BAINS
des peuvent être utilement prescrits aux inc^ividus atteints de pneumonie. Je ne sais si , comme Hippocrate l’a dit , ils peuvent calmer les douleurs de poitrine , attendu que , chez les malades auxquels nous les avons donnés, ce symptôme avait cesse' ou était presque nul. Je n’ai pas remarqué non plus qu’ils aient lacilité l’expectoration , mais ils ont été évidemment utiles pour 1 faire perdre à la peau sa chaleur âcre et morbide , et pour lui rendre son humidité et sa souplesse. Les effets du bain tiède ont été surtout marqués et très prompts chez les quatre malades du (deuxième groupe. Peut-être eût-on obtenu des effets plus avantageux chez ceux de la première série , si , au lieu d’un seul bain qui fut donné , on en eût administré plusieurs jours de suite. C’est là, d’ailleurs, une méthode qui mérite d’être expérimentée, car parmi les moyens adjuvans qu’on peut employer dans letraitement de la pneumonie, je crois que les bains lièdes sont peut-être un de ceux qui peuvent être le plus utiles et qui soulagent parfois promptement. A ee titre, leur action mérite . d'être étuiliée.
Un journal médical de Naples (1) a fait connaître, il y a quelques années , la pratique bizarre suivie par le docteur Cam- .pagnano , médecin de l’hôpital de la marine, qui prescrit aux sujets atteints de pneumonie des boissons glacées et des bains froids. Déjà, dès l’année 1834, il paraît qu’on a communiqué à l’académie médico-chirurgicale de Naples , quelques histoires de pneumonies qu’on dit avoir été traitées avec succès, par le moyen dont je parle. Mais les faits invoqués par le médecin napolitain ne sont pas aussi concluans qu’il les suppose. En effet, les malades de M. Campagnano ont été largement saignés, quelques-uns même l’ont été avec une vigueur presque barbare. Ils ont eu des vésicatoires , ont pris de l’émétique à haute dose, de sorte qu’il devait être très difficile de déterminer la part exacte cjui revient aux boissons glacées et aux bains ! froids dans les succès obtenus. L’auteur, pourtant, affirme avoir vu des malades agonisans , après l’emploi d’un traitement anliiphiogistique des plus énergiques, être ranimés, et éprouver une amélioration progressive , après leur immersion dans un bain froid , et l’administration de la glace à l’intérieur. Ges faits
(l) L’ Osseivaiore medico di JVdpoli, 1837.
TlVAlTliMENT DE LA PxNEUMOjN lE.
sont si exliaordinaires, et tellement en opposition avec les idées généralement reçues, que l’auteur aurait dû les présenter avec plus de détails ; mais même en accordant que l’on a réellement traité des pneumonies, et non pas toute autre affection, (cliose qui n’est pas démontrée pour moi) je crois que les faits que M. Campagnano invoque en faveur de sa méthode, ne prouvent pas précisément que celle-ci ait été réellement très-efficace. D’aillenrs si on a eu affaire à des pneumonies bien caractérisées, la tolérance que les malades ont montrée pour les moyens employés, est un fait très remarquable, mais qui ne saurait encore engager personne à y recourir.
6 Topiques émolliens.
Plusieurs médecins des derniers siècles conseillaient des onctions avec des pommades résolutives , calmantes et émollientes, que l’on faisait sur la poitrine j mais ces moyens sont justement tombés en désuétude. Us employaient aussi, dans la vue d’apaiser la douleur de côté, des cataplasmes émolliens ou des vessies remplies de lait tiède. Ces remèdes, dit J. Frank, ne nuisent pas, et plaisent beaucoup aux malades et à ceux qui les soignent, on pourra donc leur en prescrire l’usage, mais en ayant soin de recouvrir le cataplasme d’un morceau de taffetas ou de flanelle, et de le renouveler souvent afin d’éviter le refroidissement.
7° Des vésicatoires.
Les vésicatoires sont , après les saignées , les agens thérapeutiques qui ont été le plus généralement employés dans le traitement des pneumonies; on peut même dire, que les médecins ont presque toujours été unanimes pour eu prescrire l’application sur le côté de la poitrine qui était affecté; ils n’ont différé entre eux, que pour déterminer l’époque de la maladie à laquelle on pouvait y recourir avec le plus d’avantage. La plupart veulent que l’on n’ait recours aux vésicatoires, qu’après avoir préalablement pratiquéune ou plusieurs saignées, afin d’éviter l’excitation que les cantharides pourraient produire. C’était la pratique que Culeti avait adoptée( l).Monro(2) dit aussi, qu’une longue expérience
{\) Médecine pratique, T. H, p. 205.
(2) MéiU d’armée, Paris, 1 769, t. Il, p. 258.
