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Le malade demande sa sortie

Cet homme est revenu nous voir à la consultation ; il était parfaitement guéri au bout de trois semaines, et avait pu reprendre ses occupations.

L’observation suivante est un exemple remarquable des bons effets du

PART. lü. — DE LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.

drainage dans le traitement des suppurations sous-aponévrotiques du cuir chevelu.

Obs. 279. — Phlegmon sous-aponévrotique du cuir chevelu. Drainage. Guérison. — Dormigny (Pierre), 44 ans, commissionnaire, est entré à l’hôpital Lariboisière, le 19 septembre 1855.

Depuis plusieurs mois , ce malade éprouve au sommet de la tête des douleurs qui lui semblent siéger sous le cuir chevelu. Toute la partie moyenne de la tête, depuis l’occiput jusqu’à la région frontale, est sujette à de grandes démangeaisons, lesquelles paraissent tenir à la production de petits boutons s’accompagnant de suintement, puis disparaissant, pour se reproduire bientôt avec le même suintement et les mêmes démangeaisons.

Du reste, santé générale bonne, embonpoint conservé.

Depuis environ quinze jours, les maux, de tète ont acquis une intensité de plus en plus grande ; puis, peu à peu, le cuir chevelu a été pris d’inflammation et de gonflement ; il est survenu de la fièvre, de l’insomnie, de l’agitation, du délire, en même temps que de la soif et de l’inappétence.

Au moment de l’entrée du malade à l’hôpital, on constate une tuméfaction considérable de toute la tête, mais plus prononcée au sommet. Vaste décollement en ce point; œdème et empâtement des parties circonvoisines; face bouffie et rouge; langue blanche ; perte d’appétit ; fièvre, agitation.

La fluctuation étant très-manifeste au sommet de la tête, on traverse la tumeur d’avant en arrière sur la ligne médiane avec un trocart à drainage.

Au moment où le trocart a pénétré dans la collection, et avant qu’il ne sorte à l’extrémité du trajet qu’il doit parcourir, la tige aiguë du trocart est remplacée par une tige mousse qui permet d’explorer l’intérieur de la cavité purulente. On reconnaît alors que l’os n’est nulle part dénudé, mais qu’il n’est séparé de la tige du trocart que par une enveloppe excessivement mince et qui ne peut être constituée que par le périoste. C’est à cela qu’on reconnaît que l’abcès n’est pas sous-périostique, et qu’il est simplement sous-aponévrotique. Après cette constatation, la tige mousse est remplacée par la tige aiguë du trocart, et la transfixion est complétée par l’établissement de l’anse à drainage.

On place alors dans la tumeur un séton perforé, par lequel s’écoule un pus abondant, sale, de couleur chocolat. De plus, on établit dans la cavité de l’abcès trois fds se croisant dans diverses directions. Larges cataplasmes, tartre stibié à l’intérieur.

22 septembre. — Suppuration abondante. On remplace les fds par des tubes perforés, par lesquels on lance de grandes douches d’eau tiède. Larges cataplasmes.

23. — Le malade a éprouvé un soulagement considérable. Deux portions; douches; cataplasmes.

25. — Le mieux continue; il n’existe presque plus de fièvre. Encore quelques maux de tête ; suppuration abondante. Même traitement.

27. — Le gonflement et l’œdème ont diminué. Écoulement abondant d’un liquide séropurulent. On continue les douches et les cataplasmes. Huit coups de scarificateur a la nuque.

29. — Le pus est un peu plus concret et moins abondant. Même traitement.

2 octobre. — La suppuration continue, mais peu abondante. Encore un peu de congestion au voisinage de l’abcès. Huit coups de scarificateur à la nuque.

15. — Amélioration considérable. La suppuration a très-notablement diminué. Même traitement.

30. — Le mieux se maintient ; très-peu de suppuration. État général très-bon.

3 novembre. — Les sétons sont enlevés. Une lymphe plastique suinte par les plaies. Même pansement.

5 décembre. — Le travail de cicatrisation s’opère très-rapidement.

SECT. I. — SUPPURATIONS CRANIENNES.

13. — Cicatrisation complète; recollement complet du cuir chevelu avec les parties sousjacentes. État général excellent.

Exeat.

