‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens âges, et dans ses rapports, avec les autres maladies aiguës et chroniquesChapitre 21 sur 76 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

S I". — Prodromes des pneumonies prinuiives,

La pneumonie débute tantôt tout-à-coup , surprenant individu au milieu de la santé la plus parfaite. D'autres fois au contraire elle est précédée pendant un temps plus on moins long par divers troubles fonctionnels qui constituent alors les prodromes de la maladie. J'ai recherché avec le plus grand soin y chez la plupart de mes malades , si l'inflammation pulmonaire avait été précédée de quelque phénomène préç^seur. J'y suis aisément parvenu en les inten*6geant en particulier sur chacune de leurs fonctions dans les jours qui avaient précédé l'invasion des symptômes camctéristiques ou du moins des symptômes qui avaient été assez intenses ou assez graves pour fixer leur attention. Cest ainsi que je leur ai demandé des détails siv leurs sensations intérieui*es , sur les douleurs qu'ik avaient pu éprouver, sur l'appéiit, la soif ,1a facilité des digestions, sur l'état des forces, etc. La plupart des malades en efiet , interrogés sur Pépoque où leur affection a commencé, ont assigné généralement comme en étant le début, l'instant où

0) ArchWcs, V »^ric, t. XII, p. 2S. ^'

F&QDROMES DE LA PNEUMONIE. k

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une doiiletir vive s'était fait sentir au côté^ ou bieii le moment où la fièvre s'était allumée, le moment encore' où ik avaient cessé de pouvoir travailler , négligeant tout-à-fait de parler des petits malaises qui avaient précédé et préparé le développement des symptômes principaux. C'est parce que les médecins se contentent des premières réponses des malades , qu'ils ont négligé généralement , surtout dans l'histoire de la ^pneumonie, l'étude des phénomènes prodromiques. Cependant cette connaissance est importante pour l'étiologie et le pronostic ; elle est indispensable surtout pour fixer exactement la durée de la maladie. En procédant comme je l'ai indiqué plus haut, je me suis convaincu que de seiee à smxante-dix ans on observe des symptômes précui^eurs chez près du quart des individus qui sont affectés de pneumonie. Je les ai en effet constatés chez 50 des 205 individus que j'ai interrogés sous ce rapport. La proportion est restée à peu poèâ la même pour chacune des années 1836, 37 et 40. C'est de 50 à 60 ans et de 30 à 40 que j'ai rencontré le plus grand nombre de pneumonies ayant offert des phénomènes prodromiques. Ceuxci ont consisté chez 28 malades en un malaise général avec ou sans perte de l'appétit , des forces , paresse , torpeur, lombago , sensibihté très grande au froid extérieur ; chez deux malades, niouvemens fébriles irréguliers ; ces accidens n'avaient jamais empêché les individus de se livrer à leurs occupations. Dana quelques cas j'observai pendant 4 jours un mouvement fébrile intense , sans que j'aie pu découvrir du côté d'aucun oi^^e, et surtout du côté des poumons , aucune lésion capable de l'expliquer. Ce ne fut qu'à la fin de plusieurs jours qu'un point de côté survint ; la toux succéda bientôt ; enfin je constatai une pneumonie, parfaitement caractérisée par les crachats et par les phénomènes stéthoscopiques. M. Andral (1) a observé plusieurs cas semblables ; il n'y a alors, dit ce savant professeur, aor cun travail inflammatoire local bien dessiné , ^is partout il y a tendance à sa production, et pour peu que cet état se prolonge, on verra naître diverses phlegmasies suivant les pn^diapositions individuelles et la susceptibiUté variable des organes. M. Briquet a eu occasion d'observer des faits analogues. Ainsi» il

(l) Clin, t. Ifl, p. 476, 4«s(<rie.

