Aggravation de l’état du malade. Mort
Autopsie. — Vessie saine contenant une petite quantité d’urine trouble. Dans toute la partie prostatique du canal, la muqueuse urétrale est mobile, fluctuante et ramollie. Elle est percée de plusieurs ouvertures situées sur les parties latérales du verumontanum. Ces ouvertures sont petites, allongées, au nombre de 5 ; la plus grande peut avoir 8 millim. de longueur; elles communiquent avec l’intérieur de la prostate. Au delà de la région prostatique, la muqueuse urétrale ne présente pas d’altération .
Au-dessous des ouvertures dont il vient d’être question existe un vaste foyer purulent qui occupe l’intérieur de la prostate et qui se prolonge en arrière entre la vessie et le rectum. L’espace qui sépare ces deux organes est converti en un clapier, limité en avant par la i paroi inférieure de la vessie, en arrière par le rectum, en haut par le péritoine, et communiquant en avant avec l’abcès de la prostate. Les parois de la vessie et du rectum sont bai gnéespar le liquide. purulent qui remplit ce large foyer; elles ne sont ni ulcérées, ni perforées, mais elles sont recouvertes par des détritus provenant de la mortification du tissu cellulaire. La prostate n’est pas complètement détruite par la suppuration. La cavité : centrale, remplie de pus, est circonscrite en avant et latéralement par une couche mince ; de tissu glanduleux et par la membrane fibreuse ; mais en arrière, la base de la glande étant 1 détruite, cette cavité se confond avec le clapier vésico-rectal. Ce vaste foyer est rempli par un liquide purulent, grisâtre, fétide, ayant une odeur ammoniacale ; c’est un mélange de pus et d’urine contenant les débris des tissus gangrenés. Les veines du bassin n’ont pas : été examinées.
Abdomen. — Sur la face supérieure du foie existent deux abcès métastatiques sous la forme ; de deux bosselures qui, étant incisées, donnent issue à un pus jaunâtre, caractéristique.
Deux larges plaques livides occupent la face postérieure de l’estomac qui est ramolli.
Thorax. — La cavité pleurale droite est presque entièrement remplie par de la sérosité mêlée à des fausses membranes et à des exsudations plastiques qui recouvrent le poumon. Cefr organe, comprimé par le liquide, est refoulé contre la colonne vertébrale. Deux abcès métastatiques dans son lobe supérieur. Le poumon gauche est volumineux, crépitant. A sa surface sont plusieurs bosselures qui contiennent du pus; dans le lobe supérieur est un abcès beaucoup plus grand, contenant un pus grisâtre, ayant les caractères propres aux abcès métastatiques.
Tête. — Injection des méninges.
Les abcès de la prostate peuvent encore se compliquer d’accidents cérébraux graves, susceptibles d’amener la mort. M. Desprès a souvent observé cette terminaison chez les vieillards atteints de prostatite aiguë . — Au bout de quelques jours la suppuration se déclare, le délire survient; bientôt le coma lui succède, et le malade meurt dans une adynamie profonde.
Pronostic.
Au point de vue du pronostic, il faut établir trois classes d’abcès prostatiques : -1° ceux qui se cicatrisent très-rapidement; 2° ceux qui sont
compliqués de rétrécissements de l’urètre, de calculs prostatiques ou vésicaux : ils offrent un certain caractère de gravité plus prononcé, en raison des accidents qui les précèdent ou les accompagnent ; 3° ceux qui, d’origine inflammatoire ou tuberculeuse, convertissent la prostate en une véritable caverne: ce sont les plus dangereux.
Étiologie.
D’une manière générale on peut dire que l’inflammation est la cause de tous les abcès de la prostate. Mais quelles sont les causes qui font passer l’inflammation à la période suppurative? Voici ce que l’observation apprend.
C’est chez les sujets faibles, scrofuleux ou tuberculeux, que la prostatite arrive le plus facilement à suppuration.
Une altération des reins, des uretères, de la vessie, un calcul vésical, surtout s’il est déjà engagé dans la portion prostatique de l’urètre , constituent autant de causes qui peuvent faire suppurer la prostate.
