SUPPURATIONS DE LA BOUCHE
Art. 1er. — Phlegmons et altcès «les lèvres.
Les tumeurs phlegmoneuses des lèvres ne sont pas rares. On voit quelquefois 1 une des lèvres, mais surtout la supérieure, devenir le siège d un phlegmon plus ou moins intense.
Les caries dentaires, mais surtout la nécrose de l’os maxillaire, paraissent être une des causes déterminantes les plus fréquentes des collections de pus que l’on observe dans la région labiale.
En raison de la facilité avec laquelle se réparent les solutions de continuité des muqueuses, et aussi pour éviter toute cicatrice extérieure, nous préférons en général inciser la lèvre par sa face interne.
A l’appui des propositions précédentes, nous citerons l’observation suivante.
Obs. 325. — Argence (Gabriel), terrassier, 39 ans, entre le 21 juin 1852, à l’hôpital Saint- Antoine. La lèvre supérieure, surtout à droite, présente une tuméfaction énorme qui remonte presque jusqu’à l’orbite. La tumeur est dure et violacée extérieurement, mais intérieurement au-dessus de l’arcade alvéolaire on perçoit de la fluctuation. Une incision faite en ce point donne issue à une quantité considérable de pus. L’abcès qui parait s’être formé assez rapidement, puisque le malade dit ne s’étre aperçu du gonflement de la lèvre que depuis trois jours, a succédé à des maux de dents, ce dont il n’est guère permis de douter en voyant l’état déplorable de la mâchoire supérieure chez cet homme. Gargarisme boracique.
Le 23. — Le malade sort guéri de son abcès. Mais on redoute l’existence d’une affection profonde du maxillaire supérieur.
Art. î. — Phlegmons et aheès «les jones.
L’inflammation phlegmoneuse des joues est une des formes de celte maladie qu’on désigne vulgairement sous le nom de fluxion. Comme la fluxion simple et purement congestive, elle reconnaît pour cause, dans la plupart des cas, la carie d’une dent. On l’observe particulièrement dans les temps froids et humides; elle attaque plus souvent les adoles- f cents et les adultes que les enfants et les vieillards.
Dans la fluxion congestive le seul symptôme constant est la tumé- i faction. Dans la fluxion inflammatoire et phlegmoneuse, outre le gonflement, on observe une rougeur vive, érysipélateuse, très-étendue, des f douleurs aiguës, pulsatives, et une élévation considérable de la température des parties. A ces symptômes s’enjoignent encore quelques autres qui sont l’effet immédiat de la tuméfaction de la face; tels sont le trouble de la parole, la gêne de la mastication, la difficulté de cracher, quelquefois le ptyalisme et la toux. Presque toujours en même temps,* la bouche est pâteuse et amère, la langue chargée, le pouls fréquent, et le malade éprouve un malaise général.
L’inflammation phlegmoneuse des joues se termine tantôt par résolution, tantôt par suppuration.
S’il se forme un abcès, on peut le laisser s’ouvrir de lui-même, lorsqu’il est peu considérable et que les parties n’opposent pas une trop grande résistance. Dans le cas contraire, on doit l’ouvrir avec l’instrument tranchant. Si l’abcès a son siège entre les gencives et la joue, on peut l’ouvrir dans l’intérieur de la bouche, et donner à l’incision une assez grande étendue; mais lorsqu’il est placé dans l’épaisseur de
la joue près des téguments; il faut que l’incision soit faite en dehors et n’ait que l’étendue nécessaire à la sortie du pus, afin que la cicatrice
Isoit moins grande et par conséquent moins apparente. Quand il paraît démontré que la maladie a été produite par la carie d’une dent, il faut pratiquer l’extraction de cette dernière pour prévenir les récidives.
Il n’est pas rare de voir, sous l’influence d’un traitement approprié, se terminer par résolution des inflammations phlegmoneuses très-intenses de la joue, dans lesquelles la suppuration semblait imminente. Comme preuve à l’appui de cetle assertion, nous citerons l’observation suivante :
!0bs. 32G. — Foubert (Émile), employé, G3 ans, entre le 2G décembre 1851, à l’hôpital Saint-Antoine.
Ce malade porte sur la joue droite une inflammation phlegmoneuse assez intense. Déjà, quatre ans auparavant, il avait eu dans la même région une affection semblable qui avait disparu sous l’influence d’une application de vingt sangsues. Nous pratiquons sur la partie tuméfiée une incision longitudinale qui donne issue à une Irès-petite quantité de pus, espérant ainsi concentrer sur un point toute l’intensité de l’inflammation. Le doigt appliqué sur la partie enflammée percevait des battements artériels très-prononcés. Une application de ventouses scarifiées est prescrite.
Grâce à l’emploi de ce moyen l’inflammation s’est dissipée sans suppuration, la petite plaie s’est cicatrisée et le malade est sorti guéri le 3 janvier 1852.
Quoique n’ayant pu être complétée, l’observation qui va suivre nous fournit un exemple de phlegmon considérable de la joue, développé sous l’influence de l’altération des dents :
SObs. 327. — Blanchon, âgé de 21 ans, entre à l’hôpital Saint-Antoine le 28 mars 1853. 11 travaille par état à la préparation des peaux de lapins, industrie qui exige le maniement du mercure. Sous cette influence ce malade a contracté antérieurement une stomatite, mercurielle dont témoignent aujourd’hui et l’ulcération fongueuse des gencives et le mauvais état des dents.
Sur la joue gauche de cet individu existe une tumeur phlegmoneuse dont le volume égale celui d’un gros œuf de poule. Cette tumeur paraît dépendre de fa carie de la seconde grosse molaire de la mâchoire supérieure. Nous prescrivons des cataplasmes sur la partie tuméfiée, nous proposant après quelques jours de ce traitement de pratiquer une incision. Comme moyens adjuvants on emploie les gargarismes au borax et ies douches buccales sur les arcades alvéolaires.
Le 30 mars. — Le malade demande sa sortie, ce qui nous empêche d’observer l’issue de la maladie.
Les abcès de la joue donnent quelquefois lieu à des trajets fistuleux, qui font communiquer la partie externe de la joue avec la cavilé buccale,
< omme le prouve le fait que nous allons rapporter :
loinçS m ~ Lesrand (JoséPh>ne) , 24 ans, entre le 7 janvier 1851, à l’hôpital Saint-An -
Elle préï>ente à la partie supérieure de la joue un abcès qui s’est ouvert au niveau de la pdiipii ic in erk me, abcès causé par la seconde molaire supérieure correspondante qui est cariee e < ont il ne reste plus que les racines cariées elles-mêmes.
JbO PART. III. — RE LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.
12 janvier. — On enlève ces racines et l’on reconnaît l’existence d’un trajet flstuleux s’ouvrant d’une part à la base de la paupière inférieure, d’autre part à la face interne de la joue dans un point correspondant.;'! la partie externe de l’os maxillaire supérieur. Un stylet introduit par l’orifice supérieur vient sortir dans l’intérieur de la bouche.
16. — Érysipèle commençant autour de la plaie extérieure. Bains de pied sinapisés.