‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 92 sur 103 · TRAITEMENT DES PNEUMONIES BILIEUSES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES PNEUMONIES BILIEUSES

I plus faible dans ce point; il n’y avait pas de retentissement; le malade a presque toutes ses forces et a l’intention de reprendre ses occupations dès le lendemain.

Des faits semblables au précédent sont assez rares dans ce climat, cependant il peut arriver que, sous l’influence d’une constitution médicale particulière, les pneumonies qui régnent pendant uncertain temps s’accompagnent de symptômes bilieux et d’une grande prostration des forces ; c’est ce qui paraît avoir été souvent observé par les médecins du 18® siècle. Les pneumonies et les pleurésies qui furent traitées à l’Hôtel-Dieu de Rouen, pendant l’année 1824, paraissent également se rattacher à la forme bilieuse dont je parle. Le docteur Hellis(l),qui en a publié une relation intéressante, dit en effet , que chez le plus grand nombre des sujets, il y avait un point de côté, des crachats sanglans, une chaleur âcre ou humide, une langue sale, saburrale, une bouche amère , un pouls petit, mou et fréquent. L’émétique administré chez le plus grand nombre, diminuait l’oppression , dilatait le pouls et faisait disparaître le sang des crachats; souvent même le point de côté cessait après les effets produits par l’émétique ; toutefois , dans un certain nombre de cas, on combattit ce symptôme par la saignée locale. Lorsque le remède évacuant était retardé, on voyait souvent apparaître des symptômes alarmans, tels que le délire , la prostration des forces , une anxiété et une oppression extrêmes. En suivant sa méthode, M. Hellis n’a perdu que 5 malades sur 47 qui furent reçus à l’hôpital; les évacuans au début et au déclin delà maladie, les révulsifs à l’extérieur, les expcctorans et de légers toniques à l’intérieur • enfin des sangsues promptement et sobrement appliquées, lorsqu’un point paraissait être le siège d’une congestion active , tel fut l’ensemble des moyens qui réussirent pendant la constitution médicale qui régna à Rouen , en 1824. La mollesse du pouls , la chute des forces, les signes d’adynamie qui existaient , peuvent faire pressentir de quel effet eût été la saignée, même locale, si elle eût été employée avec moins de réserve.

Dans le fait que je viens de rapporter, on voit un exemple de pneumonie bilieuse bien caractérisée et qui a cédé rapide-

(l) Clin, de V If6lel-Dieu de Itoiien , Paris 1 826, p. 67.

TRAITKMKNT DF. LA PNEUMONIE

ment à raclministration opportune d’un éniétique.Danscecas,on a suivi l’indication prédominante, sanss’occuper, pourainsi dire, delà maladie principale; c’est ainsi qu’oii devra agir dans les circonstances analogues. Beaucoup de personnes se seraient cru obligées de commencer le traitement par faire une ou deux saignées générales et locales , mais le pouls n’indiquait pas l’urgence d’une évacuation sanguine;'et si on l’eût pratiquée, on eût près* que nécessairement aggravé la maladie, ou produit peut-être le développement d’un état typhoïde qui se serait encore aggravé , si on avait persisté dans les mêmes erremens. Le fait suivant justifiera en partie les opinions que je viens d’émettre.

