‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens âges, et dans ses rapports, avec les autres maladies aiguës et chroniquesChapitre 70 sur 76 · KM^TIQCTE A HAUTE DOSE · texte numérisé non relu

KM^TIQCTE A HAUTE DOSE

degré, il a suffi de leur donner 3 ou 4 décigrammes de tartre stibié (6 à 8 grains) pour voir du jour au lendemain^ à cet état grave , succéder une amélioratiou telle, que quelques malades pouvaient être i*egardés presque comme çonvalescens, puisque la fièvre avait à peu près complètement cessé et que Tauscultation qui, la veille, faisait percevoir du souffle et de la crépitation n'indiquait plus qu'une diminution dans l'expansion pulmonaire, sans râles ni respiration tubaire. On peut donc dire que dans ces cas la' pneumonie fut réellement jugulée.

Dans le traitement de la pneumonie par l'émétique, on avait également remarqué un fait très intéressant, c'est l'augmentation quelquefois considérable des forces, dès le lendemain de ladmiaistralion du médicament, lorsque celle-«i a été avantageuse. Ce fait est d'autant plus remarquable que, comme l'observe M. Louis, Taction du tartre stibié a été accompagnée de selles et de vomîssemens nombreux qui auraient dû au con* traire avoir pour effet de prostrer les forces des malades.

Après avoir indiqué les effets du tartre stibid sur la marche et la durée de la pneumonie et après avoir déterminé les cas où il est le plus souvent utile , je vais exposer quel est sou meiU leur mode d'administration et les effets immédiats qu'il produit,

S IV. Mode (Tadmimslration de Vémétique. Ejffets primitffs ,

tolérance , etc.

Par quelle dose d'émëtique faut-il commencer? quelles règles doit-on suivre dans l'administration de ce médicament ? Ce sont deux questions importantes qui doivent nous occuper un moment.

Il était rare que Rasori donnât moins d'un gramme trois décigrammesd'émétique (vingt-quatre grains) dans les vingt-quatre premières heures; chez l'adulte quelquefois il portait d'emblée cette quantité à deux grammes» et augmentait tous les joutBf suivant la marche de la m<iladie. Nous avons vu que Laënnec donnait rarement plus de trois ou quatre décigrammes (six ou huit grains) d'émëtique dans la premièrojournée.G'est cette même dose qui fut adoptée pour la plupart de nos malades, soit par M. Chomel, soit par nous-méroe ; et ce ne fut que dans des cas fort rares et tout-à-fait exceptionnels, qu'on commença par administrer six ou huit d/L'cigrammes (douze ou seize grains } Iq

646 TRAITEMENT DE LA PNCUMOinE.

premier jour. J'igoore ce qui serait arrive si on eût suivi plus souvent cette dernière pratique , c'est à ceux qui Tout adoptée à comparer leurs résultats à ceux que j*ai trouvés moi-même ; je crois d'ailleurs que ia dose n'est pas invariable pour tous, il faut tâter d'abord par degré la susceptibilité de chacun , et ne pas commencer , comme le dit Giacomini , par assommer la vitalité en administrant des doses trop considérables.

L'émétique qui fut ordonné à mes malades /a été administré dans une potion d'environ cent cinquante-six grammes (cinq onces ), £aite avec Teau de tilleul et de feuilles d'oranger sucrée, contenant rarement seize ou trente^deux grammes de sirop diacode ; je rechercherai bientôt Tinfluence qu'a pu exerw cer cette dernière préparation. La potion était administrée en général toutes les heures, cependant on en rapprochait les doses, ou on les éloignait suivant l'influence qu'elle exerçait sur l'estomac et le tube digestif.

A moins que la maladie ne s'amende d'une manière notable après la première potion, je suis dans Tosage d'augmenter la dose du médicament pendant plusieurs jours. Si la pneumonie s'est beaucoup aggravée , souvent alors la quantité d'éinétique que je prescris est double dé celle de la veille ; je n'ai jamais dépassé un gramme trois décigrammes (vingt-quatre grains) pour vingt-quatre heures, cependant je ne blâme pas ceux qui en prescrivent davantage , mais je pense qu'on devrait en donner rarement plus de deux grammes (trente-six grains) par jour , et je ne conseille à personne d'imiter la hardiesse de Rasori.

Il m'est impossible de déterminer la dose à laquelle ou peut donner l'émétique chez les nouveau-nés atteints de pneumonie ; des recherches à ce sujet sont encore nécessaires. Je crois avec M. Valleix que c'est à tort que la plupart des médecins éprouvent une grande appréhension pour l'emploi du tartre stibié chez les très jeunes sujets ; quelques faits recueillis par cet excellent observateur, ont prouvé que l'émétique chez le nouveau-né agissait^ sous le rapport de l'effet éméto-cathartique, à peu près comme chez l'adulte , c'est-à-dire que la tolérance ne tarde pas à s'établir. Je, pense qu'on pourrait commencer par prescrire de suite un décigramme d'émétique ; chez les enfans plus âgés^ à deux ans par oxemi^k» on a pu oomuencer par 15

ÉHBTIQtre A H&l]T£ DOSE, 6i7

eaotigmniiitB^ ei' élerèr rapidement la dose juaqu'à Uroia4Mgrammeê* Je n'ai pas remarqué que ie moded'iidmînîalraliM et la dose dussent étremodifiés chezfes tîèiUards. Aujourd'hili ponrv tant, dbrez les anjett au-dessus de aoixiantejais, je commence par

donner généralement un déifigrarame de pkn (huit grains) que chez les sujets plus jeunes ; toutefois je ne puis encore rien con» setller à ce anjet, attendu qos je n'ai pas aur ce point des faite assez nombreux pour me pt:rmeitre de hasarder une opinion»

On peut établir, que donné de la manière dont je riens de parler, Témétique provoque presque toujours plusieurs romi»» semens et des selles plus ou moins abondantes; c'est ainsi que, sur les 1 54 malades traités par Tëmétique, il n'y en n que douze chez lesquels la tolérance ait existé dès le pi^emier jour. Ce résultat semble différer de cqux qu'ont obtenu Rasori et Laënnec ; le premier dit en effet qull avait observé la tolérance chez un grand nombre de malades; Laënnec prétend aussi l'avoir Tue sur beaucot/^; mais ces expressions vaguei ne sauraient donner à l'esprit aucune indication même approximative ; et je suis convaincu que si Rasori et Laënnec avaient compté les&itàf ils auraient émis une opinion très différente. Je crois d'ailleurs que la tolérance de Témétique existe rarement dès le premier jour ; c'est aussi l'opinion qu'a émise M. Rajer.

Chez les malades qnï, après avoir pris la potion atibiée^ éprouvèrent des effets primitifs, les six septièmes eurent à la fois des vomissemens et des selles ; tandis qu'un septième seulement n'éprouva que l'une ou l'autre de ces évacuation». Dans les deux tiers des cas, les vomissemens commencèrent à , être produits de dix minutes à une heure après que lea V^ malades avaient bu la première cuillerée de potion ; les selles avaient lieu un peu plus tard , terme moyen » trois heurerun quart après la première dose , c'est-à-dire à une époque ou on avait déjà administré aux malades trois cuillerées de la potion. Les effets primitifs continuent généralement jusqu'à ce que la potion soit épuisée et persistent même , les selles surtout , une ou plusieurs heures après» Le nombre des évacuations varie beaucoup; il est rare que les malades eu éprouvent moins de six ou huit. Presque toujours les selles sont plus nombreuses que les vomissemens, il n'est pas très rare de voir des individus avoir dan» les vingt-quatre premières heures, dix, quinze vo-

Oi8 TBAITEMEHT DE LA mBOIIONIE.

mkaemeiis et jiiMpi*à Tin-ît on trente sdks. Les Tomiseenieiis feub font pënibln pour les malades, car ils éprouTent ce malaise général , cette anxiété , en an mot tous les phénomènes inooDunodes qoi précèdent et accompagnent le vomissement naturel, et qui sont ici d'autant plus pénibles, que cet acte se reproduit un plus grand nondire de fois. Au con« trûre, les évacuations alvines ont lieu sans douleurs, ou du moins , les coliques qui les annoncent sont très légères, et ce n*est que dans des cas assez rares, dans un huitième environ , que les malades accusent des élancemens , des tortillemens ou du ténesme. Les matières rendues consbtent, pour les vomissemens en un liquide jaune ou verdâtre, ordinairement amer; les selles étaient liquides et très jaunes toutes les fois que j'ai pu en constater la nature.

Lorsque les évacuations étaient très copieuses, les malades éprouvaient de la fatigue, du malaise , plusieurs ont eu des li<« pothymies; mais un sommeil de quelques heures suffisait pour réparer les forces, et généralement alors les malades éprouvaient un sentiment de bien-être.

Lorsque la potion était administrée plusieurs jours de suite, le nombre des évacuations alvines et des vomissemens diminuait beaucoup, même dans les cas où on avait augmenté la quantité d^émétique ; il y a eu pourtant quelques exceptions à cette règle que j'indique. D'ailleurs plus de la moitié de ces malades a fini par présenter plus ou moins complètement le phénomène de la tolérance ; et j*ai remarqué, comme M. Rayer, que celle-ci s'établissait d'une manière plus prompte et plus permanente pour l'estomac que pour les intestins. Il n'y a aucun rapport entre l'intensité et la fréquence des phénomènes primitifs et la rapidité de la convalescence ; ayant en effet compai*é quelle fut la durée de la maladie, chez trente individus qui avaient éprouvé au moins trente évacuations, et chez trente autres qui n*en avaient eu qu'une douzaine, j'ai trouvé que la durée moyenne avait été exactement la même dans les deux séries de malades.

J'ai dit que chez douze malades, Témétique administré pendant plusieurs jours à dose toujours croissante , n'avait jamais pro* duit d'eifet primitif. J'ai cherché à ce sujet à découvrir quelles sont les conditions individuelles qui rendent aussi l'économie moins susceptible à l'action du tartre stibié, et voici ce que j'ai re-

ÛuénqttJlR A HAUTE DOSE. 649

marqué. Jtteroisqtt'ttn âgeaYaacé est une circonstance qui rend plus iacile l'établissement d'une tolérance primitive ou secondaire ; c'est ainsi que, sur les douze malades qui n'ont jamais éprouvé d'effets primitifis^ onze avaient plus de quarante ans ; sur six individus au-dessus de soixante-dix ans qui furent traités par l'émétique, quatre ont toujours présenté de la tolérance ; enfin sur seize malades, chez lesquels la tolérance s'établit ra- ]Hdement après les deux premières potions stibiées , plus de la moitié dépassait l'âge de cinquante ans. La gravité de la maladie a peut-être aussi une influence sur le plus ou moins de facilité avec laquelle la tolérance s'établit ; ainsi^ sur les douze malades qui n'eurent jamais d'effets primitifs, neuf succombèrent. Que la première potion ait eu des effets primitifs, nombreux ou rares , on ne peut pas en conclure que la tolérance s'établira promptement ou lentement.

La tolérance une fois établie peut cesser, lorsqu'on augmente la quantité d'émétique, lorsque les malades prennent beaucoup de boisson ou sous l'influence de tout autre cause , le plus souvent très difficile à apprécier. D'ailleurs l'estomac comme le reste du tube digestif perdent promptement cette aptitude qui leur permettait de supporter impunément de fortes doses d'émétique \ car si chez un malade qui présente actuellement la tolérance, on suspend le traitement pendant quelques jours , pour le reprendre ensuite à l'occasion d'une recrudescence que la maladie présente^ on voit que les mêmes doses d'émétique, qui il y a peu de temps, ne déterminaient ni vomissemens^ ni selles, et même que des closes inférieures provoquent ordinairement des évacuations presque aussi nombreuses qu'au début du traitement ; la même remarque a été faite par M. Rayer.

Rasori et les médecins de son école ont prétendu que l'aptitude de l'organisme à supporter de fortes doses d'émétique , sans produire ni vomissemens, ni selles, n'existe que dans l'état morbide et disparait avec lui. C'est ainsi que lorsque la maladie a cessé, dit Rasori , le phénomène merveilleux, de l'aptitude cesse également^ et alors l'émétiquc qui avant, semblait sans action, non-seulement ne peut être administre impunément à haute dose, mais pas même à la plus petite quantité, sans produire les effets qu'on lui attribue vulgairement.Ce serait là, d'après Rasori, une chose constante, et qui, si elle était vraie.

serait favorable à la théorie du contre-stimuUstnetlnaU cette opinion du célèbre professeur de Milan ne me famk point exacte. En efiety presque toutes les fois que la tolérance s'est établie pendant l'état d'acuité de la maladie , elle a cootinuë dans sa période de décroissance et même pendant la cou* Tafescence , lorsque tout mouvement fébrile avait cessé depuis plusieurs jours. C'est ainsi que quelques-uns de mes malade^ digéraient des potages, et le quart à une époque où ilf prenaient encore une ]K>tion contenant trois ou quatre décigrammes d'émétique , et <]ui ne provoquait ni nausées , ni vomissemens, ni selles. M. Rayer a même reniarqué,que pendant la convalescence des pneumonies dont la résolution s'opère ^ le tartre siibié, à la dose de trois décigrammes, semble quelquefois ranimer le sentiment de là faim ; la digestion des alimensne parait pas dérangée par ce remède^ lorsqu'on a soin de l'administrer trois heures avantou après les repas ; ainsi plusieurs des malades de M. Rayer étaient à la demi portion d'alimens, lorsqu'ils prenaientencore la potion stibiée, qui était parfaitement tolérée. Dirons-nous avec Rasori que chez ces sujetSyles symptômes de la maladie ont diminué sans que la diatkèse ait perdu de son intensité; ce serait expliquer un fait par une idée théorique, dont rien d'ailleurs ne saurait prouver l'exactitude.

Lorsque la première potion stibiée n'a pas produit d'amélioration, lorsque surtout la pneumonie avait fait de nouTeanx progrès, nous avons déjà dit que presque loujours.on augmentait les doses d'émétique. C'est ainsi qu'au lieu de trois, ou quatre décigrammes que les malades avaient pris la veilk, on leur en prescrivait immédiatement six ou huit, quantité que nous avons rarement dépassée. Nous nous sommes à ce sujet conformé à un précepte de Rasori , qui veut que les doses d'émétique soient en rapport avec les variations de la pneumonie; faibles au début de la maladie, il faut les augnaenter lorsque celle-ci arrive à son plus haut degré, et les diminuer progressivemtmt à fur et à mesure que les accidens s'amendeni. Mais faut-il croire avec Rasori, que l'aptitude du corps à supporter utilement de fortes doses d'émétique, est en rapport direct avec les différentes phases de la maladie^ est-il vrai que si la maladie augmentant on augmente aussi la quantité du tartre stibié, celui-ci sera plus facilement toléré ? Je crois <|ue cette

I^Wl^.TlQtrC A HAUTE DOSE. 651

Opinion n*ip |mui rràie gënéralemeoft ; c'est ainsi que, sor cinK

quante-six malades chez lesquels la quantité d'ëmétique fui augmentée à fur et à mesuré que la pneumonie faisait des progr^, il y en a quarante chez lesquels une dose d'éme'iiquey plue forte que celte de la veille, de deux à trois décigrammes, et quelquefois même d'un seul, a suffi pour faire cesser la tolérance qui existait déjà , et si celle-ci ne ^s'était pas encore établie, on observait desselles et des vomtssemens plus nombreux que les jours d'avant. Chez quatre malades seulement, la tolérance qui s'était établie avec une potion de trois décigrammes, s'est main* tenue quand la dose de i'émétique a été portée à cinq; enfin chez les douze individus qui restent , des effets primitifs nom^ breux, ayant été produits par trois ou quatre décigrammes d'é« métique , nous avons vu la tolérance s'établir le jour où Ton prescrivit aux nialades une dose plus considérable du même médicament.

