ÉRYSIPÈLE DU CUIR CHEVELU
L’érysipèle du cuir chevelu mérite de nous arrêter un instant, à cause de sa fréquence et de quelques particularités intéressantes qu’il présente.
Comme dans les autres parties du corps, il peut être traumatique ou spontané.
Dans le premier cas, c’est un accident commun des plaies de la tête et des opérations chirurgicales qui se pratiquent dans cette région. Une simple érosion, une affection cutanée, même légère, suffisent à le produire. Il prend souvent la forme phlegmoneuse ; mais, ainsi que Dupuvtrèn en avait fait l’observation, il ne survient jamais de gangrène. Cette particularité s’explique facilement par le mode de distribution des vaisseaux qui, au crâne, sont contenus dans l’épaisseur de la peau et non dans le tissu cellulaire sous-jacent comme aux membres.
Ses symptômes locaux et généraux sont, à peu de chose près, les mômes que dans les érysipèles qui occupent un autre siège. Nous ne nous y arrêterons pas. Un seul est assez fréquent et en quelque sorte spécial à l’érysipèle du cuir chevelu, c’est le délire. Nous y reviendrons dans un moment, quand nous parlerons de l’érysipèle spontané qu'il accompagne plus habituellement que le traumatique.
Le diagnostic est facile, le pronostic toujours sérieux, à cause des complications possibles. Aussi le chirurgien prudent, qui sait la fréquence et la gravité de cet accident, doit-il être très-réservé dans la pratique de ces petites opérations dites de complaisance, qui ont été plus d’une fois le point de départ d’un érysipèle causant la mort.
Quant au traitement, il consistera, suivant les indications, dans des moyens généraux (émissions sanguines, révulsifs sur le canal iniestinal, etc.), et en applications pulvérulentes sur le cuir chevelu préalablement rasé. Trop souvent l’érysipèle a été déterminé par le mode de pansement des plaies du crâne. On a avancé que la réunion par première intention avec les bandelettes de sparadrap d’une plaie simple, et à plus forte raison d’une plaie contuse, favorise le développement de l’érysipèle; nous dirons, à ce sujet, que nous n’avons jamais employé d’autre traitement local des plaies de tête, que le pansement par occlusion suivant les principes formulés dans notre communication à 1 Institut en 1844, et jamais nous n’avons vu l’érysipèle succéder à l’emploi de ce mode de pansement.
L’érysipèle spontané du cuir chevelu peut être consécutif à l’érysipèle de la face, et alors son diagnostic est sans difficulté. Nous il avons rien à en dire : il peut, ce qui arrive beaucoup plus rarement, s’être développé primitivement au cuir chevelu, et comme alors il peut rester borné a
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cette région sans la dépasser dn côté du visage, on conçoit la facilité d’une erreur, d’autant mieux que le symptôme caractéristique le plus saillant de l’érysipèle, la rougeur, manque ici à peu près complète, ment, ou reste inaperçu sous les cheveux qui couvrent les téguments. La struc ture de la peau de cette région se prête peu à la rubéfaction, et si, dans quelques érysipèles intenses, il existe une coloration légère, c’est une teinte bleuâtre, spéciale, à peine rosée.
L’un des signes les plus importants de cette espèce d’érysipèle, c’est l’engorgement douloureux des ganglions du cou, sur lequel M. le professeur Chomel insiste dans ses leçons cliniques. Toutes les fois qu’on le constate chez un individu bien portant, qui ne présente ni plaie de tête, ni érosion du cuir chevelu, ni aucune affection chronique, il faut songer à l’érysipèle. M. Chomel prétend môme que les ganglions s’engorgent deux ou trois jours avant que l’on remarque quelque chose du côté de la peau du crâne. Mais est-il bien certain, ainsi qu’on l’a objecté souvent, que dans ces cas, il n’y ait pas déjà un point érysipélateux difficile à constater? A cause de son siège, le réseau superficiel abondant des vaisseaux lymphatiques du crâné nous explique la rapidité avec laquelle se tuméfient les ganglions auxquels ils aboutissent, consécutivement à la plus légère irritation de ce réseau.
Nous citerons encore, au nombre des signes de l’érysipèle du cuir chevelu, une douleur plus ou moins vive que la pression augmente ; et surtout l’empâtement facile à constater par l’enfoncement que le doigt détermine sur la peau.