Un maçon , âgé de vingt-trois ans, n’ayant jamais fait de inaladiegrave, eslsujet à tousser tous leshivers; mais ses rhumes ne s’accompagnent jamais ni d’amaigrissement, ni de fièvre; il n’a point eu d’hémoptysie, n’est pas habituellement essoufflé; il n’y a encore eu aucun tuberculeux dans sa famille ; il est soumis à des conditions hygiéniques convenables. Le 13 avril 1839, ayant bu de l’eau froide, pendant qu’il était en sueur , il a ressenti, deux heures après, des frissons irréguliers; le soir , il a peu mangé et s’est couché peu après, éprouvant du malaise et de la céphalalgie. La nuit fut paisible , il dormit tranquillement. Le 14, il s’est levé pour aller à son travail, mais le malaise augmentant , il a été forcé de quitter son atelier à deux heures, éprouvant depuis quelques momens une douleur assez vive à la base du thorax à droite, et vers le flanc correspondant. Les frissons étaient continuels, la fièvre était intense; il avait une toux sans expectoration, des envies de vomir continuelles, puis quelques vomissemeiis bilieux qui l’ont soulagé; la bouche était amère, la soif vive, les forces ont été immédiatement prostre'es,le malade s’est alité et n’a pas bu du vin chaud. Dans les journées des 1 4etl5,il a eu deux saignées et, quatorze sangsuesaprès lesquelles il a été plus souffrant. Les envies de vomir ont persisté , les vomissemens sont devenus plus fréquens, plus difficiles, douloureux; il avait des renvois acides, et des hoquets; le point de coté a augmenté ; des crachats sanguinolens ont été rendus apres la seconde saignée. La faiblesse est devenue telle que le malade n’a pu SC tenir sur ses jamlics , et a même éprouvé une syncope, lorsqu’on l’a levé de son lit pour le conduire à l'hépital où on l'a .'i])porlé en brancard, dans la soirée du 15; je le vis le len-

TRAITEMENT DES PNEUMONIES RlEIEUSES.

demain, iG.Cejeune homme est maigre et d’une constitulion délicate, il est couché sur le dos, sa figure est pâle, abattue avec un peu de stupeur, les pommettes sont légèrement et également colorées,le teintest jaunâtre, cette couleur est aussi marquée sur les sclérotiques. Douleur à la base de la poitrine à’droite, augmentant par la percussion. En avant, rien de morbide du côté du cœur ; respiration pure des deux côtés ; mais le murmure vésiculaire est un peu plus faible à droite qu’à gâuclie; la sonorité et l’élasticité sont normales en arrière , à gauche ; il en est de même pour le côté droit, excepté dans sa moitié supérieure. Là, en effet , le son est mat , l’élasticité est nulle ; dans la fosse susépineuse, le bruit respiratoire est très faible, l’expiration est prolongée sans souffle; dans la fosse sous-épineuse, et vers sa moitié externe, on entend une crépitation nombreuse , fine , sèche, et une respiration soufflante ayant son maximum d’intensité à l’expiration ; à ce niveau , la broncophonie est très retentissante. Au-dessous de ce point, on ne distingue plus que de la crépitation mêlée à un peu de raie sibilant disséminé inégalement. Le malade a rendu une demi-douzaine de crachats visqueux , aérés , d’une couleur jaune abricot ; peu de toux, expectoration facile, trente-six respirations, cent douze pulsations ; le pouls offre une certaine ampleur ; il est parfois dicrote, mais il est mou et extrêmement dépressible ; chaleur vive et sèche, bouche ajnère , envies continuelles de vomir, langue aride jaunâtre , haleine fétide nauséeuse, dents un peu encroûtées à leur collet, soif vive, endolorissement vers les deux hypochondres ; la matité du foie qui ne déborde pas le rebord costal, remonte jusqu’à la sixième côte; la rate est petite , le ventre souple, sans douleur, sans gargouillemens ; pas de selles depuis deux jours. Céphalalgie frontale médiocre , insomnie presque complète, rêvasseries quand il s’assoupit, étouidisseinens, marche chancelante, faiblesse très grande ; urine rougeâtre , acide, ayant son odeur ordinaire, et ne précipitant pas par l’acide nitrique (15 centi. d’émé. et IG grammes sulfate de soude à prendre dans trois verres d’eau). Le 17, il a vomi au moins un litre d’une matière verte très-amère ; il a eu 3 selles sans coliques, soulagement; il a pu dormir quelques heures; le pouls est descendu à 92 , le nombre des respirations à 28, les crachats sont un peu moins colorés , la douleur de côté est

