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CHAPITRE PREMIER

SUPPURATIONS DU PAVILLON.

Nous étudierons successivement le phlegmon proprement dit et les suppurations diffuses.

Art. S er. — Phlegmon «lu pavillon.

Les phlegmons qui se développent sur le pavillon débutent par une légère tuméfaction avec rougeur plus ou moins vive. Le malade ressent des douleurs aiguës, comme déchirantes, et la partie affectée est le siège d’une chaleur brûlante. En même temps que le volume de la tumeur s’accroît, le pavillon tout entier se gonfle et les parties voisines acquièrent un développement considérable. Dans ce cas, il y a fièvre et insomnie. Cette affection occupe plus particulièrement la conque, l’orifice du méat externe, la fosse scaphoïde, lieux où le tissu cellulaire est plus abondant. Au bout de quelques jours le phlegmon a fait de rapides progrès et la fluctuation devient manifeste. Quand la fumeur est ouverte, soit spontanément, soit par le secours de l’art, le pus s’écoule mêlé de stries sanguinolentes et le malade est très-soulagé. A la suite des abcès du pavillon on observe une saillie dure et irrégulière qui persiste pendant plusieurs mois et laisse une cicatrice. Cette maladie n’influe sur l’ouïe que quand elle occupe l’orifice du méat et l’obstrue plus ou moins complètement.

Nous ne savons rien de précis sur l’étiologie des phlegmons du pavillon, sinon qu’un refroidissement brusque en est quelquefois la cause occasionnelle.

Cette maladie n’offre aucun danger. Elle est très-douloureuse jusqu’au

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moment de l’ouverture, soit spontanée, soit artificielle de l’abcès. On doit donc pratiquer sur la tumeur une incision en rapport avec son volume, aussitôt que le pus est suffisamment collecté, et à dater de ce moment le traitement le plus simple suffit pour amener la guérison.

La peau du pavillon de l’oreille, qui paraît si fine et si souple dans l’état normal, prend, sous l’influence de l’inflammation, une épaisseur et une consistance remarquables. Elle offre la tenue, ou si l’on veut, la rigidité du cartilage. Il résulte de là que les deux lèvres de l’incision, quelque grande que soit celle-ci, tendent sans cesse à se juxtaposer, ce qui devient un obstacle à la sortie du pus. Comme d’autre part la roideur du tégument empêche celui-ci de se réappliquer sur les parties profondes, il reste une espèce de coque cutanée plus ou moins saillante et qui forme pour le pus une sorte de réceptacle. Nous avons combattu cette disposition fâcheuse en ouvrant ces abcès par la méthode à lambeaux, c’est-àdire, en y pratiquant une incision curviligne dont la convexité regarde les parties déclives et en bourrant de charpie l’intérieur de la cavité. Mais l’emploi du drainage au moyen des tubes élastiques trouve ici une de ses meilleures applications et nous a donné des résultats aussi complets que rapides avec absence de toute difformité.

Art. 1. — Suppurations «lilfaiscs «lu pavillon.

Les suppurations diffuses du pavillon de l’oreille donnent lieu, à leur début, à une sensation de tension douloureuse. La peau est chaude, luisante, très-sensible à la moindre pression et passe par diverses nuances, du rouge vif au rouge le plus foncé. Le gonflement de la partie malade devient assez considérable pour changer la forme du pavillon et faire disparaître les saillies et les enfoncements qui la caractérisent. Il se forme assez souvent des phlyctènes produites par le soulèvement de l’épiderme et l’accumulation d’une sérosité claire. Presque toujours la tuméfaction du pavillon s’étend au méat, rétrécit son diamètre, provoque un flux de matières mucoso-purulentes. — Une surdité plus ou moins marquée est le résultat de ces accidents. On observe alors de la fièvre, la langue est saburrale et il y a concomitance de troubles gastriques ou intestinaux. Au bout de trois ou quatre jours, on reconnaît l’existence de petits foyers purulents qui s’ouvrent successivement. Dès lors la tension et la rougeur cessent, la peau, se ride et se recouvre de squames blanchâtres qui tombent lentement. Le conduit auditif devient libre, le fluide excrété cesse de couler au dehors et tout se rétablit, dans l’état normal.

