‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens âges, et dans ses rapports, avec les autres maladies aiguës et chroniquesChapitre 63 sur 76 · CHAPITRE Xm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xm

DIAGNOSTIC DE LA PNEUMOl^UE.

On peut établir que dans la grande majorité des cas > le diagnostic de la pneumonie est un de ceux qu'il est le plMS facile d'établir. On peut non-seulement déterminer qui! ^iste une inflammation du tissu pulmonaire , mais nous avons vu aussi qu^à Faide de l'auscultation et de la percussion, il était possible de déterminer le siège pre'cis de la maladie, de la limiter, de la circonscrire , et même de prédire souvent les points qu'elle envahira bientôt.

Le diagnostic de la pneumonie, pour être complet, doit donc; comprendre : l*" l'existence de la maladie elle-même ; ^^ le point du poumon qu^elle occupe et les parties de l'organe qu'elle a de la tendance à envahir ; 5<> le degré auquel elle est parvenue, et ses différentes terminaisons ; 4*" la forme symptomatique et anatomique de la maladie; 5° la pneumonie ayant des points de res« semblance avec plusieurs antres maladies de poitrine, il faut connaître les difiTérences qui les distinguent, et la manière d'arriver au diagnostic difiTérentlel des unes et des autres; 6? enfin, j.e terminerai par dire quelques mots sur le diagnostic des pneumonies secondaires.

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Pour diagnostiquer l'existence d'une pneumonie , il u*est pas nécessaire que cette phleguiasie s'accompagne de tout l^appancil

484 DIAGNOSTIC DE LA PNlCtiMONIE.

symptoinaUque que j'ai décrit précéileiiiniQnl ; mais il suffil«ie la présence , même isolée, de deux symptômes pour poufoir affirmer que le parenchyme pulmoDftire est le siège d'imciaflammaUon plus ou moins étendue ; je veux parler des crachUi rouilles et du râle crépitant , dont je vais examiner la Tabw sémélotique; j^étudierai ensuite celle que peuTent aToirla autres symptômes locaux et généraux.

Parmi les crachats que j'ai décrits précédemment (l)i Uns n'ont pas la même importance diagnostique; c'est ainsi qoeki crachats sanguinolenSj hriquetés, ceux qui ressemblent â me solution concentrée de gomme arabique, doivent faire soupai' ner une pneumonie, mais ne la caractérisent point. Nous k avons en effet rencontrés plusieurs fois, chex des malades n'ajnt qu'une bronchite aiguë; les premiers surtout se sont moaliâ chez des individus atteints d'apoplexie pulmonaire ou debm* chite capillaire avec exhalation sanguine, et, dans aucun deeef cas , ni l'examen de la poitrine ni les symptômes génénoxae pouvfiûent faire découvrir de pneumonie , enfin ches deux inA' vidus, l'examen nécroscopique fit constater que le parer chyme pulmonaire était exempt de toute phlegmasîe. On tac çoit très bien d'ailleurs, que lorsque le sang est exhale lentennt et qu'il se mêle aux mucosités, le produit de l'expectoratioaioit rougeâtre ou jaunâtre ; de même que nous avons vu qa'oa pouvait produire ces nuances, en mêlant une certaine quantité de sang à une solution gommeuse, et en agitant le tout daniue fiole; aussi je crois que cette espèce d'expectoration nesannit caractériser à elle seule une pneumonie \ elle doit seulement b faire soupçonner \ elle indique une probabilité, mais non VM certitude.

Il n'en est plus de même des crachats rouilles , abricot ^ swft d^ orge y safranéSy verdâlres; ceux-là sont pathognomooiqiKSd'une inflammation des poumons au premier ou au deuxième degré, car on ne les retrouve que lorsque l'organe est phlogoié dans un point plus ou moins étendu.

11 est presque inutile de prémunir les praticiens contre une erreur qui ne peut être commise que par ceux qui commencent Tétude delà pathologie, c'est de prendre pour des crachat»

