Le malade sort parfaitement guéri
Obs. 576. — Adénite axillaire suppurée. Drainage. — Happey (Jean-Baptiste), 52 ans, employé, entre le 3 juillet 1 856 à l’hôpital Lariboisière.
Cet homme se présente à la consultation pour un abcès volumineux du creux de l’aisselle ; sa santé du reste n’en est pas troublée . Le malade déclare qu’il a eu les doigts brûlés il y a quelque temps, et cette brûlure a pu déterminer une adénite qui a pris des proportions considérables ; le lendemain de son entrée dans le service, on traite son abcès par le drainage. Le malade du reste a bon appétit, et est d’une bonne constitution.
8 juillet. — On trouve que la masse phlegmoneuse est encore dure, cependant elle diminue de volume. Le malade a la langue blanche. Bouteille d’eau de Sedlitz.
18. — Après l’évacuation du pus, il y a une adénite péri-ganglionnaire persistante : on soumet la région malade à des scarifications nombreuses, on fait usage, en outre,^ de la pommade à l’iodure de potassium pour opérer la résolution de l’engorgement etenlin, on obtient, grâce à ces différents moyens, une diminution sensible de la zone inflammatoire qui a succédé à la première tumeur.
23. — L’inflammation n’a pas encore complètement disparu, mais le malade désiic sortir. Exeat.
Les trois observations suivantes nous fournissent des exemples d’abcès axillaires rapidement guéris par le drainage.
Obs. 577. — Abcès axillaire. Guérison en dix jours par le drainage. Aumont (Jeanne), âgée de 28 ans, est entrée le 3 juin 1856, à l’hôpital Lariboisière.
Cette malade porte dans la région axillaire un abcès gros comme un œuf de poule à peu près. Cet abcès est survenu sans autre cause apparente qu’une assez grande fatigue du
LlAu moment où la malade entre à l’hôpital, elle ressent une si grande douleur que c’est à peine si elle peut remuer le bras et l’écarter du tronc. Du reste l’inflammation est très-considérable et menace de s’étendre. Un tube à drainage est passé dans l’abcès.
Le lendemain, toute douleur a cessé, l’inflammation a disparu, le pus s’écoule librement et la malade sort parfaitement guérie le 13 juin après dix jours de traitement.
Obs. 578. — Abcès axillaire. Drainage. Guérison en huit jours. — Dundy (François), 16 ans, serrurier, entre le 7 juin 1856 à l’hôpital Lariboisière.
Ce malade se présente avec un phlegmon axillaire qui a une étendue déjà considérable et qui menace de s’étendre encore.
Le 9 juin, la tumeur est ouverte par le drainage. Le tube facilite l’écoulement du pus et de grands cataplasmes entretiennent dans les parties malades un état de tolérance qui n’existait pas avant l’opération du drainage.
Le 15, l’écoulement du pus a notablement diminué. L’induration que présentait la tumeur à sa base a disparu.
Le 17, le malade sort guéri.
Obs. 579. — Phlegmon axillaire. — Dolière (Eugène), 21 ans, peintre, rue des Amandiers, 49, entré le 9 octobre à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, n° 39.
Huit jours auparavant, et sans cause connue, ce malade ressentit de la douleur dans l’aisselle gauche ; à peu près en même temps, parut un gonflement assez considérable. A son entrée à l’hôpital, on constate un abcès du volume d’un œuf de pigeon. Le soir même on fait la ponction, puis avec un grand soin, le lavage jusqu’à limpidité, ensuite le pansement par occlusion. Dès le lendemain on lève l’appareil. Aucune trace de suppuration, aucune douleur; la réunion a été immédiate.
Le 11. — Résultats confirmés. Cicatrice bien formée.
Le 12. — Exeat dans un état parfait.
Tous les chirurgiens ont été témoins de guérisons très-promptes dans les cas d’abcès peu volumineux. A cet égard notre travail ne leur a rien appris de nouveau, mais tous savent aussi que les abcès les plus simples et les plus bénins en apparence, sont quelquefois après leur ouverture le point de départ d’une suppuration très-difficile à tarir, de décollements de la peau, d’érysipèle et quelquefois d’accidents plus graves. Entre des guérisons promptes observées çà et là et les exemples que l’on peut en quelque sorte recueillir à volonté dans notre service, il y a une différence, et c’est là qu’est le progrès. On a généralement l’opinion qu’un abcès, après avoir été ouvert, doit suppurer encore quelque temps, qu’il faut, comme on le dit, un certain délai pour qu’il se dégorge et pour que sa surface interne subisse un travail qui la prépare à l’adhésion. En un mot, on n’admet pas que dés surfaces actuellement suppurantes puissent instantanément et par le seul fait de l’évacuation complète du pus, contracter adhésion entre elles. Eh bien! ce sont là autant d’erreurs contre lesquelles s’élèvent les nombreux exemples que renferme ce livre. Par suite des données qu’il fournit, ce qui était l’exception devient
la règle. Et si l’on fait attention à la fréquence des abcès, à la durée moyenne de ces affections traitées par l’incision et les cataplasmes comme on le fait généralement, on comprendra quelle somme de temps est épargnée aux malades et au chirurgien par l’éloignement immédiat de toutes les complications, par la simplicité et la rapidité des résultats obtenus à la suite du lavage et de l’occlusion.