Celte maladie est quelquefois le résultat d’une irritation mécanique de la peau du pavillon. Il arrive aussi que celte irritation portée d’abord

sur la peau du méat s’étend au pavillon et l’envahit tout entier. L’insolation prolongée, la piqûre de certains insectes, l’irritation produite par certaines blessures, etc., sont des causes fréquentes de cette maladie. Elle n’offre du reste aucun danger; mais elle est très-sujette aux récidives. C’est surtout ce que l’on observe dans des cas d’érysipèle de la face.

Le traitement consiste à drainer les foyers purulents aussitôt qu’ils se manifestent, et à combattre les symptômes fébriles et gastriques par les moyens connus.

Obs. 294. — Abcès auriculaire traité par le lavage et l’occlusion. — Foucher (Théodore), 19 ans, fileur, entre à l’hôpital Saint-Antoine, le 17 août 1850.

Ce malade présente une saillie très-prononcée de toute la région auriculaire gauche. Le conduit auditif, à son orifice externe est complètement effacé par l'existence d’une bosse fluctuante qui comble la cavité de la conque. D’autre part, il existe, en arrière, une tumeur également fluctuante, occupant presque toute la hauteur du pavillon de l’oreille.

Interrogé sur les causes de cet abcès, le malade ne le rapporte à rien autre chose qu’à ce qu’il a couché une nuit sur le carreau, pendant qu’il était détenu à la prison de la Nouvelle-Force.

On pratique une ponction à la tumeur postéro-auriculaire, on pousse fortement une injection d’eau dans la tumeur, mais pendant l’injection on voit sourdre quelques gouttes de liquide qui reviennent par le conduit auditif et bientôt on reconnaît, à n’en pas douter, que c’est le liquide de l’injection qui de l’extérieur du pavillon pénètre dans l’intérieur de la conque.

La tumeur vidée avec beaucoup de soin est pansée au moyen de bandelettes de sparadrap appliquées sur la plaie postéro-auriculaire. Dès le jour même, la douleur, qui était très-vive, cesse complètement.

Le lendemain on constate de nouveau l’absence de toute douleur dans la région de l’abcès et déplus une réunion par première intention obtenue sur tous les points.

Le 20 août, on lève de nouveau l’appareil. La réunion s’est invariablement maintenue. Il ne reste qu’un peu d’engorgement.

Le 29, le résultat obtenu se confirme. Depuis deux jours on ne fait pas de pansement. Quelques jours après le malade sort complètement guéri. Pas une goutte de liquide purulent à partir de l’opération.

Encore que nous ayons déjà une certaine habitude de voir des collections purulentes plus ou moins considérables guérir sous l’influence du lavage et de l’occlusion avec une prodigieuse rapidité, puisque quand il y a réussite, et la réussite a lieu très-souvent, l’abcès se trouve guéri du soir au lendemain, si même il n’est pas guéri aussitôt l’opération faite, puisque le travail de réparation commence incontinent après, nous fûmes surpris devoir un résultat aussi complet et aussi prompt dans le traitement d’un pareil abcès. La région auriculaire, surtout quand il y a communication suppurative de la convexité du pavillon avec l’intérieur de ce dernier, est une des régions anatomiquement les plus défavorables à la réunion primitive. — Le cartilage du pavillon de l’oreille est, par son élasticité, sa résistance et l’irrégularité ou la bizarrerie de scs formes,

SECT. II. — SUPPURATIONS UE L’APPAREIL AUDITIF

ce que l’on peut imaginer de moins bien disposé pour permettre cette juxtaposition si nécessaire aux parois des abcès pour lcui cicatiisalion définitive. Certainement si quelque chose peut montrer l’efficacité d’un moclus faciendi qui comporte le succès, même au milieu de circonstances aussi peu favorables, c’est le fait qui vient d’étre rapporté.

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