VESlCATOlRJiS.
l’avait détermine, dans la pleuresle et la pneumonie , à appliquer le vésicatoire dès le coinmeucenient de la maladie, mais après avoir fait une première saignée. Cependant quelques pratiiciens, en petit nombre, parmi lesquels on compte le docteur Laitour d’Orléans, ont souvent appliqué les vésicatoires sur lapoittrine, dès le début de la pneumonie, et sans y avoir préparé les imalades par aucun traitement antérieur; on a prétendu que par vcette méthode il n’était pas rare de voir les pneumoniques eni itrer en convalescence dans les vingt-quatre premières heures»
: (Ces faits sont trop extraordinaires et trop opposés à ce que nous 'Voyons chaque jour , pour pouvoir être acceptés de confiance,
! let il est probable que les individus auxquels on a appliqué le ! itraitement dont nous parlons, avaient tout autre chose qu’une ^ {pneumonie, qu’ils n’avaient probablement qu’une pleurodynie,
. .ou tout au plus quelque pleurésie très bénigne et très circonscrite.
Quelques auteurs ont pourtant élevé des doutes sur l’efiicacité ■ (des vésicatoires dans le traitement des pneumonies ; ainsi Ra-
I -sort les regardait comme étant à peu près inutiles (l)et Laënnec i ! professait la même opinion Toutefois, comme ces médecins ne
I I donnaient aucune preuve en faveur de leur opinion, leur témoi- I i-gnage était suspect; car on pouvait penser que Rasori et Laënnnec cherchaient à discréditer les moyens ordinaires de traite- ! iment, afin de donner plus d’importance à la méthode contre- 1 5 Jtimulante qu’ils voulaient populariser (2). Mais un auteur, dont i- les opinions ne sont jamais que l’expression rigoureuse des faits, DvI, Louis, après avoir analysé et comparé ses observations de
pneumonie, en a conclu que les vésicatoires n’avaient eu aucune J nfluence appréciable sur la durée de la pneumonie; enfin ce médecin cioit que les avantages qu’on peut retirer de l’emploi lies vésicatoires, ne sont ni rigoureusement démontrés, ni même l'irobables dans le traitement des phlegmasies thoraciques (pneu- :monie , pleurésie) (3). MM. Rilliet et Barthez (4) ont constaté ))lus récemment, que les remarques que M. Louis avait faites, hez les adultes, étaient également vraies chez les enfans. Ces
(1) Voyez son me'tnoire déjà cité sur le tartre stibié.( Opuscoli di mc- Hicinaclinica, t, II, p. 129.)
(3) EJfcls de la saignée, p. 35 et 59.
I (4) Loc. cit., p. 141.
TKAITJiMENT Üli LA l'NIiUMOMli.
auteurs ont vu en effet, que les vésicatoires aj)plique's sur la poitrine ou sur les membres, n’avaient jamais modifié la marche de la pneumonie.
J’ai voulu moi-même rechercher, d’après mes propres observations, le degré de confiance qu’on devait avoir dans l’emploi des vésicatoires pour le traitement de la pneumonie, et voici les résultats auxquels j’ai été conduit par l’analyse des faits que j’ai recueillis depuis quelques années.
Les vésicatoires ont été appliqués dans deux circonstances différentes; tantôt on les a mis dans les cas où les symptômes généraux et locaux étant devenus excessivement graves, on avait espéré pouvoir les modifier heureusement par une forte révulsion sur les parois thoraciques ; d’autres fois lorsque le vésicatoire fut appliqué, l’état général s’était beaucoup amélioré, plusieurs malades étaient même convalescens, et en appliquant un exutoire chez ces individus, on avait la pensée de rendre plus prompte la résolution de l’engorgeinent pulmonaire. Je vais rechercher si on a atteint les deux buts qu’on s’était proposés , en employant la médication dont je parle.
Chez douze des malades qui ont succombé, un large vésicatoire fut appliqué sur le côté de la poitrine, qui était affecté. Chez quatre d’entre eux l’exutoire fut mis douze ou vingt -quatre heures seulement avant la mort, et à une époque où l’on ne conservait plus ou presque plus d’espoir de sauver les malades. Mais chez tous les autres, le vésicatoire fut ordonné plusieurs jours avant le terme fatal , et lorsque les symptômes généraux et locaux, quoique fort graves, n’avaient pas encore enlevé tout espoir de salut. Parmi les douze malades dont je parle, il en est onze cjui n’ont éprouvé aucune espèce d’amendement dans l’état général et local après l application du vésicatoire ; un seul fut très soulagé douze heures après; mais comme cet individu avait pris en même temps une potion stibice, il est plus probable de rapporter l’amélioration momentanéeque nous avons observée, à l’émétique, qu’au vésicatoire.
