Guérison complète
Il y a une variété de durillon froissé sphacélique dans laquelle, outre l’abcès en double bouton dû au spbacèle de la peau et à la communication de la collection pblegmoneuse avec la collection ampullaire à travers la perte de substance de la peau, on rencontre encore un véritable phlegmon sous-aponévrolique. C’est ce que démontrera l’observation suivante.
Deux particularités intéressantes ont encore appelé notre attention dans ce cas, savoir, l’aspect particulier du derme au-dessous de l’épiderme soulevé et l’état concret du pus situé sous l’aponévrose.
Lorsqu’on eut excisé l’ampoule épidermique, on trouva, après l’écoulement du liquide albumineux qu’elle renfermait, le derme converti en une substance comme gélatineuse et abreuvée de sang. — Cet état particulier de la peau, qui peut être considéré comme une forme particulière de sphacèle, nous a paru digne de fixer l’attention.
D’une autre part, il est digne de remarque que lorsqu’on eut incisé l’aponévrose et mis à découvert le phlegmon profond dont nous avons parlé, le pus se présenta à l’état concret. Or on peut se demander si la pression à laquelle est soumis le pus d’un phlegmon sous une aponévrose inextensible ne pourrait pas être regardée comme la cause de cette apparence particulière de la matière purulente en pareil cas.
Voici d’ailleurs l’observation :
Obs. 045. — Durillon froissé. Abcès en double bouton compliqué de phlegmon sous-apo-névrotique. Drainage. Guérison.' — Léger (Jean), cantonnier paveur, 3G ans, est entré à l’hôpital Lariboisière le 4 juin 1857.
Cet homme se présente avec un énorme durillon froissé de l'éminence hypothénar. L’inspection de la main fait reconnaître sur la face palmaire une vaste ampoule formée par le soulèvement de l’épiderme considérablement épaissi. La face dorsale de la main et des doigts est tuméfiée. 11 existe une rougeur de ces parties qui paraît liée à une angioleucite réticulaire. L'excision de l’opercule épidermique donne lieu à l’écoulement d’un liquide ! albumineux analogue à celui qui se produit par l’application d’un vésicatoire. La peau est convertie en une palpe gélatineuse qui présente à sa partie centrale une perforation communiquant avec un foyer sous-cutané. Le phlegmon se présente donc sous la forme dite : en bouton de chemise ou en double bouton.
La pensée d’ouvrir par une large incision cette collection purulente se présente naturellement il l’esprit. Mais on sait combien sont graves les suites des larges débridements pratiqués dans la paume de la main. D’une autre part, l’abstention de cette pratique chirurgicale exposerait à tous les accidents qu’entraîne un phlegmon par diffusion. Quelle conduite faudra-t-il donc tenir?
Le drainage nous parait la seule méthode propre a tout concilier.
Toutefois, avant de procéder au placement des tubes, on pratique une petite incision qui permet d’arriver sur l’aponévrose palmaire, ce dont on s’assure par le grattage avec la pointe du bistouri. En pénétrant avec l’instrument sous l’aponévrose on donne aussitôt issue à une certaine quantité de pus. Ce pus est extrêmement épais ; il est concret, circonstance qui tient peut-être à la pression exercée par la membrane fibreuse.
Cette ponction ainsi faite sert à établir dans la paume de la main trois tubes à drainage, un premier qui passe par l’ouverture déjà faite et va sortir à la base du petit doigt, un second qui de cette ouverture va se rendre au sommet de l’angle formé par le pouce et l’index ; un troisième tube est disposé de manière à se croiser en X avec le second. On poussera des douches dans les trous par où passent les tubes ; dix sangsues à la partie interne du bras et grands cataplasmes sur la main.
5, G, 7 juin. — La suppuration s’écoule très-bien à travers les tubes.
Du 8 au 13. — Rien de remarquable. La tuméfaction diminue, les tissus reprennent leur souplesse.