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SUPPURATIONS DE LA CUISSE

Parmi les nombreuses variétés d’abcès qu’on rencontre à la cuisse, nous étudierons particulièrement les abcès angioleuciliques, les abcès intermusculaires et les abcès sous-périostiques aigus.

Art. 1er. — Al»cès aiigioleucitiqucs de la cuisse.

Ces abcès ont généralement pour point de départ une lésion traumatique ou une irritation quelconque de la peau des parties situées au-dessous d’eux.

D’un volume habituellement considérable, ils occupent la partie antérieure et un peu interne de la cuisse. — Ils s’accompagnent quelquefois de symptômes graves, surtout quand ils ont acquis de vastes proportions, mais ils cèdent d’ordinaire assez facilement à l’emploi des moyens que nous sommes dans l’habitude de diriger contre les grandes collections purulentes.

Les observations suivantes offriront des exemples de cette espèce d’abcès et des résultats heureux de notre mode de traitement.

Obs. 725. — Abcès angioleucitique de la cuisse avec décollement considérable de la peau. Symptômes graves. Ouverture du foyer. Lavage. Occlusion. Réunion primitive . — Schmitt (Pierre), 23 ans, carrier, entre, le 6 janvier 1853, à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, n° 23.

Il y a vingt jours, le malade fut atteint à la jambe d’un petit furoncle qui fut continuellement irrité par le genre de travail auquel cet homme se livre. Il en résulta que les vaisseaux lymphatiques s’enflammèrent, et l’on put observer les symptômes d’une angioleucite occupant la partie antérieure et un peu interne de la cuisse; cette partie devint rouge, brûlante, tuméfiée, douloureuse; les ganglions inguinaux les plus inférieurs se gonflèrent en acquérant une grande sensibilité; enfin du pus se forma et dans les derniers jours qui précédèrent l’entrée du malade à l’hôpital un vaste abcès existait déjà dans la région où s’étaient montrés les premiers phénomènes inflammatoires.

Aujourd’hui, le malade se présente dans l’état suivant:

Abattement, face jaunâtre, langue saburrale, inappétence complète. A ne considérer que l’habitude extérieure du malade, on le croirait sous l’inlluence d’un commencement d’intoxication générale par le pus.

Les ganglions inguinaux sont tuméfiés, douloureux; la face interne de la cuisse est le siège d’une collection purulente considérable mesurant en longueur 22 centimètres et 12 en largeur. La fluctuation y est manifeste; toute la partie du membre avoisinant l’abcès est rouge et douloureuse et la tumeur présente deux saillies rougeâtres au ni\ eau desquelles la peau est amincie et décollée.

Le lendemain une incision (le 4 centimètres est pratiquée il la partie inférieure du foyer ; cette incision livre passage à une grande quantité de pus. Un lavage complet des parois de l’abcès est exécuté et on applique le pansement par occlusion. Limonade pour bois-

son. f.

8 janvier. — Suintement d’un liquide sanguin et fibrineux par l’ouverture. L’inflammation de la peau et des parties cireonvoisines est complètement jugulée. Nouveau lavage. Nouveau pansement occlusif.

18. — On lève le pansement qui n’a pas été renouvelé depuis le 8. Les parois du foyer sont complètement réunies, la plaie est presque entièrement cicatrisée et les ganglions ont notablement diminué de volume. L’état général a subi aussi d’heureuses modifications qui étaient déjà manifestes au bout de trois jours de traitement. Le malade, qui était jaune, abattu, sans appétit, avait repris son teint naturel, ses forces, il demandait à manger et à se lever. La fièvre était tombée et la douleur avait disparu dès le quatrième jour. Après un nouveau pansement par occlusion, on laisse sortir le malade.

Il est revenu nous voir depuis à la consultation. La cicatrice était parfaite.

Obs. 726. — Abcès angioleucitique de la cuisse traité par le lavage et l’occlusion. — Tessier (Louis) , 1 8 ans, dérouleur, rue du Chemin vert, n° 3, entre à l’hôpital Saint-Antoine, le 22 août 1850.

Ce jeune homme ne peut assigner aucune cause particulière à la maladie dont il est atteint. Peut-être un excès de fatigue auquel il s’est livré, a-t-il donné lieu à l’accident actuel ; toutefois, en examinant avec attention toute la surface du membre, nous constatons l'existence à la malléole externe gauche, d’une écorchure faite par le soulier et qui date déjà de quelque temps. Lors de son entrée à l’hôpital, le malade souffrait depuis une quinzaine de jours.

