Le malade sort de l’hôpital, complètement guéri
J’ai eu une autrefois l’occasion d’observer un très-bel exemple de développement de la bourse-sous-cutanée iliaque postérieure, chez une femme qui, après avoir porté pendant quelques années un bandage herniaire crural, se trouva dans la nécessité de renoncer à cet appareil à mesure que la bourse iliaque devenait plus volumineuse.
Ce fait nous fournit un enseignement clinique utile à rappeler ; il nous prouve que, se crût-on presque sûr du diagnostic, il ne faut négliger volontairement aucun des modes d’exploration connus.
Je me croyais tellement certain d’avoir affaire à un abcès froid que je ne pensai môme pas à étudier la tumeur par transparence ; si cependant cette épreuve eût eu lieu, elle eût appris sur-le-champ que la tumeur n’était pas purulente.
Obs. 723. — Bourse sous-cutanée iliaque 'postérieure développée par la pression d’un bandage herniaire et simulant un abcès froid. Ponction de la tumeur ; reproduction du liquide. Injections iodées; guérison. — Kulhu (Thérèse), domestique, 25 ans, entrée à l’hôpital Saint- Antoine le 14 novembre 1849.
Cette fille, placée fort jeune dans une maison où elle faisait quelquefois des corvées audessus de ses forces, était atteinte, depuis plusieurs années, d’une hernie crurale gauche pour laquelle on lui fit porter un bandage; mais depuis un certain temps elle ne peut plus s en servir, à cause d’une tumeur qui s’est formée dans le lieu même sur lequel portait habituellement la partie postérieure du bandage.
La malade présente une cicatrice d’abcès à la mâchoire inférieure. C’est, dit-elle, à l’âge de huit ans qu’étant tombée dans un escalier elle reçut à la mâchoire un coup à la suite duquel est survenu un abcès qui a suppuré pendant quelques mois. Depuis cette époque elle a toujours été bien portante; elle est parfaitement réglée.
Depuis quinze mois et coincidemment à des excès de travail dans lesquels la ceinture du bandage herniaire avait un peu excorié la peau à la région lombaire, elle a ressenti un peu au-dessus de la fesse droite des douleurs pour lesquelles on lui a fait faire des frictions avec des huiles aromatiques. C’est il y a sept mois seulement qu’elle s’est aperçue de appaiition d une tumeur qui présente aujourd’hui le volume d’une tète d’adulte.
Cette tumeur offre une tension uniforme, sans aucune , altération de couleur à la peau, i ulle paît il n existe chez la malade de traces d’engorgement ganglionnaire. La colonne
vertébrale, percutée dans toute sa longueur jusqu’au sacrum inclusivement, ne donne aucune sensibilité anormale.
Des questions multipliées concernant l’existence possible de douleurs antérieures du côté du rachis ne donnent que des résultats négatifs. La tumeur est manifestement fluctuante. Je ne l’examine pas au point de vue de la transparence, ce qui eût, ainsi qu’on le verra plus tard, immédiatement éclairé sur sa nature. Je crois fermement à l’existence d'un abcès froid, et je me propose de le traiter par l’injection iodée.
Le 27 novembre, je fais avec le trois-quarts à hydrocèle une ponction qui, à mon grand étonnement, donne issue à un liquide jaune citrin et nullement purulent. Je fais à l'intérieur du kyste plusieurs injections à l’eau tiède, suivies d’une injection iodée dans la proportion de deux tiers de teinture pour un tiers d’eau, puis on établit une compression.
La malade ne manifesta aucun signe de douleur soit pendant les injections aqueuses, soit pendant l’injection iodée : il y avait juste 1,500 grammes ( 1 litre et demi ) de liquide renfermé dans le kyste.
18. — Une compression très-bien faite a eu lieu; ni douleur ni accident.
21. — On lève l’appareil compressif. La peau est ridée, molle, indolente ; il y a à peu près trois à quatre verres de liquide dans le kyste.
4 décembre. — Le liquide se reproduit ; mais il ne représente pas plus du tiers de la collection primitive; la peau est plissée en tous sens à la surface delà tumeur.
7 . — Nouvelle ponction qui donne issue à un liquide jaune et plus trouble que celui qu'on avait obtenu par la première opération. Cette fois, j’injecte de la teinture d’iode non affaiblie.
8 et 9. — Point de douleur à la suite de l'injection ; seulement la malade a éprouvé un goût spécial que j’ai noté plusieurs fois déjà, coincidemment à l’emploi des injections iodées agissant sur de grandes surfaces.
10, 11 et 12. — Ni douleur ni accident. On continue la compression.
21. — Voyant qu’il se reproduit encore du liquide dans la tumeur, je fais une nouvelle injection avec la teinture d’iode non affaiblie.
