La malade est guérie et quitte l’hôpital
Je rapporterai l’observation qu’on va lire parce qu’elle m’a paru de nature à juger définitivement la question de savoir si les abcès attribués à la glande vulvo-vaginale et à ses conduits appartenaient bien réellement à cette glande. La collection liquide avec son enveloppe a donc été complètement énucléée, de manière à mettre l’anatomie pathologique à même de décider la question en dernier ressort. La présence incontestable du tissu glanduleux, constatée par une autorité aussi compétente que celle de M. Lebert, ne nous a laissé aucun doute, et par là s’est trouvée démontrée pour nous la parfaite exactitude des assertions de M. Huguier touchant l’existence des kystes et des abcès de la glande vulvo-vaginale.
Obs. 535. — Abcès de la vulve. Extirpation complète de la glande vulvo-vaginale. — Tesselin (Ernestine), 22 ans, couturière, est entrée à l’hôpital Saint- Antoine le 24 novembre 1853.
Il y a six jours, la malade a commencé à ressentir à la vulve des douleurs qui ont été suivies de la formation d’une tumeur fluctuante dans la grande et la petite lèvre du côté droit. On pense que c’est probablement là un kyste qui s’est échauffé et dans lequel s’est formé du pus.
On fait l’extirpation complète de la tumeur. Pour atteindre sa limite la plus reculée, on est obligé de disséquer à une assez grande profondeur, jusqu’à la face interne de l’arcade pubienne et de diviser un certain nombre de vaisseaux. On lie ces vaisseaux, puis on bourre la plaie avec des bourdonnets de charpie.
Les parois du kyste enlevé sont très -épaisses, formées par un tissu cellulaire dense et même par une matière glandulifornie. M. Lebert, qui a examiné la tumeur avec le plus grand soin, y a constaté de la manière la plus positive les caractères glandulaires.
20 novembre. — Réaction fébrile assez vive ; infiltration delà grande lèvre. Trois pots de limonade.
30. — La malade va très-bien ; il y a encore beaucoup de gonflement, mais peu de douleur.
1er décembre. On sent parfaitement au toucher la poche laissée par l’ablation du kyste, l.es parois de cette poche se rapprochent et tendent à combler le vide. Il y a encore un cul-de-sac qui fournit un peu de pus.
20. Les parois de la cavité accidentelle sont cicatrisées. — Exeat.
Le fait suivant intéresse plusieurs points de l’histoire des abcès vulvaires.
Le siège du foyer est très-bien précisé. C’est à la partie postérieure de la grande lèvre qu’il se trouve. Or, toutes les fois que l’on rencontre dans ce point abcès ou kystes, il y a de très-grandes probabilités en faveur de l’opinion qui veut qu’il s’agisse d’une collection liquide renfermée dans la glande ou dans ses conduits.
Ce fait montre encore un point assez intéressant de l’étiologie des abcès vulvaires, c’est l’existence antérieure d’un kyste qui a pu traverser de nombreuses grossesses sans s’échauffer , et qui , finissant par devenir douloureux et phlegmoneux, adonné lieu à l’un de ces abcès de la grande lèvre dont nous avons déjà indiqué les caractères.
Obs. 53G. — Kyste purulent de la grande lèvre. Ponction , injection iodée. Guérison. — Vitu (Louise), 43 ans, ouvrière, est entrée le 13 octobre 1854 à l'hôpital Lariboisière.
Forte constitution; excellente santé habituelle; menstruation toujours régulière. Onze enfants, le dernier, il y a dix ans.
Immédiatement après le troisième accouchement qui eut lieu il y a vingt-et-un ans, et qui fut terminé par une application de forceps, apparut à la grande lèvre droite qui avait été éraillée, une grosseur qui persista depuis. Il n’y eut au niveau de cette région aucune ecchymose que la malade eût remarquée.
La tumeur augmenta peu à peu de volume, quoique lentement. C’est surtout depuis quatre mois qu’elle a pris un développement plus rapide. C’est aussi depuis cette époque qu’a cessé une leucorrhée à laquelle cette femme était sujette auparavant.
Indolente à son début, cette tumeur est restée stationnaire malgré huit grossesses ultérieures; mais depuis quatre mois elle est devenue le siège de quelques élancements, et dès lors seulement elle a commeneé à apporter de la gêne dans la marche et les rapprochements sexuels.
État actuel. Dans l’épaisseur de la grande lèvre droite se trouve une tumeur du volume d’un gros œuf de poule. Sa forme est celle d’un ovoïde qui occuperait la partie postérieure de la grande lèvre et de là se porterait en avant, de telle sorte que sa grosse extrémité arriverait jusqu’à la partie antérieure de la même région. Cette tumeur est molle, fluctuante, et donne la sensation d’un kyste à parois minces. Recouverte de téguments parfaitement normaux et mobiles, elle est facile à contourner de tous côtés et à isoler en la pinçant entre deux doigts portés, l’un en dehors de la grande lèvre, l’autre dans le vagin où elle fait une saillie notable. Seulement son extrémité postérieure semble reliée aux parties profondes, probablement à la glande de Bartholin, par une sorte de pédicule. Il n’y a pas de frémissement hydatique. La tumeur est à peine douloureuse au toucher ; mais elle devient par instants le siège de quelques douleurs spontanées, lesquelles sont lancinantes. Le toucher de l’utérus n’apprend rien de particulier. L'expulsion des urines est facile.
