‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 94 sur 103 · TRAITEMENT DES PNEUMONIES INTERMITTENTES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES PNEUMONIES INTERMITTENTES

N’ayant recueilli aucune série de faits de pneumonies intermittentes , je devrais peut-être m’abstenir de donner ici une opinion ; cependant en ayant égard à la marche de la maladie et en se rappelant la ligne de conduite qu’on a adoptée comme la meilleure dans les autres fièvres pernicieuses . je dirai que l’ad* ministration du fébrifuge me semble l’indication principale , celle qui doit dominer toutes les autres. Il faut se rappeler en effet, que l’altération des poumons est souvent en rapport avec le nombre et la durée des accès fébriles ou des paroxysmes ; c’est donc à les faire cesser , à les éloigner ou à les rendre moins longs, que doivent tendre tous les efforts du praticien. Il faut donc administrer de suite, même pendant la durée de l’accès, le sulfate de quinine à la dose de 12 , 18, 20 ou 30 décigrammes, que l’on administrera par la bouche et en lavemens. Je crois que si les auteurs , et M, Grifoulière en particulier , avaient administré le sulfate de quinine plus hardiment qu’ils n’ont fait, si, trop préoccupés des souffrances de l’estomac, ils avaient administré plus souvent le médicament par la bouche, au lieu de le donner en lavemens , je suis convaincu que leurs succès auraient été plus prompts et plus nombreux. Si l’on est assez heureux pour faire cesser l’élément intermittent , il pourra rester encore un mouvement fébrile continu , entretenu par l’altération inflammatoire du poumon, et proportionné à son étendue et à son degré, on dirigera alors vers elle la médication antiphlogistique ou contre- stimulante , suivant l’état du pouls et des forces, ainsi que la constitution régnante.

Cependant, les évacuations sanguines générales et locales me paraissent être indiquées concurremment avec l’emploi du sulfate de quinine, lorsque les malades éprouvent pendant l’accès une grande oppression , lorsrpie la douleur de côté est vive et que la réaction fébrile est portée à un très haut degré d’intensité. Laënnec a donné le même conseil ; il dit en effet, que si le médecin est appelé au milieu d’un accès , il peut être nécessaire de tirer du sang, afin d’éviter une suffocation imminente, mais il faut prendre garde de passer le but et d’abattre en pure perte les forces du malade. Il ne faut pas perdre de vue, dit Laënnec, que la saignée ne peut guérir une maladie dont la cause reprendra, malgré elle, une activité nouvelle au bout de quelques heures, et que l’cxpérienee a décidé depuis longtemps, que le

72S traitement de i,a pneumonie.

quinquina c.st le seul remède eflicace contre cette affection (1). Cependant toute pneumonie qui surviendra dans le cours ou à la suite d’une fièvre intermittente, ne devra pas être traitée nécessairement par le'sulfate de quinine, comme je l’ai entendu dire, mais cessera une raison pour rechercher avec le plus grand soin, s’il n’y pas mi élément intermittent qui nécessiterait l’emploi des antipériodiques.

Je ne m’étendrai pas sur le traitement des pneumonies grippales, car on peut leur appliquer tout ce que je viens de dire des pneumonies typhoïdes. La dernière épidémie de 1857 a prouvé que la forme adynamique avait été fréquente, et on peut lire, dans le mémoire de M. Nonat, les bons effets qu’on a obtenus de l’emploi des toniques. D’ailleurs, à part ces cas, le traitement des pneumonies grippales n’a pas été sensiblement différent de celui des pneumonies ordinaires; il fallait seulement éviter d’insister autant sur les émissions sanguines, qui étaient plus mal supportées, et recourir plus promptement aux préparations antimoniales.

Je n’ai rien à indiquer de bien particulier sur le traitement des autres formes de pneumonie que nous avons admises précédemment. Je dirai pourtant que les pneumonies traumatiques qui succèdent à la présence d’un corps vulnérant, peuvent devenir la cause d’une indication nouvelle, lorsque, par exemple, le corps étranger tend à s’échapper , au moyen d’un abcès , à travers les parois thoraciques ; il importe, dans ces cas, de surveiller attentivement le malade, et de donner issue à la suppuration, dès que la fluctuation est distinctement perçue.