L’observation suivante sert à montrer comment une prostatite chronique peut se terminer par suppuration.
Obs. 523. — Prostatite chronique consécutive à une blennorrhagie. Prostatite aiguë intercurrente. Rétention complète d’urine. Suppuration de la prostate. Ponction de l’abcès. Guérison. (Verdier, Observ. sur lesphleg. de la prost. Le Vigan, 1837, p. 25.)
A l’âge de 23 ans, C..., forgeron, contracta une blennorrhagie. Quelques jours après l’apparition de cet écoulement, les symptômes suivants se manifestèrent : pesanteur et chaleur vive vers la prostate, besoins d’uriner très-fréquents, diminution notable du jet urinaire presque toujours précédé de l’émission de quelques gouttes d’une liqueur que le malade compare à du sperme.
Tisanes émollientes pendant un mois ; léger amendement de tous les symptômes. Alors baume de copahu, réduction de l’écoulement à un suintement limpide, mais persistance du ténesme vésical et de l’excrétion d’une matière d’apparence spermatique avant l’émission urinaire.
Cependant l’écoulement urétral devint plus abondant et la gêne de l’émission des urines persista. Le jeune homme devint faible, paresseux, dormeur, insouciant, triste et susceptible.
Un an s’était déjà écoulé depuis le commencement de la maladie, lorsque le 11 février 1832, après quelques excès de femmes et de boissons, la maladie prit une forme aiguë. Une pesanteur plus incommode, un embarras plus considérable se firent sentir à la région périnéale ; la station debout ne put être supportée.
Le 12, le malade passa la journée à boire et à jouer aux cartes. Le besoin d’uriner se fil sentir à plusieurs reprises et ne put être satisfait. Dans la nuit, besoins impérieux, douleurs intolérables; forte distension delà vessie. Cathétérisme avec une sonde élastique, pissement de sang, douleurs vives à la prostate pendant et après l’opération. Sangsues au périnée, bains, boissons acidulés, léger soulagement; mais pendanthuitjours l’émission des urines ne se fit qu’au moyen des algalies.
Le 21 février 1832, C... Vint réclamer des soins à l’hôpital Sainl-Éloi; grande taille, peau blanclæ, cheveux épais, membres volumineux, arrondis.
Fièvre, soif, agitation, insomnie, émission urinaire impossible sans le secours des sondes,
SECT. X. — SUPPURATIONS PELVIENNES. 431
douleurs vives à la prostate, surtout pendant la défécation, selles excessivement dures. Lallemand pénétra dans la vessie avec une sonde de gros calibre, explora le rectum, et trouva la prostate du volume d’un œuf de poule. Saignée au bras, sangsues au périnée, bains, tisane d’orge, émulsion camphrée.
A midi l’élève de garde voulut pratiquer le cathétérisme et rencontra un obstacle qui se laissa perforer, malgré les ménagements apportés dans les manœuvres. Une énorme quantité de pus sanguinolent s’écoula par le canal ; la pesanteur du périnée se dissipa, les urines s’écoulèrent librement ; le malade n’éprouva plus que de la cuisson. Bain à une heure après midi.
Au retour du bain, froid intense d’une heure de durée, ensuite cinq heures de forte chaleur, céphalalgie violente, soif ardente, grande agitation .: ces symptômes se calmèrent un peu dans la soirée, mais ils se prolongèrent dans la nuit. A l’approche du jour, le calme se rétablit.
22. — Pas de fièvre notable; du pus sanguinolent s’écoule en abondance du canal avant l’émission des urines, qui se fait avec facilité. Accès à la même heure qu’hier, mais plus court et moins fort; nuit moins agitée que la précédente.
23. — Mieux notable, pas d’accès dans la journée; nuit calme, sommeil bon, réparateur.
24. — Suppuration moindre, cuisson encore vive en urinant, émission facile; les urines déposent une matière filante mêlée de pus.
25, 26, 27. — Suppuration peu abondante; moins de cuisson ; moins de dépôts urinaires.