A la partie supérieure et interne de la cuisse gauche, immédiatement au-dessous du ligament de Fallope, existe une tumeur fluctuante du volume du poing, et qui, selon toute apparence, est due à l’inflammation des ganglions sous-inguinaux.

23 août. — On fait à la tumeur une double ponction en mettant un intervalle de 4 à 5 centimètres entre les deux incisions. On vide Uabcès aussi exactement que possible, puis on pratique le lavage à l’intérieur de la poche au moyen d’un injecteur atmosphérique à jet continu, doué d’une assez grande force d’impulsion. Pansement par occlusion.

24. — Par suite d’erreur sur le cahier de visite, le malade a pris un bain, ce qui oblige à changer l’appareil en entier. 11 y a très-peu de suppuration, il s’échappe à peine deux à trois gouttes de pus par l’orifice inférieur. La sensibilité de la partie malade est nulle aujourd’hui, hier elle était excessivement vive.

26. — On lève le pansement qui est resté en place pendant quatre jours. L’abcès donne encore du pus par les deux ouvertures.

Le traitement adopté n’a donc eu ici pour avantage que de modérer la douleur et la quantité de la suppuration.

29. — Le pansement a lieu tous les jours, et chaque fois les’deux ouvertures donnent un peu de pus; seulement tous les symptômes d’inflammation se sont amendés et le malade peut se promener au jardin bien qu’on le lui ait interdit.

9 septembre. — Depuis plusieurs jours, le malade est pansé avec des cataplasmes. A la sortie du pus a succédé le suintement d’une lymphe transparente un peu jaunâtre, et qui est filante, quand, après avoir appliqué le doigt sur les petites plaies, on le relève avec lenteur. Le malade est du reste parfaitement bien. On revient au pansement par occlusion.

14. — La guérison est complète. Les deux petites plaies se sont cicatrisées.

J’avais pensé que quand les abcès présentent un certain volume, il y aurait peut-être avantage, sous le rapport de leur détersion plus complète,

à pratiquer deux ouvertures à distance, ouvertures entre lesquelles on établirait un courant liquide assez actif pour balayer très-exactement la surface interne de l’abcès. Cette précaution n’est nullement nécessaire pour assurer la bonne et complète évacuation du pus des abcès. — L’aspiration, le lavage et les pressions expulsives y suffisent parfaitement. Aussi ai-je renoncé très-promptement au procédé d’une double ouverture. Ce n’est pas, du reste, le défaut de réussite dans le cas actuel, qui m’a détourné de cette pratique, car il y a eu des circonstances et notamment celle du bain, qui compromettaient, quoi qu’on eût fait, le succès de la réunion immédiate.

Obs. 727. — Abcès angioleucitique de la cuisse. Lavage. Occlusion. — Croulbois (Ferdinand), 21 ans, jardinier à Saint-Mandé, entre le 23 octobre 1850, au n» 11 de la salle Saint-François, hôpital Saint- Antoine.

Il y a huit jours, le malade fait une chute dans laquelle la partie antérieure supérieure de la cuisse vint frapper contre une roue de voiture. Dès le lendemain, douleur vive qui augmente chaque jour et malgré laquelle le malade cherche à continuer ses travaux, jusqu’à ce qu’enfin, ne pouvant plus se tenir debout, il entre à l’hôpital le 23 octobre 1850.

24. — On constate, à la partie antérieure supérieure de la cuisse, une tumeur rouge, tendue, fluctuante, tellement sensible à la pression que pour appliquer la méthode du lavage, nous jugeons qu’il y a lieu d’assoupir le malade au chloroforme. La tumeur représente en volume, à peu près celui du poing d’un adulte.

Sur le sommet de la partie fluctuante, je fais une ponction à travers laquelle s’échappe un demi-verre de pus. On applique la ventouse qui aspire encore une certaine quantité de pus mêlé de sang. Puis on a recours au procédé du lavage comme à l’ordinaire, après quoi on renouvelle l’application de la ventouse qui vide la poche du reste d’eau et de pus qu’elle renfermait encore. Enfin, pansement par occlusion.

25. — Le malade se regarde comme guéri, line sent plus aucune douleur, tandis qu’hier le moindre mouvement, la seule pression d’un linge suffisait pour lui arracher des plaintes. Pas de fièvre, bon appétit. On ne touche pas à la cuirasse.

26. — On lève l’appareil qui est un peu descendu par suite des mouvements du malade. On trouve qu’un peu de pus s’est encore formé dans le foyer. On expulse ce pus par pression. Application de la ventouse. Issue de sang mêlé à une très-petite quantité de pus. Nouvelle cuirasse de sparadrap.

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