\ . RTICLE X.

Traitement des phénomènes consécutifs.

Je n’ai point à m’occuper des phénomènes consécutifs qui sont communs à toutes les maladies aiguës graves , telles que Tœdèmo des extrémités, la débilité d’une fonction isolée ou de tout l’organisme. Je ne dois parler ici que de ce qui est spécial à la maladie dont je traite.

i; Nous avons remarqué précédemment, qu’il n’était pas rare de

(l) /iuxcill., I. T, ]>. .lîM).

traitement nES phénomènes consécutifs. 729

voir la douleur de côté persister opiniâtrement pendant la convalescence, ou bien se réveiller assez vive après la guérison apparente de la maladie , et lorsque déjà les malades avaient quitté l’hôpital. On a conseillé, dans ces cas, les emplâtres opiacés ou recouverts d’huile de jusquiame , ou d’onguent de guimauve et de camphre (J. Frank), Mais ces moyens me paraissent impuissans dans le plus grand nombre des cas, et pour peu que la douleur soit vive, il faut recourir à l’application d’une ou plusieurs ventouses scarifiées ; si ce premier moyen échoue, on mettra sur le siège de la douleur un vésicatoire, dont on entretiendra la suppuration pendant plusieurs jours , et qu’on pourra panser avec 1 ou 2 centigrammes de sel de morphine. Jusqu’à présent, je n’ai pas vu la douleur résister à cet ensemble de moyens.

J’ai vu quelques médecins être très préoccupés des phénomènes d’auscultation qui persistaient longtemps après la guérison apparente de la maladie. Il en est qui promènent plusieurs fois des vésicatoires volans sur la poitrine ; j’en ai vu d’autres recourir à des exutoires plus énergiques, dans le but d’accélérer la résolution de l’engorgement pulmonaire; mais ces moyens me semblent être pour le moins inutiles. Lorsqu’on voit l’appétit et les forces revenir, la toux cesser, les individus reprendre les apparences d’une santé parfaite , il ne faut nullement se préoccuper d’un peu de faiblesse du bruit respiratoire, ou d’une expiration prolongée , ou d’un peu de râle sous-crépitant, ou bien encore d’un léger retentissement de la voix, qui persistent dans les points du poumon que la pneumonie a envahis. Les vésicatoires que j’ai vu appliquer dans ces cas , des purgatifs répétés que j’ai donnés moi-même , ne m’ont paru avoir aucun effet évident pour rendre au poumon sa perméabilité. Il n’en serait plus de même si les phénomènes d’auscultation s’accompagnaient d’amaigrissement , de fièvre hectique et de sueurs nocturnes. Mais dans ces cas on devrait soupçonner la présence de tubercules, et il n’est pas prouvé que des exutoires sur la poitrine fussent alors d’un grand avantage ; peut-être devrait-on espérer davantage du régime et des autres moyens hygiéniques qui peuvent en effet enrayer ou suspendre quclcjuefois la marche d’une phthisie commençante.

Lorsque le malade éprouve une rechute , il faudra revenir de

TRAITEMENT DE I.A PNF.UMONIR.

nouveau à un traitement plus ou moins actif ; on donnera toujours la préférence à celui qui a réussi une première fois ; mais il faut se rappeler que le plus souvent on ne peut pas employer le traitement débilitant avec la même énergie et la même persistance que pour la première attaque. Chez un tiers environ des individus qui ont éprouvé une rechute, il a suffi de prescrire la diète, l’usage des boissons pectorales et un laxatif doux, pour voir cesser en peu de jours les accid^ns inflammatoires ; il sera prudent d’en agir ainsi toutes les fois que les symptômes ne présenteront aucune gravité , et lorsque surtout l’appareil fébrile sera peu considérable.

ARTICLE XL

Traitement des pneumonies conse'cutives.

