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CHAPITRE VII

SUPPURATIONS PÉRI-MALLÉOLAIRES.

Parmi les causes qui déterminent la formation des abcès péri-malléolaires, nous devons mentionner celles qui tendenL à produire la fracture du péroné. Il arrive souvent en effet que quand ces causes n’amènent pas la fracture de l’os, elles froissent violemment la peau, la décollent et donnent ainsi lieu à une inflammation suppurative de la région péri-malléolaire.

La constitution anatomique de la peau clans cette région favorise singulièrement la production des abcès. — Les téguments sont en effet très-lâchement unis avec les parties sous-jacentes et il en résulte que le tissu cellulaire au moyen duquel cette union a lieu se déchire avec une extrême facilité. — Peut-être aussi cette tendance de la peau aux inflammations et dans certains cas au sphacèle tient-elle à une vitalité moindre de cette membrane dans la région péri-malléolaire.

Une autre cause très-fréquente des abcès péri-malléolaires, c’est le frottement exercé par des chaussures grossières. — Ce frottement, quand il porte sur la partie postérieure du tendon d’Achille, donne lieu dans cet endroit au développement d’une bourse muqueuse accidentelle, laquelle s’enflamme et suppure comme on en pourra voir un exemple dans l’observation suivante :

Obs. 773. — Abcès à la partie postérieure inférieure de la jambe, hicision, ventouses, injection. Réunion primitive . — Doublet (Joseph), 68 ans, bonnetier, rue de Charonne, 9, entre à l’hôpital Saint-Antoine le 17 juin 1 85 1 .

Cet homme avait depuis longtemps un épaississement considérable de l’épiderme du talon, une espèce de gaine cornée produite par le frottement de chaussures grossières. La bourse muqueuse sous-jacente à cette hypertrophie de la peau était sujette à des inflammations fréquentes.

Depuis quelques semaines, un abcès est survenu, enveloppe le tendon d’Achille et s’étend de chaque côté jusqu’aux malléoles interne et externe. La peau est violacée. La fluctuation est manifeste.

Le 18 juin. — M. Prost, interne du service, fait sur la partie moyenne de l’abcès une incision verticale. On vide l’abcès par des pressions et par plusieurs applications de ventouses qui effectuent une petite saignée locale. On fait l’injection d’eau jusqu’à limpidité. La cuirasse emplastique est appliquée suivant l’habitude.

Le lendemain 19. — On enlève la cuirasse, on trouve la plaie réunie sans aucune reproduction du pus; nulle douleur.

Le 20. — La guérison paraît définitive.

Le 21. — Le malade étant complètement guéri quitte l’hôpital.

Nous avons revu ce vieillard plusieurs jours après sa sortie; la guérison ne s était pas démentie.

Ce fait nous offre un des plus beaux cas de réunion immédiate que l’on puisse observer quand on songe à l’ensemble des circonstances qui pouvaient compromettre le succès.

L’âge avancé du malade, 68 ans, sa profession et sa vie sédentaire, sa constitution épuisée (il était maigre , chétif, paraissait avoir plutôt 80 ans que 68), d’autre part, la conformation accidentée de la région sur laquelle siégeait la collection purulente, la propagation de celle-ci vers les fossettes malléolaires postérieures sur les côtés du tendon d’Achille, la chronicité de l’abcès, tout semblait rendre le succès impossible et il a été complet.

Voici encore une observation d’abcès péri-malléolaire dans laque e

on verra que la cause du mal résidait dans les frottements occasionnés par des chaussures étroites ou mal faites. De plus on y trouvera la confirmation de ce fait, à savoir, que ces sortes d’abcès s’accompagnent facilement de décollements assez étendus de la peau.

Obs. 774. — Abcès péri-malléolaire du membre inférieur droit. Décollement de la peau dans une assez grande étendue. Guérison au bout de quatre jours. — Ragot, 41 ans, est entré à l’hôpital Cochin le 28 avril 1842. Constitution assez bonne; profession de carrier.

Cet ouvrier présentait au pied droit, entre la malléole externe et le tendon d’Achille, un abcès chaud phlegmoneux de la grosseur d’une petite noix, déterminé, il y a environ huit jours, par les frottements sur la peau d’une chaussure étroite ou mal faite.

Un cataplasme qu’on appliqua dès le jour d’entrée détermina dans la nuit l’ouverture de l’abcès à son sommet et l’élimination complète du pus ; le stylet introduit dans la plaie montra que la peau qui recouvre le tendon d’Achille était décollée dans une assez grande étendue.

On se borna à faire un pansement à plat, aidé d’un bandage simple médiocrement serré, et à prescrire le repos au malade dont la guérison ne s’est pas fait attendre, car au bout de quatre jours, le recollement de la peau était opéré. Il n’existe plus qu’une petite plaie en bonne voie de cicatrisation qui gêne peu la marche. Cet homme a demandé à sortir le 1er mai, c’est-à-dire quatre jours après son entrée.

Les suppurations péri-malléolaires n’ont pas toujours une origine parfaitement saisissable. Dans l’observation suivante, il nous a été impossible de déterminer la cause de l’abcès.

Obs. 775. — Abcès péri-malléolaire. Ouverture, lavage, occlusion. — Chevant (Étienne) , 36 ans, rue du Chàteau-Landon, 9, est entré le 10 décembre 1851, au n» 31 de la salle Saint-François, hôpital Saint-Antoine. L’été dernier, ce malade eut à la jambe droite un gonflement sans rougeur, accompagné d une douleur profonde et qui dura six semaines environ. On ne sut à quoi l’attribuer. Ce gonflement disparut spontanément au bout du temps indiqué. Il y a six semaines, le malade remarqua de la rougeur à la partie inférieure de la jambe gauche au côté externe, et derrière la malléole. Des cataplasmes seulement furent appliqués jusqu’au moment de l’entrée à l’hôpital le 9 décembre 1851.

