CHAPITRE II
SUPPURATIONS VISCÉRALES DE L’ABDOMEN.
Art. 1er. — Abcès «lu foi©.
Les abcès du foie étant principalement du domaine de la pathologie interne, nous ne les considérerons qu’au point de vue des indications chirurgicales auxquelles ils peuvent donner lieu.
Si les collections purulentes du foie peuvent s’ouvrir dans les ramifications du conduit hépatique, dans le duodénum par le canal cholédoque, dans la cavité péritonéale ou à la faveur d’adhérences dans le duodénum, l’estomac, le côlon transverse, le côlon lombaire droit, la veine cave, si l’on peut admettre avec Saunders la possibilité de l'introduction du pus dans les canaux biliaires dont les radicules sont ulcérées et l’écoulement de ce liquide dans le duodénum par le canal cholédoque, si l’on a vu des abcès saillants à la face convexe du foie pénétrer à travers
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le diaphragme dans la cavité de la plèvre (Morand), dans le péricarde, ou dans les bronches d’où ils ont pu être éliminés par expectoration, le pus peut également se frayer une roule à travers la paroi abdominale, et c’est là surtout ce qui est du ressort de la chirurgie.
Dans ce dernier cas la tumeur peut arriver à l’extérieur de plusieurs manières. — Le foie peut contracter des adhérences avec la paroi abdominale : dès lors, tantôt le pus se porte directement au dehors et la peau s’ouvre au niveau de l’abcès, tantôt il fuse dans le tissu cellulaire et se rassemble dans un point plus ou moins éloigné de la collection purulente; on l’a vu se faire jour à l’extérieur, au-dessous de l’aisselle (Portai), dans le dos (Millar), à l’ombilic, au pli de l’aine, sur un des points de l’os coxal, aux environs des vertèbres lombaires et jusqu’à la partie interne de la cuisse.
La tumeur formée par l’abcès hépatique peut être confondue avec les différentes tumeurs susceptibles de se développer dans l’hypochondre droit, et notamment avec les dilatations de la vésicule biliaire et les kystes hépatiques.
La forme arrondie de la vésicule biliaire, sa proximité des parois du ventre, la tumeur extérieure plus ou moins molle à laquelle elle donne lieu simulent assez bien les abcès du foie pour qu’on ait, en de certaines circonstances, ouvert le réservoir de la bile. Dans le but de prévenir cette erreur funeste, que lui-mème avait commise, Petit, fils du célèbre Jean-Louis Petit, publia un mémoire sur ce sujet. [Mém. de l’Acud. de chir., 1. 1, p. 155.) Suivant cet auteur, les symptômes qui distinguent les tumeurs non suppurantes de la vésicule d’avec les abcès, sont la tuméfaction rapide, la circonscription de la tumeur, la mollesse et la mobilité des téguments qui la recouvrent. L’abcès du foie ne se développe que très-lentement ; il s’accompagne de fièvre, de douleurs ; dès que la suppuration se fait, la fièvre change de caractère, des frissons se produisent, la peau devient moite, la tumeur devient molle et présente à son sommet de la fluctuation et une couleur blanchâtre; le reste demeure
I ferme etrénitent. (Portai, Mal. du foie, n. 91.)
Suivant Boyer, les signes qui distinguent les tumeurs de la vésicule d’avec les abcès qui se forment à la partie inférieure du foie près du rebord des côtes, sont l’accroissement rapide de la tuméfaction extérieure i à l’hypochondre droit, sa circonscription, la fluctuation manifeste dans toute son étendue, la souplesse et la mobilité des téguments qui la recouvrent, sans dureté ni gonflement à la circonférence de la tumeur.
