‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 87 sur 103 · VÉSICATOIRES · texte numérisé non relu

VÉSICATOIRES

exemple, comme quelques médecins l’ont conseillé ? J’ai vu I prescrire, et j’ai prescrit moi-même plusieurs fois , l’application d'un ou de deux vésicatoires aux mollets ou aux cuisses , chez des individus atteints de pneumonie, mais dans le but de combattre quelques accidens cérébraux; je déclare que dans aucun de ces cas, les symptômes de la pneumonie n’ont été sen- ‘ siblement modifiés par la révulsion du vésicatoire. Celui-ci n’a -guère été plus efficace contre les accidens cérébraux pour les- I quels il avait été employé.

Il résulterait donc des faits qui précèdent, que dans la pneuimonie , quel que soit le point du corps où on applique le vésicatoire, et quelle que soit la période de la maladie à laquelle on ait recours à ce moyen, il n’est permis d’en espérer aucun effet avantageux sur la terminaison , la marche ou la durée de l’affection; que, par conséquent, on pourrait les supprimer tout à fait dans le traitement des phlegmasies pulmonaires. Cette conclusion est légitime, car elle ressort de l’analyse des faits observés et elle doit avoir d’autant plus de valeur, qu’elle est conforme aux résultats déjà obtenus par M. Louis. Cependant il faudrait établir une exception;!! est des malades qui conservent, pendant la convalescence, une douleur plus ou moins vive sous le téton ou à la base de la poitrine, douleur qui a résisté aux émissions sanguines, ou du moins qui a été peu modifiée par elle, dans ces cas , un vésicatoire appliqué au niveau du siège de la douleur et entretenu pendant quelques jours, suffit en général pour guérir complètement les malades.

Tout en reconnaissant que la plupart des médecins accordent trop de confiance au vésicatoire dans le traitement des pneumonies, je crois que , pour démontrer d’une manière absolue , leur impuissance , leur inutilité , il faudrait posséder peut-être un plus grand nombre de faits que ceux que j’ai analysés. Il est important que celte question soit résolue au plus tôt, car les vésicatoires sont toujours plus ou moins pénibles pour les malades; ils excitent souvent des douleurs assez vives, de l’agitation et de l’insomnie; ce sont là, d’ailleurs, les seuls inconvéniens que je leur ai reconnus. Laënnec croit, en outre, qu’appliqués sur le thorax , ils doivent augmenter la congestion pectorale et gêner l’action des muscles inspirateurs; accusation qu’il serait peut-être très difficile de justifier par des preuves positives.

TRAITEMENT DE LA PNEUMONIE

Mais il paraît que chez les enfans, ils entraînent des accidens bien plus graves et qui devraient en faire proscrire l’emploi. C’est ainsi que, dans le jeune âge, la peau de la partie postérieure du thorax dénudée , mise en contact avec des linges souillés, comprimée par les côtes saillantes, se désorganise, s’ulcère, et ces ulcérations douloureuses, difficiles à guérir, ajoutent encore à la gravité du pronostic. Les mêmes inconvéniens ont lieu après l’application des emplâtres de poix de Bourgogne saupoudrées d’émétique.

M. Louis avait craint d’abord (1) que le vésicatoire, étant une inflammation àlapeau, ajoutée à une phlegmasie viscérale, n’augmentât la fièvre et ne favorisât, par conséquent, le dévelop* peinent des lésions secondaires qu’on observe si souvent dans le cours des maladies fébriles. Mais l’observation a prouvé plus tarda M. Louis (2) que les vésicatoires n’avaient pas généralement un pareil effet.

Ayant moi-même recherché chez trente et un demes malades, les effets immédiatsdesvésicatoiressurla circulation et la chaleur, j’ai trouvé que chez dix, le pouls était un peu plus accéléré le lendemain de l’application du vésicatoire , mais chez cinq de ces malades, cette augmentation de fréquence s’expliquait suffisamment par les progrès de la maladie ; chez plusieurs autres (deux ou trois), le vésicatoire avait excité des douleurs assez vives qui avaient produit de l’insomnie; circonstances qui expliquaient encore pourquoi le pouls était un peu plus fréquent que la veille. — Chez dix autres malades , le pouls était moins accéléré le lendemain que le jour de l’application des épispatiques ; il est douteux, pourtant, que le ralentissement du pouls doive etre rapporté à l’influence des vésicatoires , puisque ce jihénomène fut aussi noté chez quatre malades, dont les symptômes s’étaient aggravés. Enfin, chez les onze individus qui restent , le pouls a conservé la fréquence, et la peau la chaleur qu’elle avait avant qu’on eût mis l’exutoire.

(1) Effets de la saignée, p. 58.