Je crois d'ailleurs , que l'action plus ou moins prompte fie rémétique, que les effets primitifs plus ou moins nombreux qu'il provoque , que la tolérance qui s^étabiit d'une manière plus ou moins complète et rapide, ne peuvent s'expliquer que par riufliience secrète dés prédispositions individuelles. Il y a tant de différences, tant de bizarreries dans l'action de rémëtique,qu'on ne saurait établir sur son action aucune loi fixe. Les auteurs ont aussi admis des modifications nombreuses étabUes par l'âge, le sexe, la constitution des individus, qui ne me semr bleutpa^i pour la plupart démontrées. Ainsi, Giacomini a dit (1) que la susceptibilité naturelle à recevoir l'impression des contre^stimulans était plus grande dans l'âge tendre et chez les sujets délicats , ce qui est probablement vrai ; mais il prétend aussi que le degré de tolérance est plus grand proportionnellement chez la femme que chez l'homme > ce que je n'ai pas véri6é. On a dit aussi que les tenipéramens sanguins, irritables ei énergiques, résistaient davantage à l'action des contre-stimulans ; enfin, on prétend que dans les pays chauds, ceux<i sont moins actifs que dans les climats froids, où ils ont parfois, dit Giacomini, des effets formidables. Si ce dernier fait est exact , on s'expliquerait jusqu'à un certain point , pourquoi eu Italie , on peut porter l'émétique à des doses considérables que nous tremblerions ici d'administrer à nos malades, et qui

raient peut-être la cause d'accidens qui sont rarement obseryës en Italie.

La tolérance étant , d'après l'opinion de quelques personnes , une condition favorable à l'action du tartre stibié , on a cherché le moyen de rétablir le pluspromptement possible. Les uns ont conseillé de suspendre Téinétique dans une plus petite quantité de véhicule (125 à 156 grammes), suffisamment sucré et aromatisé. Je crois que ce conseil est bon ; car la grande quantité de liquide augmente les vomîssemens; ayant en effet vu donner quelquefois l'émétique dans 4 à 500 grammes de liquide, je constatais alors des effets primitifs beaucoup plus nombreux. Lorsque les évacuations continuaient le deuxième jour, ou lorsque, dès le premier, il y avait lieu de craindre que l'émétique fût difficilement supporté, Laënnec faisait ajouter à la potion stibiée 32 ou 64 grammes de sirop diacode , association contraire aux idées théoriques de Rasori. Presque tous les médecins de nos jours ont imité la pratique de Laënnec , et je l'avais moimême adoptée; c'est ainsi que lorsqu'on administre l'cmctique à haute dose chez des vieillards et des sujets déjà profondément débilités , de crainte d'augmenter cet état de faiblesse par des évacuations excessives , on conseille d'ajouter à la première potion stibiée qu'on donne, 16, 32 ou même 64 grammes de sirop diacode. Cependant j'ai voulu me convaincre si les préparations opiacées exerçaient réellement quelque influence pour l'établissement de la tolérance ; l'analyse des faits m'a démontré qu'une pareille addition était complètement inutile. J'ai choisi , en effet, 16 malades auxquels, pour les raisons que je viens d'indiquer, on administra une première potion stibiée, contenant pour 3 ou 4 décigrammes d^émé tique, une quantité d'opium variant entre 2 centigrammes 1;2 et 5 centigrammes; tous ces individus eurent des effet primitifs, et chacun d'eux eut , terme moyen , sept vomissemens et huit selles. Chez 16 autres malades, placés dans des conditions d'âge et d'intensité de maladie a peu près semblables, la première potion stibiée qui fut prescrite , contenait la même dose d'éniétique que chez les premiers , mais sans mélange d'aucune préparation opiacée ; ces individus éprouvèrent aussi des évacuations plus ou moins nombreuses, et l'on peut évaluer que chacun d'eux eut, en moyenne, six vomissemens et huit selles. Cette première série de iaits démontre donc que l'opium

ÉMKTIQUE A HAUTE DOSE. 653

ajouté à la première potion siibiée , n'a pas pour effet de modérer Taction que Témétique exerce naturellement sur la surface de l'estomac et des intestins.

J'ai recherché ensuite si , lorsque la potion émétisëe , ayant produit une saperpurgation, on a ajouté de l'opium aux potions suivantes , il faut rapporter à ce médicament la diminution des évacuationsou même la tolérance quiest surveake. Pour éclairer celte question , j'ai choisi 30 malades ayant tous éprouvé des effets primitifs nombreux à la suite de l'administration d'une première potion émétisée : chez 15, dans le but de modérer les évacuations , on mit dans la potion administrée le deuxième jour, 1 6 ou 32 grammes de sirop diacode; or, voici ce qui eut lieu. Chez le tiers des malades, la tolérance fut complète; les autres eurent des effets primitifs beaucoup moins nombreux que la veille, puisque le nombre des évacuations ne fut, en moyenne, que de cinq pour chacun d*eux; mais est-ce à l'opium qu'il faut attri* buer un pareil résultat? je ne le crois pas. En effet , chez les 15 autres malades qui avaient eu des effets primitifs très nombreux, on ne fit aucune addition d'opium dans les potions stibiées qui furent prescrites les jours suivans^ et cependant, nonobstant cette omission, le phénomène de la tolérance fut noté chez plus du tiers de ces malades , et ceux qui continuèrent à présenter quelque e'vacuation, n'en eurent guère que cinq dans les vingtquatre heures. Ces deux ordres de faits que je viens d'analyser démontrent, je crois, d'une manière suffisante,que l'opium qu'on ajoute aux potions stibiées pour favoriser la tolérance ou modérer le nombre des évacuations alvines et des vomisseinens ne remplit pas l'indication qu'on se propose. Une nouvelle preuve d'ailleurs , que l'opium n'est pour rien dans l'établissement de la tolérance , c'est que presque tous les malades chez lesquels ce phénomène se montra à la suite d'une potion contenant du sirop diacode , continuèrent à le présenter les jours suivans, quoiqu'on eût supprimé le médicament narcotique dans le but de provoquer encore quelques effets primitifs.

La diminution des évacuations ou même la tolérance, qui s'établit promptement après une superpurgation , et nonobstant l'emploi continu de la potion stibiée , semblent dépendre de ce que l'estomac et les intestins s'habituent promptement à la stimulation que l'émétique produit ordinairement sur enx.

664 TRAITEMENT D£ LA PjNEUMONIE.

et nullement à ropium* Je pense donc qu'on peut s'abatenir d'ajouter aux potiona stibiëes aucune préparation narcotique^ cette addition étant tout-à-fait inutile et ne pouvant remplir le but qu'on ae propoae , maia je dois avouer qu'elle m'a paru exempte de toute espèce de danger ^ et je ne sauraia partager les préventions du docteur Rucf , qui regarde l'emploi de Topimn au début des pneumonies, comme capable de provoquer le passage à l'état d'hépatisation (1).

S V. Contre-indications à Cemplol de témétiqae dtuu le imiietneni de la

pneumonie.

Le plus grand nombre des médecins ne se décident aujourd'hui à employer la potion stibîée dans le traitement de la pneumonie, qu'autant que les organes digestifs sont dans un état d'intégrité parfaite; il leur suffit que les malades aient éprouvé quelques coliques, quelques vomissemens ou plusieurs selles diarrhéiques, ou que le ventre soit légèrement douloureux , pour leur donner les plus vives appréhensions, et leur faire proscrire tout-à~fait IVmploi de la méthode rasorienne. Je crois que ces craintes sont exagérées , et n'ont le plus souvent aucune espèce de fondement. Laënnec avait déjà remarque (2) que la rougeur de la langue , qu'une douleur très marquée et augmentant par la pression â l'épigastre et dans toute autre partie de l'abdomen , qu'une diarrhée abondante avec ténesme ne l'avaient point arrêté dans les cas de pneumonie où ces complications se rencontraient ; loin de voir alors augmenter les symptômes abdominaux, par l'administration de l'émëtique , comme la théorie l'indiquait d'avance , Laënnec constata, au contraire, que les phénomènes moifbides des organes digestifs disparaissaient sous l'inflaence du tartre stibié aussi rapidement que ceux de la maladie principale. Les observations que j'ai recueillies à ce sujet sont entièrement favorables à h pratique de Laënnec ; ainsi 10 malades, quoique éprouvant des coliques légères , de la diarrhée , une sensibilité du ventre à la pression , prirent la potion stibiée , .|^t dans aucun de ces cas les symptômes abdominaux ne se sont aggravés ; souvent même il y eut un amendement notable; 2 malades qui avaient des

(1) Voir son mémoire dans le t.]l, du nusdidniaehe Annaltn^ f Sf0.

(2) Au9,y %• I, p. SSf.

£1UÎIIQ0£ A UAUXJf; DOS£. 655

douleurs ombilicales très vives y accompagnées de selles nombreuses (10 à 12 par jour], prirent néanmoins une potion contenant 3 décigrammes d'émétique , et dès le lendemain la sensibilité du ventre avait presque cessé, et , chose remarquable y le nombre des selles qui semblait devoir s'accroitre sous Tinifluence du tartre stibié, diminua au contraire de plus de moitié. Cependant, je me bâte dédire quesi les intestins et surtout l'estomac 9 étaient le siège d'une pblegmasie violente , maladie d'ailleurs assez rare, il faudrait s'abstenir de donner Pémétique dont l'administration devrait nécessairement aggraver l'inflammation du ventre. La potion siibiée serait également coatre-indiquée chei les sujets qui sont affectés de quelque lésion grave de texture, dans les organes digestifs, tels que le ramollissement delà muqueusestomacale,iuduradonsquirheusederestomac, etc. Il faut aussi s'abstenir de donuer l'émédque chez les individus qui sont affectés depuis longtemps de diarrhées chroniques , le plus souvent symptomatiques , d'ulcérations tuberculeuses dans les intestins. M. Trousseau dit avoir vu périr rapidement des phtbisiques à la suite de l'administration des aatimonîaux, qui avaient aggravé Taffection tuberculeuse de Fintestin. Il conseille donc d'être très sobre des préparations stibiées dans le traitement dtis pneumonies qui affectent les phthisiques (1). Il est presque inutile de dire que l'existence d*une ou de plusieurs hernies ne saurait contre-indiquer l'emploi de la potion stibiée, pourvu qu'on eût le soin de les maintenir exactement par un bandage approprié,

La première contre-indication pour l'emploi du tartre siibîé serait, d'après Laënoec , son défaut de tolérance qui s'annonce par des évacuations trop abondantes. Je ne saurais adopter cette opinion d'une manière exclusive, car je ci ois que les efiets primitifs produits par réméiique sont utiles^ ntême quand ils se reproduisent pendant plusieurs jours de suite. Si chaque administration du tartre stibié était suivie d'un amendement dans les symptômes» il faudrait, sans contredit, en continuer l'emploi, malgré les évacuations abondantes qui pourraient survenir , si au contraire , après avoir donné pendant trois ou quatre jours , des doses croissantes d'émétique , on voyait la maladie faire des

(I) Diot. de médecine, t. 111^ p. S26.

progrès et le médicament n'être point toléré , on ne devra point insister davantage, car la prudence veut qu'on tente alors l'emploi d'autres moyens.

Un état de grossesse plus ou moins avancé est-il une contre^ indication à l'emploi de la potion 8tibiée?n*e8t-il pas à craindre en effet que les secousses violentes du vomissement, que les évacuations al vines abondantes ne provoquent l'expulsion du fœtus; un fait que j'ai observé semblerait justifier ces craintes. Ain» , une femme enceinte de quatre mois et qui était affectée d'une pneumonie de médiocre intensité, pour laquelle elle avait été saignée deux fois, avortale lendemain de Tadministration d'une potion contenant quatre décigrammes d'émétique. Cependant j'hésite à croire que ce médicament ait été la véritable cause déterminante de la fausse couche ; les évacuations avaient été en effet peu abondantes et peu répétées, et il n'y aurait pas plus de raison d'accuser l'émétique que les saignées qui avaient été faîtes avant. Je crois que l'existence de la pneumonie est la cause principale de l'accident dont je parle; pour le prévenir il C&udra donc combattre hardiment la pneumonie parles moyens dont l'expérience a démontré l'efficacité; à ce titre l'émétique devra être donné dès que l'état du pouls le permettra. Je ne crois pas qu*on doive se laisser arrêter par la crainte des secousses que les vomissemens peuvent imprimer à l'utérus, il me suffira en effiet de rappeler que les fenjmes qui éprouvent, pendant une grande partie de leur grossesse, ces vomissements sympathiques que rien ne peut modérer, n'avortent cependant pas en plus grande proportion que celles dont les fonctions digestives sont intactes. D'ailleurs j'ai donné bien fréquemment de l'émétique ou de l'ipécacuanha à des femmes enceintes, pour combattre les symptômes de l'embaiTas gastrique sans que j'aie jamais eu à déplorer aucun accident.

Dans le traitement des maladies aiguës qui affectent les femmes enceintes,il ne faut jamais oublier que l'avortement est àcraindre, moins par les moyens énergiques que l'on peut employer que par la nature et l'intensité delà maladie; la première indication est donc de s'opposer à ses progrès par tous les moyens usités.

Mais c'est ici surtout qu'il importe de ne pas outrepasser les bornes de la prudences,et si la pneumonie a été jusqu'à ce joursi fatale pour lafcmmc enceinte et le fœtus, on en trouvera peut-être

une laison dans Les saifintcs excessives qu'on a faileschei la plupart d'entre elles.