L’abcès du foie est la suite d’une inflammation, il est lent à se former et à se manifester; la tumeur qu’il produit n’est pas circonscrite, elle s étend aux parties voisines, et rend les téguments œdémateux; la lluctuation est tardive, difficile à apprécier; elle n’est d’abord apparente que dans le centre de la tumeur; puis elle s’étend à la circonférence à me-
sure que la quantité de pus augmente ; son pourtour reste dur et gonflé, à quelque époque que ce soit de la suppuration. ( Traité des mal. chirurg., t. VII, p. 577.)
Lorsqu’un abcès du foie est superficiel et proémine à l’extérieur, il faut donner issue au liquide qu’il contient ; mais il importe avant tout d’éviter l’épanchement possible du pus dans la cavité abdominale. — Or, deux méthodes de traitement sont ici en présence, l’incision et les caustiques. Si l’on a recours à l’incision, il faut s’assurer préalablement que des adhérences se sont établies entre la tumeur et les parois de l’abdomen. Les indices à l’aide desquels on reconnaîtra l’existence de ces adhérences sont l’état de la peau et l’immobilité de la tumeur, laquelle ne peut être déplacée ni avec la main ni par les différentes positions que l’on fait prendre au malade. — On devra donc attendre, pour ouvrir l’abcès avec l’instrument tranchant, que ces adhérences soient établies. Or, le chirurgien est placé ici entre deux écueils, 1° celui de trop temporiser, et alors on a à redouter soit une grande désorganisation du ; foie, soit l’ouverture spontanée du foyer dans le péritoine; 2° celuid’inci- • ser trop tôt, auquel cas les adhérences ne seraient pas encore établies.
C’est pour échapperà ces écueils que quelques chirurgiens ont proposé pour l’ouverture des abcès du foie l’emploi des caustiques. On place sur le milieu de la saillie que forme la tumeur un morceau de pierre à : cautère ou de caustique de Vienne solidifié.
On fend l’eschare qui se forme, puis on fait une seconde et môme une troisième application du caustique, jusqu’à ce que, les tissus étant suc- cessivement détruits, l’action de la potasse étendue au péritoine ait déterminé l’inflammation locale des feuillets contigus de cette membrane. . Enfin un point des parois du kyste est mortifié et livre passage au pus^ dont on favorise la sortie par des injections. Pour empêcher l’entrée de : l’air, Récamier conseillait de maintenir le foyer autant que possible constamment rempli d’un liquide d’abord émollient et plus tard légèrement irritant et antiseptique. Le drainage est de beaucoup préférable.
On a reproché à cette méthode, entre autres inconvénients, d’exposer à l’extension non limitée de l’action de la potasse caustique sur la surface péritonéale.
C’est pour éviter ce danger que M. Bégin a proposé l’opération suivante : Une incision de 6 à 8 centimètres environ est faite à la peau sur le point le plus saillant de la tumeur; on divise ensuite avec précaution les couches musculeuses, comme dans l’opération de la hernie. Arrivé au péritoine, le chirurgien le soulève avec des pinces à disséquer et y fait ouverture en dédolant; si l’épiploon ou l’intestin se présentent, ils sont doucement repoussés ; à l’aide de la sonde canulée on achève l’incision du péritoine ; la tumeur se présente au fond de la plaie. On panse à plat et le malade est tenu au régime des opérations graves, i
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Deux jours après l’appareil est enlevé : le péritoine s’est enflammé par le contact de l’air; la tumeur a contracté des adhérences avec les bords de la plaie; c’est alors qu’on y plonge le bistouri. [Journ. hebdom., t. I, p. 417.)
Si dans ce mode opératoire l’étendue des incisions peut être mieux : calculée, l’action directe de l’instrument tranchant sur le péritoine, et surtout l’entrée libre de l’air dans sa cavité sont des circonstances qui doivent faire redouter une péritonite générale bien plus que dans la méthode précédente, et enfin ce procédé n’est applicable qu’aux tumeurs i qui ne sont pas en contact immédiat avec les parois abdominales.
