‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 90 sur 103 · TRAITEMENT DU DÉDIRE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DU DÉDIRE

trois litres de vin par jour, je prescrivis aussi trois tasses de ce liquide à prendre dans la journée ; dès le lendemain, le délire avait diminué , le malade avait même des momens tout à fait lucides; le traitement fut continué, et vingt-quatre heures après, les facultés intellectuelles étaient intactes , et le malade ne con servait aucun souvenir de ce qu’il avait dit et fait , pendant les deux derniers jours. Dans ce cas, j’ai prescrit du vin, quoique la fièvre n’eût pas encore cessé, mais, je l’ai fait en raison des habitudes d’ivrognerie du malade , et je me repens beaucoup de n’avoir pas suivi, pour les autres individus, qui étaient dans le même cas, le conseil que donne M. Chomel, de leur permettre l’usage d’une petite quantité de vin, qu’ils prennent pur ou qu’on mêle à leur tisane.

L’habile professeur que je viens de nommer , convaincu avec Hippocrate des inconvéniens attachés à l’interruption subite de l’habitude même la plus mauvaise , publia il y a près de vingtcinq ans,dans le nouveau journal de médecine (1) , un mémoire sur l’usage du vin dans les maladies aiguës des sujets adonnés à l’ivrognerie. Depuis cette époque, il a habituellement accordé aux individus dontje parle, une certaine cjuantité de vin, et il n’a pas eu à s'en repentir, tandis qu’il a vu succomber beaucoup de ceux chez lesquels on avait agi différemment.

Pendant les deux années que j’ai passées auprès de M. Chomel, en qualité de chef de clinique, j’ai recueilli l’iiistoire de cinq individus adonnés à l’ivrognerie, ou du moins, buvant habituellement une grande quantité devin, et auxquels on accordacbaque jour deux ou trois tasses de ce liquide , en même temps qu’on leur faisait tirer du sang, ou qu’on leur administrait l’émétique à haute dose. Quatre de ces malades ont guéri, et l’aftection a suivi une marche régulière ; le cinquième a succombé aux progrès de la maladie; mais aucun d’eux n’a présenté de délire continu, tandis que nous n’avons vu cet accident, que chez ceux auxquels on négligea d’accorder une certaine cjuantité de vin.

Ces faits d’ailleurs, s’accordent avec la pratique de plusieurs médecins américains, qui observent \e delirium iremens,c\\Qz un grand nombre d’individus , qui atteints de maladies aiguës, cessent brusquement l’usage des liqueurs fermentées. Ainsi , il

(t)T. VIJ, p. 18-1, et Pat, ('énc., p. G53dcla 3^ (îJitjon.

7o4 iKAll'LMENÏ DE LA PNEUMONIE.

faut conclure que le meilleur préservatif du délire nerveux qui alFecle si souvent les ivrognes atteints d’une maladie aigue, c’esl (le ne pas interrompre brusquement leur vicieuse habitude, et de leur permettre encore chaque jour 1 usage d une petite quantité de vin. Lorsque le délire s est déclare, s il est indépendant d’une phlegmasie des méninges, l’opium est le remède le plus efficace pour en triompher; c’est ce queM. Rayer a aussi constaté un certain nombre de fois (1).

ARTICLE IX

Traitement des differentes formes de la pneumonie.

Le traitement de la pneumonie doit subir des modifications impoi tanles, lorsque la maladie revêt quelques-unes des formes que nous avons précédemment étudiées. Les formes bilieuse, typhoïde , intermittente et rémittente, sont celles qui deviennent surtout la source d’indications précises et qu'il importe beaucoup de savoir saisir à propos.

§. /. Traitement des pneumonies bitieuses.

Le traitement des pneumonies bilieuses n’est pas aussi simple qu'on poiurait le supposer, car aucune méthode exclusive ne saurait leur être applicable , et ne pourrait par conséquent être déterminée d’avance; il faut ici, comme toujours, savoir saisir les indications que chaque cas en particulier présente; ces principes ont réglé de tout temps la pratique des bons observateurs. Ainsi Stoll, malgré sa tendance à ne voir partout que des troubles ou des lésions produites par les ravages de la bile, admettait pourtant des cas. où la saignée devait être largement employée. M. Bouillaud, est peut-être le seulc^ui ait osé conseiller une méthode exclusive; ayant voulu rattacher la pneumonie hilieuse , à la pneumonie vraie , franche , normale, il n’a pu faire aucune distinction pour le traitement, et il a prétendu appliquer aux unes comme aux autres sa méthode inflexible. Mais ilest inutile d’insister ici pour combattre les nouvelles prétentions de M. Bouillaud, puisejuenous avons vu précédemment, que les faits qu’il avait rapportés dans sa clinique, ne pouvaient être invo-

(l) Dut. de l' Academie royale de mcdccinc, Paris, 184 0, t. IV, p. 4 66.

Page 1