CHAPITRE II
PHLEGMONS ET ABCÈS THYRO-HYOID1ENS.
L’attention a été appelée, dans ces derniers temps, sur les collections purulentes de la région thyro-hyoïdienne par M. Sestier qui, dans une monographie très-complète sur l’angine laryngée œdémateuse, a donné une bonne description de ces sortes d’abcès.
Il faut savoir que leur siège de prédilection est un espace rempli par une petite masse de tissu cellulaire, espace situé vers la base de l’épiglotte, au-dessous de l’os hyoïde et derrière la membrane thyro-hyoïdienne.
Il est facile de comprendre, d’après cette donnée anatomique, les lésions de voisinage auxquelles donnent lieu ces abcès et les troubles fonctionnels qu’ils occasionnent.
Comme lésions de voisinage, il faut noter l’infiltration œdémateuse des parties circonvoisines, mais particulièrement du tissu cellulaire sousmuqueux de l’épiglotte et des ligaments arythéno-épiglotliques. De plus, il advient, par suite de la position de ces abcès au-devant de l’épiglotte, qu’ils refoulent celle-ci sur l’orifice supérieur du larynx au fur et à mesure qu’ils se développent.
Les troubles fonctionnels qui accompagnent les abcès thyro-hyoïdiens sont les mêmes que ceux qui caractérisent l 'angine laryngée œdémateuse : aphonie, inspiration extrêmement difficile, accompagnée de sifflement, turgescence, lividité de la face, en un mot tous les symptômes d’une dyspnée intense. A cette gène dans l’exercice des fonctions respiratoires il faut joindre une tension profonde de la région thyro-hyoïdienne, accompagnée de chaleur, de douleur, de gêne dans la phonation et la déglutition.
Ces abcès tendant à se porter du côté de la bouche, le doigt introduit dans celte cavité a pu sentir quelquefois le relief formé par la collection purulente entre la base de la langue et l’épiglotte.
Tant qu’on n’a pas lieu de soupçonner la formation du pus, on doit combattre la maladie par les antiphlogistiques, les onctions iodurées, les vomitifs. Observe-t-on quelque tendance à la suppuration, il faut de bonne heure pratiquer une incision entre l’os hyoïde et le cartilage thyroïde, traverser la membrane fibreuse thyroïdienne et pénétrer jusque dans le foyer. Si, malgré cette ouverture, les accidents de suffocation persistaient, on devrait recourir à la trachéotomie.
La facilité avec laquelle Jes suppurations de la région cervicale antérieure fusent sous la peau vers la partie inférieure du cou, quelquefois môme du côté de la poitrine, nécessite souvent, outre la ponction de l’abcès en temps opportun, une contre-ouverture à la partie déclive de la poche purulente. C’est à l’emploi de cette utile ressource que nous avons dû la guérison d’un abcès préthyroïdien chez le sujet de l’observation suivante. — Ces contre-ouvertures ont d’ailleurs l’avantage, outre celui de donner immédiatement issue au pus accumulé, de permettre le placement d’une anse élastique ou d’un fil à drainage, ainsi que cela a eu lieu dans le cas particulier.
Obs. 400. — Abcès pré thyroïdien par angioleucite. Ponction. Contre-ouverture; passage i d’un tube. Guérison. — Pock (Pierre), 18 ans, menuisier, entre le 20 mars 185G à l'hôpital Lariboisière.
Ce malade, qui ne parle pas français, ne peut donner que fort peu de renseignements sur sa maladie . Tout ce que l’on peut savoir, c’est qu’il y a G mois il est survenu sur le menton un petit bouton qui s’est enflammé et a donné lieu à un engorgement de la région cervicale antérieure et moyenne.
Cet engorgement est devenu depuis quelque temps le siège d’un travail inflammatoire et : aujourd’hui l’on perçoit en explorant la tumeur une fluctuation évidente. On pratique aussitôt une ponction qui donne issue à une très-grande quantité de pus. Cataplasmes.
21. — La poche s’étant agrandie vers sa partie déclive et un clapier menaçant de s’y former, on fait une contre-ouverture et l’on passe par les deux plaies un tube à drainage.
22. — Amélioration très-sensible ; la suppuration a beaucoup diminué.