‹ Traité pratique de la suppuration et du drainage chirurgicalChapitre 216 sur 264 · ABCÈS FROIDS IDIOPATHIQUES DE LA RÉGION FESSIÈRE · texte numérisé non relu

ABCÈS FROIDS IDIOPATHIQUES DE LA RÉGION FESSIÈRE

Nous comprenons sous cette dénomination les abcès froids développés dans le tissu cellulaire interlamelleux qui sépare les différents muscles de la fesse.

De môme que les abcès chauds ils peuvent être superficiels ou profonds. — Dans le premier cas ils peuvent fuser au loin dans le tissu cellulaire sous-cutané; dans le second, se porter vers le bassin.

Pour cette double raison ils doivent toujours être ouverts de bonne heure avec les précautions que nous avons indiquées, puis drainés d’après les principes précédemment établis. Au drainage seront associées, s’il y a lieu, les douches aqueuses et les injections iodées.

Le drainage offre une ressource des plus précieuses dans certains cas de suppurations profondes à l’égard desquelles le diagnostic ne peut être porté d’une manière précise. — Admettez en effet qu’il s’agisse, non pas d’un simple abcès froid idiopathique, mais d’un abcès par congestion, il ne sera pas indifférent de recourir à l’emploi de tel ou tel moyen de traitement. — Le bistouri porté dans un foyer de suppuration lié à une carie de la colonne vertébrale peut amener des conséquences désastreuses, l’inflammation des parois du foyer, l’infection putride, et finale- • ment la mort. On se trouve donc placé, en pareil cas, dans la triste alter- • native ou de laisser périr le malade par les progrès incessants d’une : suppuration profonde, ou de hâter la mort par une opération dangereuse.

Le drainage que nous avons appliqué, sinon constamment avec succès, du moins toujours sans inconvénient, au traitement des suppurations carieuses de la colonne vertébrale, nous délivre de ce cruel em-

barras et nous permet d’agir avec innocuité dans ces cas douteux où l’abstension chirurgicale peut avoir les résultats les plus fâcheux.

Obs. 721. — Abcès froid de la fesse. Incertitudes diagnostiques. Drainage. — Merlier (Pierre), 30 ans, peintre sur porcelaine, entre, le 23 octobre 1856, à l’hôpital Lariboisière.

Cet homme a commencé, il y a'cinq ou six mois, à ressentir des douleurs dans la région fessière droite. 11 consulta un médecin en ville, qui le traita pour une sciatique et lui prescrivit des douches de vapeur, des vésicatoires, etc., sans aucun résultat. Depuis six semaines les douleurs ont redoublé d’intensité. Le malade ne peut plus remuer la jambe. Il suspend son travail, etentin entre à l’hôpital.

A l’examen, on trouve que la fesse droite est plus élevée que la fesse gauche. M. Bail, interne de service, qui a examiné ce malade, pense qu’il existe une collection purulente dans la fosse iliaque externe, collection profondément située sous les muscles de cette région. La fluctuation de la tumeur n’est pas appréciable à raison de la mobilité des masses musculaires qui la recouvrent. Comment vérifier ce diagnostic incertain et constater en même temps la nature de la tumeur ? M. Chassaignac pense que le seul moyen praticable dans cette circonstance est la ,'ponction au moyen du trocart explorateur. Cette ponction est faite, et la canule du trocart donne issue à du pus. Il s’agit donc d’un abcès froid. La question de diagnostic étant établie, quel sera le mode de traitement? En employant les incisions, on risquerait de couper des vaisseaux importants, et on mettrait à nu de larges surfaces qui , au contact de l’air, seraient exposées à une inflammation grave. Le drainage doit donc être préféré. — L’état général du malade est assez mauvais,' il a eu des accidents syphilitiques. — Traitement : Huile de foie de morue, une cuillerée à bouche matin et soir, 3 pilules de fer, bains sulfureux.

28. — Hier, on a passé un tube à drainage dans le foyer purulent; le pus situé trèsprofondément n’a été trouvé qu’après des recherches assez longues, enfin il s'est écoulé avec abondance par la canule du trocart. Le malade, qui ressentait des douleurs vives dans la région fessière, dit aujourd’hui ne plus souffrir. Les douleurs provenaient sans doute de la compression exercée sur le grand nerf sciatique par le foyer purulent très-tendu.

Les jours suivants, l’écoulement du pus continue ; l’état local s’améliore. L’état général est moins satisfaisant.

5 décembre. — Le malade demande sa sortie.

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