PHLEGMON DIFFUS SOUS-CUTANÉ DU CUIR CHEVELU
L’absence d’une analyse anatomique rigoureuse dans les observations du phlegmon diffus du cuir chevelu ne permet pas de justifier d’une manière aussi exacte que nous l’aurions désiré l’existence bien nette du phlegmon diffus sous-cutané par opposition au phlegmon diffus sousaponévrotique. Il y a pourtant, entre ces deux affections, par le seul fait du siège histologique différent qu’elles occupent, une différence énorme à l’égard de la gravité qu’elles présentent, des suites auxquelles elles peuvent donner lieu et du traitement qu’elles exigent, puisque, dans le cas où la diffusion purulente est sous-cutanée, les incisions bornées à la peau sont suffisantes, tandis que la diffusion sous-aponévrotique exige de toute nécessité le débridement de la peau et celui de l’aponévrose.
Les études que nous avons faites sur le phlegmon diffus considéré d’une manière générale nous permettent d’indiquer un caractère pathognomonique de la suppuration sous-aponévrotique. Du moment qu’il y a phlegmon diffus à la voûté du crâne, et sans qu’il y ait encore distinction du siège précis de la diffusion purulente, il y a indication d’inciser largement. On arrive ainsi à la mise à nu d’un ou de plusieurs points de la surface aponévrolique. Or on peut affirmer que, si l’aponévrose a sa couleur normale, le phlegmon est exclusivement sous-cutané. Y a-t-il au contraire la moindre coloration en jaune ou en jaune verdâtre de 1 aponévrose, on peut affirmer qu’il y a du pus sous cette membrane.
Lu égard au diagnostic différentiel de l’érysipèle et du phlegmon diffus, il est à remarquer que l’érysipèle du cuir chevelu, alors même qu’il n’est point phlegmoneux, s’accompagne souvent d’empâtement.
Cette dernière circonstance se rencontre dans quelques autres régions et mérite d’étre signalée d’une manière particulière.
Ainsi au scrotum l’empâtement et la rougeur, même à un haut degré, n’indiquent pas nécessairement l’existence de la suppuration. Il en est de môme des paupières. C’est la présence du tissu cellulaire séreux qui, selon toute apparence, est la cause de cet aspect particulier qui pourrait être trompeur pour un clinicien peu exercé. Notre but ici était tout simplement de mettre en lumière une particularité clinique très-importante et à laquelle on n’a pas suffisamment pris garde. Nous la résumons ainsi : la rougeur avec empâtement et douleur vive, qui indiquent, en général assez sûrement, la présence d’une suppuration phlegmoneuse dans presque toutes les autres parties du corps conduiraient à un diagnostic complètement erroné, si l’on donnait à ces circonstances la môme signification, quand il s’agit du cuir chevelu, des paupières et du scrotum.
A ri. 4. — Suppurations sotis-aponévrotlques.