Guérison complète. Exeat
Art. (S. — Abcès de 1» voûte palatine et «In voile «lu palais.
Les suppurations de la voûte palatine et du voile du palais peuvent s’observer dans les conditions suivantes. Ou bien à l’état d’abcès phlegmoneux, ou bien à l’état d’abcès sous-périostique aigu, ou enfin à celui d’affection carieuse ou nécrosique qu’on voit sévir d’une manière particulière sur cette région du squelette.
Ces abcès paraissent quelquefois dépendre de l’avulsion d’une déni; mais, dans les cas de ce genre, c’est presque toujours la périostite alvéolo-dentaire de l’os maxillaire supérieur qui, ayant déterminé dans une étendue plus ou moins considérable le décollement du périoste et la formation d’une collection purulente placée entre l’os qui se nécrose partiellement et le périoste détaché, se prolonge à une plus ou moins grande distance de son point d’origine et donne lieu à la formation d’un abcès.
Les abcès de la voûte palatine, surtout ceux qui siègent immédiatement en arrière des incisives supérieures, s’observentjournellement dans la pratique.
Les abcès phlegmoneux de la voûte palatine peuvent survenir par suite de pressions fortes exercées par des corps durs contre la voûte du palais, parla piqûre causée par une arête de poisson ou un fragment d’os très-anguleux.
Nous en avons vu un survenir à la suite d’une ablation d’amygdales faite avec l’instrument de Fahnestock tel que quelques personnes ont cru devoir le modifier pour le faire partir comme par une espèce de détente. Le choc brusque et violent que reçut la voûte palatine au moment où se fait la détente avait suscité une inflammation très-vive qui donna lieu à un abcès.
SECT. Y. — SUPPURATIONS DE LA DOUCHE ET DU PHARYNX. IGo
L’application si répandue des pièces de prothèse dentaire est devenue de nos jours l’occasion d’abcès fréquents de la voûte palatine. Notre collègue, M. Demarquay, en a observé plusieurs exemples à la suite de l’application des pièces artificielles en hippopotame. C’est surtout au début de l’emploi de ces moyens prothésiques que se produisent les abcès.
Les symptômes des abcès du voile du palais se divisent en deux groupes, 1° ceux qui se rattachent à l’aspect de la tumeur considérée en elle-même, 2° ceux qui dépendent des troubles fonctionnels qu’entraîne l’altération du voile du palais.
Les symptômes qui se rattachent à l’abcès lui-môme sont : une rougeur intense présentant tantôt une coloration rouge cramoisi, tantôt une rougeur sombre tirant sur le violet; un relief plus ou moins marqué existant sur l’une des moitiés du voile et faisant bomber la face antérieure de celui-ci. Enfin à une période plus avancée apparaît un point blanc jaunâtre qui annonce la perforation spontanée prochaine du foyer purulent.
Avant que les choses n’en soient arrivées à ce point, on peut percevoir la fluctuation soit d’après le mode que nous avons désigné sous le nom de fluctuation par rénitence, soit d’après celui que nous avons cru devoir appeler fluctuation par choc en retour. L’abcès une fois ouvert, on constate la fétidité du pus.
C’est surtout dans l’appréciation de ces différents signes que nous avons été à môme de voir les grands services que peut rendre au diagnostic des affections bucco-pharyngiennes l’emploi de notre [dilatateur annulaire, et quant au traitement, nous pouvons dire par anticipation que cette ouverture des abcès du voile du palais, laquelle se fait toujours difficilement, comme à la volée, et par cela môme d’une manière incomplète, ce qui oblige à y revenir au détriment du malade, que cette ouverture, disons-nous, se fait avec une sûreté parfaite et une précision mathématique quand le dilatateur est en place tenu par la main gauche de 1 opérateur, tandis que la main droite agit avec une entière liberté.
Les symptômes fonctionnels se rapportent à des troubles dans la déglutition, dans la respiration et dans la phonation. La déglutition, môme celle de la salive, est douloureuse. Les boissons, au lieu de suivre le trajet descendant du pharynx, tendent à remonter dans les fosses nasales ; en outre, le malade éprouve une sorte de provocation continuelle à opérer le mouvement de déglutition par suite du sentiment qu’il éprouve d un corps étranger dans le fond de la gorge.
La respiration est gônée, quelquefois anxieuse, par suite de la diminution qu’a subie le pharynx dans son diamètre au niveau de l’isthme du gosier.
L’articulation des sons se fait difficilement en raison du serrement des mâchoires, du timbre nasonné de la voix, et des douleurs que provoque l’exercice des muscles de la région malade.
Enfin il y a des irradiations douloureuses qui retentissent jusque dans l’oreille du côté affecté.
Dans les cas où la suppuration dépend d’un abcès sous-périostique alvéolo-dentaire, le pus placé entre l’os et le périoste peut se propager jusqu’au voile du palais.
Lorsque cet abcès est ouvert, le stylet fait reconnaître la dénudation de l’os et sa nécrose qui habituellement ne comprend qu’une couche osseuse peu épaisse, comme cela s’observe dans beaucoup d’abcès souspériostiques.
Le traitement de ces abcès, de quelque nature qu’ils soient, et quel que soit leur siège, à la voûte ou dans le voile du palais, consiste dans une ouverture prompte, aussitôt que la présence du pus y a été reconnue. Le but de cette manière d’agir est de prévenir les décollements et les fusées purulentes qui pourraient propager au loin le désordre et altérer le tissu osseux dans une grande étendue sous une muqueuse aussi épaisse que l’est celle de la voûte palatine.
Comme c’est en définitive l’existence d’une altération dentaire qui sert le plus habituellement de point de départ à la suppuration, on doit s’occuper de l’avulsion des dents cariées.
Quelquefois môme, quand l’abcès n’est pas volumineux, l’avulsion de la dent malade suffit à elle seule pour amener la guérison de l’abcès et prévenir son retour.
Quant à l’incision, lorsqu’elle ne consiste qu’en une ponction simple, elle expose à la reproduction presque immédiate de l’abcès. Il faut que l’incision ait une longueur égale au plus grand diamètre du foyer suppurant.
J’ai observé chez plusieurs chanteurs de l’Opéra des suppurations de la face supérieure du voile du palais qui se manifestaient par la production d’une gouttelette purulente au bout et en arrière de la luette quand par la volonté du malade celle-ci est fortement rétractée. Ces suppurations donnaien t quelquefois lieu à des pharyngites difficiles à guérir. Eli bien ! si en pareil cas on cautérise avec un pinceau recourbé la face supérieure du voile, on fait cesser les accidents.