Sort guéri
Il est d’une très-grande imporlance pratique de rapporter les cas de terminaison heureuse et rapide obtenus par l’emploi du drainage dans le traitement de l’hygroma suppuré. Car, si, d’une part, nous établissons que le drainage est exempt des inconvénients graves attachés à l’emploi des autres méthodes thérapeutiques, si, d’une autre part, nous prouvons, par un nombre suffisant d’observations, que les malades traités par notre procédé habituel guérissent sûrement et promptement, nous aurons résolu un problème dont tous les chirurgiens ont pu apprécier les difficultés. Eh bien! on ne saurait se dissimuler que les grandes incisions (et il faut qu’elles aient une certaine étendue pour être efficaces), n’aient l’inconvénient d’exposer à des suppurations prolongées et, par suite, à des diffusions purulentes à travers les bourses séreuses dont nous avons démontré la perméabilité. L’expérience prouve également que Les injections iodées, pratiquées dans ces capsules, ne sont pas sans danger. Elles y développent souvent des inflammations trèsviolentes et qui exposent à toutes les conséquences du phlegmon par diffusion.
Si donc ces deux méthodes, savoir, l’incision et l’injection iodée, qui passent aujourd’hui pour être les plus efficaces dans le traitement de l’affection qui nous occupe, font courir aux malades des dangers réels, on concevra sans peine que nous ayons dû rechercher quelque autre moyen de combattre les suppurations hygromatiques. Le drainage, dont nous avons fait tant d’applications heureuses au traitement des diverses espèces d’abcès ,’ se présentait naturellement à nous avec toutes les garanties possibles d’innocuité; nous l’avons employé, et, bâtons-nous de le dire, avec un succès aussi complet que possible. Point d’accidents pendant le traitement, point de suites fâcheuses après. Car il est à remarquer que le drainage ne laisse môme pas après lui ces cicatrices qu’on observe après l’emploi de l’incision, par exemple. Or, il est aisé de comprendre combien ii importe que le genou des malades, que leur
profession obligera tôt ou tard à se servir de cette partie comme d un point d’appui, soit exempt de cicatrices plus ou moins sensibles, plus ou moins douloureuses, qui pourraient rendre impossible la reprise de cette môme profession et des attitudes qu’elle comporte.
L’observation suivante nous paraît donc devoir offrir quelque intérêt, en tant que le drainage et le mode d’après lequel on l’a employé a amené une guérison aussi complète et aussi rapide qu’on pouvait le désirer.
Lorsque le pus, contenu dans la bourse muqueuse prérotulienne, vient à rompre ses digues et menace de se répandre dans le tissu cellulaire du membre inférieur de manière à y produire les accidents du phlegmon par diffusion, le drainage par les tubes élastiques peut rendre des services réels en arrêtant les progrès de l’infiltration purulente. Nous avons réussi plusieurs fois, dans des cas semblables, à enrayer par ce moyen des propagations qui auraient pu compromettre, soit le membre, soit même l’existence des malades. L’observation suivante nous a paru offrir tà ce point de vue quelque intérêt.
Obs. T38. — Suppuration de la bourse muqueuse prérotulienne. Diffusion purulente vers la jambe. Drainage. Guérison. — Millot (Joseph), 27 ans, boulanger, demeurant rue Louvois, 10, entre le 23 octobre 1856 à l’hôpital Lariboisière.
Cet homme, qui par la nature de son travail est obligé constamment de prendre un point d'appui avec ses genoux contre le pétrin se sent pris de vives douleurs au genou gauche. Il y a de la tuméfaction; au bout de cinq ou six jours, cette tuméfaction augmentant, le malade entre à l’hôpital.
