Guérison complète. Exeat
L’observation que nous allons rapporter nous paraît intéressante au double point de vue du diagnostic et du traitemenl.
Le diagnostic a présenté de grandes difficultés qui n’ont pu être résolues que par l’emploi du chloroforme et de la ponction explorative, du chloroforme pour faire cesser les contractions musculaires qui s’opposaient à la perception suffisamment nette de la lluctuation, de la ponction explorative, pour s’assurer qu’on n’avait pas affaire à une de ces pseudofluctuations auxquelles donnent lieu certaines tumeurs encéphaloïdes.
Le traitement a mis en relief la puissance du drainage qui n’aurait pu être, dans le cas particulier, remplacé par aucun autre moyen. — Supposez qu’on eût cru devoir recourir aux incisions. — Ces incisions, pour être efficaces, auraient dû être très-vastes et très-profondes. Et encore n’eût-on pu prévenir la formation, aux limites du foyer, de ces angles rentrants qui peuvent devenir des clapiers où le pus séjourne et s’altère, et d’où naissent les phénomènes désastreux de l’empoisonnement putride. Avec le drainage on n’avait à courir aucun de ces dangers ; on ne compromettait pas la position du malade et l’on avait par devers soi la chance presquerassurée d’une guérison. — L’événement a prouvé la justesse de nos prévisions.
Obs. 719. — Collection purulente sous-fessière considérable. Difficultés diagnostiques. Chloroforme ; ponction explorative. Drainage. Guérison. — Mezié (Aubin), 50 ans, maçon, est entré, le 29 décembre 1855, à l’hôpital Lariboisière, salle Saint-Louis, n« 15.
Il y a trois semaines, cet homme travaillait monté sur une échelle, lorsque l’échelle cassa. 11 fut précipité d’une hauteur de 2“,60 environ sur la terre; la partie antérieure du corps porta ; la tête fut contusionnée ; le malade perdit connaissance, en sorte qu’il ne put dire si dans la chute la fesse qui est aujourd’hui le siège de ses souffrances fut atteinte. Transporté chez lui, il fut traité par les ventouses pour une contusion que présentait le genou ; sous l’influence de ce moyen la douleur disparut et le malade put reprendre son travail ; mais bientôt il fut forcé de l’interrompre par suite de douleurs trèsvives qui se manifestèrent à la fesse et le décidèrent à entrer à l’hôpital le 29 décembre 1855.
30 décembre. — En explorant avec soin la région fessière, on croit sentir une tumeur que l’on suppose formée par une collection liquide. La grande épaisseur des muscles ne permet pas de percevoir nettement la fluctuation. 11 y a de très-vives douleurs, qui du genou s’étendent à la fesse et empêchent le malade de marcher.
4 janvier. — Le malade est soumis au chloroforme. La contraction des muscles se tiouvant mise hors de cause par l’agent anesthésique et une vague seusation de lluctuation ayant été perçue, on plonge dans la fesse, au niveau de la tumeur, un tiocart exploiateur; mais cette ponction ne donne issue qu’à quelques gouttes de sang. Il ne serait pas impossible, d’après cela, que la tumeur à laquelle on a affaire fût constituée pai de 1 encé* plialoïde ramolli, lequel donnerait lieu à la pseudo-lluctuation qu on perçoit.
On se propose néanmoins d’ausculter avec soin la partie malade, afin de bien s assuui , malgré le peu de probabilités qui existent en faveur de cette opinion, qu il ne s agit pas ici d’une tumeur anévrysmale.
5 La pression exercée au niveau de certains points est extrêmement douloureuse.
Le diagnostic reste toujours en suspens. Application de 30 sangsues sur les points douloureux ; ipéca et tartre stibié ; limonade, deux pots.
0. — Soulagement notable ; les douleurs et la tuméfaction ont beaucoup diminue; mais
il y a toujours de la fièvre.
8. — Les douleurs ont reparu et semblent se diriger vers le sacrum. Le malade ne peut plus mouvoir le genou.
13. — Les douleurs persistant, on se livre à de nouvelles explorations qui permettent de constater de nouveau la fluctuation. Une nouvelle ponction est pratiquée a une trèsgrande profondeur sous les muscles fessiers et donne issue à une quantité notable de pus qui s'écoule par la canule du trocart. Une contre-ouverture est pratiquée et un tube à drainage établi dans le foyer. On lave l’intérieur du foyer en faisant une injection à travers le tube.
17. — Le malade accusant encore des douleurs vives vers le sacrum et ayant éprouvé quelques frissons, on introduit une sonde cannelée dans le trajet formé par le drainage, et l’on constate l’existence d’un diverticule considérable s’étendant sous les couches musculaires profondes de la fesse jusqu’au sommet du sacrum. En conséquence on place dans ce diverticule une nouvelle anse élastique. Un autre tube est également établi à la partie inférieure de la région fessière. Grand cataplasme.
18. — Une amélioration considérable s'est produite depuis l’application des deux nouveaux tubes. Le malade est très-faible à la vérité, mais il ne souffre pas.
20. — La fesse est très-affaissée et beaucoup moins douloureuse.
25. — Le mieux se soutient ; le foyer purulent se vide peu à peu. 11 y a de temps en temps quelques accès de fièvre ; le malade souffjie d’une soif continuelle et qu’il ne peut calmer. Bain, eau de Seltz, glace dans lesboissons.
30. — La fesse a presque repris son volume naturel ; il n’y a plus de douleur à la pression.
12 février. — Il n’y a plus de suppuration ; on supprime les tubes à drainage. Le membre inférieur est le siège de quelques douleurs vagues.
14. — Les plaies fistuleuses se cicatrisent. Etat général excellent.