L'usage intérieur de l'éméiique finit quelquefois pavproduire divers accidens qui sont surlout frcquens du côté des orfjanes digestifs. Ainsi j'ai noté que, chez un peu plus du sixième des malades qui ODt fait usage de l'émétique à haute dose, on voyait se développer du côté de la bouche et du pliaryos, différcna pliênoinènes que quelques personnes ont nommes saturation antimoniale, expression impropre, car les accidens dont je vais parler ue surviennent pas |)ai'cB que l'économie a été saturée d'éméiique, maisbienà cause d'une action directe, immédiate et toute locale de ce médicament, sur la membrane muqueuse. Les malades qui ont pris plusieurs jours la potion stibiée accusent quelquefois uuedouleur plus ou moins vive dauslepbalyns, avec sentiment de constriclion, de sécheresse et de chaleur ; la déjjlutition est difQcile , douloureuse ; l'examen de rarrièrc-bouche ne m'a parfois rien fait découvrir d'apprétiable à la vue, si ce n'est peut-être un peu de sécheresse de la membrane murjucusei Mais le plus souvent celle-ci est rouge, luisante et sèche ; ou bien elle est tapissée par un mucus épais , visqueux et Tilant ; c'est là une augine érythémateuse. Les malades se plaignent par fo'is en mêmetemps d'un sentiment pénible de sécheresse, de chaleur et de tension dans toute la bouche, et éprouvent un goût métallique de'sagrcable , qui i^est point perceptible par l'odorat. A une période plus avancée, des pustules ou de véritables ulcérations se développent, d'abord sur les piliers du voile du paîais, à la face postcrieure< du pharynx et à la voûte palatine, sur les bords de la langue et à la face interne des joues; celte éruption ressemble tantôt aux pustules c[ue les frictions avec une pommade éniétisée produi'-- i sentsur la peau, seulement les pustules qui se développent surla membrane muqueuse sont moins grosses. Sur les bords de !a , langue et à sa face inférieure, ce sont des ulcères ronds dont le diamètre varie entre celui d'une petite lentille et celui d'une pièce deSO centimes; leur surface est grisâtre, leurs bords sail- Uds, écrases, durs et d'aspect lardacé. A la face supérieure de la

rUAITEMEWr DE LA PUCUMONlt:.

langue, au lieu de celte aHéra(ion, f'ai vu plusieurs fois de petites ulcérations linéaires, superficielles, irrégulières, disposées souvent eu zigzag, etd'une couleur rougeâtre. Toutes les parties molles de la bouche ei de la gorge, sontplus ou moins tuméfiées, *i et tapissées par un mucus visqueux que Ton détache avec peine. La parole et la déglutition- sont douloureuses et difficiles , parfois l'altération se propageant vert le larynx, les malades ëproaveiit de Tenrouement. ''

Chez huit malades qui suecombèiient aux progrès de la pllet^ monie, j'ai vu des puttiiles disséminées dans Tcesophage ; elles étaient semblables à celles qu'on voyait dans la bouche et le pharynx , sauf qu'elles étaieat moins grosses et n'avaient guère que le volume d*nn gram de cheiievis; elles étaient grisâtres et friables, je n'ai jamais rencontré d'éruptfon semblable au-delà du cardia. Quelques médecins disent pourtant en avoir va plusieurs fois dans l'estomac, et peuS«tre dans les intestins eux-mêmes. Une fois l'ai trouvé sur la grande courbure une ulcération qui m'a parti dépendre de l'émétique, mais la chose ^oit être excessivemettt rare, même lorsque le traitement a été continué longtemps et que les doses d'éniélique ont été considérables. '•- . Lorque les malades guérissent, oit f oit les pustules et les rlktr rations s'âfiaisser du deuxième au troisième jour; leur surface se détei^f enfin elles disparaissent du cinquième an huitième jour après la cessation du tartre stibié.

Les accidens dont je viens de parler se sont parfois déclarés immédiatement après la première potion ; mais % dans ces cas, les malades ne se plaignaient que d'un peu de douleur à la gorge avec ou sans rougeur, mais sans pustules. Je n'ai guère vu celles-ci survenir, que lorsque les malades avaient pris au moins , pendant deux jours, la potion stibiée.

Je n'ai pu saisir aucune circonstance qui m'ait paru favoriser le développement des accidens que je viens de décrire. On a dit que, lorsque l'enduit de la langue était épais, et que les mucosités qui tapissent la muqueuse buccale et pharyngienne étaient visqueuses , elles retenaient une partie de l'émétique qui était administré, et le mettaient en contact immédiat avec les tissus. Mais s'il en était ainsi, les pustules et Ls ulcérations, au lieu d'envahir lepliarynx , la voûte palatine, les piliers du voile du palais, la pointe et les bords de la langue, se développeraient

KMBTiQU£ A HAUTE OOS£. '059

surtout à la face supérieure de ce dernier organe^ D'ailleurs il est facile de se convaincre que les mucosités visqueuses^ ioiu d'être une cause prédisposanle , sont au «ontraire consécutives k l'inflammation érythéinateuse ou pustuleuse quienvàhit la muqueuse buccale et fkaryngienne. ^

Pour prévenir le développement de ces accidens , on |i conseillé de donner l'émétique dans une plus fprandie quantité -de véhicule ; {e doute que ce moyen soit suffitant , d'ailbufs je4t'èn puis rien dire, ne l'ayant ni essayé moi-4néme, pi vu expésimenter par d'antre*, un nombre de fois suffi«aiit. L'éruption don t. je viens de parier, même lorsqu'elle était très oonfluente, et que les malades s'en plaignaient beaucoup, ne m'a jamais paru Àse un accident assex sérieux pour exiger la suspension du traitement contre-stimulant, lorsqne,d'ailleurs, les symptômes de la maladie étaient encore asses graves pour exiger quela médication fût continuée. Quelques gargarismes émollicns eu légèrement acidaléi, sont les seuls moyens qu'on doive employer pour hâter la guérison desangines,oudesstomatites produites par l'usage de l'émétique.

M. Rayer dit que le tartre sttbié, administré à haute dose^ ^ produit quelquefois des gastrites et des entérites (1) ; mais cet auteur convient que ces inflammations artificielles sont en général moins graves et moins rebelles que celles qui se développent spontanément sans cause externe appréciable. Je suis loin de contester la possibilité de pareils accideas ^ mais je les crois peu communs, et pour mon compte, je n'ai jamais vu une véritable gastrite succéder à l'administratiim même prolongée du tartre stîbié. Il n'est pas rare au eontrûre qu'après avoir 'fait usage de la potion émétique, les malades aient ^ pendant quelques jours, des selles liquides, avec ou sans coliques, que j'ai toujours vu guérir spontanément , et qui n'ont jamais retardé ou allongé la convalescence.

Sur les sujets qui ont succombé, après avoir été soumis au traitement par l'émétique , je n'ai jamais trouvé la muqueuse gastro-intestinale difl*érente de ce qu'elle est chez les sujets emportés par les autres maladies aiguës. Chez deux seulement, j'ai noté une rougeur généralement vive de l'intestin, mais sans altération d'épaisseur ou de consistance du tissu. M. Rayer

(4) Article Antimoine t du DUu de méd et chir, praU t. S, pag. SS.

660 TBAiiEMËM U£ LA mu

avouB <!galetneiit qu'il n'a pas trouvé l'estomac et les iuleslîns nolablemeot enflammés cliez les pneumoniqties qui étaient morts après l'emploi de l'émëlique. Stram.bio, cet adversaire ardent de la méthode contre-stimulanie en Italie, a aussi public quinze observations de pneumonies observées par Piato à la clinique de Kasori , et qui se sont terminées d'une manière (a~ nuste; dauala plupart de ces cas, on voit que les organes digestifs étaient parfaitement sain s, quoique quelques-uns de ces individus eussent pris jusqu'à la dose énonne de 31 grammes d'émétique (1 once). Stranibio ajoute toutefois que , chez plusieurs , l'estomac fut trouvé enduit intérieurement d'une humeur rouge semblable à un sirop fortement cliar^jé de kermès et que la membrane offrait de la rougeur (1). Cette description est insuffisante pour déterminer s'il y avait là une véritable plilegmasie ; mais, â supposer que celafût, les faits du docteur Strambio n'en démontrent pas moins que, même en donnant l'emétique à doses énormes, il est rare de produire une inflammation dans les organes digestifs.

Il est un symptôme que je n'ose pas appeler précisément un accident , mais qui néanmoins est quelquefois fort fatigant pour les malades; je veu» parler du hoquet. Ce phénomène n'est pas rare ; loutefoid je ne saurais préciser son degré Je fréquence, car je ne l'ai guère noté dans les cas où il fut tout à fait passager. Chez 8 malades, dont 2 ont succombé, le hoquet persista plusieurs heures; deux fois je l'ai vu durer pendant deuï et trois jours. Ce symptôme est survenu à peu pris indifleremmcnt après des effets primitifs nombreux, ou après des évacuations peu fréquentes ; une fois il tut assex opiniâtre ches un sujet qui présenta constanuuent de la tolérance. Le hoquet cesse, en général, spontanément; dans les deux cas où il persisia plusieurs jours, j'ordonnai quelques antispasmodiques et de l'opiiiui, mais la lenteur avec laquelle il cessa me porteA croire que les médicameus n'avaient eu probablement aucune influence dans sa disparition.

Trois malades éprouvèrent momentanément une reluulion d'urine après l'administration dn tartre stibié. Il est naturel de rapporter cet accidenta la médication, puisqu'il n'a été observé chez aucun des pncumoniques traités par d'autres luéthodef.

(I) Intorno il modo agire del taiioio ttibiato, Milano, Iftas.

indiTidua, on fut obligé de pratiquer le cailiéié-

arsisia <[ae pci

Clicx ces trois ii risme; la rétentioH d'u

viugt-quatre lieures. '

Ne peut-il pas arriver que l'éinétique administré à haute dose pour guérir la pneumonie, produise la mort par suite d'un vc'ritable empoisonnement ? C'est là uue f;rave question qui ne saurait èU'e encore résolue d'une manière certaine. J'ai tu une' l'etnme afFiictée d'une pneumonie jjrave, mais dont le mode de terminaison était encore incertain , éprouver, après l'administration de la deuxième potion slibiée , des symptômes exti-cmement fâcheux. Ainsi la malade que je quittai la veille dans uaétat presque satisfaisant , était agonisante le lendemain matin f sa figure offrait une pâleur mortelle, ses traits étaient pixifoodément altérés, ses yeux égarés, ses paroles incohérenles, le pouls était d'une petitesse et d'une fréquence extrêmes , ss peau froide et couverte d'une sueur visqueuse ; enfin quatre' Leures plus tard celte malheureuse avait cessé d'exister. L'hépatisatlon roujji! et grise du lobe supérieur, que je trouvai à l'autopsie, était une lésion suffisante pour expliquer la mort de la malade, mais la pneumonie seule pouvait-elle rendre compte des acciJens formidables qui apparurent brusquement trentesix heures environ arant la mort ? La chose n'est pas impossible, mais ce n'est pas là la marche ordinaire de la pneumonie pri'^ mitif; aussi je ne puis m'empécher de soupçonner que l'émétique a peut-être eu quelque part dans la produt cidens. D'ailleurs, quelques expériences faites si vans, el en particulier celles de M. Rayer, ont l'influence de fortes doses d'émétique, les animaux ( baient sduvent d'une manière rapide, sans que Vex viscères présentât des lésions appréciables. On a dit que plusieurs malades traités par Kasori lui-même étaient morts victimes de sa méthode; ainsi le docteur Stiaoïbio , dans le travail que j'aidéjà cité, rapporte qu'à l'ouverlure des cadavres de plusieurs pncumoniques nions dans le service de Itasori, après avoir pris des doses considérables d'émétique, ou ne troura, ni dans . les poumons, ni d:ms le tube digestif des lésions sullîsanles pour expliquer la terminaison fatale. L'auteur su]>pose que la mort fut dans ces cas le rêsuUal de Vèpuhemenl des forces vitales, produit par l'énoiine quantité de (arire slibié qui avait été administre

r les animaux vi

6ÇS : TRAITEMENT DE LA PNEUMOMUE.

L'opinion de Strambio peut être yraie» mais elle n'est pas prouvée ; d'ailleurs rextrême concision^ Fabsence même des détails les plus importans dans Tautopsie diminuent beaucoup la confiapce qu'on auraitpu avoir dans les observations de Uauteur.Ges détails étaient ici d'autant plus indispensables» que M. Stram* hio s'était posé comme l'adversaire de la doctrine rasorienne i il aurait du, pau* cqnséquent| justifier ses préventions, en présentant des faits assez circonstanciés pour entraîner la conviction du lecteur. Enfin Giacomini (1) a observé lui-ménae des effets V>xiques sur trois malades qu'il a traités à sa diDique » e|b chez lesquels la dose du remède avait été portée au-ddà des eiugences de la matadie. Chez ces individus, il n'y eut ni voraîa» seniens ni selles , mais il remarqua un refroidissement général,, de la pâleur, de l'immobilité, l'engourdisseilient, la peti* tasse et la faiblesse du pouls, la face hippocratique et les délûU lances > aocidens qui ont beaucoup d'analogie »vec ceux que j'observai moi-tntme chez la femme dont j'ai parlé précédemment...

Je crois,: en résumé, qu'il existe actuellement quelques faits qui semblent prouver que l'émétique administré .à haute dose a parfois produit des symptômes d'empoisonnement ^ on a vu également que cet effet toxique de l'émétique ne se révèle pas par une snpespurgation, mais par des symptômes de collapsus qui semblent indiquer que le médicament absorbé a porté Bfé* cialement une atteinte profonde au principe de l'innen^^oo. Bans les cas où on s^nit témoin d'un pareil malheur, on devra à rinstai|t suspendre l'administration du remède , et l'on don*» nera à l'intérieur le vîu , l'alcool , les éthers, qui sont les substances qui peuvent diminuer ou dissiper le plus promptement les effets toxiques du tartre stibié. Les médecins italien» oonseiW lent aussi P^opiuin, mais ce médicament ne devra être admini* stré que lorsque lea vomissemens et les selles étant très-abondans» il y aura un grand intérêt à les supprimer pour ne pas augmenter l'état de déiifailtté des sujets.

J VII. Miuié d'ûûtion de téméliqÊe demi à haute dùie.

On a cherché k se rendre compte dtt mode d'action de Té*

(4) Traité pk* et exp, de mat, méd. et dé théra»^ p. sei ôt la tfS* ddction frâoçaiékf. ' ' •

EMiTIQUE A HAUTE DOSF. 663

mëtique donné à haute dose pour amener la résolution de la pneumonie, Rasori, fidèle à sa doctrine, reconnaissait à Téniétique une actipn fortement contre-stimulante , c'est-à*dire qu'il donnait ce médicament^ dans le but de modérer et d'abattre cet être idéal qu'il nompait la force de stimulation et qu'il croyait être en excès dans le; cas de pneumonie. Suivant lui, la saignée et l'émétique agissaient de la même manière; la première^ en enlevant au système vasculaire une portion de la matière stimulante dont il est rempli ; la seconde, en portant sur tout; le tube digestif une puissance contre-stimulante énergique* Mais cette explication de Rasori n'est qu'une hypothèse , car rien ne démontre l'existence des forces occultes qu'il a supposées.

Laënnec, frappé de voir des épanchemens liquides ou des engorgeraens viscéraux disparaître d'autant plus proknptement , se résoudre d'autant plus vite par l'administration de l'émétique à haute dose , que ce médicament n'avait produit ni vomissemens ni selles , admettait que le^ tartre stibié agissait en augmentant l'énergie de l'absorption interstituelle, particulièrement quand il existe dans l'économie un surcroit d'énergie , de ton ou de pléthore (1 ), M. le professeur Trousseau (^} ne voit au contraire dans les préparations aatimoniales que des ag'ens toxiques dont l'influence se fait spécialement sentir sur le cœur et le poumon , tandis que M. Téalier s'explique l'action de l'émétique à haute dose , en supposant que ce médicament est un puissant sédatif du système nerveux, et croit que c'est en agissant primitivement sur ce système, qu'il ralentit ensuite la circulation (3). Enfin, plusieurs auteurs modernes, parmi lesquels je citerai Broussais , Dance et Barbier (d'Amiens) , ne reconnaissent à l'émétique aucune propriété spéciale ; ils croient que ce médicament n'agit que comme un dérivatif puissant, car il est appliqué sur une grande surface ; ils pensent aussi qu'il est utile par les évacuations qu'il provoque* M. Chomel croit également que les voinissemens ont peut-être un autre mode d^action que l'effet évacuant : il suppose que les secousses qui ont lieu pendant l'acte du vomissement , en resserrant la poitrine et en compri-

(l)^iU., t.I,p..6W.,. .

