Le malade sort parfaitement guéri
Au pied comme à la main, il peut arriver que le durillon sphacélique ne comprenne pas toute l’épaisseur du derme, auquel cas on peut le qualifier de durillon sphacélique non perforant. L’observation suivante nous fournira un exemple de cette variété.
Ous. 793. — Durillon sphacélique non perforant du talon. Excision de l’ampoule. Emploi de la solution. Cataplasmes. Guérison. — Léger (Charles), 28 ans, domestique, est entré le 19 avril 1857 à l’hôpital Lariboisière.
Il y a trois jours, le malade ressentit de la douleur au talon gauche. Le lendemain il s’aperçut qu’il existait dans le point douloureux de la tuméfaction et de la rougeur. Il continua de vaquer à ses occupations, mais la douleur augmenta rapidement, troubla le sommeil et la station devint presque impossible. C’est alors que le malade se décida à entrer dans le service.
A son arrivée, l’on constate une tuméfaction assez circonscrite, dont l’étendue égale la surface d’une pièce de deux francs. La pression est très-douloureuse, surtout au centre. Pas de fièvre, pas de phénomènes généraux.
Le même jour on enlève avec des ciseaux l'épiderme très-épaissi, en excisant jusqu’aux limites de son décollement. Après celte excision, il s’écoule une sérosité mélangée de sang et de pus. C’est alors qu’on découvre à la surface du corps papillaire un pertuis assez fin, rempli de pus concret.
On conçoit sans peine que ce pertuis en s’agrandissant puisse donner lieu d’abord à la perforation complète du derme, consécutivement à l’abcès en double bouton et finalement au mal plantaire perforant.
Quoi qu’il en soit, le derme est rouge, un peu enflammé et en pressant sur la partie malade, on fait sortir le pus. Cataplasmes.
Le lendemain, la douleur a beaucoup diminué, le pertuis s’est agrandi. On touche la surface malade avec la solution de nitrate d’argent.
21 avril. — L’amélioration continue ; le derme a pâli; la pression est douloureuse.
23. — La plaie est en voie de cicatrisation. Le malade sort. 11 se traitera chez lui pai les cataplasmes et le repos; il reviendra se faire panser a la consultation.
En recherchant la cause de cette lésion, nous avons appris que le malade portait des chaussures grossières et s’était beaucoup fatigué. Ces deux circonstances expliquent suffisamment le développement de la maladie.
Les durillons qui siègent à la face supérieure de l’un des orteils peuvent, lorsqu’ils persistent, devenir un obstacle des plus sérieux à la marche, par les douleurs intolérables auxquelles ils donnent lieu. Il n’y a dès lors qu’un moyen de remédier au mal, c’est la ténotomie. Il arrive, en effet, que l’orteil est dans un état de flexion constante ; mais en môme temps qu’il est fléchi, la première phalange est relevée, est par conséquent dans l’extension. Il y a donc nécessité de couper non-seulement le tendon du fléchisseur, mais encore celui de l’extenseur.
Obs. 794. — Durillon froissé de la face supérieure de l’un des orteils. Petit abcès sousépidermique. Cataplasmes. Solution. Guérison. — Aubert (Adolphe), 21 ans, boulanger, entre à l'hôpital Lariboisière le i7 juin 1857.
Cet homme présente depuis longtemps une rétraction du deuxième orteil du pied droit, de telle sorte que l’articulation de la première phalange avec la deuxième fait une saillie assez considérable au-dessus de la rangée des orteils. Les frottements causés par les chaussures ont donné lieu au développement d’un durillon sur l’articulation de la première avec la seconde phalange, c’est-à-dire, sur la partie la plus saillante de l’orteil.
Il y a huit jours, après une marche assez longue, cet homme ressentit de la douleur au niveau de son durillon. Cette douleur devint bientôt assez vive pour qu’il lui fût impossible d'endurer son soulier ; l’orteil rougit, se tuméfia et enfin avant-hier un petit abcès qui s’était formé sous le durillon s’ouvrit.