TllAlTEMENT DE LA PNEUMONIE.

encore incommode et n’a pas diminué ; les phénomènes d’auscultation ne se sont pas étendus , le souffle a beaucoup diminué d’intensité, la crépitation est plus nombreuse, plus humide et plus grosse ^ le ventre est souple, un peu endolori; la bouche moins amère , les envies de vomir ont cessé , les mouvemens du malade dans le lit sont plus faciles , il semble moins faible; urine rougeâtre, léger nuage, en y versant l’acide. (2 vent, scarifiées, 1 bouteille d’eau de Sedlitz). Le 18, il a eu hier huit selles liquides, la bouche n’est plus amère, la soif est nulle, le ventre souple, l’appétit commence, pouls à 70, souple, 24 respirations; douleur de côté moindre : elle s’est déplacée, et existe vers la région lombaire. La respiration est égale en avant des deux côtés; en arrière, la crépitation est rare , l’expansion pulmonaire commence à se faire, inèléeà un râle sibilant, labroncophonie a cessé, la matité est beaucoup diminuée. Le teint est pâle, la couleur jaunâtre a cessé; nulle céphalalgie, sômmeil paisible sans rêves ; les forces sont revenues, le malade a pu se lever pour aller au bassin. Urine jaunâtre sans trouble, ne se précipite pas par l’acide (bouillon). Je ne vois pas le malade les deux jours suivans. Le 21, il est convalescent, le pouls a 64; peau sans chaleur , peu de toux , crachats muqueux et rares; dans les points occupés par la pneumonie, on entend le bruit respiratoire plus faible, mais pur et sans râle; l’expiration est un peu piolongée sans timbre soufflant, la voix n’y retentit pas. Langue nette, humide appétit , depuis hier, le malade mange le quart ; sommeil bon ; il s’est levé et a pu se promener dans la salle, soutenu par un des camarades; les forces reviennent lentement. Le malade sort le 5 mai ; il est encore pâle et faible, il est même incapable de reprendre ses travaux ; il mange les trois quarts depuis 6 jours. Dans la fosse sus épineuse et dans la moitié externe de la fosse sousépineuse, le bruit respiratoire est encore un peu plus faible, partout ailleurs tout est à l’état normal.

On vient de voir ici l’exemple d’une pneumonie qui ne semblait pas occuper le poumon à une grande profondeur, et qui s’accompagne cependant d’un état général assez grave. Deux ordres de symptômes ont prédominé dès le début de la maladie : d’abord des phénomènes gastriques et bilieux et une grande faiblesse , accidens qui ont beaucoup augmenté par

traitement des pneumonies bilieuses. 715

suite du traitement antiphlogistique qui fut suivi On a vu que lorsque le malade fut apporté à l’hôpital, il présentait un ensemble de phénomènes typhoïdes, à tel point que le médecin auquel il fut confié crut à l’existence d’une fièvre grave, et prescrivit en conséquence le traitement évacuant. Celte méprise fut probablement très heureuse pour notre malade , car l’éméto - cathartique produisit un soulagement manifeste, mais incomparablement moins complet que celui que nous avons noté chez le premier malade; il fallut chez le dernier insister davantage sur le traitement évacuant. Que serait-il arrivé , si, au lieu de la médication qui fut adoptée à l’hôpital, on eût insisté sur les saignées? A en juger par les effets que celles-ci avaient déjà produits , il est rationnel de supposer qu’elles auraient augmenté l’état typhoïde. Il eût été plus convenable, chez ce malade, de s’abstenir tout à fait de saigner , ou du moins il eût été prudent de tirer du sang avec plus de ménagement, en tout cas, on aurait diî commencer, avant tout, par prescrire un émélo-cathai tique, puisque l’indication évacuante était celle qui prédominait ; c’est probablement pour n’avoir pas saisi à propos l’opportunité de la médication, que nous avons vu la convalescence traîner en longueur. On trouvera une nouvelle preuve de ce que je dis ici dans le fait que je vais rapporter.

