‹ Traité pratique de la suppuration et du drainage chirurgicalChapitre 6 sur 264 · PHLEGMON DIFFUS SOUS-AFONÉVROTIQUE DU CUIR CHEVELU · texte numérisé non relu

PHLEGMON DIFFUS SOUS-AFONÉVROTIQUE DU CUIR CHEVELU

Les piqûres, quand elles vont jusqu’à l’os ou jusqu’à l’aponévrose inclusivement, les contusions, les plaies contuses, les incisions pratiquées sur les téguments du crâne sont les causes les plus fréquentes du phlegmon diffus sous-aponévrotique. Il se manifeste quelquefois assez longtemps après qu’a eu lieu la solution de continuité des téguments.

Au début, douleur sourde et gravative devenant de plus en plus intense ; inflammation œdémateuse des téguments du crâne, fluctuation molle et pâteuse. Le plus léger contact renouvelle ou accroît les souffrances qui sont accompagnées d’un mouvement fébrile ; tension des téguments vers l’occiput, gonflement du pavillon de l’oreille; frissons irréguliers, état comateux. La peau enflammée s’amincit, s entrouvre et donne issue à du pus et à des lambeaux spliacélés du tissu cellulaire et de l’aponévrose occipito-fronlale.

Il est toujours digne de remarque que, malgré ces désordres, la peau du crâne ne se sphacèle pas, ce qui résulte non-seulement, comme l’avait dit Dupuytren, de ce qu’elle porte ses moyens de nutrition dans son épaisseur, mais aussi de ce que la gangrène se produit d autant moins facilement que l’on considère des régions plus élevées, ou, si 1 on veut, moins éloignées du cœur. Les jours suivants, de nouveaux foyers de suppuration s’établissent dans les points les plus déclives, voisins du loyer de l’érysipèle, de nouveaux lambeaux du tissu cellulaire et de 1 aponévrose se détachent, la suppuration est fétide et abondante, les os du crâne sont quelquefois mis à nu, et, si le mal n’est arrêté dans ses pio-

SECT. I. — SUPPURATIONS CRANIENNES.

grès, le délire, la diarrhée et plusieurs autres symptômes graves annoncent une mort prochaine.

Le traitement local consiste à faire de larges incisions, dont le trajet doit être dirigé de manière à éviter les vaisseaux. En effet, la blessure d’une artère dans un tégument rendu friable et roidi par l’inflammation est fâcheuse à raison des difficultés que présente la ligature faite en pareille circonstance.

Chaque fois qu’une incision a été pratiquée, nous avons soin de faire pénétrer des douches abondantes, qui préviennent la stagnation du pus et la diffusion de ce produit vers des points de plus en plus éloignés.

Tel était le traitement auquel j’avais recours avant l’emploi du drainage par les anses fenôtrées. Mais depuis que j’ai observé des cas dans lesquels ce moyen de traitement largement employé dispensait de recourir aux longues incisions qui exposent toujours à l’hémorrhagie, j’ai acquis la preuve qu’il y avait progrès réel à substituer le drainage tubulaire à la méthode des incisions.

Dans les suppurations sous-aponévrotiques du cuir chevelu, alors même qu’elles s’accompagnent d’un commencement d’altération osseuse, j’ai obtenu d’excellents résultats par l’emploi d’un mode de drainage que j’appelle drainage par adossement. L’observation suivante en est une preuve.

Obs. 278. — Abcès sous-aponévrotique du cuir chevelu. Dénudation osseuse. Drainage. Guérison. — G ri volet (Frédéric), 45 ans, imprimeur, est entré le 2G février 1853 à l’hôpital Saint-Antoine.

Ce malade, dont la santé est altérée depuis deux ou trois ans, a eu, il y a deux ans, un abcès de l’oreille qui s’est ouvert dans le conduit auditif externe.

Ily a deux mois, il a été atteint du choléra. C’est dans la convalescence de cette maladie qu’il a ressenti les premiers symptômes de son mal actuel. Il a éprouvé d’abord des bourdonnements d’oreille, puis des douleurs vives, lancinantes, siégeant dans la région mastoïdienne et s’irradiant tout autour du pavillon de l’oreille. Ces douleurs redoublaient vers le soir, et empêchaient le malade de dormir la nuit. En meme temps il est survenu un gonflement qui a augmenté peu à peu.

Le 21 février. — On constate l’existence d’une tumeur à base large, douloureuse à la pression, située en arrière et en haut du pavillon de l’oreille, sur la ligne de jonelion delà portion mastoïdienne du temporal avec l’occipital. On y perçoit une fluctuation manifeste.

22. — Une ponction faite dans la tumeur donne issue à un pus phlegmoneux contenant quelques grumeaux caséeux. En sondant le foyer de l’abcès, on produit un bruit sec et clair, qui indique que l'os est iï nu. Il est , du reste , lisse et poli. On établit une anse à drainage dans le foyer au contact de l’os malade. Cataplasmes.

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