Parmi les malades atteints de pneumonie qui ont guéri, il en est vingt-six qui eurent, à différentes époques, un ou deux vésicatoires sur la poitrine. Chez cinq de ces vingt-six malades, le vésicatoire fut posé un peu avant la fin du sixième jour, à dater du début; et à une époque où la maladie, déjà grave, faisait
VÉSICATOIRF.S. G9!^
encore de nouveaux j)i’Ogiès. En etudiant quelle fut l’iniluence qu’exerça le vésicatoire sur les symptômes de la pneumonie, nous voyons, que chez quatre de ces malades, il n’y eut aucune cespèce d’amendement dans les symptômes généraux et locaux, idans les vingt-quatre ou quarante-huit premières heures qui ‘Suivaient l’application du vésicatoire; chez un seul malade j’ai inoté, le lendemain où l’exutoire avait été posé, une diminution ' considérable dans la fréquence du pouls , dans la chaleur de la ipeau, dans l’oppression; on ne pouvait s’empêcher de reconnaître (qu’une amélioration réelle avait eu lieu depuis la veille. Fallait- : il la rapporter exclusivement au vésicatoire? Je suis loin de nier que cet agent thérapeutique n’ait eu aucune part dans l’amendement que j’ai observé ; mais il faut lemarquer que chez cet individu, l’exutoire fut mis au neuvième jour, c’est-à-dire à une période éloignée du début, et il n’est pas rare de voir beaucoup de pneumonies qui ont résisté aux moyens thérapeutiques, s’amender spontanément à cette époque et sous l’influence des : seules forces de la nature. Chez tous les autres sujets le vésicatoire n’exerça aucune influence bien sensible sur la marche de la pneumonie, puisque appliqué vers le sixième jour de la maladie, la convalescence ne commençait cjue cinq jours et demi plus tard.
Enfin chez vingt et un malades qui nous restent , le vésicatoire fut appliqué sur les parois thoraciques , terme moyen au huitième jour, et à l’époque où la maladie était manifestement dans sa période de déclin. Recherchant si cette application a rapproché le terme de la convalescence, ou a rendu plus prompte la résolution de l’engorgement pulmonaire, voici ce que nous démontre l’analyse des faits. Parmi ces vingt et un malades, il y en a quinze pour le moins, chez lesquels l’application du vésicatoire n’a exercé aucune modification appréciable sur les symptômes généraux et locaux ; l’amélioration qui existait déjà, avant qu’on eût mis l’exutoire, a continué sans que la médication ait paru l’accélérer, car la convalescence est survenue au douzième jour pour les malades qui avaient été saignés; au seizième jour pour ceux qui avaient été traités à la fois par les émissions sanguines et j)arl’émétique à haute dose ; c’est-à-dire que la guérison chez les sujets qui avaient eu un vésicatoire, avait étéobservéeà peu près à la même époque, que chezyeux qui avaient guéri par
TRAITEMENT DE EA PNEUMONIE
l’emploi des moyens que j’ai énumérés, mais sans le secours des exutoires. Restent cinq malades chez lesquels l’application d’un vésicatoire a paru être avantageuse. Ainsi deux fois ellea enlevé une douleur pleurétique, contre laquelle avaient échoué les saignées locales (sangsues et ventouses) 5 chez les trois autres malades, l’état général et^local s’était tellement amendé le lendemain du jour où le vésicatoire avait été mis , qu’il semblait naturel de rapporter l’amélioration au moyen qui avait été mis en usage. Toutefois, on ne peut ici qu’exprimer un doute, attendu que lorsqu’on étudie avec soin le travail de résolution delà pneumonie, on voit que celui-ci ne suit pas toujours une marche parfaitement régulière et uniforme, qu’il n’est pas rare par exemple de voir l’engorgement pulmonaire diminuer brusquement du jour au lendemain , sans qu’on ait rien fait pour l’obtenir, et rester ensuite stationnaire pendant plusieurs jours de suite. Ce qui prouve d’ailleurs j que chez les malades dont je parle, le vésicatoire a eu moins d’influence qu’on ne pourrait croire , c’est que malgré l’amélioration évidente qui a suivi son application , la durée de la pneumonie n’a pas été sensiblement modifiée, puisque la convalescence a été généralement notée , aux mêmes époques que j’ai précédemment indiquées.
En résumé , il résulte de l’analyse des faits qui précèdent , que le vésicatoire appliqué sur les parois thoraciques des sujets atteints de pneumonie, n’a pas l’heureuse influence qu’on lui attribue généralement; nous-avons prouvé, en effet, que rarement on voyait les symptômes s’amender immédiatement après l’action révulsive de l’exutoire, et que dans les cas mêmes où un amendement sensible dans l’état général ou local lui avait succédé, il n'était pas tout à fait certain qu’on dût le lui rapporter. lia été d’ailleurs démontré, que les vésicatoires n’ont point abrégé la durée delà maladie, et s’ils ont été parfois utiles ( ce qui esttiès contestable), ils n’ont jamais produit une amélioration comparable à celle qui est survenue si souvent et d’une manière si rapide après l’administration du tartre stibié.
Chez les malades dont je viens d’analyser les observations, le vésicatoire avait été constamment] appliqué sur la poitrine » eût-on obtenu des eflèls plus avantageux, si on l’eût mis dans des points plus éloignés; aux extrémités inférieures, par