C’est après l’ouverture spontanée de cet abcès que le malade s’est présenté à l’hôpital. Après s’étre assuré que l’articulation est saine, on applique des cataplasmes sur l’orteil et l’on touche la petite plaie avec la solution de nitrate d’argent.
Au bout de trois jours la guérison était presque complète. On laisse sortir le malade en lui recommandant de venir se faire un peu plus tard redresser son orteil. On se propose de lui pratiquer alors la ténotomie du fléchisseur et de l’extenseur.
Art. 4. — Abcès pédieux: ostcopatliüiiics.
Certains abcès du pied sont déterminés par la carie ou la nécrose d’un ou de plusieurs os de celte région, et présentent alors tous les caractères des abcès froids.
Ces abcès ont pour siège le plus habituel, les régions sous-malléolaires. La cause de cette prédilection des abcès osléopalhiques pour cette partie du corps se trouve dans cette circonstance, que les altérations osseuses, carie, nécrose, ostéite aiguô, attaquent principalement les os du tarse par leurs parties latérales.
Il n’y a pcut-ôlre pas d’abcès qui réclame plus impérieusement l’emploi du drainage par les tubes.
Dans l’observation suivante, il s’agit d’abcès ostéopathiques déterminés par une nécrose du calcanéum, lesquels ont un instant entraîné de tels accidents, que la question de l’amputation a dû être posée. Grâce à des incisions multipliées, on a réussi à conjurer le danger, et, bien que le malade ait été réclamé par ses parents avant la guérison complète, il y avait, au moment de sa sortie, une si grande amélioration, qu’on avait entièrement écarté l’idée d’une opération plus grave.
Obs. 795. — Abcès pédieux ostéopathiques dépendant d’une nécrose du calcanéum. Ouvertures multiples. — Dupas (Auguste), 18 ans, jardinier, est entré le 29 mars 1853 à l’hôpital Saint Antoine, salle Saint-François, 21.
Il y a un mois, ce jeune homme commença à ressentir au talon gauche des douleurs qui devinrent assez vives pour rendre la marche difficile et bientôt impossible. Pourtant il ne s’était manifesté encore à l’extérieur ni rougeur ni gonflement, lorsque le malade entra à l’hôpital, le 20 mars, dans un service de médecine. 11 survint un peu de rougeur ; on lit une application de sangsues. Quelques jours après un abcès se forma et fut ouvert. C’est alors qu’on fit passer le malade dans les salles de chirurgie.
M. Chassaignac ayant exploré avec un stylet l’ouverture de l’abcès, constata que le calcanéum était malade. Toutes les parties environnant l’ orifice flstuleux étaient tuméfiées ét la suppuration était abondante. Interrogé sur la cause probable de son aiïection, le malade nous apprit que 4 ou 5 semaines auparavant il avait porté des sabots qui lui blessaient le talon. Nous supposâmes alors que sous l’influence de frottements et de pressions réitérées par la chaussure il s’était développé au calcanéum une ostéite aiguë ou bien une périostite suivie de nécrose.
6 avril. — La tuméfaction a envahi l’articulation du pied. M. Chassaignac craint que déjà cette jointure ne soit prise et qu’on n'ait à pratiquer bientôt l’amputation susmalléolaire.
8. — On fait deux incisions, l’une près de la malléole interne, l’autre à la partie interne du talon.
10. — L’état local s’aggrave considérablement. Le pus soulève la peau jusqu’à la hauteur des malléoles. Il y a de la rougeur au niveau de ces parties. Sphacèle sur les points ulcérés.
13. — Nouvelle incision à la partie interne du pied. La pression fait sortir beaucoup de pus.
15. — Sueurs nocturnes, dévoiement assez considérable. Pourtant 1 infiltration purulente ne paraît pas faire de progrès. Le pus s’écoule très-bien à l’extérieur.
20. — Le mal se localise ; il y a un peu de rémission dans les symptômes généraux.