Le traitement des pneumonies consécutives est l’un des points les plus difficiles de la médecine pratique. Si on se rappelle les maladies diverses que la pneuinonie vient compliquer, les conditions humorales et dynamiques , dans lesquelles se trouvent les individus qu’elle affecte , on concevra combien la conduite du médecin est difficile à tracer. Dans ces cas, en effet, où des indications opposées se présentent si souvent, le médecin a besoin d’un tact très exercé pour pouvoir apprécier la valeur relative des indications contraires, pour déterminer quelles sont celles qui sont le plus urgentes, afin d’y obéir dans de justes limites, de manière à ce que les moyens thérapeutiques qu’on emploie, soient utiles à l’un des états morbides sans nuire beaucoup à l’autre, ou du moins pour que les inconvéniens qu’ils peuvent avoir sous un rapport, soient compensés de l’autre par des avantages beaucoup plus grands. En voyant toutes ces difficultés, dont on ne peut d’ailleurs se faire une juste idée qu’après les avoir éprouvées soi-même , le lecteur comprendra que je ne puisse espérer de lui txacer des règles un peu précises pour la conduite à tenir dans les cas dont je parle. Je vais donc lui exposer seulement tout ce que l’étude des faits a pu m’apprendre, laissant à de plus expérimentés le soin de compléter un tableau que je ne puis moi-même qu’esquisser.

Je n’ai point à m’occuper ici de ces pneumonies qui surviennent dans le cours des maladies bénignes, je ne dirai rien

traitement rrs pneumonies consécutives.

! on plus de celles qui affectent des individus déjà atteints d’une i ialadie aiguë fianchement inflammatoire , et dont les forces 1 e sont point encore prostrées ; car dans le premier cas la pneu- ■ .lonie diffère à peine de celles qui sont primitives, et, dans le second, le même traitement combattra avec un égal succès la laladie première et la pneumonie. On devra seulement insister ' eut-être davantage sur les antijMilogistique^ , en ayant égard Dutefois à toutes les circonstances que j’ai indiquées précédemment, comme devant modifier le traitement des pneumonies. Je 1 e dois m’occuper dans cet article, que de ces pneumonies consécutives, les seules d’ailleurs que j’ai étudiées dans cet ouvrage,, !t qui, survenant dans un état déjà grave de l’économie, doivent nodifier le ti-aitement comme nous les avons vues précédemment nodifier le pronostic et la physionomie symptomatique.

I Dans les pneumonies consécutives dont je parle ici, rappeoons-nous qu’il existe généralement deux conditions organiques i médominantes, savoir: dans beaucoup de cas, une altération pro- I /onde dans la composition des liquides, dans d’autres, c’est une 1 iutteinte à la vitalité au principe dynamique, à cette force occulte,

: mais si manifeste par ses effets , qui seule résiste aux agens des- I rructeurs qui nous assiègent de toutes parts. Nous savons que I forsqu’une pblegmasie grave des poumons survient dans ces I iirconstances , elle a pour résultat constant d’aggraver l’état I ) néexistant , et comme effet ordinaire, le développement des ! ymptômes adynamiqnes et ataxiques qui , comme nous le sa- I ons déjà , exigent une thérapeutique spéciale. Ce sont ces acci- I lens nouveaux qu’il faut prévoir, ou que du moins on devra j orendre garde d’aggraver par un traitement intempestif.

C’est dans ce but qu’il convient employer avec plus de réserve t de circonspection les moyens débililans , et surtout les émislions sanguines. Le simple bon sens à défaut de connaissances oratiqucs, nous dit en effet, que nous ne devrons pas saigner de a même manière un individu vigoureux et un sujet épuisé par urne maladie déjà ancienne. Je ne chercherai pas à justifier cette opinion, car c’est une de ces vérités qui n’ont pas besoin de démonstration, et qui ne peut être contestée que par quelquesi iins de ces empiriques peu perfectibles par nature , et auxquels i non livre ne saurait s’adresser.

Ouelle que soit l’affection première que la pneumonie vient

TRAITEMENT DE EA l'NEDMONIE.

compliquer, je ne défends pas d’une manière aI)solue une médecine agissante i mais je veux que l’énergie avec laquelle celle-ci sera emploj^ée soit en rapport, non-seulement avec 1 état actuel des forces et avec la nature de la maladie première, mais encore avec la durée que celle-ci doit avoir ; car il ne faudrait pas, sous prétexte de guérir la pneumonie, employer un traitement si énergique,que vous enlèveriez ensuite à l’organisme trop affaibli la possibilité de conduire à bonne fin l’affection préexistante.