(2) Fièi>re typhoule, 2« édit., Paris, 1 84t , t. II, p. 4 79

d’après les modes de terminaison.

ARTICLE VI

Modifications au traitement d’après les modes de terminaisons.

^ Lorsque la pneumonie s’est terminée par suppuration, l’état t général des malades est tellement grave, les forces sont si prosjtrées, que les saignées ne peuvent plus convenir ; le traitement contre-stimulant peut seul être tenté, dans ces cas tellement fâcheux, qu’ils sont presque desespérés.

Si un abcès se forme, et sila matière est évacuée par les broniches, si l’excavation est un peu spacieuse, la guérison pourra I peut-être s’effectuer, ou du moins la vie pourra se prolonger encore pendant une ou plusieurs semaines, mais généralement on observera dans ces cas, des symptômes colliquatifs et de fièvre : hectique, qu’il faudra essayer de combattre. Non-seulementalors, on ne devra pas affaiblir le malade, mais il faudra encore soutenir ses forces par une alimentation légère, et l’usage de quelques to> .niques. Peut-être aussi pourrait-on tenter l’emploi des fumiga- I lions qu’on rendrait émollientes, narcotiques, ou détersives, suivant l’indication du moment ; enfin, un exutoire au niveau de l’excavationpourrait peut-être convenir dans quelques cas.

Dans la terminaison par gangrène, comme le plus souvent il y a des symptômes adynamiques, il faut ranimer les forces elles I soutenir par l’usage des cordiaux, des toniques; il sera utile aussi 1 de faire respirer des vapeurs de chlorure, de faire avec le même I liquide des aspersions sur le lit, peut-être pourrait-on aussi en j ajouter une petite quantité dans quelques-unes des boissons du malade.

Enfin, si la pneumonie passe à l’état chronique, il est difficile j de dire le traitement qu’on devraitlui opposer, car nous n’avons encore à ce sujet aucune donnée un peu positive. Je crois pourtant qu'il faudrait conseiller l’emploi d’un exutoire énergique, tel que un ou plusieurs cautères sur la poitrine, ou mieux encore un large séton. Peut-être aussi pourrait-on tenter l’em- ( ploi des mercuriaux à haute dose.

ARTICLE VII

Traitement de quelques symptômes.

Il y a dans la pneumonie trois symptômes qui sont pénibles pour les malades : ce sont surtout la douleur de côté , l’oppres-

TRAITEMENT DE LA PNEOMONIE

sion et la céphalalgie. Le point de côté et l’oppression sont des symptômes pour ainsi dire inhérens à la maladie elle-même, ils sont le plus souvent en rapport avec l’étendue de l’altération, et les moyens les plus efficaces pour les combattre , sont précisément ceux qui réussissent le mieux contre la maladie elle-même.

En général , la dyspnée, le sentiment pénible d’oppression, diminue plus facilement par la saignée générale , tandis que la douleur de côté est plus efficacement combattue par des sangsues ou mieux encore par *des ventouses scarifiées j parfois enfin , le point de côté ne cède qu’à l’application d’un vésicatoire. La céphalalgie est un symptôme qui n’existe que dans la première période de la maladie , et qui cède en général spontanément, ou aux premières saignées qu’on fait ; je ne l’ai jamais vue nécessiter une médication spéciale. Quelques cataplasmes synapisés , promenés sur les extrémités inférieures sont pourtant utiles quelquefois , pour diminuer la douleur de tête et l’oppression qui fatiguent quelques malades. Quant aux quintes de toux , et à l’insomnie qui tourmentent quelques individus , les préparations opiacées prescrites, comme je l’ai dit plus haut , peuvent seules les diminuer.

On sait que quelquefois les crachats se suppriment , tantôt ils cessent d’être secrétés, d’autres fois continuant à être exhalés, ils ne sont plus expulsés, ils s’accumulent dans les bronches et gênent beaucoup la respiration. Dans le premier cas il n’y a rien à faire de particulier , dans le second on peut donner avec avantage les boissons aromatiques et des potions contenant du kermès, de l’oximel scillitique, et enfin on conseille encore le sirop d’ipecacuanha, et l’émétique donné à dose vomitive, ou d’une manière plus fractionnée et pour entretenir des nausées continuelles, qui par suite des eft'orts qu'elles provoquent, favorisent l’expulsion des crachats. Enfin , on a recoinm andé ans le meme but, l’application d’un large vésicatoire sur la poitrine , mais jusqu’à présent ce moyen ne m’a pas paru mériterla confiance que quelques personnes lui accordent dans les cas dont je parle.

ARTICLE VIII

Traitement des complications.

La plupart des complications de la j)neumonie que nous avons précédemment étudiées, ne réclament aucune médication spéciale, telles sont la pleurésie , la bronchite, l’ictère ; il en est

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