Le docteur Horner [The Americ. Journ. of med. sc., May 1834, p. 89) a cherché un moyen d’ouvrir les abcès en l’absence'd’adhérences préai labiés; à cet effet, il divise la paroi abdominale de manière à mettre l’organe à. nu, fixe celui-ci aux lèvres de la plaie au moyen de plusieurs points de suture, et plonge ensuite le bistouri dans le foyer.
Ce moyen est passible des mêmes reproches que ceux que nous avons adressés au procédé de M. Bégin.
En somme, l’incision est préférable, quand on a des raisons suffisantes de croire que des adhérences sont établies. Si l’existence de ces dernières ne paraît pas bien démontrée, la pâte de Vienne doit être employée de préférence et préalablement à l’incision.
Aux diverses méthodes qui ont été proposées pour le traitement des ! abcès hépatiques, j’ai substitué celle qui consiste à employer toujours, : exclusivement à l’usage du bistouri, le trocart dont j’ai très-largement i généralisé l’intervention dans l’ouverture des abcès.
Je n’ai pas besoin de revenir sur les motifs, ailleurs longuement déduits, de ma préférence pour cet instrument, non plus que sur 1 e,modus faciendi, suivant lequel il doit être employé.
Quant aux applications de pâte de Vienne, je les conserve comme r. moyen de provoquer des adhérences qui offrent un des meilleurs gages ! de sécurité, dans les procédés par lesquels on cherche à évacuer les collections purulentes du foie.
C’est au travers des eschares que je fais pénétrer un trocart droit ou légèrement courbe qui, une fois arrivé dans l’intérieur de la cavité purulente, est ramené, par transfixion, du dedans au dehors, à petite dis- 1 tance du point d’entrée de l’instrument, de manière à favoriser l’établis- ; sement d’une anse élastique laissée à demeure pendant tout le temps nécessaire pour l’évacuation du liquide, i. Si l’eschare est assez étendue, pour que la double transfixion y soit inscrite tout entière, il est inutile! de pratiquer des eschares multiples.
Dans le cas contraire, deux eschares sont pratiquées à une petite dis-
jÿ tance 1 une de 1 autre, la première pour l’entrée du tube, la seconde pour la sortie.
Inutile d’ajouter que les injections détersives assidûment faites dans le foyer d’après le mode que nous avons précédemment indiqué, sont un complément plus nécessaire ici que dans bien d’autres cas pour le succès définitif de la cure.
Le fait que nous allons rapporter est un cas intéressant d’abcès du foie par cause traumatique, ouvert dans la cavité abdominale, avec passage simultané du pus dans l’intestin par les voies biliaires.
Obs. 500. — Abcès du foie par cause traumatique. Ouverture dans la cavité péritonéale. Communication du foyer avec les voies biliaires et passage du pus dans l’intestin. (Observation communiquée par M. lialine-Dugarray à la Société anatomique. Bulletin d’octobre 183G.) — Une jeune fille de 22 ans reçut, il y a trois ans, un coup de pied de cheval sur la région du foie; elle éprouva des symptômes graves, mais elle se rétablit, et sa santé paraissait tout à fait consolidée, lorsqu’il y a un mois elle ressentit dans la région hépatique une douleur vive et profonde; il survint un ictère; le foie débordait les côtes, il y avait de la fièvre ; trois ou quatre jours avant la mort on observa les symptômes d’une violente péritonite.
A l’autopsie on a trouvé du pus vers la région hypogastrique et des fausses membranes dans la cavité péritonéale. A la face convexe du lobe gauche du foie on rencontre une énorme poche pleine de pus et présentant une ouverture à sa partie supérieure ; c’est sans doute par là que s’est échappé le pus épanché qui a causé la péritonite. La poche communique largement par sa partie inférieure avec le conduit hépatique et le canal cholédoque, dilatés de manière à permettre l’introduction du petit doigt et le passage du pus dans l’intestin.
Abcès multiples clu foie indépendants de V infection purulente . — Les abcès multiples du foie ne dépendent pas toujours et nécessairement d’une infection purulente. Ils peuvent être aussi bien la conséquence d’une inflammation des voies biliaires que de l’inflammation des divisions de la veine porte.