Parmi les moyens thérapeutiques qu’on peut opposer avec plus ou moins de succès aux pneumonies, il faut choisir ceux qui affaiblissent le moins et qui soulagent le plus vite. A ce double titre on peut dire, d’une manière générale, que les préparations antimoniales seront plus appropriées à la maladie que les saignées générales. Mais remarquez bien que je ne proscris pas tout à fait la saignée j je prétends seulement en restreindre l’usage à quelques cas particuliers, et je veux avant tout, qu’on ne l’emploie jamais qu’avec la plus grande modération. Entrons à ce sujet dans quelques détails.

Supposons qu’une pneumonie affecte un individu atteint déjà de rougeole, de scarlatine, de fièvre typhoïde, etc.; si la phlegmasie intercurrente survient dans la première période des maladies que je viens de nommer , avant c|ue les forces aient été prostrées, si le pouls offre de la résistance et un certain volume, il faut sans hésiter recourir à la saignée générale et locale, mais il faut prendre garde ici de s’en laisser imposer par l’appareil inflammatoire , et de trop insister sur le traitement antiphlogistique, car il arrive fréquemment, que, du jour au lendemain, 1 adynamie succède à l’état inflammatoire; c’est ce que j’ai vu entre autres , sur deux rubeoleux chez lesquels une saignée de fiOO grammes fut suivie d’un état de collapsus, dont les malades ne purent se relever. La prudence exige donc qu’on ne fasse que des saignées modérées, c’est-à-dire entre 312 et 375 gramm. (10 à 12 onces), et qu’on n’en pratique de nouvelle qu’autant que la première aura été tolérée. Dès que le pouls aura perdu sa dureté, il faudra recourir sans délai à l’emploi de la méthode contre-stimulante. Au contraire, lorsque, dès le début de la pneumonie , le pouls est petit et faible , lorsque les symptômes d adynamie sont déjà marqués , il me paraît imprudent de recourir aux omissions sanguines, même locales ; six imlividns

TRAlTi.MliJVr JDliS l’iNEUMONlfiS CONSÉCUTIVES. 733

atteints de fièvre typhoïde, que j’ai vu saigner dans ces conditions, ont tous succombé rapidement, et la perte de sang a eu certainement pour résultat d’accéle'rer le terme fatal. Ce que je viens de dire est applicable à toutes les pneumonies consécutives •, cependant, pour être moins incomplet, je vais rechercher si le traitement ne présente pas quelque chose de spécial, suivant la nature de la maladie primitive.

C’est lorsque la pneumonie survient à une période avancée d’une fièvre typhoïde , que les praticiens se trouvent dans le plus grand embarras, car ils ont alors un e'tat général qui réclame une médication tonique, et une affection locale à laquelle ils croient ne pouvoir opposer que les antiphlogistiques et les débilitans. Dans ces cas, la plupart des médecins, même les plus habiles , se croient presque obligés à saigner, et ne mettraient-ils qu’une ventouse ou deux sangsues , du moment qu’ils ont tiré quelques grammes de sang, ils semblent avoir rempli un devoir, et leur conscience est tranquille. Certes , je n’ai pas par devers moi une expérience suffisante pour oser déverser un blâme quelconque sur une pareille conduite, mais tout ce que je puis dire, c’est que je ne l’ai jamais vue couronnée de succès, et je crois qu’il faudrait suivre désormais un autre mode de traitement. Voici ce que j’ai fait chez 3 malades que j’ai traités moi-même.

La pneumonie étant survenue à une période avancée de l’affection typhoïde, la prostration était gi’ande ; il existait des phénomènes nerveux , tels que délire (deux fois) , soubresauts des tendons (une fois) , le pouls était fréquent (116 à 120) , petit , dépressible , cependant , sans encourager à la saignée , il ne semblait pas l’exclure tout à fait, et je suis convaincu que les dix-neuf vingtièmes des médecins auraient, dans ce cas , pratiqué au moins une saignée générale ou locale , et couvert le thorax d’un large vésicatoire. Peu satisfait de ce que j’avais vu jusqu’alors, j’ai suivi une autre marche; je considérai la pneumonie comme une lésion secondaire qui devait aggraver le pronostic, sans modifier le traitement ; je m’occupai donc uniquement de l’état général, sans me préoccuper de la complication ; je continuai les jiurgatifs et les tonicjues ; j’augmentai la dose de ces derniers à mesure que la prostration faisait de nouveaux progrès, et je fus assez heureux pour voir deux des malades se rétablir.

