‹ Traité pratique de la suppuration et du drainage chirurgicalChapitre 175 sur 264 · La main s’est dégorgée, la suppuration se fait bien · texte numérisé non relu

La main s’est dégorgée, la suppuration se fait bien

Bains locaux. Cataplasmes.

3 juin. — Le malade a eu des frissons avant-hier et hier, le pouls n’est pas très-fréquent, mais il est fort et vibrant. La langue est recouverte d’un enduit grisâtre, très-épais, et depuis plusieurs jours il y a de l’anorexie. L’empâtement, qui n’occupait que la main, s est étendu à l’avant-bras et au bras où il présente tous les caractères de 1 empâtement phlegmoneux. La douleur n’est vive qu’à la face postérieure de l’avant-bras où il y a de 1 érysipèle avec production de phlyctènes. Il n'y a ni douleur ni engorgement des ganglions de l’aisselle.

Éméto-catliartique ; 3 pots de limonade; élévation du bras; 12 ventouses scarifiées.

4. Vomissements abondants, langue meilleure; pouls moins tendu. L’empâtement de

l’avant-bras et du bras a notablement diminué, ainsi que la douleur. Néanmoins il y a des t’usées purulentes avec décollement dans toute l’étendue de la face palmaire de la main. La limite de ces décollements ne peut être bien nettement déterminée.

Huit ventouses scarifiées sur le liras ; eau de Sedlitz. Élévation du membre ; cataplasmes.

5. L’empâtement du bras et de l’avant-bras a disparu, mais l’érysipèle persiste a 1 avant-bras; la main s’est également dégorgée ; elle présente en plusieurs points des phlyctènes remplies de sérosité purulente; pas de fièvre; pouls faible ; langue couverte d’un enduit épais.

Éinéto-catliartique.

G. Ouverture d’une vaste collection purulente à la face dorsale de l’avant-bras, le décollement paraît s’étendre très-loin.

Lavage. Cataplasmes.

— Le malade n’accuse plus de douleur dans le bras. On fait sortir de l’abcès qui s’y était formé, une assez grande quantité de pus. A la paume de la main on trouve encore du pus jusque dans l’éminence thénar.

Cataplasmes; débridementà la main.

10. — Le recollement s’opère au bras et à la main ; amélioration notable de l’état général; langue nettoyée; appétit, sommeil.

Lavage. Cataplasmes. Une portion.

15. — Le recollement de la peau est complet au bras et à la main. Toute douleur a disparu. Exeat.

Voici maintenant, quant au traitement du durillon froissé, ce qu’une expérience journellement reproduite nous a appris.

Le caractère de l’affection étant une fois bien constaté, il faut chercher celui du durillon au-dessous duquel a existé le foyer initial de la maladie, inciser sur ce durillon lui-méme au travers de l’écaille cornée qu’il présente et au niveau de laquelle il arrive parfois que le tégument ne paraît pas altéré, tandis qu’à la face dorsale de la main et sur les côtés de la racine des doigts, on trouve la peau rouge, enflammée, et appelant en quelque sorte sur elle l’action chirurgicale à meilleur titre que ne le fait le tégument de la région palmaire. Ce n’en est pas moins ce dernier qu’il importe d’inciser avant tout. Une petite ouverture bien placée et suivie de l’enlèvement de la carapace épidermique rend souvent toute autre incision inutile. — L’incision des autres parties, au contraire, sans l’incision palmaire n’a que très-peu d’utilité. — S’adresser chirurgicalement à l’ampoule épidermique, c’est donc la première indication- qu’il y ait à remplir dans le phlegmon consécutif au durillon froissé, quelque forme que celui-ci présente d’ailleurs. C’est aussi le plus sûr moyen de se rendre maître à l’instant môme de tous les accidents.

Dans la forme ampullaire simple l’enlèvement de l’écaille épidermique suivi d’applications émollientes sur la partie malade suffit pour amener une guérison rapide. Dans la forme phlegmoncuse, l’incision doit atteindre jusqu’au foyer profond, de manière à ouvrir au pus une large et facile issue. — Lorsque la phlegmasie a envahi la face dorsale de la main, si l’incision palmaire demeure insuffisante, non-seulement pour arrêter les progrès du mal, mais encore pour amener le dégorgement de la main, des incisions limitatives sur cette face dorsale pourront être

d’un grand secours. Pareillement, si, par l’intermédiaire des gaines tendineuses, une dilfusion purulente a eu lieu du côté de l’avant-bras, de larges incisions pratiquées sur cette région seront utiles pour prévenir les effets de cette redoutable complication.

C’est surtout dans la forme phlegmoneuse que des lavages abondants et répétés seront avantageux pour débarrasser le foyer profond des produis morbides qu’il renferme, et favoriser par cette détersion journalière de la poche purulente le travail de réparation.