Le fait suivant que nous empruntons aux Archives générales de médecine, et qui a été communiqué par M. le professeur Cruveilhier à la Société anatomique dans sa séance du 5 décembre 1856, vient à l’appui de cette manière de voir.
Obs. 501. — Abcès multiples du foie ayant leur point de départ dans une inflammation des radicules biliaires distendues par la bile. — La femme V. L..., 32 ans, blanchisseuse, entre le 29 novembre 1856 à l’hôpital de la Charité, salle Saint-Joseph, n° 5.
Ictère des plus intenses; douleur très-vive à la région hépatique; point de tumeur dans la région occupée par la vésicule. L’exploration du foie par commotion n’est point supportée. On diagnostique une hépatite avec péritonite.
État général grave; prostration, décubitus dorsal, voix éteinte, langue très-sèche, fuligineuse; selles involontaires, point de réaction fébrile ; pouls à 65.
Les jours suivants la péritonite paraît se généraliser, l’état adynamique se prononce davantage.
Le l cr décembre, la mort arrive au milieu de l’agitation, de la dyspnée et du subdelirium.
L’autopsie a révélé les lésions suivantes :
1„ Une péritonite à la fois pseudo-membraneuse et purulente;
2° Entre le lobe gauche du foie et l’estomac plusieurs cuillerées de liquide épais fortement teint en jaune, qui nous a paru n’être autre chose qu’un épanchement de bile.
3» La source de cet épanchement était non dans une rupture de la vésicule bi lia- re, la-
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quelle n’existait qu’à l’état de vestige, mais dans la rupture d’abcès biliaires qui occupaient la face convexe du lobe gauche du foie. Ces abcès étaient au nombre de cinq ou six, groupés les uns contre les autres. Deux s'étaient ouverts dans le péritoine ; leurs parois, irrégulières, noirâtres, présentaient un aspect gangréneux : ils s’étaient développés à une petite distance du péritoine hépatique, dont la face adhérente était décollée dans une certaine étendue.
■lo Le foi était mou, volumineux, d’une couleur olive, comme imprégné de bile. Plusieurs sections profondes, faites çà et là dans son épaisseur, montrent la coupe des canaux biliaires énormément dilatés, remplis de bile jaune orangé un peu bistrée, qui s’écoule en abondance. Ces canaux sont d’ailleurs parfaitement sains, et présentent çà et là des ampoules et des plis circulaires qui ressemblent à de petites valvules incomplètes.
Les sections faites dans l’épaisseur du foie y démontrent la présence de plusieurs abcès biliaires, les uns superficiels, les autres profonds, à divers degrés de développement; les moins avancés étaient formés dans les conduits biliaires, dont les parois percées de trous se plissaient par la traction qui les détachait des parties voisines et se continuaient manifestement avec les conduits biliaires. Dans les abcès plus avancés, l’inflammation avait dépassé les limites des canaux biliaires et occupait le tissu propre du foie.
L’observation suivante nous fournira un exemple de fistule consécutive à un kyste hépato-bronchique, étudié par M. Cruveilhier sur le corps d’un malade mort à la Charité dans le service de M. Briquet.
Obs. 502. — Communication interdiaphragmatique d’une suppuration hydatique du foie avec les bronches. — Un individu portait au-dessous du foie une tumeur très-considérable qui fut reconnue pour un kyste hydatique. M. Briquet désira que le docteur Boinet | fit une injection iodée dans ce kyste. La ponction pratiquée donna issue à 1050 grammes 1 de liquide : une quantité égale d’eau aiguisée de teinture d’iode fut injectée dans le kyste.
Le malade ayant succombé, on trouva qu’il y avait chez ce sujet une vingtaine de kystes 1 acéphalocystes dans le foie. Tout le lobe droit était en quelque sorte transformé enkystes l; acéphalocystes. La ponction avait été pratiquée sur le kyste le plus considérable de ce lobe.