Je ne prétends rien conclure d’absolu d’uii si petit nombre

7^4 tkaixement de la pneumonie»

de faits ; cependant, ils ne devront pas être perdus pour notre instruction ; car ils démontrent qu’il peut y avoir quelquefois ' avantage à négliger l’altération locale pour ne s’occuper que de l’état général. D’ailleurs , ce fait ne nous doit point surprendre, puisque nous avons vu précédemment, que même dans les pneumonies primitives qui revêtent la forme typhoide, il y a

souvent intérêt à agir de même.

Dans les cas où la force du pouls permettrait encore de recôurir aux émissions sanguines, il y aurait peut-être intérêt à leur préférer les préparations antimoniales, toutefois j’émets cette opinion avec doute, attendu que je n’ai aucun fait pour la justifier. Ce que je dis prouve que je ne partage pas les préventions de quelques médecins habiles, et entre autres, celles de M. le professeur Forget de Strasbourg, qui regarde les antimoniaux et notamment le kermès et le soufre doré d’antimoine comme contre-indiqués dans les pneumonies qui compliquent les fièvres graves, à cause de la diarrhée, des nausées et desaulres accidensgastriques qui pourraient être exaspérés (1)< Mais les avantages qu'on retire de la méthode évacuante dans le traitement des fièvres graves, doit, je pense, nous rassurer sur les dangers qu’on attribue à l’administration des antimoniaux.

Ce que je viens de dire du traitement des pneumonies consécutives aux maladies aiguës, s’ajiplique aussi à celles qui se déclarent daîis le cours des affections chroniques. Il faut encore ici être presque toujours sobre de saignées, souvent même il faut s’en abstenir tout à fait , pour recourir à l’emploi des médicatnens contre-stimuians. C’est peut-être ce qu'il conviendrait de faire généralement, dans les pneumonies consécutives à la maladie de Bright, puisque.lesfi malades que j’ai vus traités par la saignée et les vésicatoires, sont morts. J’administrai à un autre l’émétique à haute dose , sans saignées préalables , mais la maladiese termina également d’une manière funeste; toutefois, dans ce cas, je ne vis pas se développer au même degré les symptômes typhoïdes et ataxiques que je notai chez les autres ; la mort fut moins rapide, et il y eut momentanément une amélioration qui m avait d’abord donné quelque espoir. M. Rayer, qui est un si bon juge en pareille matière, dit aussi que des émissions .sanguines ne sont guère utiles, et que dans les cas dont je parle.

(1) Tl ailé de l'enlérilv folUculeiise, Paris, I S41 , p. 838.

TRAirKMENX DES PJSEÜMONIES CONSÉCUTIVES. 735

on ne peut espérer que dans Feinploi des antimoniaux 'd).

Quanta la pneumonie qui affecte les sujets tuberculeux, je ne dirai rien de celle qui survient à une période très avancée, car la complication a été méconnue ou bien on n’a fait aucun traitement; mais je veux dire un mot seulement de ces pneumonies qui surviennent chez des phthisiques qui ne sont encore parvenus qu’au premier ou au deuxième degré, et dont j’ai recueilli dix observations. La moitié fut traitée par les antiphlogistiques et les révulsifs; chez l’autre moitié on employa les émissions sanguines avec plus de modération, car on ne fit qu’une saignée générale ou locale, ét on eut recours aussitôt aux préparations antimoniales qui produisirent un soulagement rapide. La convalescence commença trois jours avant ceux du premier groupe, quoiquela maladie fût généralement plus grave chezeux, et les forces se rétablirent aussi beaucoup plus vite. Je n’observai pas de diarrhée consécutive. Dans le traitement des pneumonies des phthisiques nous devons encore rappeler, que lorsque les intestins participent à l’affection tuberculeuse, ce qu’on doit soupçonner, lorsqu’une diarrhée existe depuis longtemps, il est prudent de ne pas donner l’émétique, il faut plutôt lui préférer le kermès ou l’oxide blanc, puisque M. Trousseau a vu des accidens graves résulter de l’emploi du tartre stibié chez des individus qui étaient affectés de diarrhée chronique. Mais je pense qu’on ne doit pas hésitèr à donner l’émétique lorsque rien encore n’indique quelque lésion grave du côté des organes digestifs.