Dans le phlegmon sous-aponévrotique du cuir chevelu on a coutume de recourir aux larges incisions pour livrer passage au pus. Ce mode de traitement présente plusieurs inconvénients très-grands. 1° La présence dans l’épaisseur du tégument et à sa face interne d’une quantité considérable d’artères d’un certain calibre rend l’opération dangereuse par les pertes de sang qui peuvent survenir. 2° Lorsqu’il y a hémorrhagie dans le foyer de l’abcès, l’épanchement sanguin qui en résulte étend le décollement et augmente les chances de diffusion purulente. 3° Les moyens employés pour arrêter l’hémorrhagie ont aussi leurs dangers. Ainsi la compression, en retenant le pus enfermé dans le lieu où il s’est produit, va à l’encontre du but qu’on se proposait; de plus elle peut occasionner la gangrène. La ligature impose au chirurgien une recherche laborieuse des vaisseaux qui fournissent le sang et devient ainsi une nouvelle cause d’inflammation.

Le drainage satisfait à toutes les indications, et, de plus, ne présente aucun des inconvénients de l’ancienne méthode. Il h’irritc pas les tissus avec lesquels il est en contact, n’expose point à blesser les artères, et par suite à provoquer l’hémorrhagie, et n’exige point, par conséquent, l’emploi des moyens que cet accident nécessite.

Les observations suivantes nous offriront de très-beaux exemples de l’application du drainage au traitement des phlegmons suppurés du cuir chevelu.

Obs. 280. — Phlegmon sous-aponévrotigue du cuir chevelu traité par le drainage. — Harlaux (Nicolas), 70 ans, cordonnier, est entré à l’hôpital Lariboisière le 22 janvier 1 857 .

Cet homme, étant en état d’ivresse, se mit à la fenêtre de sa chambre, située au premier étage, et, s’étant penché trop en avant, tomba dans une cour, la tête la première. On le transporta à l’hôpital, où l’interne de garde put constater l’existence d’une plaie en Y trèsétendue, avec décollement de la peau et de la portion de périoste comprise entre les deux branches du Y. Cette plaie occupait la région temporo-pariétale du côté gauche. Le sommet du lambeau fut fixé en position à l’aide d’une épingle à suture.

Le lendemain, 23. — On applique sur la plaie le pansement par occlusion. On pose douze sangsues à la région mastoïdienne. Le malade ayant du délire, on ordonne le tartre stibié en lavage et la diète.

25 janvier, — Les douleurs étant très-vives, on lève le pansement par occlusion. Le lambeau est déjà recollé > mais, au sommet de la tète, on perçoit une fluctuation qui indique que du pus s’est déjà formé. On passe un tube à drainage, puis on retire l’épingle.

26. Il y a menace d’un phlegmon sous-aponévrotique du cuir chevelu. On rase la télé, puis on lait une petite incision, et l’on constate que la phlegmasie siège dans le tissu cellulaire lâche gui sépare le péricrdne de l’aponévrose épier ûnienne. Cataplasmes.

2 / . L état général et l’empâtement local font supposer qu’il existe de la suppuration.

Il y a un vaste décollement du cuir chevelu. On passe un second tube à drainage au som met de la tête

28. Suppuration très-abondante. On établit un troisième tube dans la région temporale.

29- Il y a eu beaucoup de délire toute la nuit. Le malade voulait sortir de son lit à chaque instant; on a été obligé de lui mettre la camisole. On prescrit 12 sangsues derrière les oieilles, un lavement avec 10 gouttes de laudanum, 4 vésicatoires avec l’acide nitrique à la face interne des cuisses et des jambes.

80. Nuit assez bonne. Le phlegmon se limite. Il y a des gaz aux environs des tubes dans le tissu cellulaire sous-cutané. On fait sortir ces gaz par la pression. On lave la tête avec un mélange d eau et d eau-de-vie camphrée. On fait passer des courants d’eau dans les tubes.

Les jours suivants, on fait sortir chaque matin par la pression une grande quantité de pus mêlé de gaz, et répandant une odeur infecte. On répète les lavages à l’eau-de-vie camphrée et les douches d’eau tiède. Malgré cette énorme suppuration, le décollement ne s’étend pas, car le pus trouve une issue par les tubes à drainage.

14 février. — Le malade est dans d’excellentes conditions. Il n’y a plus d’accumulation purulente.

18. — On commence à lui retirer un tube. A l’endroit où la cause vulnérante avait agi directement, l’os avait été mis à nu. Ce point présente aujourd’hui une surface bourgeonnante.

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