‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens âges, et dans ses rapports, avec les autres maladies aiguës et chroniquesChapitre 69 sur 76 · ÉMÉTIQUE A HAUTE DOSE · texte numérisé non relu

ÉMÉTIQUE A HAUTE DOSE

un état désespéré ; parmi les moyens acii& de traitement, Féâio* tique à liaute dose était le seul qui put être tenté sans inconvénient; mais la maladie était trop gnivb et déjà trop avancée pour qu'on dût fonder sur ce moyen de bien grandes espérances. C'est ce qui explique pourquoi^ sur ces 30 malades, il y en a 18, c'est-à-dire presque les deux tiers qui ont succombé; chex plus de la moitié, la mort arriva dans les deux premiers jours du traitement.

Ce résultat dépose bien moins contre l'efficacité de Témétique que contre celle des saignées , qui» employées largement, et à une époque voisine du dâhut (quatre jours), n'ont pu empêcher la maladie de faire des progrès continuels ; il est à peu près démontré pour moi> que si on avait voulu pousser plus loin les émissions sanguines , on eut infailliblement perdu tous ou presque tous les malades qui ont guéri. Si on n'avait pag employé l'émëtique, je suis égàlenrient porté à croire, que sous Tinfluence des seules forces de la nature, quelques individus auraient fini par triompher de la maladie, mais il n'est pas probable, que les 10 que nous avons sauvés par l'émétique, eussent aussi guéri spontanément. Ce qui prouve d'ailleurs l'heureuse influence que le tartre stibié a exercée dans ces cas, c'est l'amélioration rapide qui a suivi son administration. CfwU ainsi que chez 9 malades , dont la vie était dans le plus grand péril , il survint après la première, la deuxième ou la troisième potion, une diminution assez considérable dans les accidens, et en particulier dans les symptômes généraux, pour qu'on dût être presque rassuré sur l'heureuse issue d^ la maladie ; chez un s^ul malade, les phénomènes morbides ne commencèrent à décroître qu'après la sixième potion , c'est-^-dire le sixième jour du traitement par l'émétique. Chez quelques malades de cette série, la dose d'émétîque qui a été administrée fut aussi plus considérable , puisque plusieurs ont pris^ dans l'espace de neuf à dix jours, jusqu'à 10 grammes d'émétîque (2 gros, 4o grains), mais en moyenne, chaque malade n'a guère pris plus de 2 grammes (36 grains) de tartre stibié. La convalescence s'est déclarée un peu plus tard chez les sujets de cette troisième série que chez ceux des séries précédentes. Chez les premiers^ en effet, la convalescence n'a guère commencé que vers le quinzième jour, elle n'était complète qu'au dix-huitième, et lorsque les malades ont

quitté rhôpital le vingt-septième ou Tingt-huitième jour, leurs force» m'étaient pa^ encore complètement revenues. Le retard qa*« éprouvé la convalescence , sai longueur^ la leateur avec laqnaUc \m foroea ae sont rétablies^ a*expUque par la gravité même de la maladie ^ par aà durée , par le traitement énergique et débilitant qvCwk lui a opposé.

Les faite qui précèdent ne pennettA^nt d'élever aucun doute sur l'heureuse influence que Témétique , donné à haute doseï exerce aor la terminaison , la marche et la durée de la pneumonie. En suivant la pratique de Peschier, o(u plutôt celle de Laën* nec, nous avons vu le chiftre de la mortaliiéétre considérablement diminué ; les symptômes les plus pénibles ou les plus fçraves ont cédé avec une facilité et souvent une rapidité inacooutnméei la contaleseence s'est déclarée promptement , et les forces se sont rétablies assea vite.

Si on compare les résultais que donne l'analyse des deux premières séries de faits» nous voyons que, dans la première où l'èmétique fut donné sans saignée préalable, la mortalité fut plus considérable que chez les sujets de la deuxième catégorie qui, placés dans des conditions d'âge et d'intensité de maladie à peu près semblables » avaient néanmoins guéri en beaucoup plus grand nombre ; ce qu'il est naturel d'attribuer aux émissions sanguines qui avaient précédé l'administration du tartre stibié« Mais si les saignées ont eu l'avantage de faire baisser le chiffirq de la mortalité , elles eurent Tinconvénient de prostrer davantage les forces et de retarder un peu la convalescence. Cependant remarquons bien que les saignées qui avaient eu un pareil résultat, avaient éiépe.i nombreuses, peu abondantes, que nonseulement elles avaient été proportionnées aux forces des sujets, mais que même il y avait indication à les réitérer, lorsque rëmétique fut administré. Si donc des saignées qui sont indiquées par la nature de la maladie et par la gravité des symptômes , ont pour effet de prostrer les forces, que serait ^e donc i^ saignées intempestives^ ou immodérées dont j'ai parlé dans le chapitre précédent.