Ce kyste, qui contenait du pus et dont les parois ont paru gangréneuses dans quelques i points, était anfractueux et communiquait largement avec une poche considérable située dans la partie postérieure du lobe gauche du foie ; cette dernière poche communiquait elle-mcme en haut largement avec les bronches à travers le diaphragme perforé. Cette • communication se faisait par un prolongement anfractueux qui parcourait de .3 à 4 centimètres dans l’épaisseur du poumon et dans lequel venaient s’ouvrir plusieurs bronches. Cette communication rend compte d’un phénomène très-positif qu’a présenté le malade; J c’est la sensation d’une odeur d’iode qu’il accusait constamment, surtout chaque fois qu’il expectorait.
Ce seul signe aurait pu faire diagnostiquer la communication du kyste acéphalocyste avec une bronche, et l’analyse chimique du mucus expectoré aurait pu convertir cette ! présomption en certitude.
Ar<- *• — Nuppurutlon de la vésicule l>ilîaîrc.
L’irritation déterminée à la face interne de la vésicule du fiel par la présence de calculs biliaires produit dans quelques cas une sécrétion purulente. M. Andral rapporte l’observation curieuse d’une femme atteinte de cancer du foie , chez laquelle la vésicule était remplie d’un pus crémeux bien différent du liquide résultant du ramollissement
des masses cancéreuses, et qui avait été sécrété par la membrane interne enflammée [Clin, mèd., t. II, obs. A3).
Stoll trouva chez un homme âgé de soixante-deux ans la vésicule enflammée, et contenant une once de pus.
Craz cite l’histoire d’un malade qui mourut avec les signes d’une péritonite, et dont la vésicule, grosse comme le poing, était remplie de pus; la face interne de la muqueuse était couverte d’une véritable suppuration (Craz, De vesicœ et ductuum biliarum morbis , Dissert, inaugur., Bonn, 1830).
Lancisi rapporte une observation analogue.
Les abcès déterminés par les calculs cystiques peuvent se frayer une route au dehors. Les exemples de celte terminaison heureuse ne sont pas rares. On en trouverait un certain nombre dans les auteurs suivants cités par Ploucquet : Acrel, Bartholin, Block, Johnson, Petit, Sandifort et Haller.
Si, dans quelques cas, la vésicule suppurée a pu contracter des adhérences avec les parois abdominales, le plus souvent il n’en est point ainsi. — C’est dans l’intestin grêle, ou le gros intestin que viennent s’ouvrir habituellement les abcès de la vésicule biliaire. Lorsque l’abcès de la vésicule se porte vers la peau, existe-t-il des moyens de reconnaître que la tumeur a contracté des adhérences avec le péritoine? — Suivant Petit, les signes rationnels qui indiquent la formation de ces adhérences se déduisent, 1° de la longue durée de la maladie ; 2° de l’inflammation qui a plusieurs fois atteint la région delà vésicule ; 3° des douleurs aiguës et toujours croissantes en cet endroit pendant les accès de colique hépatique; A0 enfin de l’œdème et de la rougeur des téguments, qui ont paru dans le même lieu. — Les signes positifs se réduisent à deux. C’est, d’une part, l’immobilité de la tumeur lorsqu’on la pousse d’un côté et d’un autre, le malade étant couché sur le côté gauche, les cuisses fléchies et rapprochées du ventre; d’autre part, l’empâtement, l’œdème et la rougeur plus ou moins marquée des téguments qui la couvrent. Ces signes ne sont cependantpas aussi décisifs qu’on pourrait le croire au premier abord. — En effet, il finit remarquer : I» que la vésicule, étant adhérente immédiatement à la substance du foie par toute l’étendue de sa face supérieure, ne jouit que d’une mobilité extrêmement bornée, 2° lorsqu’elle est fortement distendue par de la bile, et qu’elle dépasse de beaucoup le bord antérieur du foie, elle est maintenue fixe par le seul fait de sa pression sur les parois abdominales. A l’égard de l’œdème et de la rougeur des téguments, ces symptômes peuvent bien annoncer qu’il y a un engorgement profond à la paroi abdominale, dans le point où elle correspond à la vésicule biliaire, mais ils ne suffisent pas pour faire connaître le lieu précis et l’étendue de l’adhérence.