PEODBOMES DB LA «NlUMONif. Ig'/

est Trai dédire que dans qudq[iies cas fort rares , la fièrre pré* cède la phlegmasie locale, et celle^cî ne semble alors en être qut la conséquence. M» Bouillaud (1) traite cette opinion de surannée sans se donner la peine de la discuter. Il croit que la fièvre est toujours secondaire ou symptomatique d'une inflammation. Mais aujourd'hui quelques faits recueillis par des observateurs dignes de toute notre confiance , prouvent que dans un certain neuM^ bre de cas on ne peut rattacher le mouvement iébrile à ancoal altération locale; et il est irrationnel, dans une science qui ne doit reposer que sur des faits bien constatés, d'admettre comme réelles des lésions que nos moyens d'exploration ne nous permettent pas de découvrir. D ailleurs > à priori on pourrait supposer qu'il en est pour les poumons comme pour la peau. Il n'est pas très rai« en eiSet dé voir des individus présenter pen<* dant quelque temps une fièvre intense , et qu'on ne peut ratta» cher à aucuiie phlegynasie locale; puis, après une durée de un ou plusieurs jours , on voit survenir un érysipèle à la hté ou ailleurs. Commeiat dans ces cas M. Bouillaud explique-t*il la fièvre ? supposera-t-il encore ici qu'un médecin n'a pas su apercevoir la phlegmasie de la peau? Ainsi donc chez les malades dont je viens de parler, le malaise et la fièvre ne pouvaient se rattacher à la soufi'rance d'aucun viscère; chez eux il n'existait ^stlor^ vers les organes respiratoires aucune affeo* tion aiguë appréciable qui put expliquer ces phénonaènes morbides, et il était impossible, en constatant Texistence du mou-* vement fébrile , de déterminer l'organe qui allait être affecté. Parmi les individus qui ont présenté des prodromes^ dix-neuf étaient affectés d'une bronchite légère qui pouvait à la rigueur expliquer les petits malaises qu'ils ressentaient; mais bientôt l'invasion d'une pneumonie grave indiquait que la bronchite , comme les autres phénomènes morbides qui exis-* talent avec elle, dépendaient d'un état général de l'économie qui préparait peu à peu le développement d'une affection beaucoup plus grave. Dans ces pneumonies en effet qui ont des prodromes, il est impossible de méconnaître l'influence de telle disîposition intérieure dont l'essence nous échappe il est vrai> mais qui n'en préside pas moins au développement d'une foule dû

(1) Dict. de méd, et de cKirurg. pratiques, t. XIII, p. S7«.

loS MKUMDm Da La MUlMUSini.

maladiet aigsésetde k plnpnt da inladiff diroûiques. Ce qui le prouTc , c^eat que ces pn«nmomp« arec prodromes se déclarent pcaà pen., et dans la presque totalité des cas sans qu*on puisse suisir aaicnne cause déterminante appréciable. C'est ainsi que tar ftacingnante malades chez lesquels j'ai observé des prodroMCi ^ çramnte-qoatre ne pcmvaient indiquer aucune circonstance cifnhift d'esqpiîqner Les premiers accidens; chez l^dis le malaise pRcmaenr succéda manifestement à un refroidissement, chez VL antie à oaexDèsalcooUqae. Enfin, deux autres individus épcenfaient, depuis trois et six jours , divers malaises^ de la coarintm avec perte d'appétit et des forces, lorsqxi'À l'occasion d'un refroidissement ils furent pris piT$quc inimédiatemeHl: des symptômes d^nne pneumonie. Il est hitcn probable que dans ce dernier cas l'impression du froid a (ait faire explosion à une pneumonie déjà sur le* point de se dcchvt^r. I«a durée des prodromes a i^arié depuis quelques heures jii^qu^À un et même deux septénaires; cependant dans los quativ cinquièmes des cas , ik ne se sont pas prolongés audeU du viuquième jour.

Il mVi^t iiup<vs$ible de comparer la fréquence et la nature des synipti^uios pi\>droniiques aux différens âges. H m'a paru qu'aunleU de soixante-dix ans les pneumonies se déclaraient presque toujoiii^ sans pi'ésenter de phénomènes précurseurs. Toutefois mes ol^tervations ne sont pas encore assez nombreuses pour avoir à ce sujet une entière conviction. Les auteurs 0fàk ont étudié la pneumonie des vieillards ont d'ailleurs un peu négligé Thistoiredes prodromes. CependantMM. Hourmann «t Ilechaïubre (I) disent avoir vu fréquemment à la Salpétrière, iém pneumonies du printemps être précédées pendant plusieurs ymm^ quelque fois même pendant une ou deux semaines , de 4>^)i4iaUlgte,d'étourdissemens, d'angine, de corisa avec épis- UijLM , de douleurs musculaires erratiques , etc. Mais peut-être 4a«# la plupart de ces cas il y a eu bien plutôt succession de mal«4i<« diverses que des phénomènes prodromiques à propre* MMWt parier. Pour les enfans au dessous de six ans, il serait. îfim diflicile* et le plus souvent même impossible de s'assuref àa IVtist^nce des prodromes. Mais de six à quinze , les e^rfans

(I, /lft:hi^€ft V «^fic, t. XII, p. 45,

MODES D^INVASIOKT DE LA PNBOMOniE* 189

peuvent déjà rendre assez bien compte de leurs sensations^ pour pouvoir constater, par leur propre témoignage et par celui de leurs parens, des phénomènes morbides qui ont préce'dé |chet eux le développement de la pneumonie; mais de pareilles recherches n'ont pas encore été faites.

§ II. — Prodromes des pneumonies secondaires.

Les prodromes manquent dans la plupart des pneumonies secondaires, du moins dans les cas où l'inflammation pulmonaire survient dans le cours d'une de ces maladies aiguës ou chroniques qui s'accompagnent d'un trouble très grand dans la plupart des fonctions de l'économie. Si la maladie première est longue et tout-à-fait apyrétique, on pourra bien parfois saisir quelques phénomènes précurseui*s de la pneumonie; mais il sera le plus souvent difficile de déterniiner si ces nouveaux troubles qu'on observe , appartiennent à l'affection ancienne ou à une maladie qui se prépare.

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