Montel, maçon , âgé de vingt'ans, à Paris depuis onze mois, est d’une constitution grêle , chétive et paraît avoir à peine seize ans. Depuis sa plus tendre enfance il est sujet à de fréquens malaises; il éprouve une ou deux fois par mois de la perte d’appétit, du dévoiement, un peu de fièvre, accidens qui cèdent après deux ou trois jours de repos. Il n’est pas sujet aux rhumes, n’a jamais eu d’hémoptysie ; il ne commet jamais d’excès ; il se nourrit convenablement. Je n’ai pu saisir aucune cause évidente pour expliquer le développement de la maladie actuelle qui a débuté dans la nuit du 8 au 9 janvier 1839; cependant dans la journée du 8, il a été placé dans des conditions où un refroidissement a pu avoir lieu, sans que le malade en ait eu la conscience. Couché le soir bien portant , il se réveille au milieu de la nuit éprouvant un malaise général, avec une céphalalgie vive et de la fièvre ; il n’y eut pas de frissons. Le lendemain il ne put travailler, et eut un peu de dévoiement ; il coin-

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mença aussi à tousser et à rejeter quel(jues crachats sanguinolens dans la journée du 9. Une douleur médiocre se déclara deux jours après à la base du coté droit de la poitrine- Depuis le début, il n’y a jamais eu d’épistaxis ni de vomissemens , mais des nausées continuelles ; le malade a complètement perdu l’appétit, le sommeil et les forces. Il s’est fait apporter le 11 à l’hôpital ; je l’ai vu pour la première fois le 12 au matin. Il est couché sur le dos , mais peut se mettre facilement sur l’un ou l’autre côté ; sa figure porte l’empreinte d’une stupeur marquée ; les joues sont colorées ; la couleur, d’un rouge vineux , est plus intense sur la porhmette droite. Il y a une céphalalgie frontale très vive, accompagnée d’étourdissemens et de bourdonnemens d’oreilles. Le pouls bat 96 fois ; il est peu développé et mou. La peau est chaude et sèche ; la langue est jaunâtre, humide à ses bords , aride à sa pointe; la soif vive, la bouche mauvaise, amère ; haleine fétide, envies de vomir continuelles, renvois acides, ventre sansmétéorisme et un peu douloureux à l'ombilic; le malade a deux selles liquides et jaunâtres par jour. La rate n’est pas volumineuse; il n’y a ni taches rosées ni sudamina. L’urine est jaunâtre; elle a son odeur et son acidité naturelles ; elle ne donne aucun précipité par l’acide nitrique. Il y a une douleur médiocrement violente au milieu du cinquième espace intercostal à droite , augmentant par la pression, et qui s’irradie jusque vers le rebord costal en bas , et antérieurement jusqu’au voisinage du mamelon. Quarante respirations, toux peu fréquente , expectoration facile, crachats visqueux , peu aérés , d’une couleur abricot clair. En avant la sonoréité du thorax est normale ; le bruit respiratoire, généralement faible, est mêlé à un peu de râle sibilant et ronflant; les baltemens du cœur sont normaux. En arrière, à gauche , la respiration est pure ; à droite , dans la moitié supérieure, la sonoréité est moins parfaite , l’élasticité est diminuée ; crépitation fine , sèche , nombreuse ; souffle surtout à l’expiration; le retentissement de la voix est médiocre. Dans 1 aisselle la respiration est rude et un peu sèche. La faiblesse est très grande ; le malade ne peut se ]iorter sur ses jambes .sans être soutenu par des aides. Depuis qu’il est malade il est prive desommeil, et dès cju’il s’assoupit, il esttouimenté par des rêves; on lui a fait hier soir une petite saignée de 128 grammes

traitement des pnedmonies bilieuses.