15 octobre. — On pratique une ponction avec un trocart à hydrocèle dans la partie la plus déclive de la poche fluctuante. Issue par la canule d’un liquide séro-purulent, qui offre de la manière la plus exacte l’aspect du café au lait, et qui parait produit par réchauffement d’un kyste séreux. Injection de teinture d’iode pure qu’on laisse ensuite sortir après une ou deux minutes de séjour.
Toute la journée de l’opération et les suivantes, pas de lièvre. Augmentation de volume du kyste qui est douloureux ; rougeur légère de la peau qui le recouvre. La piqûre
SECT. X. — SUPPURATIONS PELVIENNES.
donne constamment issue à du liquide formé de pus séreux coloré par de la teinture d’iode.
2 novembre. — La plaie faite par le trocart ne donne plus issue à aucun liquide et semble fermée. Les parois du kyste sont en pleine voie de retrait. On sent toujours bien le pédicule postérieur. La peau qui recouvre le kyste a repris scs caractères normaux. Elle est mobile sur celui-ci. La malade vient d’avoir ses règles. Elle demande et obtient sa sortie.
Les abcès de la glande vulvo-vaginale méritent, au point de vue des conséquences qu’ils peuvent entraîner, la plus grande attention de la part, du chirurgien. En effet, autant il est facile de se rendre maître des accidents quantj on agit de bonne heure , autant on compromet la vie des malades par une temporisation intempestive.
Ces abcès, qui dans leur état intrinsèque n’ont rien de très-grave et qui, traités par le drainage, se guérissent avec une merveilleuse facilité, ont une double tendance extrêmement fâcheuse. C’est d’une part la production du sphacèle, d’autre part la tendance à l’envahissement par infiltration du tissu cellulaire de la fesse et du périnée.
Übs. 537. — Phlegmon gangréneux de la fesse et du périnée par extension d'un abcès de la glande vulvo-vaginale. Incisions; élimination des produits sphacélés ; douches. Mort. Autopsie. — Chevet (Èrnestine), 29 ans, couturière, entre à l’hôpital Lariboisière le G juin 1857.
Cette femme est depuis plusieurs années sujette à des abcès de la glande vulvo-vaginale qui reviennent à époques indéterminées. A la fin de mai 1857, la grande lèvre droite devint le siège d’un de ces abcès, et l’on ne combattit par aucun traitement actif la tendance aux envahissements du pus dans les parties déclives.
Quand cette malade entra le G juin à l’hôpital Lariboisière, la lésion locale avait fait des progrès considérables. La tuméfaction avait envahi la totalité du périnée et la plus grande partie de la fesse droite. Une rougeur phlegmoneuse couvrait toutes ces parties. La tension était telle que, quand on pratiqua avec le bistouri quatre grandes incisions sur les points où la peau amincie présentait du sphacèle, une au périnée et trois à la fesse, il jaillit des flots d’un pus noirâtre, mélangé de flocons d’un tissu cellulaire gangrené et d’une odeur insuppportable.
La collection s’était propagée de la grande lèvre dans le tissu cellulaire, puis sous le grand fessier où des décollements considérables avaient eu lieu.
On favorise la sortie des produits sphacélés, d’abord en faisant communiquer entre eux les divers cloaques de manière à n’avoir qu’une seule poche, ensuite en pratiquant de grands lavages dans cette cavité.
Le 8 juin, on fait sortir par les plaies d’ouverture des paquets énormes de tissus sphacélés; on facilite leur élimination, en les tirant, légèrement avec une pince à anneaux, enfin on continue plusieurs fois par jour l’emploi des douches abondantes et désinfec- 1 tantes.
10 juin. — Mêmes manœuvres que les jours précédents ; bain, potion cordiale.
il. — La plupart des paquets de tissu cellulaire sphacélé sont élimiités ; le foyer presque vide dégage une odeur moins infecte ; toujours de la fièvre et une extrême faiblesse. Les plaies sont entourées dans une assez grande étendue d’une rougeur érysipélateuse. — Sulfate de quinine, 1 gramme.
Amélioration de l’état local ; les phénomènes d’inflammation et de putridité diminuent ; mais il existe une diarrhée très-rebelle, avec manque d’appétit et perte complète des forces. Décoction blanche.
1*. — Fièvre intense ; faiblesse extrême; l’érysipèle fait des progrès; néanmoins les plaies tendent à la cicatrisation et les parties molles reviennent sur elles-mêmes.