L’érysipèle spontané du cuir chevelu se termine le plus ordinairement d’une manière favorable. L’accident principal à redouter, c’est, une complication encéphalique. Le délire qui se manifeste en pareil cas, principalement quand il y a en môme temps érysipèle de la face, est quelquefois tellement intense, que l’on a pu croire souvent à l’existence d’une phlegmasie encéphalique. Le peu de distance qui sépare les enveloppes cérébrales du foyer de l’inflammation, les connexions vasculaires faciles et nombreuses entre l’intérieur du crâne et 1 extérieur de cette cavité, autorisent jusqu’à un certain point ces appréhensions ; cependant, nous devons l’avouer, plusieurs observateurs modernes, notamment MM. Chomel , Grisolle et Louis, n’ont jamais, à 1 autopsie, rencontré de lésions encéphaliques notables, ce qui donne à penser que le cerveau n’est que sympathiquement affecté.
L existence du délire, d’après ce qui vient d’ôtre dit, ne modifiera pas beaucoup le traitement ordinaire de l’érysipèle. La diète, les délajrants, les émétocatharliques, suffiront souvent à triompher de cette complication. Si i on avait des motifs de croire à une inflammation cérébrale, i faudrait a\oir recours aux émissions sanguines, locales et. générales, et aux autres moyens usités en pareil cas. Le moyen dans lequel j’ai une
confiance que je crois rnotivée par les faits que j’ai observés dans les hôpitaux, c’est l’émétique en lavage. Dans les cas d’érysipèles, soit traumatique, soit spontané, je l’administre d’une manière en quelque sorte continue, en me rapprochant de la pratique de Desault, et je dirai que s'il a l’inconvénient de plonger les malades dans une espèce de prostration encore plus apparente que réelle, ce moyen vigoureusement perturbateur, m’a paru d’une efficacité manifeste.
Le complément d’une médication véritablement énergique en pareil cas se trouve dans l’emploi des émissions sanguines continues avec issue d’une petite quantité de sang à la fois, celles par exemple qui résultent de l’application non interrompue d’une il deux sangsues aux apophyses mastoïdes.
Il se manifeste souvent, au déclin de l’érysipèle du cuir chevelu, des collections purulentes bien circonscrites sur un point du crâne. J’en ai observé plusieurs cas, que le hasard seul me faisait découvrir ; car les malades ne s’apercevaient pas de leur présence.
Mais il est un point sur lequel je dois appeler l’attention, c’est l’illusion que font naître au toucher ces collections liquides, illusion qui consiste à croire à l’existence d’une fracture avec enfoncement.
Il eût été facile de commettre cette méprise dans certains cas que j’ai rencontrés; car, en palpant la tumeur, on avait la sensation d’un bourrelet osseux, circulaire, formant la circonférence, tandis que le centre était occupé par une partie déprimée. L’ouverture de l’abcès confirma notre diagnostic, et nous acquîmes la certitude que Los était intact.
La marche de ces abcès est d’ailleurs aussi simple que rapide; ils se cicatrisent très-promptement.
Art. 3. — Suppurations sous-culauées.
Elles peuvent se présenter dans deux conditions très-différentes, ou bien à l’étal de collection, ou bien à l’état de phlegmon ditfus.
Collections purulentes sous-cutanées de la région du crâne. — Nous les avons observées sous les diverses formes que voici : 1° comme suppuration des bosses sanguines ; 2° comme suites de l’érysipèle ; 3° enfin, et erest le cas le plus ordinaire, comme conséquence de l’angioleucite.
Une variété très-importante d’abcès sous-cutanés du crâne, c’est 1 inflammation suppurative des bosses sanguines. Lorsque ces collections sont soumises à une médication intempestive, et surtout lorsqu’on pratique sur elles des ouvertures insuffisantes, le foyer sanguin s’échauffe, et donne lieu à une collection plus ou moins considérable. Nous en avons observé qui avaient 4 à 5 travers de doigt de diamètre dans tous les sens. Le meilleur mode de traitement nous paraît être le drainage-
SECT. i. SUPPURATIONS CRANIENNES.
en X qui évite les incisions, les contre-ouvertures multiples et étendues, susceptibles dès lors de donner lieu à des hémorrhagies dangereuses.
Les abcès angioleuci tiques de la voûte du crâne, et ceci est bien remarquable, ne se sont jamais présentés à nous que siégeant à la partie postérieure de la voûte. Ces abcès sont très-fréquents chez les enfants, par suite des nombreuses maladies du cuir chevelu dans le premier âge. Ce sont, de tous les abcès, peut-être ceux qui donnent les meilleurs résultats par la méthode du lavage et de l’occlusion. Nous avons déjà indiqué que les lésions de la moitié antérieure du crâne donnaient plus particulièrement lieu à l'érysipèle, et celles de la partie postérieure plus spécialement à l'angioleucite, en faisant remarquer que cette assertion était vraie d’une manière générale, mais non dans un sens absolu. Car, de même qu’il y a des érysipèles à la partie postérieure, il y a aussi des angioleucites à la partie antérieure. Témoin ce qui a lieu dans certaines plaies de la région frontale qui déterminent l’engorgement des petits ganglions préauriculaires.