Le 10. On constate une tumeur peu élevée, à base dift’use, dont le centre présente une fluctuation très-évidente, on fait une ponction et ce n’est qu’en comprimant même avec force que Ion parvient à faire sortir un pus concret qui offre presque la solidité de la matière encéphalique. La matière extraite ne ressemble donc pas à du pus ordinaire, cependant quelques points verdâtres font croire que ce n’est que du pus transformé lavage occlusion. ’ a ’

Le 1 1. Le malade va très-bien. Douleur à peine sensible.

13. — Douleur à l’aine. On constate une adénite assez violente. Quinze sangsues loco dolenti.

14. - Mieux très-prononcé. La douleur a presque disparu; le gonflement persiste encore.

Le 2 janvier. — L’abcès de la jambe est définitivement cicatrisé.

Le 7. — Exeat.

Ce cas est peul-élrele seulavec le suivant où le lavage ait été suivid’une menace d adénite aux aboutissants delà partie opérée. L’aspect étrange

de la matière renfermée dans l’abcès est sans doute pour quelque chose dans la prise des ganglions inguinaux. On a vu qu’une application de sangsues a fait prompte justice de cette menace d’adénite. Cela suffit pour créer un précédent et pour montrer quelle devrait être la marche à suivre dans des cas analogues, mais je le répète, ce sont les deux seules fois où nous ayons vu un commencement d’adénite après le lavage des abcès.

Quelquefois c’est à la diathèse scrofuleuse qu’il faut rapporter les abcès qui se manifestent dans la région péri-malléolaire, ainsi qu’on en verra un exemple dans l’observation que nous allons rapporter.

Obs. 776. — Abcès scrofuleux de la région péri -malléolaire . Ouverture, lavage, occlusion. Angioleucite consécutive du membre inférieur. — Rodde (Jacques), brocanteur, 55 ans, entre le 16 novembre 1852 à l’hôpital Saint-Antoine.

11 y a deux mois, le malade a ressenti pour la première fois des douleurs vagues audessus de la malléole externe de la jambe droite. C’étaient les premiers symptômes d’un abcès qui s’est produit lentement en ce point et qui maintenant forme sous la peau amincie une tumeur du volume d’une pomme. L’ouverture de cet abcès donne issue à un pus séreux et mélangé de grumeaux tuberculeux. Il s’agit évidemment ici d’un abcès froid et auquel on peut assigner comme cause première la diathèse scrofuleuse dont le malade porte d’ailleurs les stigmates à la région cervicale. Lavage. Occlusion.

24 novembre. — A la suite de l’ouverture de l’abcès, il s’est déclaré à la partie interne de la cuisse une angioleucite assez circonscrite, et qui s’accompagne de l’engorgement des ganglions inguinaux. L’abcès continue à suppurer.

27. — L’ angioleucite de la cuisse s’est dissipée sans laisser d’abcès après elle, et le malade, bien que conservant une ouverture fistuleuse à la jambe, est dans un état assez favorable pour qu’on lui permette de quitter l’hôpital.

La diathèse purulente peut donner lieu à la formation d’abcès dans la région péri-malléolaire comme dans les autres parties du corps. — L’observation suivante nous en fournira un exemple, en même temps qu’elle montrera la facilité avec laquelle se produit l’angioleucite sous l’influence des incisions. On a vu dans plusieurs des observations qui pré- • cèdent l’angioleucite succéder à l’ouverture des abcès et à ce sujet nous nous sommes demandé si l’engorgement ganglionnaire concomitant était la conséquence de l’abcès lui-même ou du traumatisme produit par le bistouri.

Dans le cas dont il va être question, il y eut ceci de remarquable que l’engorgement des ganglions inguinaux précéda l’apparition des traînées rouges. — L’inflammation s’est-elle propagée parles lymphatiques profonds? La chose est probable; mais nous n’oserions l’affirmer :

Obs. 7 77. — Abcès multiples, péri-malléolaires, fémoraux, pédieux. — Le 12 juillet 1842, entre à l’hôpital Cochin le nommé Coquelet (Jean), 22 ans, maçon» Constitution faible, santé cependant habituellement bonne.

Au-dessous de la malléole interne du pied gauche, déformation des parties avec tuméfaction. rouscur, fluctuation manifeste. Il y a un mois et demi que ce mal a commencé.

Plusieurs autres petits abcès au côté externe de la cuisse droite, très-superficiels, tubéreux; un autre près du genou gauche.

Peu d'engorgement aux ganglions inguinaux.

Ouverture de l’abcès du pied avec la lancette. Le pus a bon aspect. Mèche. Cataplasmes.

13 juillet. — Ouverture verticale Taisant un T avec la première. Fièvre et sueur dans la nuit ; langue un peu chargée. Eau de Sedlitz.

15. — Beaucoup de suppuration. Un peu de douleur aux ganglions de l’aine. Erysipèle au pied. Trente sangsues sur les ganglions de l’aine.

IG. — Des traînées rouges lymphatiques commencent à paraître.

17. — Angioleucite très-prononcée. Engorgement des ganglions poplités et inguinaux. Fièvre intense. Trente sangsues, diète, limonade.

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