‹ Traité pratique de la suppuration et du drainage chirurgicalChapitre 225 sur 264 · Sort guéri · texte numérisé non relu

Sort guéri

Ce fait mérite plus que tout autre peut-être de nous arrêter, parce qu’il renferme des enseignements de plus d’un genre et surtout parce qu’il tend à montrer le côté faible de la méthode de l’occlusion appliquée aux abcès. Il ne saurait convenir à notre loyauté ni même aux intérêts bien entendus de cette méthode thérapeutique, de laisser dans l’ombre les cas qui forment contre-indication à son emploi. Nous serions d’autant plus coupable en agissant ici par prétérition que ce qui a eu lieu dans le cas particulier, venant à se reproduire entre des mains non averties, et le danger n’étant pas éloigné à temps, des désastres auraient lieu que nous eussions pu prévenir par une déclaration plus explicite. — C’est le propre des bonnes méthodes thérapeutiques que de supporter la discussion sur tous les faits, et d’avouer hautement leurs revers.

Eh bien ! nous commençons par dire que si, dès les premiers indices d’une recrudescence suppurative, nous n’eussions pas mis la partie malade à découvert et agi suivant l’indication, un échec des plus graves devenait inévitable. — Nous ne faisons aucun doute que la diffusion du pus dans le tissu cellulaire de la cuisse et de la jambe n’eût donné lieu à un vaste phlegmon et à toutes ses conséquences.

Une conclusion générale doit découler de ce fait.

Toutes les fois que le pansement par occlusion est appliqué à un abcès, et surtout à un hygroma suppuré, il faut interroger avec un soin extrême les moindres sensations douloureuses, provoquer même leur manifestation, comme on rechercherait un indice précieux faute duquel on resterait dans une sécurité dangereuse. L’absence absolue de douleurs, soit spontanées, soit provoquées, peut seule donner la confiance nécessaire pour laisser le pansement en place.

Le défaut de réunion immédiate, la reproduction même de l’abcès ne sont pas rares, et cependant nous n’avions point encore observé le danger imminent. Quand dans tous les abcès traités par nous jusque-là, il n’y

7i 0 PART. III. — DU LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.

avait pas réussite, c’était un résultat purement négatif, un échec exempt de dangers, rentrant dans les conditions des suites qu’amène l’ouverture de tout abcès et nous laissant tout aussi avancé que nous l’eussions été après l’emploi des procédés ordinaires. Nous n’avons dû cependant ici qu’à une vigilance dont nous faisons il est vrai une règle pour tous les cas, de faire avorter un appareil de symptômes très-menaçants. C’est que, comme nous l’avons dit plus haut, la constitution anatomique delà bourse prérotulienne d’une part, et d’une autre part la tendance de la peau de cette région à se cicatriser prématurément sont deux circonstances qui favorisent les infiltrations purulentes.

Obs. 735. — Hygroma suppuré du genou avec décollements latéraux. Incisions , drainage, cataplasmes, guérison. — Manchon (Jean), jardinier, 43 ans, entre le 2 septembre 1852 à l’hôpital Saint-Antoine, salle Saint-François, 29.

Le malade est resté agenouillé pendant très-longtemps sur un sol couvert de petits cailloux, ensuite de quoi est survenu à la région antérieure du genou un sphacèle perforant du derme sur une surface de 2 à 3 lignes seulement. Puis une pustule s’est développée sous l’épiderme, et la bourse muqueuse communiquant avec l’eschare s’est enflammée; il y a eu un hygroma suppuré et on a dû pratiquer l’ouverture de la poche. Lavage, canules en Y, cataplasmes.

9. — Le pus a une certaine tendance à la diffusion ; la peau est décollée dans une assez grande étendue. — Douches, canules, cataplasmes.

10. — Le décollement a fait encore des progrès; il s’étend sur les parties latérales interne et externe de la rotule jusqu’à une distance de 7 à 8 centimètres et l’on est obligé de pratiquer des incisions assez longues sur les limites du décollement.

13. — Des canules sont maintenues dans les plaies et permettent au pus de s’écouler aussi facilement que le comporte la disposition des parties. En effet, la peau épaisse et rigide du genou, lorsqu’elle est décollée, forme au-dessus des parties une sorte de ventouse qui retient le pus et peut à peine être vidée par les lavages à grande eau.

Page 1