Au reste, si l’on était décidé à ouvrir la tumeur, il faudrait, suivant
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Boyer, foire une incision d’une étendue proportionnée au volume de l’abcès et extraire les calculs qui se présenteraient au niveau de la plaie. 11 serait très-imprudent, d’après le même auteur, d’étendre l’incision jusqu’à la vésicule elle-même pour en retirer les calculs, parce qu’on ne pourrait le foire sans courir le risque de détruire les adhérences péritonéales.
Quand l’abcès de la vésicule biliaire s’ouvre de lui-même, si l’ouverture est trop étroite, ou trop éloignée du fond du foyer, pour fournir une issue facile aux liquides et aux calculs, on l’agrandira par l’emploi des caustiques et notamment du caustique de Vienne solidifié.
L’ouverture des abcès de la vésicule, soit qu’elle ait lieu spontanément, soit qu’elle ait été pratiquée par le chirurgien dégénère souvent en fistule. Cela a lieu surtout dans les abcès causés par un calcul biliaire qui, après avoir percé par ulcération les parois de la vésicule devenue adhérente au péritoine, glisse dans les interstices des muscles du bas-ventre sous les téguments et s’arrête dans un lieu plus ou moins éloigné des voies biliaires, où il se produit une tumeur inflammatoire qui se termine par un abcès duquel il sort du pus, de la bile, et un calcul biliaire plus ou moins volumineux.
Quand il y a rétention soit delà bile, soit des calculs, soit du pus, par dimension insuffisante de l’orifice fistuleux, celui-ci doit être agrandi.
Le caustique de Vienne solidifié agissant par accroissement de dimension du trajet fistuleux dont les parois sont partiellement détruites par : cet agent a été conseillé, mais il ne vaut pas le drainage.
La guérison des fistules biliaires a ordinairement lieu après l’élimination des calculs. — Extraire ces calculs ou en favoriser l’issue, tels sont I donc les moyens d’arriver à la cure radicale de ces fistules. Nous ne pourrions, sans sortir des limites que nous nous sommes imposées, ini sister davantage sur un sujet qui appartient surtout à l’histoire des calculs biliaires.
Art. 3. — Abcès cle la rate.
Les abcès de la rate, comme ceux du foie, ne doivent nous occuper qu’en tant qu’ils exigent l’intervention des moyens chirurgicaux.
Sans parler des abcès métastatiques que nous avons déjà mentioni nés, la rate peut être le siège de collections ou d’infiltrations purulentes ! succédant à une phlegmasie aiguë du parenchyme splénique.
La quantité de pus est parfois très-considérable et l’on trouve la rate transformée en un vaste sac purulent; celui-ci contient dans quelques cas des débris de substance splénique ramollie. Le pus est souvent blanc i comme dans les autres organes, quelquefois il est de couleur roui- geàtre lie de vin et paraît formé, par un mélange de pus et de délri-
lus de matière splénique. Il survient entre la rate et les tissus environnants des adhérences étroites; la paroi abdominale, le diaphragme et l’estomac forment avec l’enveloppe fibreuse de l’organe une masse dans laquelle on ne sépare qu’avec peine les différents tissus ; quelquefois l’adhérence n’a lieu qu’entre la rate, le diaphragme et le foie qui constituent les parois d’une vaste poche, ou de plusieurs cavités irrégulières dans lesquelles est renfermé le pus. Cooper a rapporté un exemple de cette disposition anatomique des abcès. ( The London med. and surg. Journ. Avril 1829.)