i qui ne l’a pas soulagé; le sang offre une petite couenne irrégu- I iliére, le caillot est peu consistant. Aujourd’hui, on prescrit f I quatre ventouses sur la poitrine, un éméto-catliartique avec i (émétique 15 centigrammes, et sulfate de soude 16 grammes. Le î il3, le faciès est naturel, la céphalalgie fa presque cessé ; senti- I iment de bien-être; le malade se sent moins faible et a dormi j 1 paisiblement pendant une grande partie de la nuit. La lan- I gue est humide sans enduits, la soif nulle, il y a eu hier un vo- I imissement amer et trois selles sans coliques; le ventre est plat (Ct indolore, le pouls à 96, toujours faible, la peau est moins (chaude, 28 respii’ations. La douleur decôte' a peu diminué, crachats aboudans, un peu difflucos, la plupart grisâtres, il y a quelques petites masses couleur, abricot un peu visqueuses, non aéirées. Dans l’aisselle et sur une étendue verticale de 9 centimètres, respiration sèche, mêlée à de la crépitation fine et sèche, l’expiration est soufflante, il y a de la broncophonie, le son est très ( obscur à ce niveau. En arrière dans les points envahis la veille,

I la sonoréite' estmoins obscure, le bruit respiratoire est moins faiî ble ou est mêlé à un râle sibilant et sonore ; urine comme la veille, (une bouteille d’eau de Sedlitz). Le 14, faciès naturel; ily a eu hier trois selles sans coliques, langue naturelle, appétit , chaleur douce de la peau sans sueurs, pouls, soixante-quatre mouveniens, vingt respirations; crachats encore visqueux, peu aérés, (d’une teinte légèrement rougeâtre. Dans la moitié supérieure i postérieure du côté droit, le bruit respiratoire est plus faible qu’à gauche, le retentissemeut delà voix y est moins marqué ( cjue du côté opposé ; dans l’aisselle, aux inspirations ordinaires, 'On entend le bruit naturel de la respiration un peu affaibli, imêlé à une crépitation un peu fine et à un bruit de taffetas ipendant la toux seulement. L’urine présente un léger nuage, (elle ne précipite pas par l’acide, elle a son odeur, son acidité et iunc couleur jaune citron (bouillon, potages). Le l5, crépilaition grosso dans l’aisselle ; en arrière, l’expansion est presque rewenue à son état normal, les crachats ont l’aspect d’une solution (épaisse degommearabique; le malade aun peu transpiré pendant lia nuit, urine comme la veille (quart d’alimens). Le 16, toute créipitationa cessé, le bruit respiratoire est un peu plus faible, l’urine jaune orange, est troublée par l’acide nitrique. Cet état persiste lie 17; il cesse le 18, le malade sort le 20, Les points qui ont été

TKArrJiMliKT I>E LA l'WfiUMOME.

envahis par la pneumonie sont revenus à leur état normal, la respiration est pure et égale des deux côtés, la poitrine est également sonore partout ; le malade ne tousse plus, l’appétit est bon, les forces sont revenues en grande partie; Monlelpense être en état de travailler d’ici à peu de jours.

Ce fait offre beaucoup d’analogie avec celui qui le précède ; on voit, dans les deux cas dont j’ai parlé, une pneumonie peu grave, s’accompagnant, dès le débuts de symptômes bilieux et adynamiques. Au premier sujet, ne tenant aucun compte de ces accidens, on fit subir trois pertes de sang qui aggravèrent beaucoup l’état général, tandis que la convalescence se déclara rapidement après avoir satisfait à l’indication évacuante; mais le retard qu’on avait mis à la remplir eut pour effet de rendre beaucoup moins prompt le retour des forces ^ Chez le dernier malade, au contraire, auquel on ne fit > à proprement parler , qu’une saignée exploiatrice , et chez lequel on s’empressa de combattre les symptômes bilieux , nous vîmes la convalescence survenir de bonne heure, la résolution de l’engorgement pulmonaire se faire avec rapidité; enfin , les forces se rétablirent promptement.