(a) Dieu de Méd^^ari, Antimoine,

•3) 7 artre stibié, Fark, <859,p. 422.

TRAITEMENT DE LA PHTOMONrE.

mant le poumon, peuvent exprimer mécaniquement les mncosites et les liquides qui obstruent, qui engoi^ent le viscère malade, et favoriser ainsi la résolution de Tengorgement pulmonaire; cet effet me paraît assez probable.

Je ne crois pas qu'on doive admettre que Téniétiqne n*a qu'une action révulsive, et qu'il n'agit pas autrement que tout autre vomitif ou purgatif, car, s'il en était ainsi , comment expliquer ces améliorations rapides qui surviennent, douze, vingt-quatre ou quarante-huit heures après l'administration d'une potion siibiée, sans que les malades aient éprouvé aucune crise , aucune douleur , aucune évacuation qui puisse rendre compte des changemens favorables qu'on observe. On sait que Rasori , que Laënnec et que beaucoup d'autres, s'efforçaient de provoquer le moins possible les évacuations ; tous leurs soins étaient dirigés à obtenir le plus vite une tolérance complète ; beaucoup de leurs malades ont guéri néanmoins ; résultat qu'on ne peut s'empêcher de rapporter à l'émétique , car les autres moyens de traitement qui fureht employés furent souvent nuls et peu actifs. Cependant les médecins qui expliquent les avantages de l'émétique dans la pneumonie, par une action révulsive sur le tube digestif, semblent eux-mêmes admettre un autre mode d'action, à en juger du n)oius par leur pratique. En effet , ils donnent tous le tartre stibié à haute dose et d'après les principes de l'école contre-stimulante; s'ils pensent j^Uement que ce médicament n'agît que comme révulsif, il est parfaitement inutile d'en administi*er une aussi grande quantité, il y aurait même alors plus d'avantage aie prescrire à petite dose, et suivant la méthode de Rivière, comme on le donne quand on veut qu'il n'agisse que comme évacuant. Pour déterminer d'une manière rigoureuse si l'émétique agit plutôt par ses effets révulsifs que par une action spéciale consécutive à son absorption , il faudrait posséder un grand nombre d'observations de pneumonies traitées par l'émétique « afin de déterminer si les malades qui ont toujours eu des effets primitifs nombreux ont gtiéri en plus grand nombre et plus vite que les individus qui ont constamment présenté le phénomène de la tolérance. Malheureusement je ne puis moi-même établir celte comparaison , attendu que la tolérance complète a été raro chez mes malades , puisque je ne l'ai observée que chez douze .

EMSTIQUE A HAUTE DOSE. 665

Nous avons dëjà dit que, sur ce nombre, neuf avaient succombé. Ces faits sont-ik favorables à la doctrine de la révulsion ? peut-on en conclure rigoureusement que cette grande mortalité n'aurait pas eu lieu si , en place de la tolérance que les malades ont eue constamn^ent, ils avaient éprouvé quelques effets primitifs? il est impossible de l'affirmer. D'ailleurs, si la tolérance a toujours eu lieu chez ces malades , il faut en rechercher les causes dans l'âge avancé des sujets, dans la gravité de la maladie, circonstances qui avaient rendu les organes digestifs moins impressionnables à l'action de Témétique.

Chez les trois malades* qui guérirent sans avoir présenté d'effets primitifs à aucune époque du traitement, l'amélioration commença après la seconde ou la troisième potion, et IsHIonvalescence était complète un peu avant la fin du quinzième jour; c'est-à-dire un peu plus tard que chez les malades qui éprouvèrent quelque évacuation ; néanmoins Tamclioration fut assez rapide chez ces sujets après l'admiolstration de l'émétlque, pour qu'on soit force d'admettre que ce médicament a réellement exercé une influence salutaire. Comment supposer qu'un remède aussi actif que l'émétique n'ait d'efficacité, dans la pneumonie, que par les effets évacuans , tandis que la chimie a prouvé qu'il était absorbé et que, mêlé au sang, il était porté ensuite dans tous les organes de l'économie. Ce fait , annoncé pour la première fois par M. Magendie, en 1813 , vient d'4|te démontré d'une manière positive par M. Orfila. Ce professeur ayant en effet analysé, par des procédés particuliers et soumis à l'appareil de Marsh , les principaux viscères (les organes sécréteurs surtout), de plusieurs individus morts de pneumonie, et qui avaient pris, pendant la vie, dell'émétiqueà haute dose, est pai*venu à retirer Tantimoine métallique de la portion de tartre stibié qui avait été absorbé (1). La sécrétion urinaîre est la voie principale par laquelle l'émétique, qui a pénétré dans le sang , est ensuite éliminé de l'économie; M. Orfila a, en effet, extrait une certaine quantité d'antimoine métallique , de l'urine provenant de plusieurs individus atteints de pneii|^nie qu'où avait traités par de fortes doses de tartre stibié; le niétal a été retrouvé aussi bien chez ceux qui avaient toujours eu des effets primitifs, que chez

(I) ilfem, de fAc. royale âentéd'., Paris, 1840, t. Vllf, p. 508.

666 TRUTRHeVT DB LA PMEUHOIIIE.

les malades qui avaient toujours présenté le phénoinèoe de la lolt'rnnce. L'ométîque parait èlre éliminé ussez rapidement, à en juger du moins, par une seule expérience de M. OrGla , qui n'eu a retrouvé aucun vesliee dana l'urine d'un malade qui aTait été rendue trois jours après l'ingestion de la dernière potion stibiée. I

Les faits qui précèdent doivent faire supposer que l'émétique administré dans les cas de pneumonie , agit à la fois et par l'action révulsive qu'il exerce sur le tube digestif, et par les diangemens que son absorption doit amener dans la DUtrilion | des tissus. Quant à son action iotijiie, nous l'ignorons, comme nous ignorons celle de presque tous lus médicameos. Il nous est également impossible de déterminer, d'une manière rigoureuse , l'organe ou l'appareil sur lequel se déploie de préférence soD action. Cependant , à en juger par les effets qu'il produit, il ■ est rationnel de penaer, que réméiique donné ù haute doie, exerce une action spéciale sur les appareils de la circulation et de l'innerva ttou. Sur le premier, U aune influence sédative, puisqu'un de ses effets les plus immcdiais et les plus remarquables, est un ralentissement considérable daus le nombre des pulsations artérielles et un affaiblissement de l'énergie des contractions du cœur. L'action de l'émétique , sur les centres seiislllfs est prouvée, par l'accablement, par le brisement dis forces et l'altération profonde dans la contractilité musculaire-, phénomènes moins constants que les premiers, mais qui sont souveol portés à un très baut degré , et qui sont d'ailleurs indépendaos des évacuations plus ou moins nombreuses que le médicameot a produites, puisqu'en effet les phénomènes de coUapsus ou d'bypostbéoie générale peuvent exister à un haut degré', bien que l'émétique n'ait jamais provoqué ites effets primitifs. Enfin les sueurs abondantes , la diminution de la colorificatioa , qui sont un des effets ordinaires de l'administra lion de l'émétique ' à haute dose, semblent tenir à la fols de l'action directe que le | mcdicamem eierc:: sur les appareils circulatoire et aensitit- D'après toutes ces considérations, je pense qu'on doit admetlK que l'éméiique administré à haute dose exerce une action eéuérale,inlime, occulte, et que c'est à elle surtout qu'il fauirapporter les effets avantageux que la médication produit dans lestuladieBSlhéniqucs. Enfin je r8garderaL-lionLocalsdii.ttirt(|BI|ittt

sur le Ittbc digestif» comme étant a? antageuse sans doute« mais elle ne me paratt être qu'accessoire.

% Vin. De quelques autreà préparations anUimonialés en^loyees dans

le iftâUment de ta pnamome,

' Plusieurs autres préparations aûtimonlales ont éi4 encore administrées à haute dose dans le traitement de la pneumoniei on a surtout Vanté le kermès et Tox jde blanc d'antimoine.

1* Du kermèfé

Le kermès minéral (sous- liydrosulfate d'antimoine) n'est généralement employé que dans les cas de bronchite^ ou au déclin des pneumonies^ à titre d^expeelorant^ et en quantité peu cpnsidérable : cependant quelques praticiens, et dans ces der-* es années, M.le professeur Trousseau surtout, l'ont donné à plus haute dose durant tout le cours de la pneumonie^ et l'ont regardé comme exerçant une action analogue de celle du tartre stibié. M. Trousseau dit , en effet (1), que dans le tmitentent de la pneumonie, le kermès ne le cède en rien à l'émétiqueî il lui trouve même ravantage d'être moins violent et de causer bien plus rarement ces inflammations consécutives de la portion sus diaphragma tique des organes digestifs. M. Rayer a pu, en effet, porter la dose de kermès jusqu'à près de 5 grammes (90 grains) souvent sans provoquer aucune douleur gastro'-intestinala ni des vomissemens ni de la diarrhée (2). Suivant ce dernier obser-^ vateur, le kermès purge plus souvent qu'il ne fait yomir, et (ait moins rarement disparaître les premiers symptômes d'uns pneumonie que l'émétique; enfin, il est parfaitement démontré, pour M* Rayer, que la préparation dont nous parlons, à la dose de 3, 4, 5, 10, 15 ou 20 décigrammes et plus, n'a pas une action salutaire aussi marquée qu'on l'a dit, contre les pneumonies hépatisées et qui ne sont pas accompagnées d'expectoration (pneumonies sèches) • Cependant M* Rayer a vu plusieurs cas de pneumonie où l'emploi du kermès à haute dose a été réellement avantageux.

Il est à regretter que MM. Trousseau et Rayer ne nous aient

(i] Traité de thérap,, t. Il, S* palrtieip*. S9S,

(2) Dict» de Méd, et de chirurgie pratiques, art. Antimoine»

668 TEJLITEHENT DE LA rNEDMONIE.

pas donné une analyse plus complète îles faits qit'its avnïeni oliïen'és et auxquels iU auraient donne un grand ioldrêt, en le comparant à ceux, où d'autres modes de traitenieot avaient éé eiuploj-es. Pour moi , n'ayant encore recueilli aucune obBervation sur les effets thérapeutiques du kermès dans U pneumonie , il m'est impossible d'émettre aucune opinion sur la confiance qu'on peut avoir dans ce médicament. D'ailleurs, quelques Taits consignés dans le travail de MM. Rilliet et BarlLez semblent prouver que le kermès peut être utilement employé dans la , pneumoiiie deseofans, chez lesquels on a porté quelquefoù ' la dose jusqu'à environ 1 gramme (IS grains) (1).

En Italie , le kermès parait être tiÈs généralement employai on bt,eneiret, dans le Traité de Thérapeutique et de Matière médicale du professeur Giacomini (2) que l'usage de prescrire le kei-mès minéral dés le début de la pneumonie, I en même temps que la saij;;née , est généralement adoptée, I non comme jadis, à un ou deux ceuli{p:ammes par jour (un I quart de grain à un demi-grain); mais bien à 20, 50, lOOcen- I tigrammes (4, 10, 20 grains), et toujours avec des résutlali I avantageux. Dans les îiiflauimatious des organes pectoraux , od llepréfèregéoéralementau tartre stibié, etil estmême desprati' 1, ciens qui commencent et achèvent le traitement avec lui seal. L Enfin dans ces derniers temps on a publié en France, quelques Bnoles qui sembleraient juslîGer la confiance que les m^decini Litaliens ont dans le kermès. Ainsi M. le docteur Double dît I avoir traité 33 pneumonies par des saignées modérées, aui- I quelles il faisait succéder l'usage du kermès, dont i! portailh Ldose de 3 à 10 grammes ( 55 à 180 grains). Sur ces trenlc L trois pneumonies il n'y a eu qu'un seul cas de mort , mois je t -crois que l'âge généralement peu avancé des malades et le pei I de gravité de la maladie expliquent ces résultats avantageux (3); L enfin je ne crois pas devoir insister ici, sur les douze obserr»- L lions de pneumonies, que M. le docteur Lemarchand a publièd L pourpronver l'utilité du kermès dans la pneumonie employé» I tnulianément avec l'usage des saignées générales et locales (fl-

K (l) Loc. cit., p. ISS,

L (3) P. Il'l de In traduction fraoçaiic.

■ (3) Joui it. des Conn. Méd. Chirurg.,n' di^ nov, 1SS9. ^

(t) Jomn. f?pj Conn.MéJ. Chi,:,v.' At^ Usurier, 1B18.

C'est pieciséuientà cause de cette aGSOciation qu'il est impossible de rien conclure des faits publiés par le médecin dont je parle. Tout ce que je viens de dire parait devoir s'appbquer à l'hydrosuifatc sulfuré d'antimoine, (soufre doré ) qui a sur i'écocoiiiic animale, la même action que le kermès ; on le donne aux mêmes doses que celui-ci. Quand on administre ces substances , il faut se rappeler qu'elles son! insolubles; aussi, lorsqu'on les suspend dans une potion gommeuse, on devra prévenir le malade de bieu agiter la fiole cliaque fois, avant de s'en servir.

2" Oxyde blanc d'antimoine.

Plusieursautres préparations ittsohiblesd'antimoine, telles que l'antimoine diaplioréliquelaTé,etlesdivers oxydes etacides de ce métal, étaient rej^ardces, en 1832 et 33, par M. Trousseau, comme ayant une {jrande clGcaciie dans le traitement des pneumonies; mais depuis celle époque , ce professeur ayant continué ses recberclies, n'a plus obtenu des résultais aussi avantageux. Il paraît même qu'eu 1838, M. Trousseau avait exclu du traitement de la pneumonie tous les antimoines insolubles, à l'exception du kermès et du régule, auxquels il reconnaissait encore un certain degré d'activité. Depuis les publications de M. Trousseau, quelques autres médecins ont recueilli et publié de nouveaux faits, relatifs à l'emploi de l'oxyde blanc d'antimoine dans la pneumonie, spécialement chez les enfans. Ces observations sont ëpartes dans les Thèses de la Faculté et dans les Jtecueils ScicnliËqucs; j'en ai lu un f![rand nombre, et j'avoue que la plupart sont loin de démontrer que cette préparation antimonialc ait été réellement avantageuse. Chez les uns, en effet, l'oxyde blanc fut donné en même temps que les malades étaient plus ou moins largement saignés, de sorte qu'il est impossible de faire la part qui revient, en particnlîer , à chacune de ces médications ; chez d'autres la pneumonie était manifestement dans sa période de décroissance lorsque l'oxyde blanc fut administré, il serait donc peu juste de lui attribuer la guérison.En fm, chez un jjratid nombre de malades, où la préparation antimoniiile fut prescrite pendant que la pneumonie était slatiounaire ou continuait même à s'aggraver, l'amélioration a été tellement Icnlc, il s'est écoulé un temps si long entre l'administration du remède et la diminution des symptômes, qu'on

hësîte souyenC à attribuer à la médicttîoii , les eifeU que Vm t <ibmrréSf^euËrà pouvant, avec tout autant de mitoa, étreiipportésnx fantea de la namre.

