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SUPPURATIONS DU CONDUIT AUDITIF

Nous avons à décrire l’inflammation phlegmoneuse et les abcès souspériostiques de ce conduit.

Arl. 1er. — inflammation plilcginoncnsc.

Cette maladie débute, selon Kramer, par des douleurs, d’abord légères, dans le conduit auditif externe, douleurs qui deviennent bientôt pulsalives, déchirantes, s’étendent à toute la moitié correspondante de la tête, souvent même envahissent le côté opposé, et deviennent encore plus vives pendant les mouvements de la mastication. Souvent il y a de la lièvre, surtout vers le soir et pendant la nuit ; le méat est rouge, tuméfié, quelquefois même complètement fermé; il en sort un liquide rougeâtre et séreux. Ces symptômes sont toujours accompagnés de bourdonnements d’oreille et de surdité plus ou moins prononcée.

Quand on examine le méat, on y trouve ordinairement une tumeur saillante, arrondie, d’un rouge vif ; cela ne s’observe que quand la ma- ■ ladie n’est pas très-violente; car dans ce dernier cas le conduit est complètement clos. La tumeur s’ouvre au bout de quelques jours. Cette terminaison s’accompagne d’une rémission notable de tous les symptômes. Le pus qui s’échappe du méat est sanguinolent; l’écoulement, dure plus ou moins longtemps suivant l’étendue du phlegmon; la tuméfaction des parois du méat diminue peu à peu et les choses reviennent à l’état naturel plus ou moins rapidement suivant la constitution du malade. La surdité qui dépendait du gonflement du conduit, disparaît aussitôt que l’air arrive jusqu’au tympan. En somme, cette maladie, quoique fort douloureuse, n’a qu’une courte durée.

Contrairement à l’opinion de Kramer, M. Méniêre pense que le phlegmon du méat ne se développe que dans la moitié externe de ce canal, là où il y a beaucoup de tissu cellulaire. Plus loin, dans la portion os-

seuse de ce conduit, la peau qui le revêt est si mince, elle adhère au périoste par un tissu si serré que les phlegmons ne s’y rencontrent que bien rarement. Au moins M. Ménière n’a-t-il jamais eu l’occasion d’en observer dans cette partie de l’oreille externe.

On distinguera le phlegmon du conduit auditif de l’abcès sous-périostique, en ce que la sonde introduite dans le foyer ne trouve pas l’os à nu. La phlegmasie marche trop rapidement pour que les parties prolondes en soient le siège. — On ne confondra pas un phlegmon du conduit auditif avec une phlegmasie de l’oreille interne, si l’on remarque que dans l’otite interne le méat est ordinairement sain.

Le froid est la cause la plus fréquente du phlegmon du conduit auditif. Le plus souvent une seule oreille est affectée; quelquefois cependant les deux méats sont pris en même temps et la maladie suit la marche que nous avons décrite.

Le pronostic est favorable, quelle que soit la violence des douleurs éprouvées par le malade. L’ouïe peut rester affaiblie pendant quelque temps par suite d’un épaississement du tympan. Rarement on voit survenir consécutivement des- altérations .des os ou du périoste.

La maladie étant très-douloureuse, il faut en hâter la terminaison par l’ouverture prompte de l’abcès. On enfonce dans la tumeur la pointe d’un bistouri à lame étroite avec les précautions qu’exige la position plus ou moins profonde de cette tumeur dans le méat. Le pus sort aussitôt mêlé de sang, et le malade est instantanément soulagé.

Art. — Abcès sous-périosii«iiics «lu conduit auditif.

Itard ne fait pas mention de ces abcès, même dans le chapitre où il traite de l’otorrhée idiopathique ou symptomatique, de celle qui dépend de la carie des cellules mastoïdiennes ou du rocher lui-même. Kramer est le seul auteur qui l’ait décrite d’une manière spéciale, et c’est à sa description que nous emprunterons les détails qui vont suivre.

L’abcès sous-périostique du conduit auditif se développe ordinairement à l’insu du malade. Si l’on examine le méat, on remarque dans sa profondeur une saillie pointue, rouge, qui s’ouvre à son sommet et verse dans le méat une certaine quantité de pus brunâtre, épais, fétide. Cette matière s’accumule dans le conduit, et trouble l’audition. Si on l’enlève avec soin, l’ouïe devient meilleure. En introduisant un petit stylet courbe dans l’ouverture qui fournit le pus, on arrive à quelque surface osseuse dont l’altération est manifeste. Le mal occupe souvent en même temps la région mastoïdienne, dont le périoste est envahi par l’inflammation profonde. On trouve de temps en temps, dans la suppuration, des fragments osseux, de petites lames qui se détachent ou qui

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doivent être extraites avec des pinces. Quand ces parcelles osseuses sont enlevées, et que, par suite des efforts de la nature ou par un traitement approprié, le mal s’arrête, il se forme une cicatrice et la guérison est complète/Quelquefois il arrive que cette cicatrice produit un rétrécissement considérable du méat, et il en résulte une surdité par suite de la rétention du cérumen ou par toute autre cause analogue.

Si dans la grande majorité des cas la maladie commence par le périoste de la portion osseuse du conduit auditif externe, on l’a vue cependant se développer à la suite d’une altération plus profonde, par exemple, quand le rocher ou l’apophyse mastoïdc sont frappés de nécrose.

