‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 93 sur 103 · TRAITEMENT DES PNEUMONIES TYPHOÏDES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES PNEUMONIES TYPHOÏDES

hébétude, même prostration; l’auscultation faite rapidement ne laisse plus entendre de bruit morbide en arrière, il n’y a partout qu’absence de bruit respiratoire avec matité , parfois rhuhcus sonore , disséminé. On supprime la potion stibiée, et on prescrit 4 grammes d’extrait de kina, à prendre dans la journée avec quelques cuillerées de bouillon ; le soir 4 autres grammes de kina sont prescrits /avec 96 grammes de vin de Bordeaux. Les 2 et 3 l’état cesse de s’aggraver, il reste stationnaire ; on continue le même traitement ; le 4 le faciès est beaucoup moins altéré, la nuit a été paisible, le malade a dormi tranquillement le matin, il répond exactement à toutes les questions et n’a aucun souvenir de ce qui a eu lieu depuis 4 à 5 jours , la langue moins sèche est collante à la pointe ; ventre souple, 3 selles et urines toujours involontaires, il n’y a plus de soubresauts, la prostration est moins grande , chaleur vive, sèche, pouls à 100, crachats opaques; dans tous les points occupés par la pneumonie, on n’entend aucun bruit naturel ou morbide (même prescription et bouillon). Peu de changement jusqu’au 9; à cette époque les selles cessent d’être involontaires , la langue est humide , il n’a pas de soif, appétit ; pouls 80, petit, mais moins dépressible, intelligence parfaite , mouvemens assez libres, les symptômes cérébraux ont tout à fait cessé, (même potion;! petit potage). Le 12 , pouls à 72, faciès naturel, chaleur douce, halitueuse, pas de selles, urines volontaires , 'appétit. Le 13 on' donne le demi-quart; le 14 le malade commence à se lever, il est très faible, et a besoin d’un bras pour l’aider à marcher ; dans tous les points que la pneumonie a occupés, le son est obscur, il y a absence de respiration , parfois on entend çà et là quelques bulles de crépitation humide et grosse, et un peu de râle sibilant, la voix ne retentit pas, les forces reviennent lentement. Le malade ne quitte l’hôpital que le 6 juin, la convalescence n’a été entravée par aucun accident, la maigreur qui avait été considérable a presque cessé; le malade se sent assez fort pour pouvoir travailler , il tousse encore un peu , rejette quelques crachats opaques , l’expansion pulmonaire est parfaite dans tous les points de la poitrine, excepté dans le quart inférieur postérieur droit, où le bruit respiratoire est encore faible, et mêlé à quelques bulles de râle sous-crépitant; la sonoréilé y est aussi moins parfaite que du côté opposé.

TliAITliMKiNl' Uü I-A 1•^’LUMÜIVIE.

On vient de voir dans l’observation précédente, des accidens typhoïdes graves succéder à un état inflammatoire, auquel on avait opposé, dès le début, un traitement antiphlogistique, et ce fut lorsque l’impuissance de celui-ci fut bien démontrée , qu’on essaya les contre-stimulans avec tout aussi peu de succès. Enfin, les symptômes typhoïdes devinrent de plus en plus marqués, et menacèrent d’emporter le malade, la faiblesse était extrême , les fonctions cérébrales étaient perverties, il fallut alors oublier, pour le moment , la nature et le siège de l’affection première , pour ne songer qu’à remplir l’indication vitale, c’est-à-dire, s’occuper de ramener au plus tôt le principe de la vie qui était sur le point de s’éteindre ; le vin, le quinquina, qu’on administra remplirent complètement le but qu’on s’était proposé. Ce fait indique la règle de conduite à suivre ; en pareille circonstance, il ne faudrait pas hésiter à donner du vin et surtout le quinquina, ce dernier médicament a souvent rappelé à la vie des pneumoniques dont l’état était désespéré. C’est ce dont on peut se convaincre en consultant la pratique des auteurs anciens ; je dois dire pourtant que ces médecins abusaient trop souvent des toniques, et que trompés par une fausse adynamie, ils administraient le vin et le kina, dans des cas où ils auraient du. peut-être saigner largement. Maison a vu quelquefois, sous l’influence de certaines constitutions médicales ou dans quelques épidémies, toutes les pneumonies s’aggraver par les e'missions sanguines, et exiger presque dès leur début l’emploi d’un traitement tonique ; c’est ce que Laënnec a souvent observe dans l’epidémie de 1814; on en trouvera aussi de nombreux exemples dans l’ancien journal de médecine. Enfin , il parait que ce fait s’est reproduit fréquemment en Allemagne, à la fin du dernier siècle , et c’est peut-être à cette constitution me'dicale, que le système de Brown a dû une partie de sa vogue dans ce pays.

