Le malade va bien. Exeat
Il est une variété de forme que revêt quelquefois le durillon froissé phlegmoneux et que nous trouvons indiquée dans l’observation qui va suivre, c’est la forme disséquante. Celte forme présente exactement les caractères qui seront décritsplus tard dans cette variété de dactylite que nous avons appelée disséquante.
Obs. 637. — Durillon froissé phlegmoneux à forme disséquante. Jacques-Louis, 33 ans, homme de peine, entre à l’hôpital Lariboisière le 10 mars 1857.
Cet homme remplit les fonctions de chauffeur dans ime usine à gaz. Comme il se sert de tringles de fer pour retirer le coke des cornues, il porte à la face palmaire du pouce droit un durillon très-prononcé. 11 est survenu un gonflement considérable de l’éminence, thénar avec impossibilité de se servir du pouce. 11 y a une tendance très-marquée au décollement du derme, ainsi que cela a lieu dans la dactylite. On se bâte de débrider, et pour cela on fait deux incisions l’une à la face palmaire, l’autre à la face dorsale.
Comme le pus qui s’écoule n’est pas par sa quantité en rapport avec le gonflement, et comme on craint que les phénomènes phlegmasiques ne viennent à prendre de l’extension, on applique huit sangsues à la partie interne du bras. On enveloppe la main avec de grands cataplasmes.
14 mars. — Le malade va assez bien pour quitter l’hôpital. Il continuera pendant quelques jours l'emploi des cataplasmes.
3° Durillon froissé sphacélique. — Dans ce que nous appelons la forme sphacélique du durillon froissé, il y a mortification soit d’une partie, soit de la totalité de l’épaisseur du derme. — Le degré de la mortification semble dépendre du plus ou moins d’intensité d’action de la cause qui ii amené le durillon, de même que dans la brûlure une plus ou moins grande somme de calorique détermine des lésions plus ou moins profondes, ou, si l’on veut, la destruction des parties à des degrés divers.
Dans la lorme sphacélique la plus légère, par exemple, le corps muqueux seul peut être atteint par le sphacèle. — Et c’est même ce quia eu lieu dans un certain nombre de cas de durillons ampullaires que nous avons été à même d’observer. — A un degré plus avancé de la forme
PART. m. — DE LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.
sphacélique, le derme est comme ulcéré it sa surlace, il a subi une perle de substance plus ou moins considérable et ce travail d’ulcération continuant peut amener la perforation complète de la membrane tégumentaire. — Eniin, dans la forme sphacélique la plus grave, le derme est pour ainsi dire d’emblée frappé de gangrène dans toute son épaisseur, et voici alors ce qu’on observe.
Lorsqu’on a enlevé avec soin à l’aide d’une paire de ciseaux la carapace épidermique et que le liquide emprisonné par cette carapace a été évacué, on voit à nu la surface du derme, lequel présente les altérations suivantes. Tantôt on observe un certain nombre de trous en arrosoir, lesquels font communiquer la couche sous-cutanée avec la couche sousépidermique, tantôt il n’existe qu’une seule cavité ulcéreuse dont le diamètre varie de un à deux centimètres et dont le centre est habituellement occupé par une sorte de disque ou de bouchon sphacélique qui n’est autre chose que la portion de derme mortiliée. Suivant que le travail d’élimination est plus ou moins avancé, ce disque est détaché avec plus ou moins de facilité par l’opération, mais dans tous les cas il est toujours facile de reconnaître qu’il est véritablement formé par un tissu mortifié.
Quand, par le fait de la négligence des malades, l’affection a marché en l’absence de toute intervention chirurgicale, l’eschare disparaît entraînée avec les produits de la suppuration, et la communication qui s’établit entre la cavité ampullaire et le foyer sous-cutané donne lieu à ce qu’on a appelé l’abcès en bouton de chemise. Cette variété d’abcès est la conséquence presque inévitable du sphacèle de la peau dans le durillon froissé. Nous en rapporterons quelques exemples.
Obs. 63*. — Durillon froissé sphacélique . — Salière (Louis), marqueteur, 16 ans, rue du Paon, 6, entre le 27 septembre 1 852 à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, 20.
28 septembre. — On constate, à la face palmaire du doigt médius de la main gauche, au niveau de la première phalange, l'existence du durillon froissé. Ce durillon qui date de trois jours a déjà déterminé un certain degré de tuméfaction de la face dorsale de la main et un peu d’engorgement des ganglions axillaires. On enlève avec précaution le durillon épidermique au-dessous duquel se trouve une certaine quantité de liquide séro-purulent, et Ton détache une espèce de bourbillon formé par une portion du derme sphaeélé faisant bouchon et actuellement en voie d’élimination. L’enlèvement de cette petite eschare laisse voir dans l’épaisseur du derme une perforation très-nette, comme faite à l’emporte-pièce et qui établit une communication entre le tissu cellulaire sous-cutané et l’ampoule sous-épidermique. Pansement avec les cataplasmes.
Au bout de quelques jours, la plaie a pris un bon aspect. Le malade sort le 30 septembre en voie de guérison.
Dans cette variété de durillon froissé, il se produirait donc, comme le prouve l’observation précédente, au-dessous de la callosité épidermique un petit sphacèle du derme dont l’élimination serait accompagnée de suppuration à la surface du derme et dans le tissu cellulaire sous-cu-
tané. — Dans un assez grand nombre de cas, on ne trouve pas la partie sphacélée. — On ne voit qu’une perforation du derme plus ou moins étendue ayant sans doute succédé k la chute de l’eschare qui a été entraînée par la suppuration.