Ce|wmJint il y a qatiqam UitM qui, sans contredit^ somUot | prourer Fatilitë des antioMniaiu; ÛMolubl es dans le ttaitesMit de la pneumonie ; je dterai en partiGulier plusl^ius des eln»' ▼alîoos que le docteur Patin a consignto dane nm thèse iaaipraie (1). L'amâioration dans les sympCAmea générnuE et bcâi a suin de si près Tadministration dn remède, fHnsqa'eUi «t généralement survenue après le premier ou le deuxième JQV| qu'il est difficile de ne pas le rapporter au traitement qu'oat suivi. Quelques-uns de ces bits sont d'aiHears, d'antant phs favorables aux ancimoniaux , que les malades ne furent psisK saignés ni soumis à aucune antre médîcatioa active. Hais, psv prouver l'eiBcaeité d'un traitement^et surtout pomrdéoiontnrn supériorité sur toutes les autres méthodes rivales , il fnrt assseulemènt des faits plus nombreux , plus variés , mais il tuâ encore que ces observations aient été recueillies dans des tcaip diCCérenSf afinde démontrer, que Tinfluence du remède, diéi^ dépendante de l'action qu'aurait pu exercer sur la mardis A la maladie une constitution médicale passagère.

M. Rayer a voulu aussi expérimenter Tantimoine diaplMté* tique dans le traitement de la pneumonie ; il l*a dcmné A h dose de liuit ou douze grammes (deux à trois gros) pendant phi de huit jours, sans produire de dérangement notable dans ksorganes digestif» ; tous les malades ont guéri ; mais trop peucoafiant dans Faction du remède, M. Rayer employait de eoanrt la saignéç, de sorte que Tiofluence que la préparation antisMniale a exercée sur la pneumonie^ reste incertaine. Quant à son action sur Testomac et les intestins, elle a paru être à M. ftqrcr beaucoup moins prononcée que celle du kermès. MM. Rillietct Barthes sont arrivés au mêmes conclusions ; ils n'ont reconnu a Toxyde blanc aucune action sur les voies digeatives pendant b vie» et doutent de leur utilité dans le traitement de la pnenasnie ches les enfsns.

Je n'ai pas recherché par moi-même si l'oxyde blanc poufsit être, utile dans les inflammations pulmonaires; mais j'ai fs-

(I) Tkèm ds Pmnâ^ n* lOf, de ISSS.

OXTOt BLAKt, u'iNllMOiRE. 671

cueilli dans divers services dix-sept observaiions où ce médicament fut administré.

Les dis-s^t malades dont je parle étaleut jeunes, car leur inoyenoe ae dépassait pas trente-irois ans ; leur piieuiuooie était généralement grave, tous avaient éié plus ou moins largemeiitiiaigués, lorsque L'uxyde blaacd'anliiQoiae fut administré. Sur ces dix-sept malades , cinq succombèreni , sans que la préparation anlinioniale qui fut portée à la dose de huit ou douie grammes , dans les vingt-quatre heures , ait jamais euipèché les symplômes de ^'aggraver 'a <:liaque instant. Parmi les douie malades qui ont guéri, il en est neuf dont la guérison oe peut être rapportéeà l'action de l'oxyde blanc d'antimoine sur les poumons, puisqu'eneiFct, chez les uns, ce médicament fut administre' à une époque où la maladie, si elle ne commençait déjà à décroître, avait cessé de s'aggraver ; chez les autres une ou plusieurs saignées ayant été faites dans le même temps, il est impossible de dire le remède qui a en la plusgraude part dans la diminution des accideos. Chez trois malades seulement, la était encore grave et continuait à faiie des progrès

rsque L'on tenta l'emploi de l'oxyde blanc d'andmoine à la dose de quatre à douze {[ranimes iramélioralioii fut prompte, car CM individus furent soulagés vingt -quatre ou quaranie-huit heures après l'admiuislration de la première potion , de sorte qu'il est naturel de rapporter cet effet au médicament employé. K j'en excepte un seul malade , qui eut, après raduiinistratiou d'utie première dose d'oxyde blanc d'antimoine, trois selles liquides et très fétides, tous les antres individus suppovièrént parfaitement le remède, qui ne détci uùna aucun trouble appréciable du côté des fonctions digesiives.

D'après les faits qui précèdent, et dans l'état actuel de la science, on doit admettre, que quelques médecins ont beaucoup trop exagéré l'utihle des antimoniaux insolubles, et en particulier de l'oxyde blanc dans le traitemeni de In pneumonie. Je ciois aussi que ceux qui ont regardé ces médicamens comme étant absolument inertes ont été peut-être injustes. Je pense en eftel qu'ils ont été quelquefois utiles , et les praticiens auraient tort de leuoncer tout à fait â leur emploi. Cependant, je crois que les aniinmaiaux insolubles ne devraient être administrés, que lorsqu'il y a Impossibilité absolue de donner le

(Î70 TRUTtMiiKTr BE L* PNtUWUME-

hésite souvent à attribuer k la mcdicaiion , les effets que l'on a observés, ceux-ci pouvant, avec tout autant de raison, être rapportés aux forces de la nature.

Cependant il y a quelques faits qui, sans contredit, seinbleot proorer l'utibté Je* antimoniau\ insolubles dans le traitemenl de la pneumonie ; je citerai en particulier plusieurs des obKt^ rationa que le docteur Pniin a consignées dans sa thèse inau^tirale (1). L'amélioration dans les symptàmes généraux et locaux a suivi de si près l'ad mi nist ration du remède, puisqu'elle eit généralement survenue après le premier ou là deuxième jour, qu'il est diUicile de ne pa; le rapporter au trailement qu'où a fluivi. Quelques-uns da ces laits sont li'ailleura, d'autBnt ptiu favorables aux antiinoniaux , que les malades ne furent point saignés ni soumis à aucune autre inétlicatioa active. Mais, pour prouverl'efficaeitéd'un irailement,et surtout pour démontrer u supériorité sur toutes les autres métbodes rivales , il tant dodseulement des faits plus nombreux , plus variés , mais il faut encore queces observations aient été recueillies dans des letnps différens, afmdt; démontrer, que l'inâiience du remède, a été indéjiendante de l'action qu'auratt pu exercer sur la marche de la maladie une constitution médicale passagère.

M. Kayeravoulu aussi expérimenter l'antimoine dtapboré' tique (lans le trailement de h pneumonie ; il l'a donné i dose de huit ou liouïe grammes (deux à trois gros) pendant plu^ de huit jours, sans produire de dérangement notable dans lesorganes digestifs ; tous les malades ont guéri ; mais trop peu et fiant dans l'actiou du remède, M. Rayer employait de conceil la saignée, de sorte quu l'inHueBce que La piéparatiou antimoniale a exercée sur La pneumonie, reste incertaine. Quant à son action sur l'estomac et les intestins, elle a paru être à M. Rtya beaucoup moins prononcée que celle du kermès. MM. Rilhetci fiarihez sont arrivés au mêmes conclusions ; ils n'ont reconnu i l'oxyde blanc aiurune action sur les voies digestives pendant l( vie, et doutent de leur utilité dans le traitement de la pneuin*oie chez les en fa os.

Je n'ai pas redberclié par moi-même si l'oxyde blanc pounii être utile dans les iaHunmations pulmonaires; mai< j'ki iT

(liThéaude ffmU,v.' KiR.dciaas.

cueilli dans divcri) services dix-sept observations où lc tnédicament fut aduiiniâtri'.

Les dix-sept malades dout je parle éiaieut jeiuids, car leur moyenne ne dépassait pas trente-irois ans; leur pueumonie ëtait générale m eot t'^ave, tous avaient hé plus ou moins largement saigués, lovsque Tuxyde blanc d'à nli moi ne fut administré. Sur ces diit-sept malades , cinq succombèrent , sans que la préparation aatimouialc qui fut portée à la dose de buit ou douze grammes , dans les vingt-qualre beures , ait jamais empêcbé les sympiâmes de R'aggravet' à i^baque instant. Pai'm.î les douie malades qui ont guéri, il en est neuf dont la guérison ne peut être rapportéeà l'action de l'oxyde blanc d'antimoine sur les poumons, puisqu'on effi't,chei les uns, ce médicament fut administré à une époque où la maladie, si elle ne commençait déjà k décroître, avait cesse de s'aggraver ; cbei les autres une ou plusieurs saignées ayant été faites dans le inènie temps, il est impossible de dire le remèdo qui a eu la plus grande part ilans la diminution des accidens. Cliex trois malades seulement t la pneumonie était encore grave et continuait à faite des progrès lorsque l'on tenta l'emploi de l'oxyde blanc d'antimoine à la dose de quatre à douze grammes; l'amélioration fut prompte, car ces individus furent soulagés vingt -quatre ou quaranle-lmi[ heures après l'admiuislration de la première potion , de sorte qu'il est naturel de rapporter cet effet au médicament employé. Si j'en excepte un seul malade , qui eut, après l'administra lion d'une première dose d'oxyde blanc d'antimoine, trois selles liquides et très félidés, tous les autres individus supportèrent parfaitement le remède, qui nn délei uiiaa aucun trouble appréciable du côté des fondions digeslives.

D'après les faits qui précèdent, et dans l'état actuel de la science, on doit admettre, que quelques médecins ont beaucoup trop exagéi'é l'utilité des autimoniaux iusolubles, et en particulier de l'oxyde blanc dans le traitemeni de l.i pneutnolùe. Je crois aussi que ceux qui ont regardé ces luédicamens comme éiant absolument inertes ont été peut-être iujusies. Je pense en eflet qu'ils out été quelquefois utiles , et les praticiens auraient tort de renoncer tout à fait à leur emploi. Cependant, je crois que les antiinoniaux insolubles ne devraient être administrés , que lorsqu'il y a impossibilité absolue de donner le

672 TBAlïHMENT DE LA PMEUBIOVIE. 4^

tartre stibié. Si j en effet , les organes dîgestifd étaient le siège de quelque grave altération^Jont rémétique pourrait hâter les progrès , il serait prudent de le remplacer par l'oxyde blanc d'antimoine, qui^ conime nous TaTons tu, trouble rarement les fonctions digestiyes.

La dose de l'o9iyde blanc d'antimoine sera pour les en(ans à la mamelle de trois à dix décigrammes ; pour les adultes, elle varie entre deux et seize grammes. Le médicament est suspenda dans un looch ou une potion gommeuse, qu'on donne par cuillerée d'iieure en heure. On recommandera au malade d*agitèr sa potion chaque fois qu'il en use , à cause de la tendance de l'antimoine à se précipiter.

%IX, De quelques autres tne'dicamens conlresimulans.

Les préparations antiinoniales ne sont pas les seuk médicamens qui aient été employés dans la pneumonie, à titre de contre-slimulans par l'école rasorienne ; on a encore signalé plusieurs autres substances comme ayant des propriétés analogUA à celles du tartre stibié , et on a surtout préconisé, dans ce btSJL. Tacétate de plomb , la digitale et l'acide hydMtyanique. ^

l* Acétate de plomb. ..

L'acétate de plomb a été administré par les contre-stimuilistes jusqu'à la dose de 4 grammes par jour. Ils ont dit j que ce médicament avait pour effet, comme les préparatioiis \ aiûimoniales , d'abaisser le pouls et la vitalité générale; touteft^ je ne connais encore aucune série d'observaitions asses exactes pour justifier la confiance que quelques personoci paraissent avoir eue dans l'action de l'acétate de plomb, >■[ pour guérir les pneumonies. Un médecin allemand , le docteur Scharf, a publié pourtant, il y a quelques ' années (1), un mémoire , dans le but de prouver que ce remède jouissait d'une grande efficacité dans les inflammations pulmonaires; mais ce travail né peut inspirer aucune confiance; rien ne prouve en efiiet que l'auteur ait traité de véritables pneumonies, car, pour établir son diagnostic, il paraît n'avoir employé ni It percussion , ni l'auscultation , et les autres symptômes n'ont âé

( h ) Rast magazitit vol. 48.

indiqués que d'iiiiu manière peu précise. D'aillturs, à supposer ^e tous les malades de M. Scharf aieul été atïectés de pneu- Hionie , lien ne prouve qu'ib aient guéri soua l'înAuence de l'acctaie de plomb , puisque tous ces individus ont été saignés nue ou plusieurs fois, et qu'indépendamment de l'acétate de plomb, qui d'ailleurs , n'a pas été donné à haute dose , on a ■usai administré concurremment l'opium et la digitale. L'emploi de l'acétate de plomb dans la pneumonie paraît être une pratique assez répandue dans une partie de l'Allemagne ; on sait en effet que Richler a préconisé une potion que les malades prennent par cuillerées , toutes les trois heures , et qui se compose d'acétate de plomb, 2 décigrammes ; teinture d'opium, S grammes; eau disUllée , 156 grammes; sirop d'althœa, 32 grammes (3). Mais, je le répète, il est impossible d'avoir aucune espèce de confiance dans les travaux l liera peutiqaes entrepris dans les pays d'outre Rbiu, où la polypharmacic est encore en honneur , où les substances tes plus aciives sont administrées B concurremment , de telle sorte qu'il est impossible d'assigner à ^Lchacune la part qu'elle a eudans les succès oDIes revers. A jouions ^^ enfin que les médecins allemands ne sont pas encore assez pér néirés de la nécessité qu'il y a, avant d'expérimenter un remèdei d'établir le diagnostic de l'afFection sur des bases certaines. C'est ce qu'on remarque eu particulier pour les malades traités par l'acétate de plomb, et qu'on dit avoir été atteints de pneumonie,

»sans qu'il soil bien certain que telle a été en effet la nature de la nuiladie.

2° Digitale.

Ha^ori dil avoir reconnu des propriétés contrcatimulanles à la digitale employée à haute dose ; il a administré en eifet ce médicament dans la pneumonie , au même titre que le tartre siibié. Ce célèbre médecin assure qu'on peut vaincre les péripneumonies peu intenses avec la digitale comme avec l'émétique, sans avoir besoin d'emplojer la saignée, et dans les plileginaslea plus graves, diminuer le nombre des évacuations sanguines , qui seraient indispensables si on ne donnait pas c

précieux. (

i; -stimulai

11 paraît que lu ralentissement et

r. tljDs lu Oai, iiiéd, de fic/'Ziii, jiiilli:! is;

674 tuâitbmlmt de la pmkumomië.

rirrégularité du pouls sont lei deux phénomèoes qa'pn obserre le plus souvent et le plus lapidâmeot; après radministration de la digitale à haute dote» Rasoyri a publié ua mémoiresttr les propriétés contre-stimulantes d« ce médieBineiit» mais ce travail^ pobl^ eu 1811 (1)^ est oomplétemeut inconnu tn Friuat, de eortm qu'il m'a été'impotsibU déjuger le degré de confiance qu'on doit avoir dans les résultats obtenus par l'illustre proEsssenr italien. Je ne sais aussi si Tommasini) qui a considéré la digitale o6aune un contre-stimulant , l'a employé dans la pneuoMmie ; il est permis d'en douter , puisqu'il n'en parle pas dans le mémoiie qu'il a publié sur les effets de la digitale pourprée , dans le Journal de la société médico^hèrur^caU de Parme (2),

Un médecin anglais, Gtimingi a rapporté plus récenmMnt(3) deux observasions qu'il donne ccnnme des exemples de pneumonies, tcfiitée^ et guéries par l'usage de la digitale , qu'il prescrivait sous forme de teinture. Mais en lisant les fails dont je parle , rien ne prouve que l'auteur ait réellement traité une phlegmasie pulmonaire ; et il est impossible d'invoquer de pareilles observations pour {Hrouver l'efficacité d'aucune mi- ^ thode I puisque le diagnostic n'est pas suffisaioment établi. Ces deux faits étant les seuls que j'ai pu consulter sur l'administra* tion de la digitale dans la pnetunonie» n'ayant jamais ezpéfî^ mente ce médicament pour constater ses vertus contre-stimulanteSy il m'est impossible d'exprimer aucune opinion à ce sujet tirailleurs Rasorl avait fini par abandonner l'usage de la digi* taie , à titre de contre-stimulant , parce qu'il avait reconnu à ce médicament de graves inconvéniens ; il avait vu que , donnée à haute dose, la digitale produisait un trouble très grand dans le rhythmedu pouls, de sorte que souvent il devenait impossible de distinguer les anomalies de la circulation causées par la digitale , de celles qui dérivent de la condition morbide. Ainsi t 1 état du pouls manquant tout à fait pour mesnreri'état de maladie on était souvent exposé à médicamenter sans nécessité , ou i

(l) DùUa i^ruMioim deUa digUàte sut vorpe Sàpèk^e. {Anma. H êû. e/ettor0, Y» 1I« p. 4SS» jaia, IStl. Opnf. éiikéd,'oUH.9 WUno, 48SS. t. IIp«S.