A l’examen on diagnostique une tuméfaction de la bourse muqueuse sous-cutanée prérotulienne; il y a une perforation de la capsule et le pus a fusé vers la jambe ; celle-ci est œdématiée : on craint pour cet homme un phlegmon par diffusion. L’interne du service, en l’absence de M. Chassaignac, a fait sur la tumeur une incision pour favoriser l’évacuation du pus, mais cette incision est insuffisante, et l’imminence du phlegmon par diffusion persiste. En sondant le foyer avec un stylet on trouve des diverticules, dont le plus important s’étend jusqu’à la tubérosité antérieure du tibia : on passe un tube à drainage dans le sens de ce diverticule et un autre crucialement
2G octobre. — Aujourd’hui l’inflammation du côté de la jambe semble enrayée par suite du drainage; mais il y a encore, à la face interne de l’articulation, une tendance à la diffusion : on introduit une sonde cannelée jusqu'à la limite du décollement; à l’endroit où la pointe de la sonde soulève les téguments, on fait une petite incision avec le bistouri ; on passe un tube à drainage. On prévient le même accident à la partie supérieure de la bourse sous-cutanée et par le même moyen.
30. — L’inflammation du genou est de mauvaise nature, on ne peut pas toucher aux tissus sans les faire saigner. Dans ce cas, les douches à grande eau sont de puissants auxiliaires du drainage. On lance des douches dans le foyer, et, grâce à leur action combinée avec celle des tubes, l’inflammation qui entourait l'articulation a complètement disparu. Il y a un peu d’engorgement des ganglions sous-inguinaux.
Bientôt la suppuration qui répandait une odeur insupportable s’est modifiée : le pus s’écoule facilement, l’inflammation est limitée à la capsule ; la jambe malade est maintenue dans une gouttière. L’état général du malade est assez bon; enfin, deux mois environ après son entrée dans le service, les plaies marchent vers la cicatrisation, il n’y a plus que
très-peu de pus dans le foyer, et tout porte à croire que dans quelque temps le malade sera parfaitement guéri.
Le malade continue à aller de mieux en mieux.
30 janvier. — On lui retire son tube, et dès le lendemain le trajet fistuleux que celui-ci avait laissé était comblé.
10 février 1857. — Le malade est sorti de l'hôpital parfaitement guéri.
Ce n’est pas sans cle puissants motifs que nous nous sommes décidé, dans le traitement de l’hygroma, à substituer le drainage à l’emploi des injections iodées, qui passent à bon droit pour une excellente méthode thérapeutique. — Nous avons, en effet, observé plusieurs fois des récidives à la suite des injections iodées, tandis que le drainage nous a toujours jusqu’à présent procuré des cures radicales. Dans le cas que nous allons rapporter et qui témoigne de la possibilité de ces récidives, il s’est écoulé, entre la première guérison par les injections iodées et la réapparition de la tumeur, un délai moral assez long pour qu’on ne puisse pas admettre qu’il y avait simplement recrudescence dans les accidents. La récidive ici n’est pas douteuse, si peu douteuse que la guérison de l’hygroma avait eu lieu à siccité.
Obs. 739. — Hygroma suppuré du genou. Traitement par les injections iodées. Guérison, puis récidive. — Denisot (Claude), 59 ans, frotteur, entre le 24 janvier 1853 à l'hôpital Saint-Antoine.
Cet homme qui a pour profession de frotter les parquets se trouve obligé par la nature de son travail d’être presque constamment agenouillé. A la suite d’un excès de fatigue dans l’exercice de son métier, il vit sa jambe se tuméfier considérablement. Des cataplasmes et le repos firent diminuer le gonflement, mais il resta une tumeur du genou pour laquelle le malade se présenta à l’hôpital.
Le 13 décembre 1852, M. Chassaignac, reconnaissant un hygroma, pratique une ponction qui donne issue à une certaine quantité de pus, puis envoie dans la poche des injections iodées.
22. — Le malade sort de l’hôpital parfaitement guéri. Il ne paraît pas rester une goutte de liquide dans le foyer.
Aujourd’hui, 24 janvier, le malade rentre pour une récidive parfaitement caractérisée. L’hygroma présente une base de 24 centimètr. en circonférence, et une hauteur d’environ 13 centimèt. Aucune violence extérieure ne parait avoir déterminé cette réapparition de la maladie.