Le diagnostic ne peut s’établir qu’après avoir sondé la fistule et reconnu la lésion du tissu osseux, qui présente une surface raboteuse : la peau environnante est saine ; il en est de même du reste de 1 organe, à moins qu’il ne soit affecté de complications particulières.

Cette maladie suit toujours une marche chronique ; il faut des années pour qu’elle atteigne sa terminaison favorable par suite d’une heureuse modification survenue dans la constitution générale de l’individu, ou par l’effet d’un traitement approprié. L’élimination des particules osseuses cesse peu à peu, la suppuration disparaît et la cicatrisation s’opère.

Les abcès sous-périostiques du méat se rencontrent surtout chez lesenfants scrofuleux. La scarlatine et la rougeole ont une influence directe sur le développement de cette maladie. La variole a également donné lieu à ces sortes d’abcès, moins fréquemment peut-être que les deux autres exanthèmes, mais en lui imprimant un caractère particulier de gravité.

Le pronostic est toujours fâcheux. Rien que la maladie affecte plus particulièrement les jeunes sujets, et que les bénéfices d’une constitution qui se perfectionne en se développant doivent être pris en grande considération, il n’en est pas moins vrai que ce genre de lésion a un caractère grave. Si l’on parvient, par un régime convenable et un bon traitement, à modifier le tempérament lymphatique exagéré, on voit l’otorrhée diminuer peu à peu, l’exfoliation osseuse se faire d’elle-même et la cicatrisation s’effectuer. Si, au contraire, le mal a pris un développement considérable, s’il s’est fait une coarctation du méat, et si son diamètre s'est effacé plus ou moins complètement, le pronostic exigera une plus grande réserve, car il est difficile de savoir jusqu’à quel point s’étend l’oblitération et quelles sont les altérations consécutives qui ont envahi le tympan ou la caisse. L’essentiel, en pareil cas, c’est de s’opposer à cette •occlusion du conduit et d’employer en temps utile tous les procédés de dilatation que l’art possède.

La principale indication dans le traitement de l’abcès sous-périostique est de modifier la constitution du malade. Quant aux soins locaux, ils

consistent dans des injections et autres soins de propreté. On enlève les tragments osseux qui se dé tachent, on les entraîne avec des pinces. Quelquefois il faut élargir l’ouverture par laquelle ils doivent sortir. Habituellement, lorsqu’une portion d’os s’est détachée, la cicatrice du méat se fait avec promptitude, si toutefois l’état scrofuleux s’est amélioré.

Les oblitérations consécutives du méat se traitent par l’emploi des moyens dilatants, la corde à boyau, l’éponge préparée, par les cautérisations, les douches prolongées. Kramer a proposé dans ces cas de se frayer une voie avec le trois-quarts à hydrocèle et de le pousser avec précaution dans le méat jusqu’à ce qu’on n’éprouve plus de résistance. M. Ménière rejette cette méthode de traitement comme dangereuse et lui préfère les moyens déjà indiqués.

Dans certains abcès qui avoisinent la conque auriculaire, on éprouve quelquefois beaucoup de difficultés à percevoir la fluctuation. — En effet, soit que la collection siège à la région mastoïdienne, soit qu’elle occupe la fossette qui est placée au-devant du tragus, soit enfin qu’elle corresponde à la partie tout à fait inférieure de la conque, le liquide, quand il est pressé, tend à fuir vers la conque et le conduit auditif externe, de telle sorte que l’exploration reste indécise. Nous avons plusieurs fois en pareil cas eu recours à l’introduction du petit doigt à l’entrée du conduit auditif externe ; mais alors l’observateur n’a pas la complète liberté de ses mains.

Le moyen auquel nous donnons la préférence consiste à entourer de coton cardé l’extrémité d’une petite tige de bois en guise de pinceau. Ce pinceau est porté contre l’entrée du conduit auditif. Il immobilise la conque et prévient le refoulement du liquide dans le tissu cellulaire lâche qui entoure cette partie.

Il est une classe d’abcès sous-périostiques dans lesquels la promptitude à porter un diagnostic] et à agir prévient les conséquences les plus graves. — Souvent nous avons été consulté à l’hôpital pour des enfants qu’on nous amenait, soit avec un écoulement purulent par le conduit auditif externe, soit avec absence d’écoulement, mais dans tous les cas avec douleur et tension dans la région postéro-auriculaire ou mastoïdienne.

Si en pareil cas le chirurgien hésite, s’il ne comprend pas de bonne heure la signification d’un certain empâtement de la partie latérale de la face, d’un commencement d’œdème des paupières du même côté que celui où siège la douleur mastoïdienne, son inaction peut devenir dans un court espace de temps la cause d’accidents terribles, quelquefois môme irréparables.

Ce que je viens de dire sc rapporte à un fait d’observation anatomicopathologiquc, savoir, la facilité du décollement morbide du péricrâne chez les enfants. Toutefois l’adhérence intime du périoste au niveau des sutures oppose quelques barrières à l’étendue du décollement. Il

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n’en est pas ainsi dans les os longs sur le trajet desquels le périoste se décolle sans obstacle dans toute la longueur de l’os, de telle sorte que bientôt celui-ci se trouve comme engainé par un fourreau purulent, si le chirurgien, par une initiative prompte et résolue, ne force pas la collection il rester dans ses limites primitives.

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