à la méthode rasorienne, ont pris une ou plusieurs fois de 10 à 62 grammes d’huile de ricin.

Si la théorie indique, que l’administration des purgatifs doux doit être utile dans la pneumonie, et doit hâter son heureuse terminaison, il paraît à peu-près impossible de le prouver d’une manière rigoureuse ; c’est du moins ce qui résulte de l’analyse de mes observations. Lorsqu’on effet le purgatif a été donné à l’époque où la maladie faisait encore des progrès , il était rare qu’on n’employât pas concurremment quelque autre agent thérapeutique plus actif, tel que les saignées générales ou locales, et si une amélioration survenait bientôt, à la suite de l’emploi de ces moyens , il était impossible de dire ce qui revenait à chacun d’eux; mais tout portait à croire que les émissions sanguines avaient eu la plus grande part dans la diminution des accidens. Si le laxatif était administré à une période plus avancée, et lorsque déjà la maladie était enrayée ou en décroissance, l’amélioration qui succédait pouvait tout aussi bien être rapportée à l’influence du médicament qu’à la marche naturelle de la maladie. Ce qui prouve d’ailleurs que les purgatifs doux, tels que l’huile de ricin, et les sels neutres, n’ont pas une grande puissance pour modifier les symptômes de la pneumonie , c’est que chez quelques-uns des dix individus dont j’ai parlé précédemment, chez lesquels la maladie était si minime qu’ils purent être traités par la méthode émolliente, on donna pourtant un, deux ou trois laxatifs , et ce fut alors l’agent thérapeutique le plus actif qui eût été employé; cependant on se rappelle que les symptômes locaux persistèrent longtemps, et que la maladie eut une durée assez longue, eu égard surtout à sa grande bénignité. J’en conclus que les purgatifs doux , donnés dans le traitement des pneumonies, ont une utilité très restreinte; peut-être même pourrait-on en contester les avantages. Toutefois, comme leur emploi a toujours été exempt de toute espèce d’inconvéniens , je crois qu’il ne faut pas hésiter à les prescrire, quelques doutes d’ailleurs qu’on puisse conserver sur leurs efl’ets plus ou moins avantageux.

>Aucu'ri(iHi;s.

4° Narcotiques.

La plupart des praticiens redoutent d'employer l’opium et i.ous les autres narcotiques, chez les individus affecle's de;,pneui nonie. On croit eneffet, assez communément que les narcotiques, ■oin d’agir comme sédatifs dans les maladies fébriles, devieni ient au contraire des excitans dangereux , qui augmentent la lièvre et favorisent les congestions viscérales. Hecquet lui-même, quelque prévenu qu’il fût pour les caïmans, les a toujours refgardés comme dangereux , dans toutes les inflammations de pooitrine; Lieutaud(l) et plusieurs autres accusaient les hypnotiques de supprimer les crachats et de favoriser la terminaison ilile la maladie par gangrène. D’autres médecins, moins exclusifs, cont eu quelquefois recours à l’opium , mais ils ne croyaient lutile que vers le déclin de la pneumonie , lorsque la fièvre aavait diminué ou même cessé tout à fait ; telle était la pratique ide Monro(^), de Gullen (3), etc.

I Eu lisant les ouvrages de ces médecins célèbres, on cherche en 'vaiu des faits pour justifier leurs appréhensions; on ne trouve 1 partout que des assertions ou des raisonnemens sans preuves , let par conséquent fort contestables. On a certainement beau- 1 tcoup exagéré les inconvéniens que peut avoir l’adminlstrai ition de l’opium chez les sujets atteints de pneumonie. Déjà I nous avons vu que les nombreux malades qui prirent du sirop I diacode ou de l’extrait thébaïque , jusqu’à la dose de 5 centif grammes, dans la potion stibiée, n’en éprouvèrent aucun effet I làcheux , puisque l’amélioration fut aussi prompte , aussi rapide chez ces sujets , que chez ceux qui prirent ll’émétique sans addition d’opium; M. Louis a fait la même remarque. Cependant il faut observer que tous les malades qui avaient pris une préparation opiacée, avaient une fièvre violente et la I dyspnée, accidens qui ont généralement diminué, loin d’augmenter, comme on aurait dû s’y attendre, d’après le témoignage des médecins que j’ai cité plus haut. On dira peut-être que si

(t) Loc. cil,, t. 1, p. 330.

(2) Med, d' armée., t. Il, p. 238.

(3) Traité de méd, prat., t. 11, p. 2ü.'d.

THAlTüMENX DE LA PJNEUMüNlE.

l’opium n’a pas eu, clans celte circonstance , les inconvéuieiis qu’on lui attribue , cela dépend de ce qu’il était associé au tartre stibié; mais cette opinion ne saurait être admise. Chez dix malades, en effet, l’opium fut donné seul, en pilules ou en sirop , à la dose de 25 milligrammes ou de 5 centigrammes, dans l’intention de diminuer les douleurs et de provoquer le sommeil. Si le bat qu’on se proposait n’a pas toujours été atteint , je n’ai jamais noté non plus que l’opium administré ait augmenté la fièvre et l’oppression, supprimé l’expectoration, ou aggravé des symptômes cérébraux qui existaient déjà. Il résulte même de ces faits, que lorsque le point de côté est encore intense, lorsque le malade est tourmenté par de l’insomnie, par des quintes de toux , lorsqu’il est agité, il ne faut point hésiter à prescrire 5- centigrammes d’opium; on pourra même , dans quelques cas , élever la dose jusqu’à un décigramme , et l’on verra que la fièvre , même quand elle est violente, n’est pas un obstacle à ce que l’opiurn produise son effet sédatif.

Je n’ai jamais suivi ou vu suivre la pratique de quelques médecins anglais, consistant à donner 15 centigrammes d'opium immédiatement après la première saignée, qu’ils poussent soa vent jusqu’à syncope; ils regardent l’opium donné alors connue pouvant empêcher la réaction de s’opérer. Ne connaissant point les faits que l’on invoque en faveur de celte pratique , il m’est impossible de l’approuver ou de la combattre. J’en dirai autant de l’emploi de la jusquiame noire , vantée par Triboulet.

Ici se borne ce que j’avais à dire de l’emploi des narcotiques dans le traitement de la pneumonie ; j’ai voulu surtout prouver que l’opium u’avait pas les incouvénieiis que la plupart des auteurs lui attribuent ; plus tard je recbercherai les moyens parlesquels on peut combattre les diverses espèces de délire qui compliquent souvent la pneumonie , et je dirai alors si i’apiuin ne peut pas être uiüemeiit employé dans quelques-uns de ces cas.

5° Bains.

Lo père de la médecine a parlé, le premier, des bons effets des bains tièdes dans le traitement de la pneumonie. Snivanl lui, le bain calmait la douleur de coté, favorisait l’expectoralioa, facilitait la respiratioa, dLssipail les lassitudes, rendant les membres plus souples, ôtait à la peau sa tension et sa séchc-

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