Le traitement des pneumonies qui surviennent dans le cours des maladies organiques du cœur diffère à peine du traitement des pneumonies ordinaires, c’est ce que j’ai eu occasion d’observer sur six individus; toutefois je ne prétends parler ici que des cas dans lesquels la maladie du cœur n’est pas encore très avancée, car lorsque les sujets sont infiltrés, ascitiques, très essoufflés nous avons vu que tout traitement de venait à peu près inutile , car il succombaient presque tous. Je dois pourtant à ce sujet examiner la valeur d’une pratique adoptée par Laénnec. On sait que ce grand médecin ne faisait guère qu’une saignée de 250 à 500 grammes avant d’administrer l’émétique ; cependant lorsque les malades étaient attaqués de maladies du cœur, il faisait réitérer la saignée (2). Je ne suis pas encore convaincu de

(1) Traité des Mal. des reins, Paris, 1840, t. U, p, 293.

^•^(3 ' TKUiEMEN’l' bB LA l’WHjiMOKlE.

la n/Mssité qu’il y a à être plus prodigue de la saignée, dans les ca/de maladies organiques du cœur, que chez les sujets bien ^rtans, toutefois je dois convenir que de tous les individus at- /teints de maladies chroniques, ceux qui ont une affection du cœur, ^ sont ceux qui peuvent le mieux supporter les é^dssions sanguines, mais il faut prendre garde de passer de justes limites etde trop ins ister sur ce moyen : le pouls, qui ordinairement nous dirige sur le moment le plus opportun pour administrer l’émétique, pourrait nous induire en erreur dans le cas dont je parle, car il arrive que , dans beaucoup d’hypertrophies du cœur , le pouls conserve de la dureté, de la résistance, même pendant l’agonie; il faut donc, pour de'terminer si on a retiré une suffisante quantité de sang, avoir moins d’égard aux qualités du pouls qu’à l’état général du sujet, à ses forces, à l’influence exercée par les premières pertes de sang.

En résumé, on voit que le traitement des pneumonies consécutives, repose sur les mêmes principes que celui des pneumonies primitives. Comme pour ces dernières les saignées peuvent être utiles, mais instruit delà tendance qu'a la phlegmonie des poumons à se compliquer d’accidens adynamiques, on devra être plus sobre dans les émissions saiguines ; on devra en modérer l’emploi et les remplacer le plus tôt possible par les antimoniaux si nulle complication n’en contre-indique l’usage. Les moyens adjuvans et hygiéniques seront les mêmes que pour les pneumonies primitives; je ne dirai rien de l’usage du vésicatoire qui me paraît avoir tout aussi peu d’effets dans les cas de pneumonies consécutives que dans celles qui sont primitives.

D’après ce qui précède, on a vu que je ne conseille aucune méthode exclusive, et que le choix du mode de traitement devra être déterminé d’après l’état des forces et du pouls, ainsi que d’après la nature de la maladie primitive. Les saignées sont utiles sans contredit dansquelques cas, mais leur utilité m’a paru encore plus restreinte que pour les pneumonies primitives. Les préparations antimoniales ont eu, au contraire, un effet plus rapide et plus certain. Je pense qu’on pourra guérir un plus grand nombre de pneumonies secondaires , lorsqu’on osera appliquer généralement à ces derniers la méthode contre-stimulante , et lorsqu’on ne fera de saignée qu’autant que celle-ci sera formelle-