En résumé , on vient de se convaincre, par tout ce qui précède, que dans les pneumonies bilieuses, il y a dans la maladie un élément nouveau qu’il faut combattre : l’état des fonctions digestives indique certainement l’emploi d’une médication évacuante ; cependant, il importe de dire que pour satisfaire l’indication nouvelle , tous les momens ne sont pas également opportuns , et l’administration de l’éméto-cathartique devra être toujours subordonnée à l’état général du sujet.

Ainsi , lorsqu’on verra qu’une pneumonie s’accompagne de tout l’appareil symptomatique des fièvres inflammatoires, lorsque le pouls sera ample , dur , serré , quelque marques que soient les signes d’embarras gastrique, il ne faut point s’en occuper , tandis que c’est uniquement contre l’appareil fébrile, que doivent être dirigés d’abord tous nos moyens thérapeutiques , c’est-à-dire que dans le cas que je suppose ici, il faut commencer le traitement par pratiquer une ou plusieurs saignées générales , comme on le ferait si la pneumonie était exempte de toute complication; car il arrive quelquefois comme je l’ai déjà dit, que les antiphlogistiques diminuent les symptômes bilieux , qui peuvent ensuite cesser spontanément. Lors-

ÏIIAITEMENT DES l’NliüMOJN 1 ES TYEHüÏDES. 7l9

que ceux-ci persistent après que le pouls a perdu de sa force et de sa fre'quence , on peut alors recourir utilement à l’emploi d’un éméto-cathartique.

On voit donc que dans le traitement des pneumonies bilieu- >ses, je conseille comme règle de conduite, de combattre les 1 >S3’mptômes prédominans. D’ailleurs , dans la pneumonie billieuse , pour être autorisé à commencer le traitement par l’emyploi des émissions sanguines, il ne suffit pas que le malade puisse soutenir la saignée , il faut encore, que la saignée soit reconnue nécessaire. Au contraire, lorsque l’état bilieux prédomine, lorsque le pouls est petit, faible , dépiessible , comme j’en ai rapporté plusieurs exemples, il convient, dans ce cas, de donner de suite un éméto-cathartique, sauf à recourir plus tard aux émis- 'sions sanguines, si les caractères du pouls venaient à l’indiquer. iCe que je dis ici me paraît être généralement vrai pour les ; pneumonies bilieuses sporadiques.

On conçoit que la règle de conduite pourrait être différente dans les cas de certaines constitutions médicales, ou dans quelques épidémies 'C’est ainsi, par exemple, que Stoll avait remarqué que pendant la constitution de l’année 1776, il était généralement nuisible de commencer le traitement par une évacuation ■sanguine , même quand la force du pouls semblait l’indiquer ; mais ce sont là des faits qu’il est impossible de prévoir ni de calculer d’avance.

§ II. Traitement des pneumonies typhoïdes.

Le traitement des pneumonies typhoïdes est l’un des plus i difficiles; non-seulement il n’y a aucune méthode qui soit ap- I plicable à tous les cas, mais encore chez le même malade, on est I souvent obligé de varier la médication, suivant la période à la- I quelle la maladie est parvenue, et suivant les symptômes qui i prédominent. C’est ainsique les antiphlogistiques, les évacuans, I les antispasmodiques et les toniques peuvent être employés successivement chez le même malade, ou chez des malades différens. I^e choix des moyens thérapeutiques sera déterminé d’après les indications positives que fournit l'état général; c’est ce que je vais m’efforcer de déterminer.