De môme que les abcès du foie, les abcès de la rate peuvent s’ouvrir soit à l’extérieur, soit dans les viscères circonvoisins. On a vu ces abcès s’ouvrir dans le péritoine, l’estomac, le duodénum, le colon transverse, la vessie, perforer le diaphragme et pénétrer dans la plèvre, dans les poumons.
Quand l’abcès splénique s’ouvre à l’extérieur, le pus traverse les parois abdominales unies à la rate par des adhérences.
Quelquefois la matière purulente fuse entre les muscles et le feuillet pariétal du péritoine et vient faire saillie dans le dos, dans les lombes ou sur la paroi thoracique (Naumann).
Le traitement que nous avons conseillé pour les abcès hépatiques qui s’ouvrent à l’extérieur est exactement applicable ici.
M. Mercier a communiqué à la société anatomique [Bulletin de septembre 1835) un cas d’infiltration purulente de la rate. L’infiltration n’occupait que trois ou quatre points bien circonscrits. Le vieillard chez lequel on a trouvé cette pièce n’avait subi aucune opération chirurgicale ; il a succombé à une fièvre adynamique.
Art. 4. — Abcès «lu pancréas.
Il existe dans la science un certain nombre d’exemples d’abcès pancréatiques. Gautier, Baillie, Percival, Haygartb ont cité des faits de ce genre. La lecture attentive de ces observations prouve que dans différents cas qui ont été rapportés il s’agissait d’abcès métastatiques. Ainsi chez un sujet, dont parle Tulpius, il y avait en môme temps des abcès dans le foie. Chez un malade cité par Schmakpfefer, il y avait eu opération d’une hernie étranglée. M. Tonnelé a vu des abcès pancréatiques chez des sujets qui avaient succombé à la fièvre puerpérale. [Arch. gén. de méd. Avril 1830.) Dans tous ces cas le pus était, non à l’état d’infdtration, mais réuni en foyer et ce dernier avait contracté des adhérences avec le foie, l’estomac, le colon.
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Art. o. — Abcès «le l'estomac.
Les abcès de l’estomac sont fort rares. Cependant on a vu dans quelques gastrites suraiguës causées par des poisons corrosifs des collections purulentes se former dans l’épaisseur des membranes. Quelquefois aussi on trouve de petits abcès au milieu des tuniques de l’estomac, quand ce viscère est atteint de dégénérescence squirrheuse ou encéphaloïde. Ils peuvent aussi dépendre du ramollissement des tubercules développés sous le péritoine ou de péritonites partielles.
ün trouvera dans la collection de Lieutaud [Historia anatomico-medica, 1. 1, p. 24, 1767) des observations empruntées à différents auteurs où il est fait mention d’abcès de l’estomac.
Ces abcès n’ayant d’ailleurs aucun rapport avec la chirurgie, nous nous bornerons à la simple mention qui vient d’en être faite.
Art. G. — Abcès île l’intestin.
Existe-t-il des abcès de l’intestin? M. Becquerel ( Bullet . de la Soc. anat., 15° année, p. 395) dit avoir constaté dans un cas de péritonite aiguë une infiltration purulente des parois du duodénum et l’existence de quelques plaques infiltrées de pus dans l’intestin grêle.
D’un autre côté, M. Malespine ( Arch . gén. de méd., 3e série, t. X‘, p. 35), a vu l’appendice cœcal constituer une poche purulente longue de 7 centimètres environ et semblable, par sa forme et sa grosseur, à une vésicule fortement distendue ; la muqueuse était complètement séparée, détachée, et formait un cylindre creux ilottantau milieu du pus ; sa cavité, qui aurait pu admettre une noix, contenait des lambeaux noirâtres, un liquide de même couleur et quelques débris de matière stercorale ; quelques fausses membranes tapissaient les parois de la poche et leur donnaient une certaine épaisseur; au-dessous d’elle se trouvait la membrane séreuse. — Les parois du kyste étaient partout continues ; cependant il existait dans le tissu cellulaire sous-péritonéal une infiltration des matières contenues dans la poche.