Dans les hospices de vieillards, on a de fréquentes occasions de reconnaître 1 heureuse influence des toniques , pour combattie les symptômes adynamiques qui compliquent souvent les pneumonies des personnes âgées. SuivantMM. Hourmann et Decliambi e, il serait souvent utile chez les viellards d’employer, concuriemment avec les émissions sanguines, les toniques légers ou même quelques stimulans diffusibles, tels que le malaga elles

irtAlTKV.F.NT nr.S pneumonies TYPHO'iDE.S. 725

potions campliiées, métlicamens quisoutiennent les forces, sans nuire aux effets des saignées auxquelles ils permettent ainsi de revenir (1).

Pour combattre l’état adynamique je n’ai parlé que du vin et du quinquina, ce sont en effet, le second surtout, les substances sur lesquelles il faut le plus se fier; cependant on pourra donner aussi dans le même but, le polygala, les sels ammoniacaux, les cordiaux aromatiques, tels que la mélisse, l’angélique, la canelle, etc.

Dans le fait que j’ai rapporté en dernier lieu, on a vu des symptômes ataxiques graves (délire , soubresauts des tendons) coexister avec l’état adynamique ; cependant on n’a dirigé contre eux aucune méditation spéciale , pour ne s’occuper que de l’adymanie ; c’est en effet de cette manière qu’il convient d’agir dans les cas semblables. Toutes les fois que l’ataxie est accompagnéedesymptômes adjnamiques, ceux-ci révèlent le traitement à suivre, et réclament l’emploi des toniques. Si au contraire l’état ataxique existe avec des symptômes franchement inflammatoires, les saignées générales et locales sont indiquées. Enfin, lorsque l’ataxie est le phénomène prédominant , lorsque lesautres symptômes concomitans ne se rapportent franchement, ni à un état adynamique, ni à un état inflammatoire bien prononcé , il faudrait alors tenter l’emploi du musc à haute dose , en suivant les règles c|ue j’ai déjà tracées.

J’ai rapporté précédemment deux observations de pneumonies bilieuses, qui s'accompagnaient en même temps d’un état typhoïde commençant, lequel s’était aggravé une fois sous l’influence de saignées immodérées. Lorsque des faits pareils se présentent dans la pratique, l’état gastrique ou bilieux révèle quel est le caractère du mal , et le mode de traitement qu’il faut adopter. Dans ce cas, en effet , l’état adynamique n’est souvent qu’accessoire ; il est sous la dépendance de l’état bilieux, il se dissipe par les moyens qu’on dirige contre celui-ci , ou s’il persiste , il est peut-être alors plus facilement attaquable par les toniques.

(1) Ârch., scrie, t. XII, p. 189,

TRAITEMTÎNT DF, LA PJWEÜMONIF,

§ Illi Traitement des pneumonies intermittentes et rémittentes.

Dans les cas où la pneumonie se montrant avec des symptômes francliement intermittens , présenterait une apyrexie plus ou moins longue , nul doute qu’en administrant d’emblée le sulfate de quinine , on ne parvînt à prévenir ou à modérer l’accès qui doit suivre. Mais, si la fièvre est rémittente, si, par suite de* la reproduction des accès, le poumon est le siège d’une altération déjà profonde , convient-il de diriger contre elle un traitement antiphlogistique , avant de songer à l’emploi des antipériodiques ? Si on consulte quelle était sur ce point la pratique des médecins les plus célèbres du dernier siècle, on voit que la plupart coiaseillent de faire des saignées plus ou moins copieuses, avant l’administration du quinquina. Ainsi , Strack (I ), Morton C2), Sénac (3), Lautter (4), Jean-Pierre Frank (5), faisaient généralement à leurs malades une ou deux saignées du bras, avant de leur donner le quinquina. J. Frank croit que par cette pratique, l’écorce duPérou agit plus sûrement contre la maladie (6) ; Michel Sarcone (7) a aussi prétendu que l’unique salut des malades était placé dans les amples saignées, pratiquées dans la vigueur du paroxysme, afin de disposer l’économie à recevoir sans trouble le remède antipériodique. Les médecins modernes ont généralement adopté cette pratique. Ainsi , dans l’épidémie du canton d’Aubin , le docteur Grifoulière employait , dès le début , une ou plusieurs évacuations sanguines, en général modérées, attendu que les malades supportaient mal les saignées très copieuses ; en les faisant, M. Grifoulière se proposait de combattre la phlegmasie locale , et tâchait d’obtenir par là un peu de rémission; il avoue pourtant que quelques malades guérirent sans perdre do sang (8).

(\) Obs. med. defebr. bit. Ticini, t792.

(2) Oper. med. V. I. Cap. XI. p. «.-î. Hist. XXI.

(s) De recordUafeb. int. et remit, cap. tS. p. .S93. Genève, 1769.

(Ji) Hist. med. jiiorb., 196.

[ti') Interp. clin. obs. Tubingue, 181î.

(6) Praxeos medicœ, Vol. 2. par 2., p. 596.

(7) Maladies de IVaplcs,, t. I, p. 208.

(s) Jlièse de 1SS2, n° 91i,

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