Le malade sort guéri
Cette observation nous fournit un exemple de la tendance au décollement que présentent les hygromas suppurés. Pour prévenir les infiltrations purulentes, nous avons dû pratiquer des incisions limitatives, employer avec persévérance les lavages quotidiens à grande eau, et enfin établir à demeure des canules en Y pour assurer le libre écoulement du pus. Grâce à l’emploi de ces moyens, nous avons pu réussir a obtenir la guérison définitive de l’hygroma.
L’observation suivante confirmera ce que nous avons dit du danger des infiltrations purulentes dans l’hygroma suppuré du genou, et de la nécessité de le combattre par les incisions limitatives, les douches et le drainage.
Obs. 736. Hygroma suppuré du genou avec décollements latéraux. Imminence de
phlcqmon diffus, incisions multiples; douches; drainage. — Guilleminot (François), imprimeur, 38 ans, rue de Charonne, 1 50, entre le 14 septembre 1853 à l’hôpital Saint- Antoine, salle Saint-François, 34.
Il y a huit jours, cet homme reçut un coup violent sur le genou droit et n’en continua pas moins de marcher. Aujourd’hui le genou est considérablement tuméfié ; la cuisse et le mollet eux-mêmes participent l’inflammation. Croyant à l’existence d’un phlegmon diffus commençant, M. Chassaignae pratique plusieurs incisions au pourtour de l’articulation, sans obtenir de pus.
16 septembre. — Une nouvelle incision ayant été pratiquée en avant de la rotule, donne issue à une quantité assez notable de liquide purulent. — Douches détersives.
17. — Des pressions exercées sur les parties latérales de la rotule font sortir par l’ouverture antérieure, un pus très-épais, très-consistant. Des canules en Y sont placées à demeure dans la plaie.
18. — Le danger du phlegmon diffus, soit vers la cuisse, soit vers la jambe, semble conjuré. La suppuration s’écoule facilement au moyen des canules.
23. — Une collection de pus assez volumineuse s’est formée au niveau de la tête du tibia. Une incision en fait justice, lavage, canules en Y.
27 . — Suppuration abondante, mais tellement épaisse qu’elle éprouve de la difficulté à s’écouler.
29. — Les canules placées dans la plaie ayant été coupées perpendiculairement, au lieu d’être taillées obliquement ou en bec de flûte, ainsique nous l’avons conseillé, ont donné lieu à des douleurs assez vives, circonstance qui ne s’observe jamais, quand la règle que nous avons posée est exactement suivie. On remplace donc ces canules par d'autres taillées obliquement.
A dater de ce moment le dégorgement s’opère avec rapidité, toute apparence d’inflammation se dissipe, les douleurs cqssent, et lorsque le malade sort, le 26 octobre, les plaies sont fermées et la guérison est parfaite.
L’observation qu’on vient de lire offre un intérêt particulier au point de vue des moyens que nous employons pour établir le drainage. On a vu en effet que, faute d’avoir coupé en bec de flûte l’extrémité des canules, des douleurs sont survenues, la suppuration a augmenté, de nouvelles collections purulentes se sont formées. Il a suffi de rendre aux canules la forme voulue pour que tous ces accidents disparussent et que la guérison s’effectuât.
Dans l’observation suivante, nous avons eu recours, pour faire le drainage, non plus aux canules en Y, mais au séton perforé qui nous a servi, comme on le verra, à pratiquer des douches dans le foyer.
Obs. 737. — Hygroma suppuré du genou droit avec décollements latéraux. Incisions antérieure et latérales. Sétons perforés. Douches dans l’intérieur du foyer. Guérison.
Catelineau (Pardoux),53 ans, entre à l’hôpital Lariboisière le 20 février 1855.
Il y a tiois semaines, ce malade est tombé sur le genou droit. Cette chute a été le point de départ d’un hygroma ; les parties voisines se sont enflammées à tel point que depuis quinze jours le malade s’est vu forcé de garder le lit.
Huit jouis asant son entrée à 1 hôpital, il consulta un médecin qui pratiqua une ouverture sui la lace antérieure de la rotule; cette ponction donna lieu à un abondant écoulement de pus.
21. Le genou droit est tuméfié ; la peau est rouge et enflammée; sur la face antérieure on voit une incision qui laisse écouler du pus et autour de laquelle la peau est soulevée par le liquide purulent. Le genou est très-douloureux ; le moindre mouvement fait pousseï des cris au malade ; un peu de fièvre. On fait une large incision cruciale sur la face antérieure de la rotule. Cataplasmes.
27. — Malgré l’incision cruciale, le pus se répand sur les côtés du ligament rotulien. Deux ponctions sont pratiquées sur les parties latérales de la tubérosité antérieure du tibia. On introduit un séton perforé par l’une de ces ouvertures et on le fait ressortir par l’incision cruciale. Un autre séton perforé est également conduit par cette dernière plaie et l’autre ouverture latérale. Par ces deux sétons ainsi installés on fait passer un courant d’eau.
1er mars. — Sous l'influence des sétons et du la\age, toute infiltration purulente est arrêtée et le mal tend à rétrograder.
9. — Amélioration très-notable de l’état général et local ; on retire lès sétons.
12. — On couvre les ouvertures avec des cuirasses en diachylon et on exerce surle genou une pression légère avec un bandage roulé. Le malade commence à marcher.
20. — Les ouvertures sont cicatrisées. La marche est libre et facile. Toutes les fonctions s’exécutent régulièrement.