L’état typhoïde peut coexister avec l’appareil symptomatique

TKAlTliMliJNX DE LA 3‘NEOMOJN1£.

de la fièvre inflanimaloire, c’est-à-dire que la stupeur, la prostration des l’orces, l’accablement, l’insomnie, les vertiges, l’état fuligineux des dents et de la langue, existent quelquefois chez un sujet vigoureux dont le pouls est large, dur, vibrant. Dans ce cas, l’indication de tirer du sang est positive ; cependant, je dois faire observer, qu’il ne faut pas en général appliquer tout d’abord le traitement antiphlogistique avec la même énergie que dans les cas où les symptômes inflammatoires existent seuls, car il arrive souvent, surtout en temps d’épidémie, que les malades tombent rapidement dans un état de collapsus très grave; aussi, avant de pratiquer une seconde ou une troisième saignée, devra-t-on avoir égard à la persistance de l’état inflammatoire , et aux effets obtenus par les premières émissions sanguines. Il arrive d’ailleurs quelquefois, que l’état t^'pbo'ide lui-même diminue et cesse par l’emploi du traitement antiphlogistique et contre-stinudant, mais ces cas ne sauraient être déterminés d’avance. D’autres fois, après avoir débuté par l’appareil symptomatique des fièvres inflammatoires franches , auxquelles on a opposé un traitement antiphlogistique , on voit survenir consécutivement des accidens typhoïdes qui exigent certaines modifications dans la thérapeutique, c’est ce que va prouver l’observation suivante.

Bourel , couvreur , âgé de 40 ans , est d’une sauté habituellement bonne. Il y a un an , il a eu une pneumonie droite qui a guéri après deux saignées générales et un séjour de vingt jours à riiôpital. Depuis le commencement de l’hiver, il tousse et crache sans avoir maigri, il se nourrit bien, ne fait pas d’excès, et, depuis un mois, il éprouve des chagrins. 11 s’est alité le 1 8 avril 1838, mais déjà, depuis cinq ou six jours avant, il éprouvait du malaise, et delà faiblesse; il a continué à travailler avec peine, a perdu l’appétit; enfin le 18, sans causes appréciables , son malaise a augmenté, il a éprouvé un frisson, un point de coté à droite , de la fièvre , et a rendu aussitôt des crachats jaunes. Pendant les deux jours qu’il est resté chez lui, il n’a suivi aucun traitement, n’a pas bu de vin chaud et il est entré le 21 à l’hôpital. Cet hommeest assez fortement constitué . son faciès est rouge, animé, pouls 108, ample, assez dur, chaleur vive, trente-six respirations, toux fréquente, expectoration d’un liquide séreux, aéré, jaunâtre, semblable à une solution de

TRAlTliMLiNT DliS I>i^li;ua^O^•lES lïPUUlUES.

gomme arabique; douleur de côté à droite, à neuf centimètres en dehors du mamelon, s’irradiant jusqu’à la base, augmentant un peu par la pression et par les mouvemens du tronc. Il n’y a -aucun bruit morbide dans tout le côté gauche, ni en avant à cdroite dans la région sus-mammaire, mais en dessous du maiinelon le son est obscur ; le bruit respiratoire faible, est mêlé à une crépitation fine et sèche; sur toute la partie latéi’ale, depuis tle fond de l’aisselle jusqu’à la base, la respiration est sèche, rrude, et mêlée à de la crépitation fine avec une expiration soufflflante^ en arrière ces mêmes phénomènes existent dans la moi- |liié inférieure. Langue blanche , humide , soif, bouche sans sauveur, ventre souple, pas de selles, pas de céphalalgie ; le malade 3st habituellement couché sur le dos ; forces encore conservées ; e malade a pu venir seul à l’hôpital. (Saignée de 4 palettes;

2t 30 sangsues sur le côté.) Le sang est fortement couenneux et ddense.