(%) T. III, n<» 3, ouBaylcy Bib, de Thér,, Paris, IS55., t, III, p. 97.

{s)London med, end fhf s, journal BayU^Bib,de Thér»^t,lllf^ SSli

ACIDE HYDKOGYANIQUE. 675

rester dans rinaction ^ tandis quUI éuàl eticûre nécessaire d'agir.

3^ jicideçytmkydfi^¥$f ou h/drot^aniquê^ ou prussiquê^ Bau d^

Imtrier çmiê€*

L'école italienne ayant reconnu dès propriétés contr^-stimu * lantes très énergiques à Tacide cyanhydricjue, propose de remployer dans leé mêmes circonstances que lesmédicamens dont Îe viens déparier. Ce fut Borda qui, dès i^année 1804» appela ^attention des médecins sur tes effets thérapeutiques de Tacide bydrocyantque; et le premier il admltiistra ce remèdedans plusieurs cas de pneumonie qu^il guérit, Sans àvoir*(ecours à aucune émission sanguine (1). Quelqjoes années après, Brér& obtint à la clinique de Papoue des succès analogues (2); et il parait que depuis cette époque Tusags de l'adât cyanhydrique , dans le traitement de la pneumonie, s'est répandu dans toate l'Italie, et dans plusieurs autres pays spécialement en Allemagne.

L'eau de laurier cerise, qui^comnieonsait, n'agit que par l'acide prussique qu'elle contient, a été également prescrite dans les cas de pneumonie , mais en général on a fait précéder son administration d'une ou plusieurs saignées. J'indique ces résultats sans commentaires; n^ayant pas en mon pouvoir les faits sur lesquels on les appuie , je ne puis les discuter ici. Cependant après les témoignages de Borda, de Béra et de Tommasini, et lorsque tout récemment encore, nous voyons Giacomini dire (3) qu'on ne peut plus contester l'utilité de Teau de laurier cerise conune contre-stimulant dans les maladies inflammatoires, il nous est

impossible de repousser tout à fait ce remède, mais jusqu'à présent nous ne possédons aucune donnée certaine sur l'opportui^ité de son emploi.

L^acide prussique est tellement dangereux, il s'altèrq si facilement, qu'il serait peut-être prudent d'y renoncer et de donner la préCérenceàl'eauoobobée, puisqu'elle jouit des méme$ vertus contre-stimulantes. En Italie, onprescrit cette dernière prépara-

{\)Memorie intorno alla vita dis. Borda suitte dalprof, delohiappa, Pavia, 1834, p. 62.

(2) Prospetto de remit, otten, neUa cUnica éelli unita diPadêva delli. anni 1809-15. Manzoni, depraêipu, aci,prussieiy med*faoui»

(3) Voir Giacomini, p. 1 3f de la trad. fraa^ise.

ii/lj Tlli[rl,MiiM lui LA PNtUMONlt.

tioDàladaseclel5,20,etméine 30 grammes daos les 24 lie EagéDéi'ulladoseestbornéeàSet 4 grammes, (1^2 g dans le courant delà journée ; c'est une quantité peu consid^ si oa la compare à celle que nous administrons à Paiis paraît que l'eau cohobée d'Italie est plus active que la i aussi il importe dans tous les cas, avant de l'administ connaître d'avance le degré d'activité qu'elle a, afin d'en ' portionnerladoae à l'intensité d'efiet qu'on veut produire. î utile de dire que l'usage de ce médicament peut qiielm produire divers Bj'mptàmes cérébraux qui ont jjénéralr cédé en suspendant le remède, ou en donnant quelques ci < ditfiisibles.

ARTICLE III

■ Mdthode alte'nmte. '

Oo sait qu'en thérapeutique on a donné le nom <l'al( aux médicauiens qui, administrés généralement à peiiies i amènent la résolution des engorgemens , par suite de 1'; spécialequ'ils exercent sur la nutrition et sans produir cune évacuation appréciable. De tous les remèdes rangés i classe des allérans , les mercuriaux et le calomel lier sool ceux qui ont été le plus souvent employés dans tementde la pneumonie. Cette métliode paraît avoir été longtemps suivie en Italie, car Sarcone a assez longuemeni dans son livre, de l'abus que certains médecins de son faisaient des remèdes mercuriaux dans le traitement ladics aif^uës de poitrine (i). En Allemagne, on donne quemment le calomel, surtout lorsqu'on soupçonne un cation hépatique (3); mais c'est en Angleterre spécialement le mercure a éié préconisé; ou l'administre tanti^t seul, tauiùl combine ù l'opium. Robert Hamiltou (5) et plus lard ledocleui Aniistrong (4) ont beaucoup vanté l'association de ces deux remèdes; il paraît qu'aujoui'd'hui ils sont d'un usage générnl en Angleterre comme moyen secondaire, après qu'on a fait

(^i) fUal. de JVapUi, l. I, p. 193.

(s) Journ. de F'ran, t. Il, scct. prum., p. 102. {Z^Méd. coaaaeiUariei.yiA.W,^. 101.

(*) P,M. iliuii. ojljj.h.fover, p. US.

m£tb()de altérante. 677

ber par les saignées l'organisme inflammatoire (1). On croit que l'efficacité dépend en grande partie de l'influence que le mercure exerce sur les gencives; cependant quelquefois l'amëlioram a lieu avant que la salivation commence, surtout chez les ifan^. On s'est demandé lequel des deux remèdes^ du calomel »u de l'opium était utile* .pamilton pense que c'est le calomel ît ne lui associe l'opium que pour calnier la douleur, tandis 'qu'Armstrongattribue à celui-ci une vertu antiphlogistiqueque le docteur Williams lui conteste. Suivant ce dernier, l'opium est un sédatif pour la toux et la douleur, le mercure agirait au contraire conmie anliphlogistique.

Le calomel est généralement administré, malgré ses effets purgatifs , on regarde même comme une chose utile que les premières doses soient suivies de quelques selles, ce qui rend, dit-on, plus facile, plus active, l'absorption des doses de calomel qu'on donne ensuite. En Angleterre , înunédiatement après la première saignée, ou prescrit de 25 centigrammes à 10 décigrammes de calomel. ( 5 à 20 grains ). Dans la forme sthénique de la maladie on en donne souvent de S à 6 décigrammes (6 à 12 grains) et mén[ie plus, trois ou quatre fois par jour. La quantité d'opium qu'on associe au calomel varie; si la douleur est vive, on donne pour 3 décigrammes (6 grains) de calomel, 7 centigranunes 1^2 d'opium (1 grain I72) ; mais si Te cœur a une grande activité, la moitié ou le tiers de cette dose suffit généralement pour empêcher le mercure d'irriter l'intestin, ce qui est le principal objet de l'opium. On préfère quelquefois donner la poudre de Dower ou tout autre préparation opiacée, ou bien les sels de morphine* Lorsqu'il y a trouble du côté des fonctions de l'estomac, que la langue est sèche, les médecins anglais conseillent de donner le calomel a dose plus petite, ils en prescrivent alors 5 centigrammes* ou 1 décigramme, avec parties égales de poudre de Dower^ toutes les deux ou trois heures. On peut en continuer l'usage jusqu'à ce qu'un effet soit exercé sur la maladie ou sur les gencives.

J'ai exposé sans commentaires^ la méthode altérante employée en Angleterre, dans le traitement de la pneumonie*

(l) Cyclopedin nf,prat. mf^d,y t. TIF, p. 442.

678 'IRAITEMÉtiï DE LA PNEU HONTE,

Laèmiec dit (1) que, diaprés quelques tables nécrologiques et d'après des renseignemens que lui ont domié plusieurs médecins, le résultat commun de cette méthode est une mortalité d'un sur.huit au moins et d^m sût sit au plus. Mais jusqu'à présent il in*e9t impossible d'exf^rimér aueune opinion personnelle sur Teficacité des prépaîratiôhs mercorîelles , employées seules ou combinées avec l'opium dans le traitement de la pneumonie; car je n'ai jamais tu employer cette méthode, et je n'ai pas osé l'expérimenter moi-même, ne connaisant aucun fait positif en sa faveur. Je ne saurais donc trop engager les médecins anglais à faire connaître les résultats qu'ils ont obtenus de l'emploi des mercuriaux, en ayant soin, d'étudier cette importante question thérapeutiqae,en suivant les principes de la médecine exacte, car c'est aujourd'hui une condition essentielle pour pouy(ûr conyaincre les bons esprits.

J*ai entendu dire que dans quelques parties de la Russie, on emploie fréquemment contre la pneumonie, le sous-carbonate de potasse ; c'est une pratique qui déjà avait été adoptée par Mascagnî. Ce grand anatomiste^ voyant que dans une grare épidémie de pneumonies qui régnait dans laprovince de Sienne, les saignées répétées et les moyens ordinaires étaient complètement inefficaces, conseilla de donner aux malades pour toute boisson, et immédiatement après la première saignée, une lessive faite avec les cendres* de sarmens de vigne, de genêts et de fougères; on dit que ce traitement réussit au-delà de toute attente. Plus tard, Mascagni ayant engagé les médecins de Florence et de Sienne à donner pour toute boisson aux pneumo niques , de l'eau tenant en solution du sous-carbonate de potasse, il parait que ceux-ci en constatèrent également l'efficacité; aussi Mas* cagni n'hésita pas à dire que quels que soient le degré et l'intensité de la pneumonie, il f tut prescrire chaque jour 24 grammesdu sel alcalin et en porter quelquefois la dose jusqu'à celle de 32 gram. mes et même davantage. Il paraît que ce médicament produit des évacuations abondantes par les reins, par la peau et les intestins (2).

(OT. I,p. 60S.

(2) Mem. dell. soc. italJdeUscien,^ t. XI^ Moden, IS04. Bulletin dt la faculté de méd.j \ SI 5, n» 7,

MÉTHODE lÉVACUANtR. 'f)79

Gaite pratiqua cU Masoagpi a'étaU en définitive qu'une imitaûon dç la méthode dite alcaline et fpDdapt^ , qui a été suiyie fmr beaucoup d'anciens médecuifl. Geux^, en effet, admiiïiB^ traient «oufentki foue*carbonale« akalins^ le aafoa médicinal, lea^ neutres piirgati£i> etc. Mbua auoon fait positif n^atteste la Terta deces ramàdea etlee observations des médecins florei^ tins soAl insuffisantes pour jnstifier la confianee qu^ quelques personnes pourraient conceroir pour la méthode à Maaeagni.

ARTIOiE IV.

Mëthode ^vaciuinte.

Les yomiti£B ont été souvent employés dans la pneumonie. En les prescrivant , les médecins avaient tentât pour but de remplir une indication précise, de combattre quelque com* plication bilieuse ; d'autres fois , les vomitifs étaient donnés seulement à titre de dérivatifs. Je parlerai plus tard avec quelques détails du traitement qui convient aux pneumonies qui s*accompagnent d'un élément bilieux; je ne dois actuellement m*occupei des vomitils, qu'autant quHis sont administrés empiriquement, sans que leur emploi sôit justifié par tes symptômes qu'on observe du c6té des organes digestifs.

Le tartre stibié est le vomitif qui a été généralement préféré. On dit que Rivière le prescrivait tous les deux jours à la dose d'un décigramme aux malades atteints de pneumonie.La méthode de Rivière a été depuis imitée par un grand nombre de médecins du dernier siècle : ainsi Sérane de Montpellier l'avait adoptée d'après le témoignage de Rordeu(l). Laënnec dit aussi (2) que Dumangin, ancien médecin de la Charité, employait constamment la méthode de Rivière, que presque jamais il n'y joignait la saignée,et sa pratique paraissait être tout aussi heureuse que celle de Corvisart, qui saignait beaucoup dans la même maladie. Chacun donne comme preuve de l'efficacité de la méthode de Rivière les succès obtenus par M. le docteur Hellis de Rouen qui , sur 47 pneumonies, n'en a perdu que 5, ou un neuvième envi*

(4 ) Traité du tissu muqueux.

080 TRAITEHEirr DE Ll PHEDMOHIE.

TOD (I); mais les faits recneillis par ce inéJecin sont des eiemples de pneumonies compliquées d'un élément bilieux. Aussi nt-ilsulfid'midéci^rainined'éméliqueet d'un peude manne pour modifier rapidement l'état général des malades. On voit par là, que M. Hellis n'a point employé la méthode dite de Rivière, qui consiste à répéter les vomitifs tous les deux jours. M. Ra^er a aussi expérimeuté ce traitement, et voici les conclusions qu'il croit pouvoir tirer de ses recherches : 1° la méthode de Rivière est plus fatigante, mais non moins sûre que celle de Rasori ; 2° les évacuations répétées qu'on excite ébranlent beaucoup les malades, et effraient les assistans, tnndis que ces secousses n'ont lien que les premiers jours en suivant la méthode ibilienne j 3* les vomilils re'péiés constituent une méthode moins avantageuse dans ses résultats que celle dont la saignée est la hase ; À" la pratique de Rivière est surtout applicable au début des pneumonies ; 5" employée à une période jdus avancée, elle est plus dangereuse; fi" cette métliode, expérimentée sur les individus affectés de pneumonie droite et à'hèpatite, n'a pas paru plus favorable dans cette condition que dans d'autres (2). Ces résultats donnés par M. Rayer, sont certainement irèi importans, mais ils auraient bien plus de valeur, si cet habile médecin avait dit le nombre de faits desquels il a déduit ses conclusions, et si, i l'.-ippui de chacune d'elles, il avait apporté un résultat numéiique, puissant ou plutôt unique moyen de conviction , surtout quand il s'agit de faits the'rapeu tiques.

Je n'ai point expérimenté moi-même la méthode Rivière, et )e ne l'ai vu employer par aucun médecin , de sorte qu'il m'est impossible d'en apprécier bien exactement la valeur. Je dirai pourtant qu'aujourd'hui que des observations nombreuses ont démontré l'efficacité du tartre stibié à haute dose dans la pneumonie, je ne vois pas pourquoi on tenterait encore d'adininiilrer ce médicament d'après la méthode Rivière ; car, dans ce dernier cas, il n'agit probablement que comme évacuant; donné au contraire d'après les principes de l'école italienne, il est utile, et par les effets primitifs qu'il produit, et certainement plusena>re par l'action secrète et tout à fait inconnut: qu'il exerce sur !■

(1) CUn. mèd. del'hâleL-Dieutïe ifoiMn, ?ari9 IIIC

{i) Diri. lie niAl, ei lie chir. prat. artirir ylnlimok»^ lïTil

'mÔtb» BvêïijîiqaEa.

nutniion. Il y a donc avantage à ne pas donner le lailre slibié i dose simplement vomitive.