24. — Amélioration notable dans l’état du pied. La peau qui recouvre le calcanéum se recolle. Les premières incisions s’oblitèrent par un tissu cicatriciel de très-bon aspect. A la partie interne du talon on fait deux nouvelles incisions qui donnent issue à un peu de pus.
13 mai. — Les accidents se calment. Le malade souffre beaucoup moins. Bain.
15. — On ouvre un nouvel abcès au-devant de }a malléole externe.
22. On pratique deux incisions. La nature des douleurs éprouvées par le malade lait
supposer qu’il s’agit là d’un abcès sous-périostique aigu.
Le malade réclamé avec instance par sa famille sort non guéri.
Dans le cas d’abcès chronique ostéopathique de la face dorsale du pied, j’ai eu l'occasion d’observer l’existence d’un pied-bot équin dû à
SliCT. XII. — SUPPURATIONS DU MEMBRE INFÉRIEUR. m
la contracture des muscles du mollet, causée elle-même par la longue durée de l’extension forcée du pied sous l’influence de 1 attitude que l’abcès avait déterminée.
Il résulta de là, qu’après avoir guéri l’abcès, je fus obligé de recourir à la section du tendon d’Achille et à l’emploi des appareils, traitement qui fut couronné du plus heureux succès.
M. Thiellemant, employé de la maison Larsonnier, me fut adressé par M. Cruveilhier pour un abcès froid volumineux, recouvrant toute la face dorsale du pied. Je traitai cet abcès par le drainage, et j’obtins seulement au bout de plusieurs mois la cicatrisation définitive. Mais le pied qui, pendant plusieurs années avait été maintenu dans une extension forcée, resta dans les conditions de pied-bot équin. Je pratiquai la section du tendon d’Achille. Le pied fut fléchi à angle droit. Le malade porta pendant assez longtemps un appareil pour le jour et un appareil plus simple la nuit. Sa guérison s’est effectuée d’une manière complète. J’ai revu le malade plusieurs années après.
Art. 5. — Arthrites suppurées de la région du pied.
Ces suppurations peuvent se présenter sous deux formes différentes, ou bien à l’état chronique, ou bien à l’état aigu.
A l’état chronique, les abcès articulaires présentent des désordres et font naître des indications qui rentrent dans ce que nous avons déjà dit des tumeurs blanches suppurées. Dans des cas semblables, j’ai eu recours au drainage, et dans un cas en particulier je traversai, au moyen d’un tube en caoutchouc toute l’épaisseur du pied, de la face dorsale à la face plantaire. La possibilité de passer le séton avait été la conséquence du relâchement qui s’était produit dans les ligaments articulaires. Les résultats de cette tentative qui avait été faite dans le but de prévenir la nécessité d’une amputation de jambe, ayant été négatifs, l’amputation fut faite et réussit complètement.
L’arlhrite suppurée à l’état aigu dans les articulations du pied, est l’une des affections les plus atrocement douloureuses qu’on puisse imaginer. Elle peut se déclarer sous l’influence de plusieurs causes que nous allons indiquer : 1° une suppuration à la surface de l’un des os du tarse ou du métatarse, envahissant de proche en proche avec décollement du périoste, finit par pénétrer dans une des articulations, et des accidents suraigus se déclarent. 2° Une ostéite suppurante aiguë s’empare d’une tète articulaire, immédiatement au-dessous du cartilage. Celui-ci se détache, et la purulence s’établit dans l’articulation. 3° Dans certains cas, il se forme une synovite purulente, sans qu’il y ait eu primitivement altération osseuse.
La première variété d’arthrite suppurée s’observe fréquemment dans
le cas de tumeur blanche ou de carie des os du tarse et du métatarse.
A l’occasion de la seconde variété, nous avons observé un fait extrêmement remarquable, et qui nous a fourni l’occasion de montrer que la méthode du drainage peut dispenser de recourir à l’amputation.
C est surtout chez les femmes en couches ou dans le cas d’abcès métastatiques qu’on observe la troisième variété.