Cependant, somme toute, le plus ou moins de rapidité de b guérison et de la convalescence est une considération tout-àfait accessoire , quand on la compare à l'issue heureuse ou fî eheuse de la maladie ; de sorte qu'en règle générale si, de duftx

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méthodes de traitement. L'une guérit plus sûrement et plus souvent qu*uae autre, il faut lui donner la préférence, quand même elle aurait sur celle-ci le désavantage d'affaiblir beaucoup plus les malades et de retarder Tê terme de la convalescence- Voilà pourquoi la méthode qui consiste à ne donner l'émétîque qu'après une ou plusieurs saignées préalables , doit être généralement préférée à celle dans laquelle le tartre stibié administréde suite constitue le seul traitement actif . Gependaht un système exclusif ne saurait être conseillé et il est des cas, en effet, où les émissions sanguines sont inutiles ou même nuisibles. Quelque étendue que soit la pneumonie, quelque vive que soit la douleur de côté et la réaction fébrile, si le pouls offre delà mollesse, si, quoique doué d^une certaine ampleur, il résiste peu à la pression du doigt, il faudra s'abstenir de toute émission sanguine. La faiblesse de la constitution , l'âge avancé, la dépression des forces ne seraient pas des raisons suffisantes pour s'abstenir de saigner, si le pouls ne présentait pas d*ailleurs les caractères que je viens d'indiquer. Au contraire, pour peu que le pouls offre de la dureté ou de la résistance, qu'il soit ample ou concentré, il y a indication à tirer du sang ; la saignée sera alors réitérée jusqu'à ce que le pouls ait perdu ces caractères.

Il faut que les pertes de sang soient abondantes , c'est-à-dire d'environ 500 grammes chaque (une livre) ; lorsque deux ou trois saignées sont nécessaires, elles devront être faites dans les 24 ou 36 premières heures; il est rai^ment utile de faireperdre au malade plus d'un kilogramme de sang. Comme on le voit d'après la méthode de traitement à laquelle je donne la préférence, la saignée n'est faite que pour préparer l'économie à recevoir plus utilement l'influence du tartre stibié. Une condition essentielle pour que l'émétique soit utile, et on ne saurait trop le repéter, c'est que le pouls ne présente plus aucune dureté; c'est pour «voir méconnu ce précepte que j'ai vu quelques malades auxquels l'émétique avait été donné d'emblée et sans saignée préalable , n'éprouver aucune amélioration , la pneumonie eut même une issue funeste, tandis que ceux chez lesquels, ayant égard à l'état du pouls, on saigna une ou plusieurs fois, éprouvèrent, dans les symptômes généraux et locaux, cette amélioration rapide que l'émétique produit le plus souvent. Mais je dois

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redire encore qu'il ne faut pas épuiser la possibilité de flàigner ; car un affaiblissement trop grand est une circonstance qui , nonseulement doit retarder la convalesccncey mais qui même rend plus incertaine l'action de Témétique.

Ce que je viens de dire des conditions dans lesquelles doit se trouver le malade pour que Tadministration du tartre stibié soit utile, explique pourquoi^ sous Finfluence de certaines constitutions médicales , plusieurs médecins pa^mi lesquels je citerai Peschier, WolS et M. Trousseau, ont obtenu des guérisons n<Mnbreusespar l'emploi de l'émétique seul, et sans saignées pre'alables.Il est probable que ces praticiens observaient alors des pneumonies dans lesquelles le pouls présentait cette mollesse, ce dé* faut de résistance> que j'avais moi-même notée dans les inflammations pulmonaires que je traitai pendant l'hiver de 1839 à 1840. J'ai dit| en effet, qu'à cette époque, sur vingt-deux pneumonies graves qui furent traitées par l'émétique seulement , il n*y en et qu'un qui ait eu une issue funeste. A la même époque, les malades qui prirent l'émétique après avoir subi une ou deux saignées générales, présentèrent une mortalité d'un 7* environ, et chez ceux qui guérirent, les accidens ne cédèrent pas avec la même rapidité que par la médication antimoniale exclusive. M. le professeur Trousseau a signalé un résultat analogue pour les pneumonies qu'il a traitées en 1831 et 1833.

En règle générale^ je crois pouvoir établir que la méthode préconisée par Laënnec , pour le traitement de la pneumonie , est celle qui mérite la préférence, c'est-à-dire que l'émétique à haute dose devra être administré après avoir essayé de préparer l'économie à son action par une ou plusieurs émissionssanguines. Mais quelle que soit la méthode qu'on ait suivie, on aura sans doute remarqué la rapidité avec laquelle l'émétique a agi , son action a été souvent presque instantanée , et la plupart des malades ont éprouve une amélioration sensible dans les symptômes généraux et locaux, dès le premier ou le deuxième jour de la maladie. Nous avons vu se produire, par l'émétique, des effets que nous n'avons jamais obtenus par les saignées les plus copieuses ; ainsi j'ai dit que chez plusieurs malades qui, au moment de l'administration de la première dose d'émétique , avaient une fièvre intense et présentaient tous les signes physiques d'une pneumonie arrivée entièrement au deuxième

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