I Le 22, les crachats présentent le même aspect ; le pouls est à i08, il est ample, mais résiste peu, 44 respirations, chaleur vive ; Ipnême état qu’hier, si ce n’est que la crépitation a complètement cessé en arrière, et qu’elle a été remplacée par du souffle bronihique existant à l’expiration et à l’inspiration; la broncophonie est très retentissante; le malade se sent très faible, (saignée de |.pll2 grammes, (10 onces) sang couenneux comme hier. Le soir, le naïade est très faible ; du souffle existe depuis l’aisselle jusqu’à ibase ; la crépitation a gagné postérieurement jusqu’à l’épine de “ omoplate; pouls 104, très mou, battemens du cœur très faibles, lhaleur médiocre, accablement; (pot. avec éraét. 4 décigrani.). e 23 il n’y a eu aucun effet primitif; 32 respirations, 96 pulations, le pouls est toujours mou, chaleur vive, la peau moins èche, crachats très visqueux, aérés, mais jaunâtres ; le point de ôté a beaucoup diminué. Au-dessous du mamelon, il n’y a que e la crépitation rare, latéralement, et en arrière jusqu’à i’éiiiine de l’omoplate, souffle bronchique très rude, mêlé partout de la crépitation fine, (4 décigrammes d’émétique, vésicatoire e 18 centimètres.)

Le 24 , même crépitation , point de côté presque nul, les phéomènes d’auscultation sont les mêmes qu’hier, 40 respirations, ffi pulsations très faibles, insomnie, faiblesse très grande; le laladc ayant voulu sc rendre au bassin est tombé, la tolérance

le -

'il»''

ruAriKMENT D£ LA l’NEUMONlE.

continue (même potion). Le 25 , mêmes crachats , état stationnaire des phénomènes d'auscultation ; 96 pulsations , 36 respirations, 1 vomissement, 8 selles, dont plusieurs ont eu heu involontairement dans le lit ; le malade a déliré cette nuit ; ce matin, il répond exactement, le faciès est un peu altéré, le point de côté a cessé j décubitus dorsal, expression d’une grande faiblesse, le vésicatoire est presque sec (même potion). Les 26 et 27, 36 respirations; pouls à 96, très mou et dépressible; chaleur vive , sèche , delirium continuel ; cependant le malade répond exactement à ce qu’on lui demande; céphalalgie frontale, langue sèche , tolérance complète , même état de l’auscultation, sous la clavicule droite et dans l’étendue de 4 travers de doigts, crépitation humide et grosse (même prescription).

Le 27, le faciès est pâle, altéré, les yeux abattus, chassieux; le malade divague , il parle sans cesse , ses propos sont incohérens , ne répond pas quand on l’interroge, il montre sa langue quand on la lui demande ; elle est sèche, luisante ; la soif est vive, il a bu 6 pots ; ventre souple, 2 selles involontaires, quelques soubresauts des tendons , prostration , apparence d’une grande faiblesse, le malade ne s’aide pas quand on le met à son séant, crachats 61ans, visqueux, d’un gris sale difl&cilenient rendus, même état de l’auscultation. (La dose de l'émétique est portée à 8 décigrammes ; 2 vésicatoires aux cuisses). Le 29, l’état général est pius grave qu’hier ; le malade est habituellement assoupi, les lèvres, les dents, la langue sont fuligineuses, la vessie est distendue par l’urine, je sms obligé de le sonder. Le pouls à 108 est excessivement petit et dépressible mais régulier ; la face est d’une pâleur livide, il y a des soubresauts, la chaleur est âcre. On prescrit au malade une potion gommeuse avec 4 grammes d’extrait mou de quinquina ; on continue la potion stibiée , mais on recommande d’alterner avec celle qui contient le quinquina et de mettre entre l’un et l’autre une intervalle d’une heure au moins. Lès le soir le malade est moins assoupi , il répond en partie à quelques unes de mes questions; on lui donne 96 grammes de vin de Bordeaux. Le 1®^ mai il y a eu 4 à 5 selles, liquides, involontaires ; la vessie n’est plus distendue, la langue est toujours sèche, noire, dure, tendillée à sa surface, les dents et les lèvressontencroutées ;pouls|10ü, dépressible, mêmes soubresauts ; le malade répond à quelques questions, il parle moins, même

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