‹ Traité pratique de la suppuration et du drainage chirurgicalChapitre 119 sur 264 · B. SUPPURATIONS DES TROMPES UTÉRINES · texte numérisé non relu

B. SUPPURATIONS DES TROMPES UTÉRINES

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La suppuration des trompes utérines peut se présenter anatomiquement parlant, sous divers aspects. Tantôt la matière purulente occupe la cavité de la trompe, tantôt les foyers siègent sur sa face externe et immédiatement au-dessous du péritoine , tantôt enfin c’est dans le tissu propre de la paroi tubaire que le pus est accumulé. Mais toutes ces lésions sont le plus souvent secondaires et masquées par les lésions ordinaires de la métro-péritonite. Cependant il n’en est pas toujours ainsi. Il est des cas où la suppuration de la trompe coïncidant avec celle du péritoine et avec celle de l’ovaire joue le rôle principal. On trouve dans Y Anatomie pathologique de M. Andral (deuxième partie, t. III, p. 700) un exemple très-remarquable de celte suppuration simultanée de la trompe et de l’ovaire. L’élément tubaire prédominait.

Obs. 528. — Il s’agit, d’une femme de 37 ans qui avait vu sc former peu à peu dans le liane gauche une tumeur accompagnée d’un engourdissement douloureux de la cuisse cor-

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respondante. La tumeur paraissait profonde, indépendante des téguments et même des parois abdominales qu’elle soulevait à un pouce environ au-dessus du niveau de l’abdomen dans une étendue égale à celle de la paume de la main ; elle était sensible au plus léger contact, ce qui ne permettait guère de l’explorer. La jambe gauche était faible, surtout pendant la progression; mais la sensibilité cutanée était entière. Les vomissements se répétaient à peu près tous les jours, un temps variable après l’ingestion des aliments, et précédés de quelques coliques : ils cessaient, puis se reproduisaient par crise ; la malade les attribue à la difficulté qu’elle éprouve pour aller à la garde-robe ; son ventre est gros et tendu par moments. Malgré des applications de sangsues sur l’abdomen, des lavements laudanisés, des sinapismes aux jambes, les accidents vont en s’aggravant, les symptômes d’une péritonite se déclarent, ils se prononcent de plus en plus et amènent la mort.

L’autopsie fait reconnaître dans l’abdomen les lésions suivantes : épanchement séro-purulent considérable, mêlé de flocons albumineux. Dans plusieurs points des fausses membranes récentes réunissaient lâchement diverses anses intestinales, mais dans la fosse iliaque gauche ces adhérences avaient plus de solidité; en les examinant attentivement, on y reconnaissait un commencement d’organisation. Après avoir séparé celles qui n’offraient point de résistance, on en trouva d’autres qui réunissaient intimement l’intestin rectum avec une tumeur placée sur le côté gauche de l’utérus. Nulle part sur les anses d’intestin, pas plus que sur les tumeurs on n’aperçut de déchirures, ni de solution de continuité, mais le rectum examiné par le bord opposé à celui par lequel il adhérait à la tumeur offrit à sa surface interne une perforation circulaire capable d’admettre tout au plus un tuyau de plume et par lequel il communiquait avec la tumeur indiquée. On s’en assura mieux encore en comprimant cette dernière ; le liquide purulent qu’elle contenait passa sur-le-champ dans la cavité intestinale. C’est à cette communication que correspondaient les adhérences les plus intimes; elle était placée à peu près au niveau du détroit supérieur du petit bassin sur la symphyse sacro-iliaque gauche ; et plus tard quand tout le gros intestin fut détaché, on constata que cette communication était à huit pouces de l'anus, à l'extrémité supérieure du rectum ou à l’extrémité inférieure du côlon gauche.

Quant à la tumeur ainsi ouverte dans l’intestin, elle était alors molle, ridée, sans autre ouverture à sa surface libre ; elle se prolongeait dans le petit bassin dont elle occupait le quart postérieur gauche; elle soulevait le rectum en haut et à droite de manière à lui donner la forme d’un arc de cercle dans la concavité duquel elle était logée. Sur son côté supérieur et interne, tout près de la matrice, on distinguait la portion utérine de la trompe: mais à un pouce en dehors tout paraissait confondu. En examinant la pièce détachée, on reconnut que la tumeur ouverte dans le rectum n’était autre que la trompe considérablement dilatée, enflammée et suppurée. La cavité de la trompe, encore reconnaissable à sa forme ilexueuse, communiquait évidemment avec celle de la poche, non pas par un petit pertuis, par une fente, mais par un élargissement progressif quoique rapide; d’ailleurs la continuité de la membrane noirâtre de la portion non dilatée avec celle qui tapissait la poche était évidente. Enfin, derrière ce vaste foyer, on retrouva une tumeur moins considérable du volume d’une noix à parois manifestement fibreuses, de la couleur et de l’aspect que l’on connaît à l’ovaire ; à l’ouverture il s’en écoula un pus de bonne nature, qui n’avait aucune communication avec celui qui restait encore dans la tumeur formée par la trompe.

A droite il existait une position en quelque sorte inverse; la trompe était bien, comme à gauche, enflammée et suppurée; comme â gauche elle s’élargissait progressivement de l’utérus vers son pavillon et là il y avait aussi une collection purulente assez considérable; mais ici c’était l’ovaire qui était le plus profondément affecté; c’était lui et non pas la trompe qui formait tumeur. La tumeur renfermée tout entière dans le petit bassin avait le volume d’un gros œuf de poule ; elle était pleine d'un pus verdâtre sans odeur, homogène et peu épais. Les parois étaient comme celles de la petite tumeur du côté opposé, blanchâtres et llbro-celluleuses. Le rectum était comprimé dans plusieurs points de sa Ion-

SECT. X. — SUPPURATIONS PELVIENNES. 453

sueur par la trompe dilatée, et cette compression devait avoir gêné la circulation des matières fécales.

Dans le cas où la trompe distendue se serait adossée avec adhérences soit ù la paroi abdominale, soit à la paroi du vagin , l’anse à drainage placée par double transfixion au moyen du trocart courbe fournirait la ressource thérapeutique la plus précieuse.

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