IKAllEMENT DES l’NtllMümiiS CO>SÉOLTiVES. 737

meut exigée. Il laut que l’état du pouls et des forces indique la saignée comme nécessaire pour qu’on se décide à la faire ; si la saignée n’est que -possible, on devra s’en abstenir. Ce que je viens de dire est non-seulement vrai pour l’adulte et le vieillard, mais il l’est encore à plus forte raison pour les enfans. Il résulte en effet d’un travail de M. le docteur Becquerel (1), que les émissions sanguines, employées d’ailleurs assez modérément, dans les pneumonies secondaires du jeune âge, eurent pour résultat de débiliter l’organisme et d’accélérer la terminaison fatale de la maladie. MM. Rilliet et Barthez sont arrivés aux mêmes résultats (2). Ils regardent l’emploi des saignées dans les pneumonies compliquées de l’enfance, comme n’empêchant presque jamais la terminaison fatale ; leur influence leur a paru également nulle sur la marche de la maladie. Aussi MM. Rilliet et Barthez proscrivent l’emploi des émissions sanguines dans le traitement des pneumonies secondaires de l’enfance, et ils leur préfèrent le tartre stibié avec lequel ils ont obtenu des succès que les saignées n’avaient pu leur donner. Dans les cas où quelque lésion intestinale contre-indique l’emploi de l’émétique, on peut remplacer avantageusement cette préparation par le kermès.

Je n’ai parlé jusqu’à présent que de ces pneumonies qui surviennentdans le cours d’une maladie grave, mais curable, ou de celles qui viennent compliquer une affection incurable , mais assez peu avancée pour permettre au malade de vivre encore quelque temps. Mais quel traitement opposer à ces pneumonies qui se déclarent dans la dernière période des maladies aiguës et chroniques, lorsque déjà on a perdu tout espoir de conserver les malades, et qui semblent se déclarer ici pour abréger des souffrances qu’on ne peut soulager. Je crois qu’en pareille circonstance, on ne doit employer aucun moyen actif, de peur d’accélérer le moment fatab ni aucun remède douloureux aûn de pas ajouter aux angoisses des derniers instans. Dans ces circonstances si pénibles pour nous, où notre art devenu inutile, ne peut pas même soulager, nous devons nous abstenir, et notre seul devoir consiste à respecter l’agonie des malades; on peut bien alors ordonner des remèdes insignifians

(1) Arch. de méd., série, t. IV.

(2) Loc, cil, p, <28 et <4 5,

’inAllEiMENT J)E LA PNEUMONIE.

pour calmer le moral du patient, et pour la satisfaction de ceux qui l’entourent; mais il faudra toujours s’abstenir des moyens douloureux, et ne passe faire l’instrument aveugle de ces amis peu éclairés, qui dans un but louable d’ailleurs, veulent qu’on applique à des moribonds les remèdes les plus violens. Un médecin probe n’obéira jamais à de pareilles exigences.

ARTICLE XU.

Conclusion generale sur le traitement de la pneumonie et sur la

mortalité.

D’après les nombreux détails dans lesquels je viens d’entrer, le lecteur a pu se convaincre, que le traitement de la pneumonie variait suivant une foule de circonstances individuelles et extérieures, qu’il n’y avait aucune méthode qui fût applicable à tous les cas, et qu’on ne pouvait déterminer d’avance,ni le choix du remède, ni surtout les hmites dans lesquelles on devait l’employer. Nous nous sommes convaincus, que quoique l’altération matérielle qui constitue la pneumonie anatomiquement , fût toujours identiquement la même , cependant la physionomie extérieure ou symptomatique de la maladie , pouvait être très différente, et devenir secondairement la source d’indications positives, auxquelles un médecin habile devait se hâter d’obéir. Nous avons prouvé que quelquefois , surtout sous l’influence de certaines constitutions médicales ou dans les temps d’épidémies, l’homme de l’art devait moins se préoccuper de la nature inflammatoire de la maladie, qui semble réclamer l’emploi des antiphlogistiques , que de certains phénomènes sympathiques du côté des organes digestifs, ou du système nerveux, qui impriment à la maladie un cachet particulier, je dirai presque une autre nature, réclamant une médication spéciale, et ce n’est qu’en combattant l’élément nouveau, accessoire, mais qui prédomine alors , qu’on parvient à conduire la maladie vers une heureuse solution. C’est ce que nous avons remarqué en particulier, pour les pneumonies bilieuses et typhoïdes ; et l’on a vu une nouvelle preuve de la nécessité qu’il y a, en médecine pratique, de ne pas considérer comme identi- ({ues, et de traiter toujours par les mêmes moyens, des maladies , dans lesquelles les seules altérations visibles sont des lésions semblables sous le rapport anatomique. C’est l’état général qui doit être la source des principales indications, et c’est

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