ARTICLE V

Des moyens niljuvans.

Je dois mainlenaut énuméier les principaux moj'ens qu'on emploie à titres d'auxiliaires des mctiiodeg de traitement que je viens d'énumérer. Ces moyens sont hygiéniques ou médicaux.

S I. Moijeni hygie'mqaei ,

Les malades seront soumis » une diète absolue , quelque bénifjue que soit la pneumonie. Du mometit qu'il y a de la ' fièvre , il faut île toute nécessité que les malades ne prennent aucune espèce d'aliment solide ou liquide; cette règle ne souOre guère d'exceptions pour l'adulte. 11 faut aussi y soumettre tes jeunes sujets, même les enfaus k la mamelle, Toutefois, dans les cinq ou six premièies années de la vie , il faut se rappeler qu'on ne doit pas insister autant sur la diète que cliez les sujets d'un âge plus avancé. Si l'enfant tète encore , Billard propose (I) de te mettre à la dîÈte du sein pendant vingt-quatre ou quarantc-liuit heures , mais il ne faudra pas tarder à l'alimentet de nouveau ; on agira de même pour les enfans plus iîgés et chei beaucoup de vieillards ou d'individus débilités. Mais il n'y a rien ici qui ne soit commun à toutes les autres maladies aiguës.

II est aussi nécessaire que les malades gardent un lepos complet dans leur lit ; la température duvra être douce et uniforme. Beaucoup de personnes craignant les refioidissemens et voulant exciter une transpiration qu'elles espèrent devoir être la crise de la pneumonie, s'oppo.^cnt à ce qn'on renouvelle l'air de l'appartement qu'elles échaufTent outre mesure , en inùme temps qu'elles étouiTent le patient sous te poids d'un giand nombre de couvertures. Le médecin doit défendre les pauvres malades contre les soins peu éclairés des personnes qui les entourent; ce qui d'ailleurs , est une lâche souvent fort difllcile i rcmpUr. L'élévation de la température, dans la chambre du

, S',yit.,P.iri

ISJT, p. BTS.

692 TRAITEMENT nu

malade, contribue à augmenter Is dyspni'e, tandis qti« raspi-

raiioD (i'uD air modérémeni chaud produit un effet coniraire.

J'ai dit que les malades devaient garder habit uelleinent le lit, mais il importe d'ajouter que les vieillards , les enfans et généralement tout les individus faiblas devront êtie fréquemment changes de position , afin de combattre la tendance fâcheuse aux coDgtstioQS passives , et pour favoriser le rejet des mucosités bronchiques, que nous avons Aé\i vu avoir une grande tendance à engouer les poumons.

Il est inutile de dire que les malades devront être éloignés du bruitet de toutes les causes d'excitation , il faudra en outre leur prescrire le repos le plus absolu des organes de la voix. En un mot, on devra observée rigoureusement, pour la pneumonie, toutes les règles d'hygiène et de diététique qui sont généralement conseilléespourconcourirà la curaiion des ma lad les aiguës.

Je vais maintenant énumérer les moyens adjuvans qu'on doit appeler médicaux et qui font partie , pour la plupart, de la médication active qu'on emploie dans lu période la pliu aiguë .

J li Moyent me'Hieaax.

V Boissons.

Il est utile que les malades boivent une certaine quantité de boissons douces; on ordonne communément une infusisa de mauve , de guimauve , de violeiie . de bouillon blanc , de coquelicot, etc., les mucilages de gomme arabique, dégomme adraj;ant, les iooclis , les éinulsions, les sirops de goinmo, de guimauve, de capillaire, etc.; en un mot, toutes les boïasons douceii, mucilagineuses, sont indiquées. Il arrive cependant asscE fréquemment que ces boissons répugnent au malade, qu'elles n'éiancfaent pas h soif et augmeulent l'empâtemenl de la bouche. Dan» ces cas , il n'y a aucune espèce d'iucouTénient à permettre l'usage d'une boisson légèrement acidulée, telle qu'une solutioa de sirop de groseille, car je n'ai pas remarqué qui: les substances acides, données modérément, aieal l'inconvénient qu'on leur reproche, d'augmenter les quintes de toux. Quelques auteurs conseilleot d'ajouter ^ la boisson ordinaire des malades quelques décigrammes de nitrate de potasse

rimiGiTiONi ; mnaiirr».

ou de sel ammoniac, mais Je n'ose dire si cette addition c réellement de l'utilité.

On ne doit guère proscrire cliez tea pneumoniques que tes boissons stimulantes , excitantes , toniques, à moins pourtant que des indications pariiciiliëres dont nous parlerons plus tnrd n'en réclament l'usaj^e. I.e polygala Je Virginie, préconisé en 1738, comme un spécifique contre 1» pneumonie ne convient que dans des cas exceplioniiels, Jecroisd'nilleurs inutile de réfuter ici celte vieille opinion, bien qu'elle s'appuie de l'autorité de Bouvart , qui tenta quelques expériences cliniques , qu'on a regardées long-tamps commï prouvant l'efficaiité du remède, mais qui ne sauraient avoir aucune valeur, puisque le polygala n'a jamais été donné qu'après l'emploi de plusieurs saignées copieuses (1).

2' Fumigations.

Je ne parlerai des famigations émollienlps dont quelques autBurs ont conseillé l'mage, que pour dire qu'on ne doit point les employer dans la pneumonie, car elles ont l'ince de f.itij;ucr \es malades , d'augmenter souvent la dyspnée , sans qu'il soii bien prouvé que leur effet consécutir soit avantageux. Il en est h peu près de même Jes vapeurs de vinaigre chaud, que plusieurs médecins des derniers siècles ont préconisée dans certaines pneumonies malignes, mais surtout à titre d'expectoran», lorsque les mucosités s'accumulent en grande abondance dans les bronches. Ce moyen n'est (^uère usité aujourd'hui ^ d'ailleurs ne l'ayant jamais vu employer, je ne puis dire la confiance qu'il peut inspirer.

3' Purgatifs,

Presque tous les médecins, tant anciens que modernes, regardent comme une chose utile d'entreienir une certaine liberté de ventre clicz les pnenumniquis , surioul à l'approche de la convaiesceuce ; les lavemens ou quelques légers laxatifs suffisent ordinairement pour atteindre ce bui. Quelques pratiûens emploient en outre les purgniifs à titre de dérivatifs, pour dimi-

ixdrV^rm/rn

'Am

684 TIIALTF.MEHT DE L* PNEIÎMONIE.

nuer la confjcation pulmonaire. M. Clioinel cet fidtle à cctlc pratique , aussi presque tous les malades que j'ai ob-icrvés sous lui et cliez lesquels on n'administra pas le tartre stîbié , quelques-uns même de ceux qui Fureat soumis à la méthode rasorienne, ont pris une ou plusieurs fois de 10 à 62 grammes d'iiuih de ricin.

Si la théorie indique, que l'administration des purgatifs doux doit être utile dans la pneumonie, et doit hâter son heureuse terminaison, il paraîtà peu-près impossible de le prouver d'une manière rigoureuse ; c'est du moins ce qui résulte de l'analyse de mes observations. Lorsqu'en effet le purgatif a été donné à l'époque où la maladie faisait encore des progrès , il était rare qu'où n'employât pas conciuremment quelque autre agent thérapeutique plus actif, tel que les saignées générales ou locales, et si une amélioration survenait bientôt, â la suite de l'emploi de ces moyens , il était impossible de dire ce qui revenait à chacun d'eux ; mais tout portait à croire que les émissions sanguines avaient eu la plus grande part dans U diminution des accidens. Si le laxatif était administré à une période plus avancée, et lorsque déjà la maladie était enrayée ou en décroiisance, l'amélioration qui succédait pouvait tout aussi bien être l'apportée à l'inlluence du médicament qu'à la marche naturelle de la maladie. Ce qui prouve d'ailleurs que les purgatifs doux, tels que l'huile de rjciu, et les sels neutres, n'ont pas une (>rande puissance pour modifier les symplùmcs de la pnt^unionie , c'est que chez quelques-uns des dis individus dont j'ai parle précédemment, chei lesquels la maladie était si minime qu'ils purent «tre traités par la méthode émolliente, on donna pourtant un, deux ou trois laxatifs , et ce fut alors l'agent thérapeutique le plus actif qui eût été employé; cependant on se rappelle que les symptômes locaux persistèrent longtemps, et que la maladie eut une durée assez longue, eu égard surtout à sa grande bénigoité. J'en conclus que les purgatifs doux , donnés dans le traitement des pneumonies, ont une utilité très restreîntej peut-être même pourrait-on en coiileslcr les avantages. Toutefois, comme leur emploi a toujours été exempt de toute espèce d'inconvénicns, je crois qu'il ne faut pas héritera le) prescrire, quelques doutes d'ailleurs qu'o ■i effets plus ou moins avantageux.

NARCOTK^UES. 689

Âf* Narcotiques. . ,

La plupart des praticiens redoutent d'employer ropium e| tous les autres narcotiques , chez les indiridus affecte's depneur inonie.On croit eneffet, assez communément que les narcotiques,' loin d'agir comme sédatif dans les maladies fébriles, devien-^ nent au contraire des excitans dangereux , qui augmentent la fièvre et favorisent les congestions viscérales.Hecquot lui-même, quelque prévenu qu'il fût pour les caïmans, les a toujourff regardés comme dangereux, dans toutes les inflan^mations dç poitrine; Lieutaiid(l) et plusieurs autres accusaient les hypnotiques de supprimer les crachats et de favoriser la terminaison de la maladie par gangrène. D'autres médecins, moins exclusif;, ont eu quelquefois recours à l'opium , mais ils ne croyaient utile que vers le déclin 4e la pneumonie , lorsque la fièvre avait diminué ou même cessé tout à fait ; telle était la pratique de Monro (2), de Gullen (3), etc.

En lisant les ouvrages de ces médecins célèbres, on cherche en vain des faits pour justifier leurs appréhensions ; on ne trouva partout que des assertions ou des raisonnemens sans preuves , et par conséquent fort contestables. On a certainement beaucoup exagéré les inconvéniens que peut avoir Tadministration de Topium chez les sujets atteints de pneimionie. Déjà nous avons vu que les nombreux malades qui prirent du sirop diacode ou de l'extrait thébaîque , jusqu'à là dose de 5 centigrammes, dans la potion stibiée, n'en éprouvèrent aucun effet fâcheux, puisque l'amélioration fut aussi prompte, aussi rapide chez ces sujets, que chez ceux qui prirent l'émétique sans addition d'opium ; M. Loub^a fait la même remarque. Cependant il faut observer que tous les malades qui avaient pris une préparation opiacée, avaient une fièvre violente et la dyspnée, accidens qui ont généralement diminué > loin d'aug'menter, comme on aurait dû s'y attendre, d'après le témoignage des médecins que j'ai cité plus haut. Où dira peut-être que si

(1) Loc, cit,t i, I, p. S50.

(2) iPfed, d'armée,, t. II, p. S88.

(5) IVaité de médi prat.y tV II, p. S64.

ropiuin n'a pas eu, clans celte circonstance, les inconvéïiiens qu'on lui altribue , cela dépend de ce qu'il était associé au tartre stibié; mais cette opinion ne saurait être admise. Cbez dix malades, en effet, l'opium fut donn^ seul, en pilules ou en sirop , à la dose de 25 milligrammes ou de S centigrammes, dans l'ititentioti de diminuer les douleurs et de provoquer le sommeil. Si le but qu'on se proposait n'a pas toujours été atteint , je n'ai jamais noté non plus que l'opium administré ait augtnentë ta fièvre et l'oppression, supprimé l'expectoratioR, ou a^ravé des svinptAiiies cérébraux qui enistaieat déjà. Jl résulte même de ces faits, que lorsque le point de côté est encore intense, lorsque te inalade est tourmenté par de l'insomate, par des quintes de toux , lorsqu'il est agité, il ne faut point bèsiter à prescrire 6 centigrammes d'opium : on pourra même , dans quelques cas , élever la dote jusqu'à un décïgramme , et l'on verra que la fièvre , même quand elle est violente , n'est pas tin obstacle à ce que l'opium produise son effet sédaiiF.

Je n'ai jamais suivi ou vu sui vre la pratique de quelques médecins anglais, consistant à donner 15 centigrammes d'opium immédiatement après In première saignée, qu'ils poussent souvent jusqu'à syncop«| ils regardent l'o})ium donné alors comme pouvant empêcher la réaction de s'opérer. Ne connaissant poial les faits que l'on invoque en faveur de celte pratique , il m'est impossible de l'approuver ou i)e la combattre. J'en dirai autant de l'emploi de In jusquiame noire , vantée par Triboulel.

Ici se borne ce que j'avais A dire de l'emploi des narcotiques dans le traitement de la pneumouie ; j'ai voulu surtout proue l'opium n'avait pas les inconvénteiis que la plupart des s lui attribueut ; plus tard ji; rechercherai les luoyena par lesquels on peut combaitre les diverses espèces de détire qui compliquent souvent la pneumonie , et je dirai alors si L'opium ne peut pas être utilement employé dans quelques-uns de ces COS.

5° Bains.

Lo père da la médecine a parié, le premier, des bons effets des b.iins lièdes dans le traitement de la pneumonie. Suivant lui, le bain calmait la douleur de càté, favorisait l'expectO' ration, facilitait la respiration, dissipait les lassittulet, i-endant les membres plus souples, ôtait à la peau sa tension et sa sèche-

resse, soulageait les pesanteurs de tèle , ei avait enSo une action diurcti([ue(lj. Plusieurs médecins ont, à diflerentes «époques, préconisé et imité la pratique d'Hippocrate ; je citerai surloui Albers eu Allemagne (3), et Velasquez Ojeda en Espagne (3). M. Chomel corneille aussi l'emploi des bains tiëdes dans certains cas de pneumonies grares tiui s'accompagnent d'une grande chaleur aTec sécliereise de toute la «nrlace du corps. Suivant ce professeur, le bain , administré dans ces circonsianceS) B pour effet fréquent, de r^idre la peau plus souplu et nioiui (ibaude, de léïKblir la sécrétion perapiralou-e , et de favoriser tinsi le travail de la résolution.

Cependant l'emploi du bain dans la pneumonie a paru irrationnel et même dangereux i quelques médecins ; c'est ainsi que I. Frank n'a jamais osé l'i^xpéiimeiUer ('i) , et Ladnnec lui reproche de produire quelquefois un trop grand retroidisaement(5). Mais on ptut facilement éviter cet inconvénient eu donnant le bain dans i' appartement du malade , et même i côté de son lit , en ayant soin de chauA'ei' la citambre , d'éviter tes courans d'aïr , de maintenir l'c-au à une température convenable et uniforme. Il faut eoûn que le malade soit retiré promptenient île la baignoire , que son corps soil essuyc très vite avec des linges cbauds, et qu'il soit couché dans uu lit bassiné. Toutes ces conditions se trouvant diQicilement réu* aies dans un hôpital, il eet souvent difticilc de douuer des bains dans ks cas de pueiunonie, mais ce moyen peut être très facilement employé chei les malades de la pratique civile.