N’ayant pas trouvé dans la science d’autres exemples d’abcès semblables à ceux que nous venons de citer, nous croyons devoir nous abstenir de toute interprétation à l’égard de ces faits.
A**t. 7. — Abcès slcrcoraux.
Nous rapprocherons des abcès de l’intestin les abcès stercoraux, parce que 1 origine de ces derniers se rattache à une altération du conduit intestinal.
Leur cause la plus ordinaire en effet est le passage d’un corps étranger à travers l’intestin et la paroi du ventre.
Les corps étrangers, tels que des épingles, des aiguilles, des arêtes de poissons, des portions d’os, etc., peuvent, après avoir parcouru l’œsophage et l’estomac, séjourner plus ou moins longtemps soit à l’intestin grêle, soit au gros intestin, puis déterminer une légère inflammation et une péritonite partielle à la suite de laquelle des adhérences s’établissent. Le corps étranger finit par sortir de l’intestin et, arrivé dans l’épaisseur de la paroi abdominale, il y devient la cause de la formation d’un abcès, tantôt à marche aiguë et franchement inflammatoire, tantôt au contraire à marche lente et chronique.
On lit dans les Actes des médecins de Berlin l’histoire d’une petite fille de six ou sept ans qui avait une tumeur dure et assez grosse audessous de la région épigastrique ; on ouvrit cette tumeur au bout de quelque temps et on aperçut, le troisième jour après l’opération, un corps dur que l’on retira avec des pinces; c’était une aiguille. A. Paré etFabrice de Hilden ont cité des exemples de sujets chez lesquels un couteau avalé par la bouche sortit par un abcès de la région inguinale. On trouve dans Ruysch (Obse7'v. chirurg., obs. 55), l’histoire d’une jeune fille qui avait avalé une épingle ; il survint quelque temps après, à l’aine, une tumeur inflammatoire accompagnée de fièvre et de vives douleurs. L’ouverture de l’abcès donna issue à l’épingle qui était toute rouillée et à une grande quantité de pus mêlé de matières stercorales ; la guérison fut assez rapide.
Une dame, observée par Diemerbroek, rendit par un abcès situé audessus de la région ombilicale, un os de poularde qu’elle avait avalé quelque temps auparavant.
Le mémoire d’Hévin {Acad, dechir., 1. 1, in-4°), auquel nous empruntons ces faits, en contient plusieurs autres semblables. Dans presque tous, la guérison eut lieu rapidement, et le passage des matières stercorales fut de courte durée et peu abondant. Le peu de volume du corps étranger, et l’étroitesse de l’ouverture par laquelle il se frayait un passage, expliquent cette terminaison heureuse. Il est probable, comme l’a fait remarquer A. Bérard, dans son article sur les abcès stercoraux (. Dict . deméd. en 30 vol., t. XXVIII, p. 560), que si la perforation de l’intestin eût été large, le passage des matières et du gaz eût été plus facile, eût empêché la cicatrisation, et produit une fistule stercorale.
Schcnkhius, Zacutus Lusitanus, Fernel, ont rapporté des faits d’où il résulterait, suivant eux, que des vers intestinaux agissent à la façon des corps étrangers, et déterminent des abcès stercoraux. — Entre autres faits, nous mentionnerons celui d’une femme de 36 ans, qui rendit, par un abcès de l’anus ouvert spontanément quinze vers lombricoïdes. {Gaz. méd., 1836, p. 732.)
SECT. X. — SUPPURATIONS PELVIENNES. 373
Dans un autre cas (Gaz. méd., 1837, p. 570), la tumeur vermineuse s’est fait jour à la région hypogastrique.
Ces abcès peuvent être suivis- d’une fislule stercorale, susceptible de persister pendant un temps plus ou moins long, et qui devra être traitée par les moyens appropriés.