Je dois noter que cette fois j’éprouvai des difficultés pour l’évacuation préalable du liquide contenu dans le kyste, difficultés qui tenaient à la présence d’une multitude de flocons membraneux. J’injecte de l’eau; rien ne sort, quoique je fasse usage d’un trois-quarts à hydrocèle assez gros. Je parviens cependant à obtenir une évacuation complète, mais en ayant recours au procédé suivant. Pendant que l’un des internes, M. Botrel, comprime la tumeur avec les deux mains, j’imprime à un stylet assez long, introduit dans la canule, des mouvements très-rapides de pompe aspirante et foulante ; alors, par une singularité que je suis encore à m’expliquer, les franges qui ne s’engageaient pas dans la canule, alors qu’elle était tout à fait libre, se précipitent en nombre considérable eutre la canule et le stylet, et j’obtiens, en continuant la même manœuvre pendant tout le temps nécessaire, une évacuation qui paraît tout à fait complète. Le liquide dans lequel nagent les grumeaux est d’une couleur jaune sale. On fait la compression aussi solidement que les deux premières fois.
22. — La malade se plaint d’avoir eu, la veille au soir, quelques frissons remontant de la tumeur vers le dos; du reste, pas de fièvre.
23. — Encore quelques frissons, mais très-légers; la langue se charge. Sulfate de magnésie ; tilleul et alcoolature d’aconit.
24. — Encore des frissons; point d’évacuations. Lavement au miel de mercuriale.
25. Voyant qu’aux limites du bandage compressif du côté de la hanche existe une tuméfaction rouge et pâteuse, très-analogue à celle qui sert d’avant-coureur au phlegmon diffus, je fais enlever l’appareil et j’incise largement le kyste. A l’instant même, issue d’une quantité considérable de liquide sanieux, d’une fétidité insupportable. Je fais d’abondantes injections d'eau tiède avec une seringue à hydrocèle
20. — Tous les accidents se sont dissipés; la malade est très-bien; plus de fétidité. Injections abondantes et l’eau simple.
27. — La peau des parois du kyste s’épaissit et se resserre; suppuration abondante, mais nullement fétide. Les règles ont paru hier à leur époque prévue.
28 et 29. — Va très-bien. Lavage.
31. — Le foyer est réduit à contenir à peine une petite noix.
Néanmoins, ce n’est que le 28 janvier que la malade sort de l’hôpital parfaitement guérie.
Dans les observations qui précèdent il s’agissait des bourses sous-cutanées de la région iliaque postérieure. Chez le malade qui fait le sujet de l’observation suivante, observation recueillie à l’Hôtel-Dieu, dans la salle Saint-Côme, pendant que j’y faisais le service en remplacement de Breschet, il s’agit de la bourse synoviale placée entre le muscle grand fessier et la tubérosité sciatique.
Obs.724. — Hygromadela bourse ischiatique ; ponction avec la lancette; injection iodée. Guérison. — Faureille (Claude), 52 ans, peintre en bâtimenls, entra à l’Hôtel-Dieu, le 23 décembre 1844, salle Saint-Côme, 18.
Dix-huit mois auparavant, cet homme s’était luxé la cuisse gauche avec fracture du fémur du même côté, vers le milieu de sa longueur. La fracture avait empêché de réduire la luxation, puis elle s’était consolidée, sans qu’alors ni depuis on eût pu parvenir à replacer la tête de l’os dans la cavité cotyloide.
Le 22 décembre 1844, cet homme fit une chute sur les marches d’un escalier et se fractura de nouveau la cuisse gauche près du même point où avait eu lieu l’ancienne fracture.
Le raccourcissement était de quatre travers de doigts, on sentait très-bien la tête du fémur dans la fosse iliaque externe, un peu au-dessus et en arrière de la cavité cotyloide. On appliqua sur la cuisse fracturée l’appareil ordinaire, et au bout de cinquante-six jours, la consolidation fut obtenue. Le raccourcissement du membre resta toujours ce qu’il était, c’est-à-dire, de près de quatre travers de doigt.
Le malade était sur le point de sortir de l’Hôtel-Dieu, lorsqu’il se plaignit d’une tumeur globuleuse du volume d’un petit œuf de poule, et qui siégeait à la fesse gauche. Je diagnostiquai un hygroma de la bourse synoviale placée entre le grand fessier et la tubérosité sciatique.
Le 20 mars, je pratiquai une ponction qui donna issue à une sérosité légèrement rougeâtre. Cette ponction fut faite au moyen de la lancette, dans la crainte qu’en employant le trois-quarts et â raison du coup sec qu’on est obligé de donner pour faire pénétrer cet instrument, il n’allât, en traversant de part en part la collection, s’implanter dans la tubérosité sciatique.
Une injection fut ensuite pratiquée avec la teinture d’iode et l’ouverture exactement fermée. L inflammation se développa sans déterminer la résorption du nouveau produit épanché dans le kyste. Je prescrivis alors des frictions sur la tumeur avec pommade hydrargvrique, 30 grammes, chlorhydrate d’ammoniaque 8 grammes. Il survint une salivation mercurielle qui céda aux gargarismes avec le borax. Le malade sortit de l’Hôtel-Dieu parfaitement guéri, le 6 juin 1845.
C est probablement à un fait du môme genre que se rapporte une observation dont M. Cruveilhier a parlé et qui était relative à une affection qualifiée par ce professeur de collection rhumatismale de la bourse
synoviale subjacente au muscle grand fessier, chez un médecin qui se croyait atteint d’une maladie de l’articulation coxo-fémorale.
Le traitement des collections purulentes de la bourse sous-cutanée iliaque postérieure et de la bourse ischiatique ne diffère pas de celui que nous avons conseillé pour les abcès trochantériens hygromatiques.