Les abcès adénitiques de la région axillaire peuvent être le résultat d’une angioleucite profonde tout aussi bien que d’une angioleucite superficielle. Seulement, tandis que l’angioleucite superficielle est trèsfréquente et facile à démontrer, l’angioleucite profonde est probablement très-rare et échappe d’ailleurs à toute démonstration rigoureuse. Dans le cas que nous allons rapporter, le malade ayant reçu quelques jours avant la production du phlegmon axillaire un coup de maillet sur la main, il y a toqt lieu de croire qu’il s’ensuivit une inflammation des vaisseaux lymphatiques profonds, laquelle a provoqué le développement de l’abcès axillaire. — Mais nous ne pouvons que soupçonner la relation qui existe entre la cause et l'effet produit. — La preuve anatomique de cette relation nous manque.
Obs. 580. — Abcès de l’aisselle. Drainage. Guérison. — Duveau (Henri), 29 ans, charpentier, entre à l’hôpital Lariboisière le 3 février 1857.
Le 15 janvier dernier, cet homme a reçu sur la main un coup de maillet ; il n’y fit pas grande attention, mais peu de jours après il ressentit dans l’aisselle une douleur bientôt suivie d’une tuméfaction considérable. Ne pouvant plus se servir de son bras, il est entré à l’hôpital.
L’examen fait reconnaître que l’aisselle est rouge, tuméfiée, chaude et douloureuse au toucher. 11 y a un peu d’empâtement et une fluctuation faible, indiquant la présence du pus qui est assez profondément situé. 11 est probable que nous avons affaire à une adénite suppurée consécutive à une angioleucite profonde résultant du coup de maillet que cet homme a reçu il y a quinze jours. En effet, le malade n’a observé sur la peau du bras aucune rougeur linéaire avec accompagnement de douleur. On traverse la tumeur par un tube à drainage, puis l’on applique des cataplasmes.
5 février. — Il y a eu de la fièvre toute la nuit. Le drainage paraissant insuffisant, on passe un second tube dans le foyer. Eau de Sedlitz.
G. — La lièvre a disparu ; soulagement notable; un bain tous les jours.
12. — Il sort par les tubes de petits fragments de tissu cellulaire sphacélé.
Le malade va de mieux en mieux ; il sort de l’hôpital le 1 7 février avec ses tubes. Il continuera chez lui l’usage des cataplasmes.
Cet homme est revenu deux jours après à la consultation , les tubes ont été enlevés, et la guérison est parfaite.
Arl. î. — Atocès froids ou chroniques de l’aisselle.
Une variété d’abcès de l’aisselle que nous ne devons pas omettre, ce sont, ceux qui dépendent d’une carie des côtes supérieures ou de la clavicule. On conçoit également qu’une altération de l’omoplate ou de
SECT. XI. — SUPPURATIONS DES MEMBRES SUPÉRIEURS. l>2b
la tôle de l’humérus et môme qu’un épanchement de l’articulation scapulo-humérale puissent donner lieu à cette espèce d’abcès axillaires. Nous admettrons enfin des abcès angioleuciliques froids, et comme exemple de celte variété, nous citerons l’observation suivante :
Obs. 581. — Abcès angioleucitiquc froid de l’aisselle. Carie sternale antécédente. Lavage. Occlusion. Guérison. Tarchier (Césanne), 12 ans, entre à l’hôpital Saint-Antoine, le l3juin 1850.
Cette enfant présente dans l’aisselle gauche un abcès qui remonte à une origine assez éloignée. II y a quelques mois, la petite malade était dans nos salles pour un abcès carieux à la partie supérieure du sternum, un peu à gauche de la ligne médiane. L’abcès ouvert par ponction, injecté à la teinture d’iode avec un tiers d’eau, donna lieu à une ouverture qui est restée fistuleuse pendant quelque temps et au fond de laquelle on sentait au moyen du stylet la carie sternale.
Cette dernière, traitée par les injections iodées, pendant que l’huile de foie de morue et les barns sulfureux étaient administrés, aparfaitement guéri, laissant une cicatrice solide, adhérente et déprimée. L’enfant quitta donc l’hôpital guérie de cette carie. Mais elle avait déjà dans l’aisselle gauche un engorgement ganglionnaire qui est resté indolent pendant quelques mois et qui paraît n’avoir eu d’autre origine que la suppuration præsternale. Dans ces derniers temps, l’engorgement d’abord solide est devenu fluctuant et la malade est rentrée à l’hôpital le 1 3 juin .
Le 14. — Ponction, lavage, occlusion.
Point de guérison immédiate. La petite plaie ne se réunit pas par première intention. Seulement le foyer purulent, qui avait le volume d’une grosse noix, est visiblement rétréci. Pansement aux cataplasmes.
Le foyer va en se rétrécissant de plus en plus, et le 24 juin, la malade sort complètement guérie.
Ce fait n’apporte rien à la méthode du lavage. Il rentre dans les idées reçues. Il n’y a pas eu de réunion immédiate et la suppuration ne s’est tarie que peu à peu.