29 janvier. — Une ponction faite à la tumeur donne issue à un liquide purulent; on fait une injection iodée et l’on ferme l’ouverture avec une cuirasse. Le membre est placé dans une gouttière. On sent dans les parois de la poche une induration comme cartilagineuse.
7 février. — Guérison à siccité ; la tumeur est complètement affaissée et les parties sont revenues à leur état normal.
22. — Nous renvoyons le malade qui n'a présenté aucun accident jusqu’à ce
j°ur- , ...
8 mars. — 11 se présente de nouveau à la consultation avec une menace de récidivé.
Obs. 740. Hygroma suppuré. Drainage en X. Guérison. — Albert (Jean-Jacques), 52
ans, charpentier, entre à l’hôpital Lariboisière le 2i janvier 1857.
La profession de cet homme exige qu’il s’agenouille souvent pour travailler. Aussi a-t-il une bourse prérotulienne très-développée. 11 se rappelle, sans pouvoir préciser 1 epoque, s’être fortement heurté le genou; puis peu à peu il a vu se former au-devant de la rotule une tumeur rouge et douloureuse qui, l’empêchant à la fin de marcher, l’a forcé il entrer
à l’hôpital. .
11 est facile de reconnaître que cette tumeur est fluctuante et que nous avons affaire a un hygroma suppuré. Dans la crainte que le pus ne vienne à fuser dans le tissu cellulaire et ne donne lieu aux accidents du phlegmon par diffusion, on traverse la tumeur avec deux trocarts dont la direction représente celle des deux branches d’un X. Il ne sort, pas une goutte de liquide. Mais aussitôt qu’on a remplacé les deux canules par deux tubes à drainage, le pus sort en grande abondance. La jambe est placée dans une gouttière et on recouvre le genou d’un cataplasme, puis de taffetas gommé pour prévenir la dessiccation d u topique émollient.
Le lendemain, la douleur à la pression a disparu et le malade allant de mieux en mieux sort parfaitement guéri, le 14 février. La suppuration était tarie, les piqûres s’étaient cicatrisées, et la marche était désormais libre et facile.
L’observation suivante peut être rapportée comme exemple de 1 application heureuse du drainage en X au traitement de l’hématocèle suppurée de la bourseprérotulienne.
Obs. 741. — Hématocèlc suppurée de la bourse prérotulienne. Drainage en X. Guérison. — Pellat (Joseph), 20 ans, fabricant de parapluies, entre le 17 juin 1856 à l’hôpital Lariboisière.
Ce malade, d’une constitution mauvaise, porte des traces de suppurations passées et de plus parait atteint d’une sorte de diathèse purulente déboursés muqueuses. Déjà, il y a un an, il a été opéré d’une tumeur liquide siégeant dans la bourse muqueuse prérotulienne du côté droit. Aujourd’hui c’est une affection analogue du genou gauche qui l’amène à l’hôpital. Une ponction explorative est faite préalablement pour reconnaître la nature du liquide qui offre un mélange de sang et de pus. Un double drainage en X est établi. A l’intérieur, huile de foie de morue et pilules d’iodure de fer.
Deux mois après l’entrée du malade à l’hôpital, c’est-à-dire, vers le 25 septembre, de nouveaux accidents se manifestèrent sur le crâne au niveau de la portion écailleuse du temporal. Nous voulons parler d’un abcès dont le début n’avait pas été observé, et dont l’existence ne fut reconnue que lorsque le pus avait déjà disséqué le périoste dans une certaine étendue, en même temps qu’un œdème considérable envahissait la partie supérieure de la face et notamment le tissu cellulaire de l’orbite.
Le malade ayant été endormi à l’aide du chloroforme, la collection purulente crânienne fut traversée par un tube à drainage simple, puis recouverte de cataplasmes.
Vers le 1er novembre, cet abcès était cicatrisé, mais un nouvel abcès se manifestait dans les ganglions cervicaux. Nouveau drainage par un seul tube. Cataplasmes.