VALFrn l>ES PRlNCiPAnX SYMPTÔMES. 485

pneiunoniques rexpectoratioii qui aurait été côloix^e enjaane on en brun par du tabac , des écorces d'orange , de dtron > ou des morceaux de réglisse et de chocolat que les malades ont mâchés et sucés. Il est éfi^alement important de savoir que des crachats simplement luuqucux reçus dans les vases de cuivra dont on se sert dans plusieurs hôpitaux , peuvent quelquefois présenter à leur surface une coloi*ation verte qui dépend probablement d^un acétate de cuivre qui se forme. Mais ce èônt là des ressemblances grossières avec les crachats y^nenmoniques et qui ne pourront jamais tromper un praticien expérimenté. Les crachats noirs et difAnens que j*ai comparés» avec M. Ândral, à du jus de réglisse ou de pruneaux, doivent-ils être considérés également comme pathognomoniques de la pneumonie? En ne consultant que les faits que j'ai recueillis, je devrais répondre par Taifirmative à cette question , puisque les quatre malades qui rendirent des crachats séreux et noirs surmontés par un f:punie blanchâtre, étaient tous affectés d'une pneumonie étendue et qui était arrivée au troisième degré. Mais ces faits sont en trop petit nombre pour pouvoir établir d^une manièi*e certaine la valeur séméiotique d'un symptôme qui a été déjà diversement interprété par des hommes également éclairés dans la science du diagnostic. Si M. Andral semble regarder l'ex« pectoration noire ou rouge brunâtre plus ou moins foncée comme étant caractéristique d'une pneumonie; si M. Chomel professe la même opinion (1), Laënnec a, an contraire, élevé quelques doutes sur la valeur diagnostique des crachats rouge brun. Ce grand médecin dit en effet (2) qu'il avait rencontré fréquemment les crachats dont je parle chex des sujets cachectiques , dont les gencives étaient habituellement ou actuellement au moins ramollies, et laissaient de temps en temps suinter du sang ; il avoué qu'ayant rencontré ces crachats chez beaucoup de sujets atteints de diverses maladies aiguës ou chroniques , ou même bien portans, il n'a pas porté son attention sur leur plus ou moins de fréquence chez les pneumoniques. Les objections de Laënnec présentées aussi vaguement ne sauraient infirmer les observations positives faites par MM. Andral , Chomel et nous»

(I) Pathol.génér,, SeécHt., ti40, p, 2*8. (•2) Âusvu'l,, t. I-', p. 55».

AHO UIAUNOSI IC Dr l.\ J'NKUMOlflE.

même. D'ailleurs, comme je l'ai déjà dit, il n'y a aucune fuii à établir entre l'aspect que présentent les cracliats ju k réglisse et de pruneaux, et l'exhalation sanguine des |» cives.

Enfin , MM. Rousset , de Marseille (1) , et Mériadec b» nec (2)^ pensent que l'induction la plus sure qae l'on pnÎMetiit de l'apparition des crachats jus de pruneaux ou de r^UiiedHi • la pneumonie^ c'est d'admettre que cette phlegmasie avec une apoplexie pulmonaire. J'avoue que dans mes quedans ceuxqueM.Andral a publiés, je ne voiii rien qui jwtiie une pareille opinion; d'ailleurs la matière noire expectim, dans les cas dont parle M. Rousset, difiere beaucoup des cnr chats séreux jus de pruneaux; elle consiste en effet en m t . quide d'un rouge sale , au milieu duquel sont de petits CMp semblables à ceux qui surnagent dans Teau où l'on a lavé k la chair fraîche : ce n'est point là l'aspect que présentent csimunément les crachats noirs de la pneumonie, c»r ils iontkmogènes , séreux , et surmontés d'un spume rouge on Uv* châtre.

Je crois qu'il résulte des faits qui précèdent, que les oichats que nous avons nommés jus de réglisse et de proacMK paraissent être caractéristiques d'une pneumonie, an nàse titre que les crachats rouilles jaunes ou verts. TonuUik petit nombre de faits que je possède, me force à n'émtfkt cette proposition qu'avec une sorte de réserve ou de iaulê, jusqu'à ce que des observations plus nombreuses me donacaC sur ce sujet une conviction que je ne p^ia enoom aroir.

J'ai placé le râle crépitant au nombre des symptômes mts^ Uristiques ou palhognomonigues de la pneumonie; il aponr mtt} la même valeur que les crachats rouilles , jaunes ou verts dont je viens d'étudier l'importance séméiotique. Cependant je doii déclarer de suite, que par crépitation, je n'entends parler ici fp de ce rdle gui donne à V oreille V image de bulles très petiiês, éffU" les entre elles y fines ^ sèches, plus ou moins nombreuses et qui^t sont perçues que pendant le temps de V inspiration. Le râle qû * présente avec ces caractères est pathognomonique de lapnemno-

(1) Thèse de 4 827, n» 75, p. 88«

(2) Notes a Laënnec, 4* édit., t. !<:% p. 540.

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