J'ai recueilli dansleserviccdeM-CLomel on dans les sallcsqui ine furent confiées à l'Hôtel-Dieu (annexe) dix observations de pneumonie dans lesquelles un bain liède fut donné. On eut toujours recours à ce moyen dans le but de modifier la cbaleur âcre de la peau, et de rétablir les fonciions perspiraloires de cette membrane- Les malades dont je parle doivent être divises eu deux groupes; les uns, au nombre de sii, prirent le bain (l) Traita du r^ime dans les naladia aiguu. Œuvres d'Hippoaralt, trad. pnrE. Littré, Paris, tllO, t. II, p, lit. (l) Joura. de Hufelaud,

(s) JUétH. Acad. de la Ro. Son, de S'eviUa, 1. 1. i») /><-,«. Par. U. -vol. II. n- J90. (S) Lot, cil. t. J, p. 6AT. ,

dans là pti'iudt; la plus aiguë de la pneumonie, et lorsque l'a(feclion continuait à faire de nouveaux progjrès, chez les quatre autres, au contraire, le bain fut donné pendant ta résolution ou pendant la convalescence inème de la maladie, lorsque, malgré la diminution de la plupart des symptômes, k peau conservait encore de la chaleur, de la rudesse, et le pouls un certain degré de fréquence que l'examen de l'état local ne poavait expliquer.

Bes six malades qui furent plonges dans le bain tiède, pendant la période la plus aiguë de la pneumonie, il en est trois qui n'e'piouTèrent aucune esp(.-cH d'amélioration ; chez les autres, au contraire, et même cbez l'un d'eux dont la pneumonie eut une issue funeste , je notai une diminution considérable dans la dialeiu- cutanée; la peau, qui était en outre rude et dure au toucher, devint souple et s'bumecta d'une douce transpiration. Cinq de ces malades supportèrent bien leur bain pendant une deuii-beure ou trois quarts d'heure, et n'en furent point incommodés , un seul se trouva mal à l'aise dés qu'on l'eut mis dans la baignoire ; l'opprcssioii augmenta ; on fut obligé de le retirer au bout de six ou sept minutes; et il éprouva à la suite une ttis grande fatigue. Le bain paraît avoir été très avantageux chez 3 des malades auxquels il fut donné pendant la période aiguë de de la maladie, car, quelques heures après, il y avait un setrtiment de bien-être; la fréquence du pouls avait diminné, U chaleur de la peau était moindre : ce fut le prélude d'une amélioration qui alla saus cesse en augmeqtanl.

J'ai dit que quatre pneuinoniqucs prirent un bain à une époque plus éloignée , lorsque, la maladie étant en voie de résolution, la peau consers-pit cependant une chaleur, une sécberesse , et le pouls une fréquence qui contrastait avec l'élat local. Ces quatre individus suppoiièrrut le bain fans fatigue pendant trois quarts d'heure ou une heure. Il eut deux fois pour effet immédiat d'abaisser la température de la peau , de lui rendre sa souplesse, et de douner au ponls son degré de tiéqtiencc. Chez les deux autres malades , les effets furent un peu moins marqués ; mais , ayant donné un second bain le jour sutvaiit , les symptômes qu'on combattait avaient complètement

Les iaiis que je viens d'exauiiuei' prouvent, que les baim ù^

des peuvent èlri: utilement prescrit» aux iadividus aUeints de pneumonie. Je ne sais si , comme Hippocrate l'a dit , ils peuvent calmer les douleurs de poitrine, attendu que, chez les malades auxquels nous les avons donnés, ce symptôme avait cesse ou élait presque nul. Je n'ai pas remarqué non plus qu'ils aient facilité l'espectoration , mais ils ont été évidemment utiles pour feiieperdreàlapeausaclialeur acre et morbide, et pour lui rendre son humidité et sa souplesse. Les effets du bain tiède ont été surtout marqués et très prompts chez les quatve tlialades du deuxième groupe. Peut-être eùt-on obtenu des effets plus avantaf,eux chez ceux de la première série , si , au lieu d'un seul bain qui fut donne , on en eût administré plusieurs jours de suite. C'est là, d'ailleurs, une métliode qui mérite d'être expC' rimentée, car parmi ks moyens adjuvans qu'on peut employer dans le traitement de la pneumonie, je crois que les bains tièdes sont peut-être un de ceux qui peuvent être le plus utiles et qui soulafrent parfois promptenient. A ce titre, leur action niéri te d'être étudiée.

Un journal médical de Naples (1) a fa quelques années , la pratique bigarre suivie pagnano, médecin de t'bôpital de la marine, qui prescrit sujets atteints de pneumonie des boissons glacées et des b froids. Déjà, dès l'année 1834, il paraît qu' nique ù l'académie uiédico-cliirurgicale de Naples , quelques histoires de pneumonies qu'on dît avoir été traitées avec succès, par le moyen dont je parle. Mais les faits invoqués par le médecin napolitain ne sont pas aussi concluans qu'il les suppose. En effet, les malade; de M. Catnpagnano ont été largement saignéii, quelques-uns même l'onl été avec une vigueur presque barbare. Ils ont eu des vésicatoires , ont pris de l'éméiique à haute dose , de sorte qu'il devait eue très difficile de déterminer la p^rt exacte qui revient aux boissons placées et aux bains froids dans les succès obtenus. L'auteur, pourtant , affirme avoir vu des malades Kj^onisans , après l'emploi d'un traitement anlîplilogistique des plus énergiques, être ranimés, et éprouver une amélioration progressive , après leur immersion dans un bain froid , et l'administration de la glace à l'intérieur. Ces faits

;onnaitre, il y a le docteur Cam-

(l) VOiKrmtoremedieodiNapoli, 18ï7.

sont si extraordinaires, et tellement en opposition avec les idées généfalenient reçues, que l'auteur aurait dû les présenter avec plus de détails; mais même en accordant que Ton a réellement traité des pneumonies, et non pas toute autre affection, (chose qui n'est pas démontrée pour moi) je crois que les faits que M. Campagnano invoqueen (ayeur de sa méthode, ne prouvent pas précisément que celle-ci ait été réellement très-efficace. D'ail- •^ leurs si on a eu affaire à des pneumonies bien caractérisées, ' U tolérance que les malades ont montrée pour les moyens employés > est uu fait très remarquable, mais qui ne saurait encore engager personne à y recourir.

6 Topiques émolliens.

Plusieurs médecins des derniers siècles conseillaient des onctions avec des pommades résolutives , calmantes et émollientes, que Ton faisait sur la poitrine; mais ces moyens sont justement tombés en désuétude. Ils employaient aussi, dans la vue d'apaiser la douleur de côté, des cataplasmes émolliens ou des vessies remplies de lait tiède.Ces remèdes, dit J. Frank, ne nuisent pas, et plaisent beaucoup aux malades et à ceux qui les soignent, on pourra donc leur en prescrire l'usage > mais en ayant soin de recouvrir le cataplasme d'un morceau de taffetas ou de flanelle, et de le renouveler souvent afin d'éviter le refroidissement.

70 Des vésicatoires.

Les vésicatoires sont , après les saignées , les agens thérapeutiques qui ont été le plus généralement employés dans le traitement des pneumonies ; on peut même dire, que les médecins ont presque toujours été unanimes pour en prescrire l'application sur le côté de la poitrine qui était affecté; ils n'ont différé entre eux, que pour déterminer l'époque de la maladie à laquelle on pouvait y recourir avec le plus d'avantage. La plupart veulent que l'on n'ait recours aux vésicatoires, qu'après avoii* préalablement pratiqué une ou plusieurs saignées, afin d'éviter l'excitation que les cantliarides pourraient produire. C'était la pratique que Culenavaitadoptée(l).Monro(2)dit aussi; qu'une longue expérience

(4) Médecine pratique, T. II, p, 265.

(2) Médt d'armée^ Paris, 1769, t. Il, p. 258.

VEâlCATOIRES. 691

l'avait délermiuiï , dans la iileurési*; et la jiutiuuionie , à appliquer le vésicatoireilôs le coinnieDceiiieut de la maladie, mais après avoirfait uue première saignée. Cependant quelques praticiens, ea petit nombre, parmi lesquels on uompte le docteur Latour d'Orléans, ont souvent applique les véslcatoires sur la poitrine, dès le début de la pneumonie, et sans y avoir préparé les malades par aucun traitement antérieur ; on a prétendu que pat celte méthode il n'était pas rare de voir les pneumoniques entrer ea convalescence dans les vingt-quatre premières heures. Ces faits sont trop extraordinaires et trop opposés à ce que nous voyons cbaque jour , pour pouvoir être acceptés de confiance, et il est probable que les individus auxquels on a appliqué le traitement dont nous pailons, avaient tout autre chose qu'une pneumonie, qu'ils n'avaient probablement qu'une pleurod^nie, ou tout au plnsquelquË jdeuréiie très bénigne ettiès circonscrite. Quelques auteurs ont pourtant élevé des doutes sur l'efficacité des véslcatoires dans le traitement des pneumonies ; ainsi Ra- Bori les regardait comme étant à peu près inutiles (I) et Laëonec professait la même opinion. Toutefois, comme ces médecins ne , donnaient aucune preuve eu faveur de leur opinion, leur témoignage était suspect; car on pouvait penser que Rasari et Laënnec cherchaient à discréditer les moyens ordinaires de tiaitemeut, afin de donner plus d'importance à la méthode conlrestinmlantequ'ils voulaient populariser (2). Mais un. uuteur, dout les opinions ne sout jamais que l'expression rigoureuse des faits, M. Louis, après avoir analysé et comparé ses observations de pneumouifi, en a conclu que les véslcatoires n'avaient euaucune iuQuence appréciable sur la durée de la pneumonie ; enfiu ce médecin croit que les avantages qu'on peut retirer de l'emploi des véslcatoires, ne sont ni rigoureusement démontrés, ni même probables dans le traitement des pblegmasles dioraciques (pneumonie , pleurésie) (3). MM. Rilliet et Bartliei (4J ont constaté plus récemment, que les remarques que M. Louis avait faites, chez les adultes, étaient également vraies chei les enfaus. Ces

(I) Voyez sr dicrnacliitica, l.U,f. 1911.) (a) T, I, p. 599.

(s) EffèU de la laigncc, p, t (t) i.ac. cit., p. tu.

•c stibic.( Opus/:oL di i

TBAiTtMEKI BE LÀ TSEUMUME.

int TU ta effet, que les vcstcaloires appliqués sur la ]ioitïinc ou sur les membres, n'avaieut jamais modifie la marcIie

J'ai voulu moi-même rechercher, d'après mes propres observations, le degré de confiance qu'on devait avoir dans l'emploi des vésicatoires pour leUailement de la pneumonie, et voici les résultats auxquels j'ai été conduit par l'analyse des faits que i'ai recueillis depuis quelques années.

Les vésicaloires ont été appliqués dans deux circonstances difiërentes; tantôt on les a mis dans les cas où les syniplômes générauxet locaux étant devenus excessivement graves, on avait espéré pouvoir les modifier heureusement par une forte révulsion sur les parois tboraciques; d'autres fois lorsque le vésicatoire fut appliqué, l'état général s'était beaucoup amélioré, plusieurs malades étaient même convalesceus, et en appliquant un exuloire chez ces individus, on avait la pensée de rendre plus prompte la résolution de l'engorgement pulmonaire. Je vais rcchiTcher si on a atteint les deux buis qu'on s'élnit proposés , en employant la médication dont je parle.

Chez douze des malades qui ont succombé, un large vésicatoire fut appliqué sur le côté de la poitrine, qui était affecté. Clici quatre d'entre eux l't-xuloire fut mis douze ou vingt-quatre heures seulement avant la mort , et à une époque où l'on ne conservait plus ou presque plus d'espoir de sauver les malades. Mais chez tous les autres, le vésicatoiie fut ordonné plusieurs jours avant le terme fatal , et lorsque les symptiimes pénerauï et locaux, quoique fort graves, n'avaient pas encore enlevé tout espoir de salut. Parmi les douze malades dont je parle, il en est onze qui n'out éprouvé aucune espèce d'amendement dans l'état général et local après 1 application du vésicatoire ; un seul fut ti-ès soulagé douze heures après ; mais comme cet individu avait pris en mèuie temps une potion s libiée, il est plus probable de rapporter l'amélioralion momentanéeque nous avons obaervée, à l'émélique, qu'au vésicaLolre.

Parmi les malades atteints de pneumonie qui ont guéri, il ea est vingt-six qui eurei:it, à différentes époques, un ou deux vésicaloires sur la poitrine. CIipz cinq du ces vingt-sis malades, le vésicai'>ire fut posé un peu avant la fin du sixième jour, à dater du défaut, et à une époque uù la maladie, déjà grave, faît»]!

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encore de nouveaux t^rogrcs. En etudi.iul quelle fui l'inllueiRe qu'exerça le vésicatoire sur les symptômes de i nous voyons, que dxez quatre de ces malades, il n'y e espèce d'amendement dans les symptômes généraux et locaux, dans les vingt-quatre ou quarante-huit premières Leures qui suivaient l'application du vésicatoire; cliez un seul malade j'ai noté, le lendemain où l'exulnire avait été posé, une diminution considérable dans la fre'quence du pouls, dans la chaleur de la peau, dansl'oppression; on ne pouvait s'empêcher de reconnaître qu'une amélioration réelle avait eu lieu depuis la veille. Fallaitil la rapporter exclusivement au vésicatoire? Je suis loin de nier que celageutthérapeutique n'ait eu aucune part dansl'amendement que j'ai observé ; mais il faut remarquer que chez cet individu, l'cxutoire fut mis au neuvième jour, c'est-à-dire à une période éloignée du début, et il n'est pas rare de voir beaucoup de pneumonies qui ontrésisté aux moyens thérapeutiques, s'amender spontanément à cette époque et sous l'influence des seules forces de la nature. Chez tous les autres sujets le vésica- ^ toire n'exerça aucune influence bien sensible sur la marche do la pneumonie, puisque appliqué vers le sixième jour de la maladie , la convalescence ne commençait que cinq jours et demi plus tard.

Enfin cliez vingt et un malades qui nous restent , le vési' catoire fut appliqué sur les parois ihoraciques , terme moyen au huitième jour, et à l'époque où la maladie était manifestement dans sa période de déclin. Recherchant si celte application a rapproché le terme de la convalescence, oua rendu plus , promptela résolution de Tenj^orgement pulmonaire, voici ce que nous démontre l'analyse des faits. Parmi ces vingt et un malades, ily en a quinze pnur le moins, chez lesquels l'application du vésicatoire n'a exei*cé aucune modification appréciable sur les symptômes généraux et locaux ; l'amélioration qui existait déjà, avant qu'on eût mis l'exuloire, a conlinué sans que la médication ait paru l'accélérer, car la convalescence est survenue au douzième jour pour les malades qui avaient étésaignési au seizième jour pour ceux qui avaient été iraîtés à la fois par les émissions sanguines et parl'émé tique à haute dose ; c'esl-à-dire que la guérison chez les sujets qui avaient eu un vésicatoire, avait étéobservée à ' peu près i la môme époque, que chezceux qui avalent guéri par

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