‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 88 sur 103 · TRAITEMENT DES COMPLICATIONS. DÉLIRE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES COMPLICATIONS. DÉLIRE

d’autres au contraire comme celles qui surviennent du côté du cœur, qui forcent quelquefois à insister davantage sur les émissions sanguines.

Le délire est la seule des complications ordinaires de la pneumonie qui puisse exiger une médication spéciale; mais pour 1 déterminer celle qui convient, il importe avant tout d’être bien fixé sur la nature du délire et sur les causes qui ont présidé à son développement, chose qu’il est souvent très difficile d’établir d’une manière positive.

On a vu que fréquemment, le délire était symptomatique d’une altération matérielle des enveloppes des centres nerveux, puisque nous avons dit précédemment, que sur près du tiers des individus qui succombèrent avee du délire dans le cours d’une pneumonie, nous avons trouvé, pour l'expliquer, une méningite de la convexité du cerveau . Il est évident que dans des cas pareils il faut combattre le délire par les moyens généralement usités contre les phlegmasies cérébrales.

Le délire qui se déclare, dès le commencement de la maladie, ou lorsque celle-ci est encore à sa période d’accroissement , qui suit les variations de la fièvre , qui augmente pendant les exacerbations que celle - ci présente , n’exige aucun traitement spécial , car , dans ces cas , le délire semble être l’effet de la fièvre , il semble lui être entièrement subordonné; il faut donc n’avoir recours à d’autre médication qu’à celle qui peut combattre le plus efficacement la fièvre, et la maladie, dont celle-ci est un symptôme. Enfin, il n’y a rien à tenter contre ce délire, qui survient à une période avancée de la maladie, à cette époque où l’ensemble des symptômes généraux et locaux doivent faire soupçonner la suppuration du parenchyme pulmonaire . Les sy napismes,les vésicatoires aux mollets ou aux cuisses, qu'on emploie communément alors, ne peuvent avoir aucune espèce d’utilité.

Il est une espèce de délire qu’on rencontre plus fréquemment dans la forme typhoïde de la pneumonie , qui coïncide par conséquent avec un état général grave; quelquefois même alors le délire et d’autres troubles nerveux semblent prédominer sur tous les autres symptômes; souvent, dans ces cas, il n’y a aucun rapport entre les phénomènes cérébraux, leur gravité, et l’étendue de laphlegmasie pulmonaire; c’est contre cette espèce de délire , qui est un des caractères de la

TRAITEMENT DE LA PNEUMONIE

forme ataxique de la maladie, qu’on a proposé l’emploi des anti-spasmodiques. C’est M. Récamier le premier, je crois, qui a conseille' d’administrer , dans les cas dont je parle, le musc à assez fortes doses. On peut en effet , d’après ce médecin, en donner 8 à 10 décigrammes et même davantage ; il faut diviser cette quantité en cinq pilules qu’on dorme toutes les heures, et on continue encore , jusqu’il ce qu’on obtienne une rémission des accidens , ce qui aurait lieu ordinairement, d’après M. Récamier, au bout de huit à dix heures au plus. Si alors les troubles cérébraux ne sont pas enrayés, il ne faut plus rien espérer du remède, dont les effets en général sont prompts ou nuis.

Depuis vingt-cinq ans on a publié quelques faits cliniques pour prouver l’efficacité du musc dans certaines formes du délire de la pneumonie. Ainsi M. le docteur Jacquet lut en 1817 à l’Athénée de médecine, trois observations qui furent publiées un an après dans la Bibliothèque médicale (1), et dont les deux premières seulement ont quelque importance, puisque le diagnostic a été suffisamment établi , tandis que la nature de la maladie n’est pas bien définie dans la troisième. Les deux premiers faits sont favorables à l’opinion de M. Récamier, puisqu’on voit qu’un délire grave, qui datait depuis deux jours et que rien n’annonçait devoir se terminer sous peu , avait néanmoins complètement cédé vingt-quatre heures après , par suite de l’administration de 7 à 8 décigrammes de musc, associés dans un cas, à parties égales de nitre. MM. Trousseau et Pidoux ont également rapporté , dans leur Traité de thérapeutique , quatre exemples de l’efficacité du musc dans le délire de la pneumonie ; l’un de ces cas est surtout remarquable ; il est relatif à un homme qui contracta une pneumonie étant dans un état d’ivresse ; saigné plusieurs fois en ville , il entra délir.ant à l’IIôtel-Dieu , bien que la gravité des phénomènes récens ne fût pas suffisamment expliqué par 1 intensité de la lésion locale. Les antimoniaux n’eurent aucune prise, l’etat du malade était très graves c’est alors que le musc fut prescrit, et, dès le lendemain, les accidens cérébraux avaient cédé. Enfin M. le docteur Thibaud de Nantes a rapporté, il

Page 1