Dans la forme sphacélique qui se complique toujours soit de la forme ampullaire, soit de la forme phlegmoneuse, et le plus souvent de ces deux formes à la fois, on devra recourir également aux incisions, aux lavages et aux cataplasmes, fendre les eschares, les détacher, si des adhérences trop fortes ne les retiennent pas aux parties voisines : tel est le moyen d’éviter les accidents d’étranglement auxquels le bouchon sphacélique pourrait donner lieu.

En rapportant l’observation qui va suivre, nous avons pour but d’établir que les durillons froissés abandonnés à eux-mêmes, quand ils n’amènent pas des désordres très-prononcés, tels qu’une vaste angioleucite ou un phlegmon par diffusion, désordres susceptibles de compromettre le membre dans une grande étendue, peuvent susciter dans l’aponévrose palmaire une inflammation qui la roidit, la rétracte et la rend capable d’opposer des résistances plus ou moins longues, plus ou moins sérieuses au libre usage des tendons fléchisseurs des doigts.

Obs. 648. — Durillon phlegmoneux de la main droite. Rétraction de l’aponévrose palmaire. — Fouquinbert (François), 21 ans, cocher, est entré à l’hôpital Lariboisière le 12 juin 1855.

11 y a deux mois, le malade a ressenti au niveau d’un durillon qu’il porte dans la paume de la main droite, à la base du médius et de l’annulaire, des douleurs très-fortes qui se sont étendues jusqu’à l’avant-bras. La main s’est considérablement tuméfiée, principalement au niveau des articulations métacarpo-phalangiennes; puis un abcès s’est formé sous le durillon situé à la racine du médius et de l’annulaire. Le malade se traita par des cataplasmes et l’abcès ne tarda pas à s’ouvrir. Une suppuration abondante s’ensuivit. Voyant que les douleurs et la tuméfaction persistaient, le malade se décida à entrer à l’hôpital.

La main présente un volume considérable et beaucoup de suppuration. Les téguments sont percés de trois trous par lesquels le pus s’est fait jour. Les os ne sont pas atteints. L’aponévrose palmaire rétractée et comme durcie empêche ou du moins rend très-douloureuses et très-difliciles l’extension des doigts et celle de la main.

Le pus s’écoulant librement au dehors, on ne pratique pas d incision. La main est tenue immobile et élevée sur un coussin. Cataplasmes.

15 juin. — Diminution considérable des douleurs, du gonflement et de la suppuration. Même pansement.

22. — Une quantité notable de lymphe plastique se mêle au pus.

28. — Plus de douleurs ni de suppuration. Les doigts sont encore légèrement gonflés ; la rétraction de l’aponévrose subsiste encore à un haut degré. La main n’a que très-peu de force.

Le malade demande sa sortie; il doit revenir à la consultation.

L’observation suivante nous offre l’exemple d’une angioleucite et d une menace de phlegmon par diffusion survenant dans le cas de durillon froissé phlegmoneux.

Obs. 649. — Durillon phlegmoneux de la main droite. Incision. Cataplasmes. Guérison. — Duval (Charles), 56 ans, serrurier entre le 10 février 1855, à l’hôpital Lariboisière.

11 y a huit jours, le malade a éprouvé dans la main droite des douleurs très-vives qui l’ont obligé le 3 février à renoncer à son travail. La main, puis l’avant-bras, se tuméfièrent, et les douleurs de jour en jour plus vives s’étendirent jusque dans l’aisselle.

On constate la face palmaire de la main droite l’existence d’une masse charnue, présentant la dureté delà corne et située à la racine des doigts index et médius. Cette masse, qui n’est autre chose qu’un durillon, a été produite par le maniement de la lime et du marteau.

La main et l’avant-bras très-tuméüés sont en outre affectés d’un œdème qui donne lieu de croire à l’imminence d’un phlegmon par diffusion.

Une angioleucite très-prononcée et très-douloureuse' s’étend jusque dans l’aisselle ; le malade éprouve une grande difficulté à remuer le bras. On prescrit douze sangsues qu’on appliquera successivement deux par deux. Cataplasmes.

12 février. — On incise largement le durillon phlegmoneux, et il sort par l'ouverture un pus mêlé de sang, bientôt suivi de l’issue d'une matière purulente concrète. Cataplasmes.

13. — Le malade éprouve un grand soulagement; une notable amélioration s’est faite dans l’état de la main.

15. — La suppuration diminue ; il existe un peu de dyspepsie. Eau de Sedlitz.

20. — Amélioration de plus en plus sensible dans l’état général et local. La plaie se cicatrise. Solution et cuirasse.

Page 1