Il y a deux formes dans les durillons froissés sphacéliques, 1° la forme ampullaire dans laquelle il n’existe de suppuration que sous l’épiderme, c’est-à-dire, à la surface externe ou sous-épidermique de l’eschare, 2° celle dans laquelle il y a à la fois suppuration à la face superficielle et à la face profonde de l’eschare. — Cette dernière forme peut être désignée sous le nom de durillon froissé sphacélique ampullophlegmoneux. — En voici un exemple.
Obs.639. — Durillon froissé sphacélique à forme ampullo-phlegmoneuse. Débndement. Cataplasmes. Guérison. — Leinhardt (Marie), 16 ans, cuisinière, est entrée le 11 février 1853 à l’hôpital Saint- Antoine.
Cette jeune fille se présente à l’hôpital avec un vaste durillon froissé de la main droite. Le mal siège à la face palmaire et au côté externe.
Voici les seuls renseignements que nous ayons pu obtenir de cette malade qui ne parle pas français. Il y a neuf jours, elle a commencé à ressentir des douleurs dans la main. Dimanche matin, elle a encore nettoyé les casseroles et lavé un parquet, mais le soir, les douleurs ayant augmenté, elle a dû renoncer à tout travail.
Aujourd’hui la face palmaire est empâtée et rouge jusqu’à l’articulation métacarpo-phalangienne des quatre derniers doigts. Le premier et le deuxième doigt présentent le même aspect jusque sur la face dorsale. L’épiderme ayant été enlevé avec des ciseaux, on aperçoit une surface brunâtre perforée de plusieurs petits orifices qui laissent suinter du pus; et à travers lesquels on peut retirer du tissu cellulaire sphacélé. L’extraction de ce tissu cellulaire ayant agrandi l’ouverture du foyer purulent, il s’en écoule une certaine quantité de pus assez épais. On débride encore l’ouverture. Cataplasmes. Il y a de l’empâtement dans le poignet et -des ganglions engorgés dans l’aisselle.
21 janvier. — Le pus s’écoule très-bien. Les doigts se dégonflent. État général bon.
23. — Main complètement dégorgée. Le premier et le deuxième doigt sont encore rouges et un peu tuméfiés; les ongles de ces deux doigts sont tombés.
27. — L’état de la main s’est beaucoup amélioré; 1 index est un peu engorgé, mais les parties reprennent leur volume normal. Solution. Cataplasmes.
G mars. — Cicatrisation complète. Tous les symptômes généraux ont disparu. Exeat.
Obs. 670. — Durillon froissé sphacélique. Perforation du derme faisant communiquer le foyer purulent sous-cutané avec le foyer sous-épidermique. Incision au niveau duduril- 1 Ion. Disparition rapide des accidents. — Arly (Jean), ébéniste, âgé de 21 ans, rue Tra- Bj' versière, 44, est entré le 22 juin 1852 à l’hôpital Saint-Antoine salle Saint-François, 4.
23 juin. — Durillon froissé au niveau de l’éminence thénar du côté droit, ayant comjh mencé il y a six jours. Soulèvement de l’épiderme par un liquide jaunâtre manifestement |i purulent. Le derme paraît intact, mais en exerçant une légère pression sur la partie tuméliée, on lait sortir, à travers une perforation presque imperceptible, une certaine quantité de pus concret. Dans cette variété, il parait évident que le tissu cellulaire sous-cutané s’est 1 primitivement enflammé, qu’il a suppuré, que le derme s’est aminci de dedans en dehors,
: de façon qu uge perforation très-légère s'est produite, à travers laquelle une communiai tion a pu s établir entre le foyer purulent sous-cutané et la sérosité qui, selon toute pro- » habilité, avait déjà soulevé l’épiderme. 11 y a un gonflement phlegmoneux de la face dor-
sale de la main et du poignet; les ganglions axillaires sont douloureux ; la réaction fébrile est assez vive. Incision au niveau du durillon ; quatre ventouses à la face interne du bras. Ëméto-cathartique.
24. — L’empâtement phlegmoneux de la main a disparu. Les jours suivants le dégorgement continue et le malade sort complètement guéri le 28.
Obs. C41. — Durillon froissé sphacélique ampullaire avec phlegmon sous-cutané de la paume de la main. Enlèvement de l’épiderme et élargissement du foyer avec les ciseaux. Cataplasmes . Guérison au bout de cinq jours. — Blot (Joseph), charron, âgé de 2l ans, rue de Montreuil, 40, est entré le 9 septembre 1852 à l’hôpital Saint-Antoine.
10 septembre. — Il y a cinq à six jours le malade qui travaille beaucoup avec la scie et qui a un durillon épidermique dans l’intervalle qui sépare le pouce de l’index de chaque main, sentit une douleur assez vive au-dessous du durillon de la main gauche. La région malade est devenue chaude, tendue, la suppuration s’est établie dans le tissu cellulaire sous-cutané. Le pus, trouvant de la résistance par en bas, a fusé vers la face dorsale du pouce. Le derme, soit par travail ulcératif, soit par travail sphacélique, s’est perforé; le pus a alors soulevé l’épiderme en ce point, et a formé une ampoule purulente qui, après avoir été ouverte, a permis de constater la perforation ulcérative de la peau et un décollement assez étendu. On élargit le foyer en incisant avec les ciseaux. Cataplasmes.